Translations:Manfred Klett: Von der Agrartechnologie zur Landbaukunst/205/fr

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Les grandes invasions provoquèrent, au nord des Alpes, la chute et la destruction de toutes les cités fondées par les Romains : la nouvelle forme d'habitat qui émergea de l'attitude d'âme chrétienne du «*ora et labora*» fut le village. Ce n'est que plus tard, aux dixième et onzième siècles, que quelques communautés villageoises devinrent des villes — liées à des sièges nobles, à des monastères, à des places centrales de commerce, dotées de privilèges particuliers. Tout commença par l'établissement d'une chapelle en son centre et le défrichement d'un pan de nature sauvage alentour, suivi de la construction d'une basilique romane et de l'installation des fermes paysannes orientées vers elle, ainsi que du territoire délimité vers l'extérieur qui l'entourait. Dans la mesure où le centre — l'église, avec sa tour et sa nef — s'élevait et se déployait dans une formation plastico-artistique, dans cette même mesure la nature sauvage jadis foisonnante du finage se façonnait et s'articulait en nature cultivée. Ce développement d'harmonisation et d'ennoblissement artistiques progressifs atteignit son apogée avec l'avènement du gothique. Dans l'art roman apparaissent, à l'état germinal, dans le reflet artistique, ce qui s'est révélé peu à peu dans les hommes, en humilité et abandon, comme la nature la plus profonde du christianisme, et s'y est intériorisé. L'impulsion du Graal, issue du courant du christianisme ésotérique aux huitième et neuvième siècles, pénétra les âmes des hommes et éveilla en eux, à un haut degré, la force de l'intériorisation. Dans le gothique, de cette intimité de la vie de l'âme s'épanouit une force formatrice artistique sans précédent. La tour s'élance encore plus haut, filigranée, vers le ciel ; la longue et haute nef à plusieurs vaisseaux avec transept et chœur enveloppe un espace intérieur immense, inondé d'une lumière colorée qui s'écoule comme d'un monde supérieur à travers les scènes bibliques et les figures de saints dans les vitraux. Comment l'homme paysan a-t-il dû se vivre là-dedans, lui qui habitait au pied de l'édifice imposant dans une demeure simple, écrasée vers la terre ? Vers l'extérieur, son regard s'offrait à la nature façonnée par le travail de ses mains, dans ses formes et ses couleurs ; entrant dans l'espace intérieur du haut édifice, il percevait des formes et des couleurs d'une tout autre nature. Sa contemplation intuitive lui offrait, dans une haute formation artistique, un reflet de sa propre vie spirituelle-animique vécue dans l'âme.