Manfred Klett: Von der Agrartechnologie zur Landbaukunst/fr

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Livre Manfred Klett, première édition 30 juin 2021. Autres livres ici : Littérature

Manfred Klett

De l'agrotechnologie à l'art de la culture du sol

Traits essentiels de l'agriculture biodynamique

Une agriculture de l'avenir

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Version en ligne dans biodyn.wiki : © Copyright 2025 by François Hagdorn, tous droits réservés

Conception de la couverture : Wolfram Schildt, édition : Hans-Christian Zehnter, Claus Jahncke, concepts iconographiques : Manfred Klett, réalisation : Mathias Buess et Ivana Suppan, sauf mention contraire, composition : Atelier Doppelpunkt, Johannes Onneken, Münchenstein, impression : Beltz, Grafische Betriebe, Bad Langensalza

Version imprimée disponible aux Éditions du Goetheanum, 2021, ISBN 978-3-7235-1668-3 www.goetheanum-verlag.ch

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Dédié aux cofondateurs de la communauté de ferme Dottenfelderhof (1968)

et à ceux qui, par leur propre faculté de jugement et dans le même esprit,

veulent une nouvelle culture agricole et sociale.
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Dans les douleurs, notre

Terre-Mère s'est solidifiée.

Notre mission est de

la spiritualiser à nouveau,

en la remaniant par

la force de nos mains

en une œuvre d'art

emplie d'esprit.

Rudolf Steiner[1]
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Table des matières

Première partie 25

Deuxième partie 199

Premier pilier :

Deuxième pilier :

Troisième pilier :

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Manfred Klett lors d'un cours de géologie avec des étudiants de la Landbauschule Dottenfelderhof en 2009 © Copyright 2021 by Landbauschule des Dottenfelderhof.
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Préface

Le présent ouvrage, « Von der Agrartechnologie zur Landbaukunst », peut être considéré comme la synthèse de l'œuvre d'une vie de Manfred Klett.

Manfred Klett, né en 1933, est le doyen du mouvement biodynamique. Après avoir consacré des décennies à ses activités et responsabilités pratiques tout en sillonnant le monde en tant que conférencier, enseignant et interlocuteur, on pourrait l'imaginer aujourd'hui installé dans une retraite tranquille. Cette image est trompeuse, car c'est précisément depuis ce recueillement extérieur que Manfred Klett se présente une fois encore devant le public avec une œuvre d'une portée considérable. Et celui qui le connaît devine aussitôt ce qu'il nous confie : la quintessence de son action de toute une vie pour une agriculture de l'avenir. Dans un regard rétrospectif, les fruits de cette vie sont rassemblés et ordonnés ; un bilan structuré de ce qu'a été et de ce qu'est l'agriculture. Tourné vers l'avenir, ce qui se dresse devant nous est une invitation aux générations suivantes — une orientation du travail, une invitation à saisir ce que l'agriculture porte en elle comme potentiel d'avenir.

Le premier sous-titre, « Wesenszüge des biologisch-dynamischen Landbaus » — les traits essentiels de l'agriculture biodynamique —, peut être compris comme un résumé du contenu. Oui, il s'agit bien de l'agriculture biodynamique, mais non dans le sens d'une perspective intérieure, d'un dialogue interne de la « communauté » biodynamique avec elle-même. S'agit-il alors d'une perspective extérieure ? Pas davantage, car dans ce texte, rien n'est regardé de dehors. On pourrait dire, en revanche, qu'il s'agit d'un regard tourné ‹vers l'extérieur› : un regard dans lequel ce que nous appelons « biodynamique » est exploré au-delà du mouvement et de sa propre compréhension de lui-même, afin de trouver dans ses traits essentiels quelque chose de ce que l'agriculture est selon sa destination. C'est là une ambition considérable, qui exige une fondation solide. Le présent ouvrage peut être lu comme cette fondation — et je crois aussi que, dans l'intention de l'auteur, c'est ainsi qu'il veut être lu, tant par le contenu que par le style. Sur le plan du contenu, il comprend notamment

  • une histoire de l'agriculture dans son rapport à l'évolution culturelle et à l'évolution de la conscience de l'humanité occidentale
  • une étude socio-économique sur le rapport entre industrie et agriculture
  • une doctrine de l'organisme agricole dans sa triple et quadruple articulation
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  • une étude de l'‹Individualité agricole›
  • dans le cadre des trois piliers de l'agriculture que sont le travail du sol, l'assolement et la fumure — une présentation détaillée des préparations biodynamiques
  • un manuel pour les agriculteurs biodynamiques
  • un manuel pour les communautés de ferme et les initiatives associatives dans l'entourage des fermes

Quant au style, la fondation peut être qualifiée de goethéenne au meilleur sens du terme. Ce qui signifie : elle n'est pas abstraitement logique ni systématique, elle s'oriente vers le phénomène. La biographie de l'auteur est une vie consacrée à l'impulsion biodynamique et vécue avec elle. Les expériences concrètes du travail et les découvertes de pensée de principe appartiennent ensemble. La vie vécue est le tissage réciproque des deux, et le présent écrit reste fidèle à ce langage de la vie. Expériences pratiques concrètes — que ce soit aux champs, à l'étable ou lors d'une réunion de travail — et formulations ur-phénoménales sur le sol, les animaux domestiques ou la collaboration se tiennent côte à côte. C'est voulu. Le style peut être désigné comme ‹réel-idéal›. Et il est la mise en œuvre de ce que Manfred Klett nomme dans son titre ‹Landbaukunst›, l'art de la culture du sol. Le réel ne se perd pas atomistiquement dans les détails de données et de faits, et l'idéal ne se dissout pas dans l'abstraction du général ; ils se cherchent et se fécondent mutuellement vers une unité supérieure ; cet art mérite le nom d'art de la culture du sol.

Parmi les nombreux thèmes, deux sont traités avec une ampleur étonnante. Le premier ensemble thématique est l'analyse socio-économique de la situation actuelle de l'agriculture. Dit brièvement : l'agriculture s'est industrialisée sans jamais pouvoir être industrie. La formation de capital et le rendement du capital sont étrangers à la nature de l'agriculture, pour autant qu'elle a encore quelque chose à voir avec la ‹terre›. Ce qui lui est propre en revanche, et que l'industrie ignore, c'est ceci : elle ne consume pas ses moyens de production — sol, plantes, animaux — dans le processus de production, elle les maintient ou les améliore. Ce bilan positif au sens de l'économie de la nature terrestre, y compris le bilan hydrique et climatique, est sa véritable contribution à l'économie nationale ; et l'auteur conduit toute la réflexion de telle sorte que cette vision reçoit un éclairage venu du futur. Car par là grandit à l'agriculture biodynamique une tâche de configuration sociale qui n'est pas encore reconnue et saisie dans la mesure où ce livre la présente. Tout

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Le monde est en quête d'un bilan durable de l'économie mondiale — un point de départ est ici indiqué, et avec lui l'invitation à le développer et à le porter dans le dialogue.

Le second ensemble thématique, ce sont les préparations biodynamiques. Par là, l'auteur signifie qu'il considère ces discrets compléments de fumure comme éminemment essentiels. Si l'on met cela en rapport avec le titre du livre, on peut formuler ainsi : les préparations sont, par excellence, l'art de la culture du sol ; elles sont l'être du biodynamisme agraire ; et ce sont elles, en particulier, qui rendent possible une agriculture de l'avenir. Comment orienter le regard pour que cette mise en évidence voulue des préparations devienne intelligible ? L'orientation du regard de Manfred Klett, c'est le rapport fondamental entre l'être humain et la nature. Dans ce rapport, s'accomplit, par les préparations et avec elles, un renversement du prendre et du donner : l'être humain peut aujourd'hui, en tant qu'être humain individuel, puiser dans les ressources de son âme spirituelle et agir de manière créatrice — en artiste, pour ainsi dire — dans la trame intérieure de la nature ; et elle — la nature qui l'a toujours porté, lui l'être humain, et du sein de laquelle il a jailli comme être terrestre — peut et veut se confier à cette cultivation plus avancée par l'œuvre des mains de l'être humain. Ce regard vaste sur les préparations fait partie de l'héritage agraire qui se présente ici. Il n'est rien dit de moins que ceci : l'Agri-Culture millénaire reçoit, par les préparations biodynamiques, l'impulsion de renouvellement qui lui ouvre, à elle, un avenir.

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C'est la volonté déclarée de Manfred Klett que ce livre soit édité et publié au Goetheanum. La Section d'agriculture et les Éditions du Goetheanum y ont répondu volontiers. La Section d'agriculture est, en tant que l'une des onze sections, partie intégrante de la Libre Université de science spirituelle au Goetheanum. Cette université s'efforce de travailler à partir de l'Anthroposophie. Elle se comprend aujourd'hui, en particulier, comme voulant s'articuler dans l'actualité du temps, afin d'apporter des contributions aux grands défis du présent. Dans chaque domaine de spécialité, il s'agit de la question : Comment la connaissance de l'être humain en tant qu'«Anthropos» peut-elle, à travers toute la technicité et la complexité, donner une orientation pour l'avenir ? Et dans chaque domaine de travail se pose aussi la question : Comment les personnes qui travaillent concrètement — en agriculture, par exemple — peuvent-elles cultiver une disposition d'âme de chercheur ? Le livre de Manfred Klett s'inscrit excellemment dans cette orientation de l'université. Premièrement,

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il tente de penser l'agriculture dans tous ses aspects de manière conséquente à partir de l'être humain. La phrase paradigmatique tirée du Cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner, «l'être humain est posé comme fondement», devient pour l'auteur une source à travers laquelle beaucoup de choses depuis longtemps connues apparaissent sous un jour nouveau. Le livre est cependant aussi la récolte d'une vie qui s'est toujours tenue dans la pratique d'une agriculture active et entrepreneuriale, et peut ainsi être exemple et source d'impulsion pour de nombreux agriculteurs et agricultrices qui cherchent à se comprendre et à s'exercer en chercheurs de terrain.

«L'art de la culture du sol» figure comme direction dans le titre du livre, et l'on peut se demander : est-ce là que réside la solution aux défis du changement climatique, de l'érosion des sols, de l'alimentation mondiale ? La réponse peut être : Oui — car l'art, l'art de la culture du sol, signifie ceci : chacun et chacune, par son engagement individuel, à sa place tout à fait particulière, vit une contribution irremplaçable. Chaque ferme, chaque lieu où l'on travaille dans le sens de ce livre, est un représentant de la terre qui nous est confiée pour la cultiver.

Le livre paraît en 2021. Je me permets de le recommander aux lecteurs et de le comprendre comme un prélude aux événements du centenaire du Cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner de 1924 à Koberwitz. Nous nous trouvons à la fin du premier siècle de l'agriculture biodynamique. Et surgit ainsi la question : Qu'y a-t-il à faire maintenant, en allant vers un second siècle du rayonnement de l'impulsion biodynamique ? Nous nous trouvons aujourd'hui face à des réalités parfois difficiles dans les exploitations et dans la commercialisation. Mais nous connaissons aussi les principes et les pensées fondamentales issus de l'Anthroposophie, à partir desquels nous pouvons espérer ne pas échouer devant ces réalités. Nous avons la possibilité de nous développer nous-mêmes et de développer l'agriculture à partir de l'avenir — et de ne pas seulement conduire les problèmes de l'agriculture vers une solution et d'ouvrir leur avenir, mais aussi de gagner des impulsions d'avenir pour le versant naturel du monde et pour la configuration sociale de la vie humaine. C'est à cela que Manfred Klett nous appelle.

Section d'agriculture au Goetheanum

Ueli Hurter

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Avant-propos

Aucune période de paix de l'histoire récente n'a, comme la nôtre, rendu si difficile à l'être humain de façonner une exploitation agricole pour l'avenir en partant de ses lois vitales les plus originelles, à la fois terrestres et cosmiques. Cette affirmation peut surprendre, car il existe bien des subventions et un marché bio avide de croissance. Et les fermes biologiques ne sont-elles pas devenues des lieux d'achat et de rencontre ? Si, certainement ! Mais tout cela masque un déficit global qui domine la vie sociale. Ce déficit peut être vécu de manière existentielle dans trois domaines :

  1. Malgré toutes les magnifiques connaissances sur la nature et la profusion de ses manifestations, l'homme d'aujourd'hui vit avec elle une relation de déconnexion, d'émancipation, comme jamais auparavant. Les phénomènes manifestes de la splendeur de la création nous échappent. Cela ne devient vraiment évident que lorsque, fort du savoir que l'on peut avoir aujourd'hui, on cherche à façonner le lopin de terre d'une exploitation agricole en une totalité vivante. On remarque que les concepts ne coïncident pas avec la réalité dans laquelle on travaille. Ils sont morts face à elle, car ils n'ont de rapport qu'avec le physico-inorganique. Ce que l'on peut faire avec ces concepts, c'est fonder un royaume à côté de la nature, le royaume des technologies. Avec elles, l'homme menace de s'exclure complètement de la nature ; il se place à côté d'elle en spectateur, la pilote de l'extérieur et est en passe de céder entièrement sa fonction de pilotage à un système numérique « intelligent » qui s'auto-régule. Par son univers conceptuel, il crée un désert spirituel et animique en lui-même et dans la nature qui l'entoure. Il a alors soif et la question peut poindre : comment vivifier ses propres pensées pour qu'elles ne restent pas seulement le reflet mort du sensible, mais deviennent des idées vécues, pétries d'esprit, qui aient un rapport avec l'être essentiel qui nous entoure ? Quel chemin d'exercice faut-il emprunter dans le penser, le sentir et le vouloir pour pouvoir combler en pleine conscience le fossé entre le vécu de son être propre et la nature, l'être du monde ? Où sont les êtres humains qui s'efforcent d'acquérir une telle faculté d'idéation, où sont les nombreuses mains qui, à partir de ces idées, veulent façonner un lopin de terre en un petit univers, en l'organisme d'une ferme ? Réaliser cela est un acte artistique, et ce dans un double sens : prendre conscience de l'esprit qui s'est condensé en l'œuvre d'art de la nature, et, à partir de cette disposition d'esprit, rassembler des êtres humains en communautés d'initiative qui, par leurs propres forces, façonnent des exploitations agricoles en œuvres d'art d'un genre nouveau, ouvert sur l'avenir. Là où cela se
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    produit, ne serait-ce qu'à l'état d'ébauche, les murs de la civilisation s'effondrent.
  2. L'agriculture est littéralement écrasée par un flot de lois, de décrets, d'exigences, de réglementations, de contrôles. Cet enchevêtrement juridique se resserre et s'embrouille toujours plus à chaque catastrophe déclenchée par un manquement dans l'agriculture intensive industrialisée (biocides)[3] ou dans l'élevage de masse (par ex. l'ESB)[4]. Cette contrainte à une bureaucratie démesurée, qui concerne alors tout le monde, freine l'initiative personnelle d'agir en façonnant le droit. Elle ne laisse pas naître la confiance, substance spirituelle du droit vécu d'homme à homme. On ne voit que soi-même et l'on vit à côté de l'autre. Le droit devient une sorte de « technologie de la tutelle ». Mais si l'on parvient, sur le terrain, à éveiller la volonté d'agir par une formation d'idées entretenue en commun, le sentiment du droit trouve sa nourriture. On apprend à sentir ce qui est juste dans la collaboration concrète d'une communauté de ferme, comment le travail se répartit selon les capacités de chacun, comment se configurent la propriété du sol et du capital, les droits au revenu et au logement, etc. Un nouveau champ d'exercice s'ouvre, cette fois-ci celui du sentir, à travers lequel la communauté apprend à construire l'œuvre d'art sociale de manière plus désintéressée, plus confiante. Par étapes de développement, elle rayonne et insuffle la vie au sentiment du droit des gens, y compris dans l'entourage d'une exploitation agricole.
  3. Sur le plan économique, l'agriculture subit la pression de marchés anonymes qui dictent les prix, une technologie de l'égoïsme calculateur. Ses besoins en capitaux, énormes et étrangers à sa nature, pour l'achat de moyens de production (tels que machines, engrais, aliments pour animaux, produits de traitement des plantes et des animaux, biocides, énergie, etc.) la contraignent à une production de masse unilatérale et polluante, qui à son tour fait baisser les prix, déclenche une concurrence effrénée à l'échelle mondiale, favorise la globalisation des marchés agricoles et est responsable de famines dans les pays du tiers-monde. L'agriculture, tenue en laisse par les intérêts du capital, est aliénée d'elle-même ; elle
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    est de part en part commercialisée. Trouver les voies et moyens de s'évader de cette prison constitue aujourd'hui le plus grand défi pour toute exploitation agricole. Il est possible de surmonter ces murs si la ferme s'associe économiquement avec la transformation, le commerce et les consommateurs de la région. Ici s'ouvre un troisième champ d'exercice social, entièrement tourné vers l'avenir. Le regard s'élargit au-delà des limites de la ferme, vers l'environnement social. On cherche et on trouve les partenaires économiques qui sont disposés à mettre leur activité au service d'une coopération associative et à l'orienter vers le bien-être de tous les participants. L'objectif est de créer, avec l'association, une œuvre d'art de la « fraternité », d'abord à partir de la ferme et dans un cadre régional entre les partenaires économiques. Il s'agit de l'art d'apprendre, en communauté, à penser les faits économiques de manière imagée dans leurs interconnexions, en formant un sens du bien commun. Elle trouve son expression dans une culture d'accords sur des pratiques désintéressées en vue de la couverture des besoins régionaux et de la recherche d'un juste prix.

L'agriculture des XXe et XXIe siècles devient de plus en plus une question écologique et, au-delà, une question de la formation de la Terre, au sens de la parole de Novalis : «Zur Bildung der Erde sind wir berufen» (« Nous sommes appelés à la formation de la Terre »).[5] Mais en même temps, et sa portée immense est encore peu reconnue, elle se présente aujourd'hui – en englobant toute la vie de la civilisation – comme une question sociale. C'est elle qui appelle à grands cris à un changement de mentalité dans la conscience de l'homme vis-à-vis des choses et des êtres de la nature. L'homme s'est élevé de la création à une créativité autonome et libre. Veut-il « admettre cette vérité » et agir en conséquence ? Veut-il, au lieu de ne servir que lui-même, monter au front de manière désintéressée et courageuse pour les autres et pour autre chose ? L'agriculture, telle qu'elle est devenue sous la domination de la technologie rationnelle et telle qu'elle promet de le devenir toujours plus sous la tendance au pilotage numérique, est dépourvue d'impulsions rénovatrices pour la culture. Mais ceux qui ont le courage de pratiquer l'agriculture biodynamique en suivant leurs propres intuitions remarqueront que, bientôt, à partir de germes embryonnaires, une nouvelle culture s'épanouit par îlots et se met à rayonner. Ils sont alors emplis de la certitude que le chemin emprunté, quels que soient les obstacles qui se dressent devant eux –

peut-être aussi par simple pusillanimité bourgeoise et esprit

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rétrograde –, est praticable ici et maintenant.

Le présent livre veut indiquer les pas intérieurs et extérieurs de ce chemin, tels qu'ils se présentent à celui qui essaie de les parcourir dans l'agriculture biodynamique à partir des connaissances de la science de l'esprit anthroposophique. Sur ce chemin, on se vit toujours comme étant au commencement. Les idées issues de la science de l'esprit sont l'étoile qui guide le travail quotidien ; ce qui peut être accompli n'est qu'une œuvre fragmentaire au sein d'un développement dont seule la force créatrice de ces idées révèle la fécondité, et par là même leur vérité. C'est dans le travail guidé par les idées que se trouve la source de l'expérience de la vérité. On prend alors conscience du fait que les efforts de l'agriculture biodynamique ne sont pas une alternative parmi d'autres, liée à son temps, à l'agriculture chimico-technique, mais qu'ils se rattachent, du point de vue de l'histoire de la conscience, à un fil rouge qui se déploie en une métamorphose continue à travers l'histoire des grandes civilisations pré-chrétiennes ainsi qu'à travers les âges après le tournant des temps jusqu'à nos jours. Lorsqu'on en prend conscience, l'idée de développement devient vivante. Son propre idéal s'accomplit avec la certitude de la connaissance ; on se sent soi-même, en tant qu'être en devenir, placé au cœur d'une tâche qui nous impulse à saisir ce fil rouge pour continuer à le tisser vers l'avenir, en surmontant consciemment et par l'exercice le fossé de l'émancipation entre l'homme et le monde, mentionné au début.

Dottenfelderhof, Automne 2020

Manfred Klett

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Première partie

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La polarité de l'industrie et de l'agriculture

Lorsqu'on considère la situation de l'agriculture — non seulement à l'échelle européenne, où la culture agraire chrétienne-occidentale fut jadis le pilier de la civilisation, mais à l'échelle de la planète entière —, on ne se trompe pas en jugeant qu'elle a perdu sa signification culturelle d'antan et qu'elle est devenue en fin de compte une sorte de fardeau pour le développement civilisationnel. Une surabondance de faits en témoigne. L'agriculture, en tant qu'impulsion culturelle, qui s'était répandue et manifestée dans la plus grande diversité à travers les peuples et les nations de la terre, a cédé la place à une uniformité civilisationnelle. En tant qu'élément porteur de la culture de l'humanité, elle est vouée à la mort. Chaque fois que quelque chose meurt, une invitation est adressée aux contemporains à prendre conscience d'une telle mort, de ses circonstances, et des possibilités de développement qui peuvent en surgir comme de nouveaux germes de vie. L'être humain éveillé à la conscience de soi a besoin de vivre l'expérience du seuil face à la mort. C'est la mort seule qui éveille et libère le regard connaissant pour les questions suivantes : quelles connaissances doivent être acquises, quelles conditions doivent être créées, pour qu'une vie et un devenir nouveaux — une Résurrection en quelque sorte vers une nouvelle fonction de support culturelle — puissent naître.

Ces questions, les sciences s'en sont emparées dans une très faible mesure, et encore en faisant abstraction de l'être humain lui-même, qui pourtant est le premier à les poser. De la recherche poussée jusqu'au plus infime détail de la part purement physique et calculable de la réalité de l'ensemble naturel ont surgi des succès matériels et économiques considérables, qui ont attiré les hommes toujours plus profondément dans l'orbite de modes de production technologiques fondés sur la science. L'agriculture paysanne a insensiblement succombé, dans une silencieuse révolution sociale, à l'industrialisation — d'abord lentement, puis à pas de géant à partir des années 1960 du XXVorlage:E siècle —, et avec elle à sa mort culturelle.

Dans le pressentiment de ce développement, au commencement du XXVorlage:E siècle, chez quelques rares individus s'éveilla la volonté de chercher des voies pour réformer l'agriculture à partir des sources de sa propre légalité vitale, à partir de son propre fonds éthique et moral. L'Église était encore au village, certes, mais sa force déclinait, la rendant incapable d'accompagner spirituellement et moralement le paysan sur le chemin de la modernité, de la libre autodétermination et du maniement des nouvelles possibilités techniques. Parmi ces quelques-uns, il y en avait encore moins nombreux qui, à partir de leur pratique professionnelle, en étaient arrivés à des questions concrètes sur une métamorphose

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de l'Ancien vers le Nouveau, le Futur, qui s'éveillaient. Avec ces questions, ils s'approchèrent de Rudolf Steiner (1861–1925), le fondateur de la science de l'esprit anthroposophique, en le priant de leur indiquer des voies pour un renouveau de l'agriculture tourné vers l'avenir. À cette prière fut répondu aux alentours de la Pentecôte 1924 par le «Cours aux agriculteurs»[6], qui reçut dans le cadre des Œuvres complètes de Rudolf Steiner le titre «Fondements de science spirituelle pour la prospérité de l'agriculture». Le cours fut donné au domaine du château de Koberwitz (aujourd'hui Kobierzyce) près de Breslau (aujourd'hui Wrocław, en Pologne), en Silésie.[7] En huit conférences, le regard est dirigé vers des contextes d'idées qui appellent la force créatrice de l'être humain à l'activité dans deux directions. D'une part vers l'intérieur, en cherchant à penser ces idées de la recherche spirituelle de manière imagée et à les laisser devenir expérience par la pensée. D'autre part vers l'extérieur, en cherchant à partir de cette expérience des idées à façonner la nature d'un lieu terrestre — au-delà de son être naturellement donné — en la totalité d'une agriculture. Cette approche présuppose une disposition d'âme de chercheur à l'égard de ce qui s'offre aux sens comme le fondement naturel de la ferme, aussi bien qu'à l'égard de ce qui se révèle au conscience pensante comme résultat de la recherche spirituelle. Cette disposition d'âme scientifique ouvre un monde de faits de nature sensible et suprasensible, et en même temps le contexte de leurs contextes relationnels réciproques. Dans la méditation de tels contextes relationnels — entre le soleil et la chlorophylle, les rythmes lunaires et les phénomènes météorologiques, la fleur et l'insecte pollinisateur, le ver de terre et la formation d'humus, etc. —, le sol devient un terrain intérieur d'expérience à partir duquel, germinant, chaque acte peut devenir un acte artistique. En ce sens, la pratique d'une culture de la terre d'orientation anthroposophique est un événement à travers et à travers artistique : une expérience d'idées élaborée intérieurement vient s'exprimer au dehors par le pont du travail. Ce que Rudolf Steiner développe dans «Kunst und Kunsterkenntnis»[8] peut se résumer sous la forme raccourcie : l'art est lorsqu'un sensible vivant dans la contemplation intuitive — et, caché en lui, un suprasensible — s'intériorise dans les profondeurs de l'âme en une expérience, et à partir de cette expérience se représente dans un extérieur. L'art germe ainsi

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aus der Seele de l'être humain. «Les êtres humains deviendront capables de créer quelque chose qui enrichit la terre, qui est nouveau sur la terre, qui sans ta capacité [de l'artiste ; note de l'auteur] n'aurait pas existé, qui est comme une semence d'avenir sur la terre.»[9]

La fertilité du sol, par exemple, est un miroir de la précision et de l'ampleur avec laquelle vivent en moi les idées qui constituent les trois piliers d'une véritable culture de la terre, à savoir : le travail du sol, l'assolement et la fumure.[10] Cet exemple peut s'étendre à la totalité de la ferme. Elle est un miroir de ce qui vit, comme image vivante de la ferme, dans la communauté de travail qui y œuvre — et il peut de même se spécifier jusque dans chaque geste individuel dans le commerce avec la nature vivifiée et animée.

De la mise en œuvre des connaissances des sciences naturelles naît la technique. Elle est le produit de l'esprit d'invention humain et de la maîtrise de lois, de substances et de forces qui sont à l'œuvre dans la nature non vivante, c'est-à-dire purement physique. La démarche purement technique interrompt le rapport relationnel que l'on entretient, en travaillant, tantôt consciemment, tantôt inconsciemment, avec les choses et les êtres ; le déroulement de travail de la machine est fixé d'avance et, dans les limites posées, universellement valable. Il se soustrait à l'expérience humaine et ferme ainsi la porte à l'exercice et à la pratique d'un art artisanal qui forme le pont vers la nature vivifiée et animée.

Autant la technique sépare, réduit et revendique le statut d'universellement valable, autant l'art relie, respecte la diversité des contextes vivants et est d'autant plus véridique et productif qu'il procède de manière plus individuelle.

L'introduction de la technique dans l'agriculture depuis le XIXe siècle a entraîné des bouleversements sociaux de la plus grande ampleur. Elle a déchargé les êtres humains des travaux pénibles — mais ce faisant, elle a aussi rationalisé hors du processus de travail une grande partie de la population rurale. Elle a accru la productivité par l'unilatéralisation des systèmes de culture et d'élevage, et a appelé comme effet secondaire durable la problématique environnementale mondiale ; en bref, la technisation, suivant sa propre dynamique, a favorisé l'industrialisation mondiale de l'agriculture et la concurrence internationale — et par là le déclin des prix agraires. Les coûts des immenses dommages environnementaux mondiaux,

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Les coûts des immenses dommages environnementaux qui en résultent ne sont pas mis à la charge du responsable, mais de la collectivité ; ils sont socialisés.

Le paysannerie encore enracinée dans le patrimoine populaire s'est éveillée peu à peu à la conscience de soi et par là à la libre autodétermination — notamment dans le choix des voies professionnelles —, avec un décalage temporel d'une bonne centaine d'années par rapport à la population urbaine.

La population paysanne a suivi l'aspiration à la liberté de se dégager de son lien à la nature et de la conduite par l'esprit du peuple — qui s'exprimait dans les patrimoines populaires et dans l'empreinte artistique des âmes populaires —, afin d'emprunter, dans la modernité du travail divisé, la voie laborieuse de la recherche de soi, comme l'avait fait avant elle le prolétariat. Elle a échangé la sécurité d'autrefois dans le courant traditionnel des patrimoines et des âmes populaires contre les offres à la fois exigeantes et séduisantes de la modernité fondée sur la division du travail. Dans le vide spirituel qui s'est ainsi creusé à la campagne, l'industrialisme agraire a déferlé dans la seconde moitié du XXe siècle sur le reste de la population paysanne avec la force d'une crue soudaine — entraînant inévitablement l'alignement des méthodes agricoles sur celles de la production industrielle. Cet alignement a créé des faits qui peuvent conduire tout agriculteur, à quelque peu de recul, à des expériences limites, à un vécu de contradictions qu'il s'est lui-même forgées et qui donnent lieu à des questions de connaissance. Une telle question de connaissance, surgissant à nouveau purement de la duplicité de la pratique de vie, est la suivante : les conditions de production de l'agriculture sont-elles identiques à celles de l'industrie, ou existe-t-il ici une différence de principe ? La réponse à cette question ne peut être trouvée qu'à partir d'une caractérisation des facteurs du mode de production industriel comparé au mode de production agricole.

Les conditions de production dans l'industrie et l'agriculture

Au point de départ de la création de valeur industrielle se trouve l'esprit d'invention de l'être humain. Ce sont des idées issues de la pensée qui, par le travail humain, mettent en interaction les lois de la nature, les substances et les forces de la nature inanimée – isolées de leur contexte naturel – de telle sorte qu'en dehors de la nature créée naissent des produits (machines, engrais, biocides) qui entrent ensuite dans le circuit économique en tant que marchandises.

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La perspective de succès de l'invention incite une banque à octroyer un crédit pour la mise en place d'un site de production. C'est-à-dire que l'esprit de l'homme (l'idée) crée du capital, et celui-ci se coagule, par le biais du travail, en bâtiments, moyens de production, matières premières, énergie, etc. Max Weber – économiste et sociologue allemand (1864-1920) – a constaté : « Une machine inanimée est de l'esprit coagulé. »[11] L'esprit, dès lors, aspire à poursuivre la réalisation de l'invention ; il impulse le travail. C'est seulement par le travail que naît l'installation de production et, en son sein, par différentes étapes de travail, la fabrication du produit. Ce qui caractérise le processus de production industriel, c'est que des valeurs naissent purement du fait que l'esprit d'invention détermine le cours du travail humain et le modifie de multiples manières, l'expression extérieure de cet esprit devant être cherchée dans la configuration multiple du capital.[12] La nature, sous forme de matières premières et d'énergie, passe d'autant plus à l'arrière-plan que l'intelligence humaine s'investit dans le processus de production, c'est-à-dire que celui-ci se structure par la division du travail. La division du travail a en outre un effet réducteur sur les coûts de production des marchandises, favorisant d'autant plus la tendance expansionniste de l'industrie et du commerce, jusqu'à la commercialisation de tous les services. Le capital naît d'une part de l'esprit d'invention de l'homme et de la division du travail, d'autre part il veille à ce que la division du travail prenne des proportions démesurées. En conséquence, le processus de production industriel menace de s'émanciper complètement de la nature et, par la voie de la numérisation, de l'homme au travail. Il devient le contre-pôle surpuissant de l'agriculture et menace de faire sauter les deux barrières qui devraient le maintenir dans de justes limites, à savoir la nature et l'ordre juridique.

Le processus de production s'achève avec la fabrication de la marchandise, dans laquelle se sont investies l'idée initiale de l'inventeur ainsi que les connaissances et les compétences de nombreuses personnes dans une division du travail aujourd'hui planétaire. Le travail dirigé par le capital, qui est l'idée coagulée, s'est matérialisé dans le produit final et lui a conféré une valeur qui, dans l'échange de valeurs sur le marché, reçoit un prix. Si l'on considère les facteurs créateurs de valeur – en dernière analyse, c'est le travail guidé par l'esprit –, le prix n'est pas calculable. Sa formation est soumise à des impondérables et à des distorsions qui ont notamment pour cause le fait que la terre et le sol, le capital ainsi que le travail humain sont considérés comme des marchandises négociables et donc, en tant que

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facteur de coût, intégrés dans la formation du prix. Néanmoins, les prix deviennent en apparence – bien loin de la valeur réelle des produits – calculables, dans la mesure où tout ce qui entre dans la production est pensé comme une marchandise et devient ainsi un facteur de coût exprimable en valeur monétaire. Ainsi, le prix d'un produit industriel intègre tous les coûts de production, y compris les coûts de main-d'œuvre et une provision, le taux d'amortissement, grâce auquel le capital de production consommé (usure des machines, etc.) peut être refinancé et mis à jour.

Pour l'industrie, le moyen de production ne se renouvelle pas de lui-même. Le lieu de sa fabrication est distinct de celui de sa performance. Le processus de production industriel consomme des ressources finies en matières premières et en énergie ; il génère des déchets, et les moyens de production eux-mêmes sont sujets à l'usure et à la dégradation. Il en résulte des détritus qui, dans la mesure où ils ne peuvent être réintroduits dans le cycle de l'énergie et des matières premières qu'à grands frais, s'accumulent sur terre comme une hypothèque pour les temps futurs (par ex. les déchets nucléaires), polluent l'eau et l'air et déséquilibrent le bilan thermique. La production industrielle connaît des limites à sa croissance, son bilan énergétique et en matières premières est négatif. Moins la nature participe à la production industrielle, plus l'intelligence humaine domine le processus de fabrication, par exemple dans le cas de la production de puces informatiques, plus ce processus s'effectue par division du travail et plus la production devient indépendante du lieu. Théoriquement, des produits de haute technologie pourraient être fabriqués en n'importe quel lieu sur terre – par exemple sur une île artificielle en mer – et de là, couvrir les besoins mondiaux pour ces produits.

L'agriculture, de manière polaire à l'industrie, est enchâssée dans l'économie entière de la nature, l'«Oikos». La création de valeur est la performance de la nature. De la relation d'échange réciproque entre la nature inanimée (physique), la nature vivante et la nature animée, et sous les influences du cosmos dans tous les processus rythmiques, naît comme sa performance productrice le grain de blé, la carotte, le lait, etc., et ce, dans une stricte dépendance au lieu. La nature est celle qui produit, l'homme s'y ajoute et, par son travail, dirige sa force créatrice. Les moyens de production ne sont pas les machines, le tracteur, la moissonneuse-batteuse, etc. – ceux-ci ne font que remplacer et accroître les performances de la main humaine et de la force de traction animale –, mais le sol fertile, les plantes fructifères et nourricières, et les animaux domestiques avec leur contribution respective. Au sens figuré, ce sont eux qui constituent le capital de production de l'agriculture.

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Abbildung 1: Die Polarität der Erzeugungsbedingungen in Industrie und Landwirtschaft.
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Ils sont d'autant plus productifs, quantitativement et qualitativement, qu'ils se trouvent, sur chaque site d'exploitation, dans une relation d'échange qui les favorise mutuellement. Naturellement, ils s'assemblent en biocénoses, en biotopes de plus ou moins grande taille.

Il est réservé à la performance du travail et de l'esprit de l'homme de façonner ce qui est donné par la nature en une totalité supérieure, en un organisme aussi fermé sur lui-même que possible – en l'exploitation agricole. Au regard des conditions de production cosmiques-terrestres de l'agriculture, il en découle nécessairement le principe formateur de l'organisme qui se structure de manière multiple. Celui-ci constitue dans son ensemble le moyen de production de l'agriculture et se trouve ainsi en opposition polaire avec le moyen de production de l'industrie, le mécanisme. Le mécanisme repose sur l'unilatéralité, l'organisme sur l'universalité.

Si l'on reconnaît et apprécie toute la portée de la polarité des conditions de production dans l'industrie, qui émanent de l'esprit de l'homme, et de celles de l'agriculture, qui sont inhérentes à la nature, alors, à proprement parler, aucun capital ne peut être formé en agriculture. Car ce qui est dépensé en travail sur la nature par la force spirituelle humaine ne se coagule pas en un moyen de production qui, comme la machine, se placerait à côté de la nature ; les matières premières, les énergies et les lois naturelles ne sont pas isolées du contexte naturel pour être recombinées. La performance de l'esprit consiste au contraire à penser le concept de la complétude de l'ensemble organismique, et la performance du travail à ordonner selon ce concept les forces productives à l'œuvre dans la nature et à les mettre en interaction. Si une exploitation agricole se conforme fidèlement à ses conditions de production, elle est une totalité en devenir permanent, qui inclut l'homme agissant et qui se reproduit elle-même dans le processus de production. La formation de capital en agriculture, au sens figuré, doit donc être cherchée avant tout dans un processus temporel, à savoir dans la conservation et le développement des moyens de production, des terres de culture, des plantes cultivées et des animaux domestiques, dans le contexte de la totalité supérieure de l'organisme de l'exploitation.

L'industrie et l'agriculture se comportent l'une envers l'autre comme la technologie envers l'art. La démarche purement technologique tend vers la régulation technique, vers l'automatisation. L'homme se tient en dehors du processus de production ou se rend totalement superflu. L'agriculture, cependant, dans son essence la plus profonde, est précisément un art en ce que l'homme au travail, en tant qu'homme complet, avec toute la force de son âme-esprit, se met au service des

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forces productives de la nature. L'agriculture a besoin de la main qui travaille, et même de nombreuses mains ; l'industrie a besoin de l'esprit d'invention et du capital, qui organise la force de travail humaine par la division du travail ou la rend totalement superflue.

De l'agriculture proviennent des produits, principalement des denrées alimentaires, dont chaque être humain a un besoin quotidien. Sur le marché, ils entrent en rapport de valeur avec les marchandises industrielles, c'est-à-dire produites par division du travail, rapport qui se répercute sur le prix. Le prix du produit industriel est sujet à une baisse avec la progression de la division du travail. Si ce dernier n'est déjà pas calculable en raison des conditions environnementales fluctuantes, des calamités parasitaires, etc., le processus de formation des prix des produits agricoles reste, lui, totalement dans l'ombre. Car le don, c'est-à-dire la force créatrice de chaque organisme agricole, est différent. Sans une péréquation des prix dans le cadre de regroupements économiques associatifs, au sein desquels « la valeur de la marchandise est déterminée par leur rapport mutuel »12, chaque ferme devrait alors avoir ses propres prix de marché. En fait, cela est pratiqué de manière approchée dans le mouvement des CSA.13

Il faut d'abord admettre que l'agriculture, comparée à l'entreprise industrielle, produit nécessairement à un coût plus élevé, car le principe réducteur de coût de la division du travail contredit ses conditions de production, la multiplicité dans la totalité. On cherche à y échapper en passant à un mode de production industriel. La totalité de l'organisme de l'exploitation est pour cela démantelée, décomposée en parties. Chaque partie devient à elle seule, avec un investissement en capital considérable, une entreprise individuelle agro-industrielle qui, dans des conditions-cadres apparemment calculables, produit en masse de manière hautement spécialisée et domine le marché à des prix défiant toute concurrence. Mais cette baisse des prix est une illusion, car les coûts consécutifs, engendrés par la destruction de l'environnement et par l'altération de la valeur nutritive des produits, ainsi que par les coûts des subventions – de la déraison subventionnée –, sont imputés à la collectivité, en marge du marché. Si ces coûts cachés étaient ajoutés au prix à la production de l'agriculture industrielle[13][14]

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elle perdrait sa suprématie sur le marché ; le fait qu'elle produit des valeurs illusoires serait mis en évidence.

La manière dont le prix se forme en agriculture est un phénomène occulte, qui commence à s'éclaircir quelque peu grâce à des initiatives comme le « free-trade » – à ne pas confondre avec les accords de libre-échange – ou encore dans le cas de communautés de producteurs et de consommateurs. Le prix de la production primaire en tant que telle n'est pas calculable ; les facteurs déterminant la valeur pour les prix de la production primaire agricole sont :

  • Le don de la nature concernant les interactions des facteurs locaux que sont la terre, l'eau, l'air et la chaleur, ainsi que la configuration géomorphologique du paysage.
  • Le don de la nature concernant les forces créatrices qui résident dans les êtres de la nature (plantes, animaux, etc.) et leur efficacité dans les rythmes du cours de l'année.
  • Le travail de l'homme guidé par l'idée.
  • L'ajustement mesuré de tous les organes à la totalité de l'organisme de l'exploitation par l'être humain.

Par l'interaction de ces facteurs naît, de manière polaire à la formation de valeur dans l'industrie, une valeur objective des produits, comme celle du blé, du lait, du pain, du fromage, etc. Le prix serait alors juste s'il correspondait à cette valeur objective ou du moins s'en approchait. Mais comment saisir ce prix ?

En outre, la formation de la valeur de la production primaire agricole est déterminée par deux propriétés : premièrement, par la capacité à se reproduire elle-même dans le processus de production et, deuxièmement, à devenir nourriture pour l'homme et l'animal. Le grain de blé, par exemple, est à la fois, avec le sol dans lequel il est semé, un moyen de production pour la prochaine récolte et en même temps un grain panifiable. La vache se reproduit elle-même dans le veau, et lié à ce processus est sa capacité à donner plus de lait que ce qui est nécessaire à l'élevage du veau. Les moyens de production de l'agriculture ont la propriété de pouvoir se reproduire eux-mêmes dans le processus de production et de pouvoir en même temps devenir nourriture pour l'homme et l'animal. Il incombe à l'agriculteur de façonner les conditions de culture et d'élevage de telle sorte que ces deux capacités se maintiennent durablement en équilibre à un haut niveau dans le processus de production. C'est-à-dire qu'il doit, ici et maintenant, cultiver le blé, etc., élever la vache, etc., la nourrir, la soigner et la sélectionner de manière à ce que ces moyens de production du vivant conservent leurs propriétés particulières jusque dans un avenir lointain

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ou même puissent en acquérir de nouvelles, en fonction de l'évolution des besoins alimentaires.

Ce fait, avant tout, fonde le mode de production fondamentalement polaire de l'industrie et de l'agriculture. Cela s'exprime aussi dans le fait que les moyens de production agricoles – sol, plantes, animaux – ne sont pas amortissables en raison de leur capacité d'auto-renouvellement. Ce qu'est l'amortissement en tant que réserve de capital dans l'industrie, est en agriculture la force de conservation et de développement de la valeur de l'organisme de l'exploitation en tant que totalité. Le remplacement de la force de travail humaine et de la force de traction animale par la machine a néanmoins imposé à l'agriculture des amortissements élevés qui ne se rapportent pas au moyen de production en tant que tel. Mais ce n'est pas la moissonneuse-batteuse qui produit le grain, ni la machine à traire qui produit le lait, mais la vie, le monde des forces créatrices de relations, qui a son origine dans l'essence de la nature vivante et animée.

Ainsi, le prix des produits agricoles ne serait adéquat que s'il coïncidait avec leur valeur objective. Une mesure pour cela pourrait être que la structure des prix de la production primaire de l'organisme agricole – donc sans transformation ultérieure – couvre les frais d'exploitation ainsi que les moyens de subsistance de tous les collaborateurs et de leurs familles d'une année de récolte à la suivante.14

Cela présuppose des structures de commercialisation qui rassemblent, dans un cercle régional, les agriculteurs, les transformateurs, les grossistes et les détaillants ainsi que les consommateurs qui souhaitent participer à cette démarche. Contrairement à l'industrie, l'agriculture est orientée vers une économie régionale. Conformément à ses conditions de production, elle produit dans toute sa diversité partout où des êtres humains vivent et où ces conditions le permettent. Il est donc tout à fait naturel que le chemin le plus court du producteur au consommateur soit le moins cher et en même temps celui qui préserve le mieux la qualité.

L'agriculture aussi, en ce qui concerne le pur processus de production cosmique-terrestre, génère des déchets, mais pas de détritus. Les déchets proviennent de la nature vivante et animée, des résidus végétaux et animaux qui retournent au sein de la nature et se transforment en humus, le[15]

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porteur de fertilité du sol. Dans le cadre d'une gestion correcte, au sens du principe de l'organisme, le bilan des substances et des forces de la ferme se régénère en grande partie de lui-même. À la consommation d'énergie et de matières premières de l'industrie s'opposent la constitution, l'engrais auto-produit ainsi que la néoformation d'humus. La pure production primaire de l'agriculture, en tenant compte de toutes les mesures favorisant la constitution du sol (fumure, rotation des cultures, travail du sol), a un bilan énergétique positif. Ce fait est aujourd'hui inversé par l'investissement élevé en capital sous forme d'engrais azotés, de biocides, d'aliments achetés à l'extérieur et d'énergie. Il faut également mentionner ici la perte de sol due à l'érosion, même sur des terrains en pente douce de l'agriculture industrielle (surtout dans la culture du maïs). D'un point de vue économique global et tourné vers l'avenir, l'agriculture a cependant pour tâche d'assurer la compensation du bilan énergétique négatif de l'industrie.

Nous voyons que la polarité entre l'industrie et l'agriculture doit être pensée de manière radicale et que les conséquences pour l'ensemble de la vie culturelle doivent être examinées avec rigueur. Sans l'équilibre de ce formidable champ de tension, il ne peut y avoir d'assainissement de la vie économique. C'est seulement la détermination du prix des produits agricoles dans la régionalité du marché et dans le lien associatif avec la transformation et le commerce en aval qui peut donner une orientation à la formation des prix dans l'économie organisée par la division du travail. Le rapport de mesure avec les prix de l'industrie et du commerce devra à l'avenir se déterminer en fonction de la production primaire agricole.

La seule considération de la disparité des conditions de production dans l'industrie et l'agriculture indique que pour cette dernière, l'organisme est d'abord le principe formateur conforme à son essence pour sa création de valeur. Le principe de l'organisme a toujours été immanent au développement de l'agriculture, bien que dans des conditions culturelles à chaque fois très différentes. Ce qui doit aujourd'hui devenir une question de compréhension consciente et scientifiquement fondée de l'organisme, découlait autrefois d'une action populaire-instinctive, pleine de sagesse. Le développement de la conscience de l'humanité et, avec lui, l'histoire de l'agriculture se reflètent dans les grandes lignes dans la manière dont les hommes ont peu à peu fait du principe de l'organisme immanent à la nature – à partir d'une expérience de plus en plus consciente de leur propre organisme corporel – le fondement d'un véritable art de la culture du sol.

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Le principe de l'organisme dans l'agriculture au miroir de l'évolution de la conscience de l'humanité

Les temps primitifs

Les origines de l'agriculture remontent loin dans les temps préhistoriques. L'humanité vivait dans ces temps primitifs dans des états de conscience et des conditions terrestres entièrement différents. Les descriptions de Rudolf Steiner sur ces états précoces de l'évolution de l'homme et de la Terre nous en donnent l'éclairage. Aux temps de la dernière configuration continentale et des grandes formations montagneuses de la Terre, à ce qu'on appelle l'«âge atlantéen», vivait une humanité qui ne pensait pas encore en concepts, mais qui, dans une vie instinctive spirituellement inspirée et prononcée, co-vivait le vivant tissage de la nature et de l'esprit créateur, et qui était capable de conserver ce qu'elle avait ainsi vécu grâce à des forces de mémoire quasi illimitées.

Si l'on suit les descriptions de Rudolf Steiner dans sa «Science de l'occulte: Esquisse d'une cosmogonie» et la «Chronique de l'Akasha»,[16] la conscience onirique de l'humanité atlantéenne — qui vivait jadis de manière essentielle le cosmos spirituel — s'est développée, à travers les époques des grandes civilisations anciennes post-atlantéennes jusqu'à notre temps, en une conscience de soi qui se tourne vers la Terre. Si l'on cherche ici une correspondance avec les ères telles que la géologie les décrit, on peut les faire coïncider approximativement avec la période désignée par le Néozoïque ou le Tertiaire et le Quaternaire.

Du fait de l'entrelacement instinctif de l'humanité atlantéenne avec les choses et les êtres de la nature et avec la spiritualité du cosmos, il est compréhensible que les hommes, sous la conduite d'entités spirituellement supérieures à eux, disposaient de capacités d'exercer une influence sur la vie des plantes (graminées, herbes, arbres) et des animaux (mammifères, oiseaux, insectes), qui se trouvaient, comme eux-mêmes encore, dans un état plastique. Les Atlantes portaient en eux l'héritage de la dernière période de l'époque lémurienne — géologiquement environ le Mésozoïque —, au cours de laquelle ces premiers pré-hommes furent dotés du Je, du noyau essentiel de l'être individuel.[17] La mission de ce Je fut alors, au cours des âges culturels atlantéens qui suivirent, de configurer la forme du corps physique de l'homme et d'établir ainsi le germe de la

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de l'éveil du Selbstbewusstsein à des niveaux de conscience supérieurs.[18] Ce développement prit fin avec les grandes ères glaciaires.

La civilisation paléo-indienne

Les «âges de civilisation post-atlantéens» — géologiquement : Holocène — prirent leur départ après le retrait des couvertures glaciaires en Europe et des chaînes de l'Asie centrale, laissant derrière eux d'immenses couvertures de débris et de dépôts de lœss qui devinrent, en chaque lieu, le matériau originel des formations du sol jusqu'à nos jours. L'Ancien Testament ainsi que les mythes des peuples font référence au «grand déluge», au Déluge. Dans cette image mythique, la disparition du continent légendaire de l'Atlantide à la fin de la période atlantéenne — géologiquement Tertiaire et Quaternaire — fut fixée à la fois dans l'histoire de la Terre et dans l'histoire de la conscience. La première des âges de civilisation post-atlantéens à s'épanouir fut la «civilisation paléo-indienne» au huitième jusqu'au sixième millénaire av. J.-C.[19] Les grandes civilisations qui suivirent

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se déployèrent d'est en ouest le long d'une ceinture formant la zone de transition entre les anciennes régions glaciaires du nord et les zones pluviales du sud. Ces dernières abritaient jadis une riche flore et faune ; aujourd'hui, des déserts s'y étendent.

Aucun document extérieur, issu de cette période préhistorique, ne témoigne de la haute culture de l'Inde originelle. En elle s'accomplit un pas de conscience vers un vécu contemplatif d'une sagesse divine, dont l'Urindien se sentait tissé dans sa patrie spirituelle. Elle lui rayonnait de manière essentielle à travers toute existence terrestre. C'est seulement à une époque plus tardive qu'il fut réservé — aux alentours du passage dans le troisième millénaire avant notre ère — qu'avec la perte de l'immédiateté spirituelle d'autrefois surgit le sentiment que le monde des sens n'était qu'apparence, que Maya. Dans cet éveil à une conscience cosmique crépusculaire, l'Urindien se trouvait sous la conduite d'une prêtrise et était guidé par la haute sagesse des sept grands maîtres de l'Inde ancienne. Ces maîtres originels étaient nommés les sept Rishis sacrés, par lesquels parlaient «les plus grands mystères de notre système solaire, du monde en général».[20]

De faibles résonances de cette intime fidélité à l'esprit, agissant à travers de longs temps, n'apparaissent qu'à un troisième niveau culturel de l'Inde, au second millénaire avant notre ère, dans les livres de sagesse des Indiens, dans les écrits sacrés des Védas et de la Bhagavad-Gîtâ. Cet éveil onirique à un niveau de conscience supérieur, fait de l'expérience des rythmes de forces et des êtres du cosmos planétaire, l'Urindien le doit à la descente du Je dans le deuxième corps constituant de l'être humain, dans le corps éthérique. C'est seulement alors que se forma la frontière nette entre l'inconscience nocturne et la veille du jour.

L'époque de civilisation urindienne se déploya — comme les deux suivantes également — dans des régions où la nature, avec ses forces et ses substances, créait elle-même le sol de sa fertilité, s'organisait elle-même en un «organisme dans

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Naturwachstum» gestaltete.[21] C'était le cas dans les régions qui abritaient une vie végétale et animale surabondante, dans les vallées des fleuves Brahmapoutre, Gange et Indus, issus de l'Himalaya. Le jeu conjoint des quatre éléments, terre, eau, air et chaleur, était d'une force si juvénile, se renouvelant dans les rythmes du cours de l'année, qu'il suffisait de peu d'attention pour les mettre au service des besoins des hommes de cette époque. L'Urindien était livré à la contemplation. Le monde physico-sensible lui était étranger ; il cherchait à maintenir le rapport avec sa patrie dans l'esprit.

La civilisation paléo-persane

La haute civilisation irano-ancienne s'enchaîna, dans le temps comme dans l'espace, à celle de l'Inde originelle, selon une progression d'est en ouest.[22] Comme pour celle-ci, une délimitation géographique précise est difficile ; il manque des vestiges contemporains qui permettraient de conclure à la hauteur et à l'unicité de cette civilisation, ou plutôt, les témoignages véritables ne sont pas reconnus comme tels. Si l'on regarde ce qui est connu à la lumière des indications de la recherche spirituelle de Rudolf Steiner, on ne se trompera pas en situant cette civilisation sur le territoire allant du Himalaya occidental (massif du Pamir) par l'Hindou Kouch, avec son centre en Afghanistan, jusqu'à la Bactriane dans l'Iran oriental. Vers le nord, le domaine culturel paléo-persan s'ouvrait, par les petites et grandes vallées fluviales des paysages de piémont, sur les steppes et déserts en avant-pays. Deux de ces fleuves, l'Amou-Daria et le Syr-Daria (dans l'Antiquité : l'Oxus et le Jaxarte), traversent la steppe et se jettent dans la mer d'Aral. La polarité entre steppe désertique et haute montagne, entre la population touranienne nomade originelle et les Paléo-Persans sédentaires, aptes au terrestre, ne pouvait être plus marquée. Le peuple culturel ascendant et tourné vers l'avenir des Paléo-Persans avait dû se défendre dans de nombreuses confrontations guerrières contre les Touraniens déferlants, qui conservaient des niveaux de conscience plus anciens. Et pourtant le mythe parle d'un roi des Touraniens, «Djem­schid», qui aurait conduit ses peuples du nord vers l'Iran. Il reçut du dieu solaire Ahura Mazdao un poignard d'or, l'image originelle de la

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du poignard comme image originelle de la charrue transformatrice — «qui donne aux hommes la force de se conquérir par le travail le monde sensoriel extérieur».[23] La même divinité solaire Ahura Mazdao est aussi le grand inspirateur de Zarathoustra, le guide des peuples iraniens, peu après la catastrophe atlante.[24] Cette haute individualité ne saurait être confondue avec le Zarathoustra historique — ou Nazaratos — qui lui est si intimement apparenté par nature, celui du VIe/VIIe siècle av. J.-C., le maître de Pythagore. Le Zarathoustra originel, fondateur de la civilisation paléo-persane au VIe millénaire avant notre ère, est aussi à l'origine des Mystères paléo-persans, dont les enseignements résonnent encore de loin dans l'Avesta zoroastrien. L'Avesta, qui ne reçut sa forme écrite qu'aux alentours du Tournant des Temps, est rattaché au Zarathoustra historique de l'époque achéménide perse (vers 600 av. J.-C.).[25] Pourtant, des textes des chants de l'Avesta (les Gathas) indiquent des traditions bien plus anciennes, remontant à la sagesse des Mystères du Zarathoustra originel. Des sources antiques de l'école platonicienne font allusion, à côté du Zarathoustra historique, à un Zarathoustra originel qui aurait vécu 6 000 ans avant la mort de Platon, ou 5 000 ans avant la guerre de Troie.[26]

À la place de la domination sacerdotale de l'ancienne Inde et de l'action des sept saints Rishis vinrent désormais des rois-prêtres, dont le premier fut le Zarathoustra préhistorique.[27] L'enseignement du Zarathoustra le plus ancien proclamait l'opposition originelle de la lumière et des ténèbres, du bien et du mal, de la haute entité solaire Ahura Mazdao ou Ormuzd, et de l'esprit des ténèbres, Ahriman ou Angra mainyu, le souverain des profondeurs de la terre. Zarathoustra enseigna aux hommes à ne pas seulement se tourner en vénération vers la haute entité solaire, mais à la chercher activement à travers la Maya dans le monde sensoriel extérieur — à travailler la terre, à la traverser de lumière, à transformer les plantes dans leurs organes en fruits nourrissants, et à convertir la sauvagerie de l'animal en une ouverture d'âme envers l'homme. Une grande partie des plantes cultivées qui constituent encore aujourd'hui les aliments de base de l'humanité — au premier rang desquelles les céréales (blé et orge), mais aussi des espèces légumières et fruitières — sont issues de la

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civilisation paléo-persane, entre le 7e et le 4e millénaire avant notre ère.[28] Ce sont précisément celles-ci, et non les outils en pierre du *Néolithique*, qui représentent les grandes créations artistiques de cette culture.

Dans la civilisation paléo-persane, le Je s'éveilla dans le corps sensible — le troisième corps constituant de l'être humain encore indifférencié, le corps astral.[29] À ce stade d'une conscience en marche, la force de l'ancienne clairvoyance instinctive déclina, et grandit la capacité d'agir de manière transformatrice sur la terre, les plantes et les animaux — sous la conduite des Mystères, et à partir du vécu des relations cosmico-terrestres. Le rapport sacro-magique des Atlantes aux forces créatrices spirituelles agissantes dans la terre et dans le cosmos se transforma en un rapport sacro-artistique. Ce fut le grand art des Paléo-Persans — s'appuyant sur les créations culturelles antérieures, dans le passage à la sédentarité à partir d'une immédiateté spirituelle instinctive — d'agir sur l'élément animique de certaines espèces animales de telle sorte que celui-ci s'ouvrait vers l'homme. Mais par là même, toute l'organisation physico-corporelle des animaux se trouva profondément transformée. Dans leur rapport au animal, les hommes façonnèrent à partir de leur vécu intérieur, dans l'extérieur, une œuvre d'art : l'animal domestique. Par rapport à leurs congénères sauvages, les animaux domestiques se présentèrent d'emblée dans une prodigieuse richesse de formes. La disposition naturelle de l'organisme animal fut dans son ensemble remodelée en vue de performances métaboliques particulières, en règle générale au détriment de l'activité du système neuro-sensoriel. Le processus de domestication consistait dans l'art de maintenir la plasticité embryonnaire pendant toute la durée de la vie. Les animaux domestiques ne fuient pas l'homme — bien au contraire, ils recherchent son attention et en ont besoin.

Il est significatif que, pour les Touraniens, le loup sauvage fût l'animal héraldique, l'ancêtre de tous les chiens. L'Ancien Iranien portait en revanche dans ses armes sa transformation artistique : le chien, le plus ancien de tous les animaux domestiques.[30] De même que le Paléo-Persan pouvait, en s'appuyant sur les acquis culturels antérieurs, agir par l'intermédiaire de l'élément animique des animaux de manière transformatrice sur leur formation corporelle, il pouvait de même agir par le vivant sur la formation de la forme et du fruit des plantes. C'est là sa plus grande œuvre sacro-artistique. Dans le vécu des rythmes cosmico-planétaires suprasensibles et des secrets de vie qui s'y révélaient, il agissait à travers l'organisation vitale de la plante jusqu'à la configuration de l'organisation physique. Telle une ombre projetée

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le génome conserve l'empreinte de cet acte originel. Ce qui est ainsi devenu par un acte artistique est aujourd'hui livré à une manipulation arbitraire. Les grands sélectionneurs végétaux de l'Ur-Perse étaient des plasticiens des forces formatrices du vivant. Ils avaient la capacité de transformer, dans la forme et dans le fruit, le type naturellement donné d'une espèce végétale en plante nourricière. Sous la conduite des Mystères, leur pouvoir consistait à faire agir dans tous les organes de la plante les forces qui conduisent à la fructification et à la maturité : dans la racine (par ex. la carotte), dans la tige (par ex. le chou-rave), dans le bourgeon (par ex. le chou de Bruxelles), dans la feuille (par ex. la laitue, l'épinard), dans la fleur (les arbres fruitiers), dans la graine (les céréales). Dans le cas des céréales, par exemple, la force de reproduction est réduite par rapport aux graminées sauvages apparentées — mesurée au nombre de graines —, au profit d'une force nutritive accrue des corps farineux bien gonflés (endosperme) du grain. Ce processus de fructification, cependant, traverse toute la plante céréalière, reconnaissable à l'épaississement et à la coloration de la tige. Là encore, la flexibilité embryonnaire des forces formatrices de la plante est réorientée vers la formation du fruit et s'y maintient pendant une durée prolongée. L'apparition des plantes nourricières mentionnées remonte à avant le début du troisième millénaire et se situe donc à l'époque des cercles culturels impulsés par les Ur-Persans.

Ce pouvoir sacro-artistique des Ur-Persans ne s'épuisait pas dans la seule formation des animaux domestiques et des plantes cultivées — il s'étendait aussi, et précisément, au travail de la terre. La culture des champs se développa là où l'«organisme dans la croissance naturelle» offrait les conditions idéales à son déploiement. C'étaient les vallées de montagne et les bassins fluviaux mentionnés du plateau afghan et iranien oriental, qui se perdaient vers le sud-ouest dans des régions désertiques et vers le nord dans les steppes touraniennes. Là, l'homme agissant était requis. Par des systèmes d'irrigation ingénieux — notamment par des captages de sources dans des galeries creusées profondément dans les flancs des vallées — le sol fut d'un côté vivifié par l'eau et de l'autre partiellement conduit vers la dévitalisation par l'araire et la houe. Ici, la maîtrise du jeu alternant de la mort et de la vie, du Meurs et Deviens, devient un art. Toute intervention mécanique dans le sol signifie la stimulation de processus de décomposition. C'est ainsi que se fonde le grand art de la culture des champs, qui repose, en lien avec la culture des plantes cultivées, sur la maîtrise des forces cosmiques porteuses de vie et des forces terrestres porteuses de mort.

Avec son Je percevant sourdement dans le corps sensible, l'Ur-Persan s'éprouve tendu dans la dualité de la lumière et des ténèbres. Guidé

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par les enseignements de Zarathoustra et par les Inspirations qui continuèrent d'agir dans les Mystères, l'Ur-Persan s'éleva à un degré de conscience où l'esprit solaire se lui révélait, à travers la Maya du monde des sens, dans son œuvre sur la terre. Dans la culture des Ur-Persans, l'être humain commence à former, dans son rapport à lui-même et au monde, le milieu entre les hauteurs cosmiques et les profondeurs de la terre.

Les cultures de l'Égypte ancienne et de la Mésopotamie

Progressant d'est en ouest, la deuxième époque culturelle des Ur-Persans cède la place à la troisième époque post-atlantéenne, qui se ramifie vers le sud-ouest dans l'espace culturel de l'Égypte ancienne et vers l'ouest, dans le pays des deux fleuves, dans les cultures successives de Babylone, de la Chaldée et de l'Assyrie. Cette troisième époque se déploie depuis le début du troisième millénaire jusqu'au huitième siècle avant notre ère. En elle, l'humanité d'alors entre sans transition, depuis la préhistoire mythologique du Néolithique, dans un développement de l'Âge du Bronze saisi par l'histoire extérieure. Dans l'ancienne Inde, c'étaient les sept saints Rishis qui inspiraient le cours de la culture depuis des lieux oraculaires assignés chacun à une planète particulière. Aux saints Rishis succéda Zarathoustra, qui inaugura la culture des Ur-Persans et leurs Mystères. Les fondateurs de la culture de l'Égypte ancienne et de ses Mystères étaient Thoth ou Hermès Trismégiste ; et ceux de la Mésopotamie ancienne, de l'antique culture babylonienne/chaldéenne et de ses Mystères, étaient Gilgamesh et l'Initié Eabani qui lui était lié.[31] Au lieu du sacerdoce royal des Ur-Persans s'installa la royauté — en Égypte celle des Pharaons —, royauté qui demeurait cependant en étroite relation avec les Mystères. En cette époque culturelle, l'humanité, perdant en grande partie l'ancienne clairvoyance instinctive, progressa vers le développement de l'âme de sentiment.[32] Sous la conduite des rois et des Mystères agissant en arrière-plan, l'âme de sentiment se forma, dans l'éveil progressif du Je vers l'autonomie, en tant que membre de l'âme à part entière. Ce pas vers un éclaircissement supplémentaire de la conscience se manifeste d'emblée et ouvertement dans les créations artistiques sacrales les plus monumentales de l'humanité : dans les pyramides de Saqqarah et de Gizeh en Égypte, et, en Sumer, dans le premier Babylone, dans les fondations de villes qui se délimitaient par de puissantes murailles vis-à-vis de la nature environnante. Ici, comme dans les temps qui suivirent — en particulier ceux de l'Égypte

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de l'Égypte ancienne —, l'homme conquiert une conscience de la nature anorganique-morte, de la nature physique-minérale. Les hautes facultés des membres de la culture ur-persane et des temps antérieurs — celle d'intervenir, en la transformant, dans la nature d'âme de l'animal, puis dans la nature vivante de la plante, jusqu'au fond de l'organisme physique, et de présenter artistiquement tout cela dans les créations des animaux domestiques et des plantes cultivées — s'était éteinte. Les hommes étaient descendus de degrés de conscience instinctifs portés par l'esprit vers le plein de l'existence terrestre. Ils s'éveillaient à ce qui s'offrait aux sens comme monde de l'apparence extérieure, et cherchaient dans les révélations de celle-ci l'esprit agissant créateur. Ils y élaboraient une conscience qui se vivait dans la pure sensation portée par l'esprit. Mais dans cette âme de sensation en formation se versaient en même temps les Inspirations et les savoirs de sagesse des Mystères. Ce n'était plus l'être psychique de l'animal, ce n'était plus le vivant de la plante qui parlait aux hommes dans une immédiateté instinctive de l'esprit — c'était la matière et la forme de l'être mort. Dans la pierre, en Babylonie et en Chaldée dans la brique cuite, ils cherchaient à donner expression à leur vie de sensation dans des formes monumentales, géométriques, plastiquement sévères, sublimes. En Égypte, cette sensibilité artistico-sacrée se rapportait particulièrement aux perceptions du spirituel agissant dans le cosmos et dans l'homme. La vie extérieure se configurait largement comme reflet de la conduite des Mystères royale et sacerdotale. Dans l'espace culturel mésopotamien en revanche, cette identité de l'intérieur et de l'extérieur se défaisait davantage. Là agissaient les impulsions de Gilgamesh dans la culture extérieure, et les Initiés des Mystères y exerçaient moins leur influence.[33]

La troisième époque post-atlantéenne aussi se déployait là où la nature offrait les conditions appropriées, là où le jeu concerté des éléments — terre, eau, air et chaleur — se formait dans les rythmes du cours de l'année en « organismes dans la croissance naturelle ». Les contrastes entre ces deux espaces pouvaient difficilement être plus grands : d'un côté l'artère vitale du Nil, qui se fraie son chemin en profonde entaille à travers les régions désertiques nubio-égyptiennes ; de l'autre les vastes plaines fertiles de la Mésopotamie entre l'Euphrate et le Tigre.

Dans une mesure plus haute encore que dans la culture ur-persane, c'est l'eau, ce sont les inondations annuelles et les sédimentation d'humus, d'argile et de sables fins qui, à la façon d'une fumure, maintenaient les sols jeunes. Ce qui en toute

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Ce que l'on cultivait comme variétés de plantes, ce que l'on élevait comme espèces animales domestiques, tout cela était déjà là, était l'héritage culturel de la Perse originelle. Mais la conscience se tourne désormais davantage vers ce qui est spatial dans la terre. Elle habilitait à prendre des mesures exactes, à façonner la pierre au ciseau et au marteau, et à joindre l'une à l'autre, surface contre surface, dans un joint d'une minceur de souffle — bref : à exercer le grand art artisanal qui consiste à imprimer à la pierre morte, par la force de sa propre sensibilité, une forme à chaque coup de marteau. Cette capacité déterminait aussi le raffinement dans le travail des sols, dans la mise en culture des plantes et dans l'élevage des animaux. Mais les conditions naturelles avaient la prédominance ; qu'on songe aux sept années grasses et aux sept années maigres mentionnées dans la Bible en Égypte. Et pourtant les hommes parvenaient, grâce à des systèmes d'irrigation et de drainage des plus élaborés, à maîtriser les puissances de la nature et à s'affirmer dans l'édification de leurs grandes civilisations anciennes. Un exemple unique d'une telle réalisation savante est le canal de Joseph (en arabe : Bahr Yussuf), qui, en Égypte centrale, se détache du Nil, longe sur environ 350 km le bord occidental du Nil et franchit, à l'entrée de l'oasis de Fayoum, le seuil de la dépression du rebord de la vallée. De là, il alimente, dans un système d'irrigation et de drainage ingénieux, le vaste bassin de l'oasis et en fait jusqu'à aujourd'hui l'un des paysages-jardins les plus fertiles d'Égypte. Du fait que le canal porte encore aujourd'hui le nom de « Joseph » et que, selon Emil Bock,[34] il ne peut subsister aucun doute que derrière ce nom se cache le Joseph biblique, on est en droit de supposer que c'est lui qui fut le bâtisseur du système canalaire. Joseph, qui œuvrait en Égypte vers 1750 av. J.-C., réunit en lui la culture des Mystères de Babylone et de l'Égypte ancienne.[35]

Dans les cultures parallèles de la Mésopotamie et de l'Égypte, comme dans les cultures antérieures de la Perse originelle et de l'Inde originelle, l'eau indomptable était le facteur dominant dans l'« organisme du Naturwachstums ». Mais à présent les puissances aquatiques des fleuves étaient maîtrisées par des digues, de vastes systèmes de canaux et de fossés, des écluses, etc. Dans la mesure la plus étendue, cela valait pour l'Égypte, où chaque année à nouveau, après le retrait des masses d'eau qui inondaient la vallée, les sols fraîchement fumés par le limon du Nil devaient être mis à sec, puis réirrigués et récoltés en hâte avant la prochaine inondation. Chaque année à nouveau

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Chaque année à nouveau, les hommes transformaient un biotope naturel extrême en biotope culturel — en paysage-jardin.

L'âme de sentiment des hommes qui étaient les porteurs de cette époque de civilisation se forma, d'une part, par la parole divine qui, par la bouche des rois et des prêtres, montait des Mystères jusqu'aux hommes, et d'autre part, par les expériences vécues dans le commerce avec la nature inorganique, avec la pierre et l'eau. De cette disposition d'âme portée par la sensation, pénétrée d'esprit et en même temps apte au terrestre, jaillirent les gigantesques créations artistiques de la pierre ciselée en forme, des gravures cultuelles, des peintures funèbres, de la brique d'argile façonnée et cuite, des tablettes d'écriture et des vases d'argile ornementés, ainsi que la configuration plastique des « organismes dans la croissance naturelle » en paysages-jardins.

La culture gréco-romaine

La quatrième époque post-atlantéenne prend, après la culture de transition créto-mycénienne qui la précède, son point de départ au VIIIVorlage:E siècle avant J.-C. et s'achève au début des Temps modernes, au commencement du XVVorlage:E siècle après J.-C. Il s'agit ici de circonscrire d'abord le regard au changement de l'évolution de la conscience jusqu'au Tournant des Temps. C'est l'époque de l'essor de l'Antiquité grecque jusqu'à son plein épanouissement culturel — et jusqu'à sa décadence. La conduite spirituelle émanait des deux courants de l'esprit, les Mystères apolliniens et dionysiens,[36] l'apollinien qui, à travers l'apparence sensible, contemplait l'esprit actif dans la nature et le cosmos, le dionysien qui portait cet esprit à l'expérience vécue, depuis les profondeurs de l'intérieur de l'âme, à travers le voile des mouvements de l'âme. Ce ne furent plus, comme dans les temps précédents, les rois qui, conjointement avec la prêtrise des lieux des Mystères, donnaient aux peuples coexistants leur orientation en façonnant la civilisation — c'est maintenant le peuple lui-même, et même l'homme singulier, qui, guidé par la parole des Mystères, cherchait sa destination de destin. C'est l'heure de naissance de la démocratie, d'un nouveau pas de la conscience, qui trouvait son lieu de culture, comme en un foyer, dans l'oracle apollinien de Delphes. C'est là avant tout, depuis son plein épanouissement jusqu'à son tarissement progressif vers le Tournant des Temps, que la haute signification devient claire que le fait des Mystères avait à travers toutes les époques de civilisation précédentes — tirer des sources de sagesse qui s'ouvraient au regard de

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révélés aux Initiés entrant dans les mondes spirituels supérieurs, former les corps constituants de l'être humain pour en faire les porteurs d'un Je-Bewusstsein progressant. Dans l'époque gréco-latine, cela concernait l'entrée du Je dans l'âme d'entendement ou de cœur — après l'âme de sentiment, la deuxième modification du corps astral.[37] Le Je ne se manifeste qu'en parvenant à l'âme d'entendement ou de cœur.[38] Le Je pensait certes déjà depuis lui-même, mais il était encore en quête de lui-même. Socrate, au cinquième siècle avant notre ère, ne disait pas encore : «Je me dis», mais «mon Daimon me dit». Le Je vivait encore caché dans le langage comme acteur agissant, intégré dans le verbe — par exemple en grec : paideuo = j'éduque ; en latin : cogito = je pense.

Le sanctuaire oraculaire de Delphes, ouvert à tous, s'adressait à l'âme d'entendement. Il éduquait à la pensée autonome. Celui qui venait chercher conseil devait être en mesure, par le renforcement intérieur de la pensée, de formuler une question ; et la réponse de la Pythie delphique, dans son ambiguïté même, exigeait une fois encore un effort de pensée individuelle. La Grèce portait en elle, intériorisées comme des résonances, toute la sagesse des Mystères du passé. Mais le Grec ancien sortait peu à peu de l'ancienne conduite des Mystères ; il se saisissait en tant qu'être humain entier, en tant que personnalité pensante qui, cherchant en tout la milieu, se vivait en manifestation dans une harmonie accomplie, entre l'expérience apollinienne du monde et l'expérience dionysienne des profondeurs de sa propre âme. De ces deux sources réelles de l'esprit, le Grec créait ses hautes œuvres d'art ; il façonnait la matière morte physico-matérielle et y imprimait, dans le don de la forme, son propre esprit. Du crépuscule des Mystères naquit l'aurore des créations artistiques grecques. Que ce soit en sculpture, en architecture, en musique, en peinture, en poésie ou en philosophie, partout l'être humain, en tant que reflet du divin, est au centre. De l'expérience de sa propre forme corporelle, il crée des sculptures qui, dans la pure forme configurationnelle, élèvent l'être humain au-delà de lui-même jusque dans le divin — et il bâtit des temples dont la forme spatiale est construite selon les mesures de l'être humain. «Le temple grec représente la réalisation d'un organisme bâti.»[39] Et pourtant, si inaccessiblement haute qu'elle soit — la sculpture et l'architecture grecques précisément

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telle qu'elle se présente à nous — si inaccessiblement haute soit-elle —, la sculpture et l'architecture grecques restent pourtant comme assombries d'une certaine tragique. Ce qui avait pris son commencement dans l'Égypte ancienne trouve dans la Grèce antique son accomplissement le plus haut : le travail et la mise en forme de la pierre morte. Le Grec parvient à insuffler à la pierre, par la seule force de la forme, une sorte de vie, une vie en apparence. Il imprime du dehors à la forme l'esprit qui emplit son intérieur d'une vivacité plastique ; mais il ne peut pas imprimer cet esprit à la matière elle-même, de telle sorte que celle-ci devienne elle-même une substance vivante créatrice de forme. Les hommes de la première, mais surtout de la deuxième époque de civilisation post-atlantéenne, celle de l'ancienne Perse, possédaient, en vertu de leur constitution spirituel-animique et corporelle, et sous la conduite des Mystères zarathoustriens, la faculté de faire naître des créations artistiques en transformant de manière substantielle, par métamorphose plastique, l'élément animique en animaux domestiques et l'élément du vivant en plantes cultivées. Mais le simple physico-matériel de la pierre est mort. Le Grec se trouvait ainsi devant l'insolubilité de l'énigme : comment éveiller la pierre à la vie ? Il ne pouvait, par la seule forme, lui prêter qu'une vie en apparence. Telle est la grandeur, et en même temps la tragique, de l'art grec. Du fond de son âme, dans son effort proprement humain, il créa un art qui, visible du dehors, met en image un passé mystérique, et qui devient, vers l'intérieur, le germe d'un espoir d'avenir : pouvoir un jour vivifier le terreux-matériel en tant que tel. Sur le fond ainsi décrit, le principe de l'organisme reparaît sous des formes multiplement transformées. Il commence maintenant, de façon tout à fait germinale, à pénétrer tout l'espace culturel de la Grèce, y compris dans la dimension sociale. Les paysages de Grèce portent eux-mêmes un caractère divin, apollinien — tout à l'opposé des paysages égyptiens. Comme si les dieux avaient créé, dans la diversité des caractères de ces paysages, une image de leur propre être. Le regard du voyageur qui parcourt l'étendue du paysage s'étalant devant lui trouve bientôt un pôle de repos, un temple resplendissant en beauté et en harmonie, qui délimite agréablement l'espace de contemplation. Ainsi rencontrons-nous le sanctuaire d'Apollon à Delphes dans un paysage montagneux rocheux, d'accès difficile ; différemment du temple consacré à Athéna, qui se dresse sur des collines rocheuses et capte le regard dès le lointain — comme l'Acropole à Athènes — ou encore le temple d'Héra que l'on trouve au cœur de plaines fertiles.

À la différence des grandes civilisations anciennes précédentes, où l'organisme dans la croissance naturelle était façonné par les grands bassins fluviaux, les paysages de Grèce, dans leur caractère héroïque et divin,

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une composition unique du jeu qui s'entrelace et se dissout à nouveau entre les quatre éléments : la Terre, l'Eau, l'Air et la Chaleur, et la Lumière. La Terre : des rochers qui s'élèvent puissamment, des montagnes qui s'accumulent ; l'Eau : elle se détache comme source de la roche et cherche par le chemin le plus court, en ruisseaux ou en petits fleuves, le rivage marin proche. Les courants d'air et de chaleur, traversés de lumière, se mêlent au lever du soleil en d'indescriptibles voiles de couleurs — l'«Éos aux doigts de rose»[40] —, pour se démêler aussitôt, demeurer un moment dans leur existence propre en tant qu'élément, puis se rejoindre bientôt en une nouvelle composition de couleurs.

Le Grec ancien ne ressentait pas la nature comme quelque chose d'extérieur, de séparé de lui ; montagne et vallée, colline et plaine, source et cours d'eau, baignés de vapeurs d'eau, d'air et de chaleur et de lumière déversée, il les vivait traversés de la même spiritualité qu'il trouvait aussi en lui, tissant vivant et impulsant l'âme et l'esprit. Ce ressentir pénétré par l'âme d'entendement ou de cœur en train de s'éveiller constituait son être artistique ; c'est de ce ressentir que le Grec formait le paysage : le berger, les hauteurs ouvertes des montagnes avec leurs troupeaux ; le viticulteur et l'arboriculteur, les terrasses des pentes abruptes ; le cultivateur cultivait les plaines en céréales ; et au plus près des établissements humains prospérait un paysage de jardins. Dans tout l'espace culturel gréco-latin, l'organisme dans la croissance naturelle, issu des temps originels, se transforma — en préservant le type propre à chaque lieu — en paysages d'arboriculture fruitière et d'horticulture à petite échelle et structurés, comme un miroir de l'âme d'entendement ou de cœur en train de se former.

Le principe de l'organisme n'a pas seulement trouvé, dans la Grèce ancienne, une entrée germinale dans la formation du paysage, ni seulement son expression dans l'achèvement artistique des sculptures et de l'architecture des temples — il l'a trouvé également dans le social, dans la polis. Le Grec se vivait comme une personnalité appartenant à une communauté urbaine ; il se sentait Athénien, Thébain, Spartiate, etc. Mais la polis était une cité ouverte, qui rayonnait et intégrait les paysages environnants ; les autels des sacrifices se dressaient dans le bosquet sacré, hors des temples en plein champ. Dans la polis était disposé un organisme d'un ordre supérieur — une unité de la ville et du paysage qui l'entourait.

Dans le monde romain et grec, l'âme d'entendement ou de cœur se développa de manière polaire. En Grèce, elle entra en rapport avec l'ancienne sagesse des Mystères, avec ce qui émanait de la vie de l'esprit la plus intérieure

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à former artistiquement vers l'extérieur. «Le Romain […] façonnait non seulement la pierre et le métal, mais recomposait aussi selon son esprit la grande communauté humaine tout entière.»[41] «La Rome républicaine n'est rien d'autre que la sagesse humaine qui prend la relève de l'ancienne sagesse sacerdotale.»[42] C'est désormais la prudence humaine qui règle le rapport d'homme à homme ; c'est l'heure de naissance de la jurisprudence. Celle-ci repose entièrement sur le sentiment de la personnalité, sur le Je qui se révèle dans l'âme d'entendement ou de cœur. Le sentiment du droit s'éveille, et de là naissent des concepts du droit qui honorent le principe d'égalité et se cristallisent dans la loi universellement valable. Le droit se rapporte au premier chef aux objets du monde d'ici-bas — et donc aussi à la disposition personnelle sur le sol et terrain. La propriété, et avec elle le droit successoral, la disponibilité au-delà de la mort, y trouve son origine. En l'homme romain, l'être humain devient pleinement personnalité. Sa conscience se tourne vers un vis-à-vis, vers l'autre être humain et vers la nature qui l'entoure. De là se fonde un rapport qui, à la différence du Grec ancien, se vit en manifestation dans un mode plus distancié-conceptuel ; il pense rationnellement depuis lui-même et se rend ainsi apte au terrestre. Les organismes dans la croissance naturelle d'Italie et de Sicile, géomorphologiquement apparentés aux grecs, ne sont plus un extérieur pénétré d'esprit qui résonne en consonance avec la vie intérieure de l'esprit. Le regard du Romain est davantage dirigé vers des intérêts géopolitiques, vers l'utilité des ressources naturelles sous des perspectives impériales — tant militaires qu'agricoles.

À quel point la ratio humaine commence peu à peu à transformer et à articuler les rapports naturels donnés, c'est la poésie de Virgile dans ses Georgiques[43] qui le révèle. Lui, le Romain de Mantoue, qui respirait encore tout à fait l'esprit grec, y donne en langage poétique une vue d'ensemble des pratiques de la culture de la terre dans le siècle précédant le Tournant des Temps : en culture des champs, le labour, le binage, les semailles, la récolte et le battage, le rôle de la jachère et de l'assolement, l'irrigation du sol, le surpâturage des céréales trop abondamment proliférantes, le soin des semences, l'observation du temps et l'attention au cours des astres, et bien d'autres choses encore ; en arboriculture fruitière, la multiplication végétative et la technique de la greffe, de la taille, quelle essence

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convient sur quel sol et dans quel paysage ; en viticulture, le déchaumage hivernal de la motte labourée, la plantation et la fumure des plants, la mise en place du système de palissage, la taille, etc. ; dans l'élevage, le berger itinérant avec ses troupeaux de moutons, de chèvres, de porcs et de bovins, l'élevage sélectif et l'alimentation selon le mode d'utilisation. Un chapitre entier est enfin consacré à l'apiculture et à l'élevage des abeilles. Dans l'espace culturel romain, un réseau de droits de propriété et de fermage se tisse sur les terres. Comme point de départ et de référence d'une exploitation rationnelle, émergent des domaines et des étables (élevage de chevaux), ainsi qu'une économie de provisions.

Ce qui, au fil des millénaires d'une évolution de la conscience progressive, avait afflué des Mystères sous forme de sagesse dans la configuration de la vie quotidienne, porta des fruits mûrs dans les productions artistiques : au niveau de la nature animée, avec la formation de l'animal domestique ; dans la nature vivante, avec l'élaboration des plantes cultivées ; dans la nature morte, avec la mise en forme plastique de la pierre en une apparence de vie. Avec l'extinction progressive des Mystères à l'approche du Tournant des Temps, cette source d'inspiration pour la création artistique s'éteignit également. Ce qui jadis avait été porteur de culture se figea désormais en simple héritage culturel. Dans ses Georgiques, Virgile, par la force de l'âme d'entendement ou de cœur, fait revivre une dernière fois cet héritage culturel dans la poésie.

La culture des Temps modernes

Avec le début du XVVorlage:E siècle s'ouvre la cinquième époque post-atlantéenne, dans laquelle le Je entre dans le troisième des trois membres de l'âme, dans l'âme de conscience.[44] L'être humain s'éveille à lui-même, à la conscience de soi, face au monde saisi comme une réalité objective. Il se crée d'abord un abîme en apparence infranchissable entre le fait de devenir conscient de soi et ce qui produit le monde des apparences. Mais dans son Je se connaissant lui-même, l'être humain peut trouver en lui la source spirituelle, le « Je suis » — qui d'une part se pose face au monde dans la perception, et qui d'autre part peut se relier, par la connaissance, à ce être spirituel-essentiel caché dans les apparences sensibles. Ce qui jadis afflua instinctivement dans le vécu de l'âme, il est maintenant possible de le connaître consciemment dans son être et de l'unir à la substance essentielle du Je. Ainsi est-il au pouvoir de l'âme de conscience, dans son penser et son agir, de se dépasser elle-même

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à dépasser son propre être et à prendre conscience de l'origine spirituelle de l'être humain et du monde.

L'âme de conscience se manifeste d'abord à double visage. Tournée vers le passé, elle cherche à s'appuyer sur le fondement en apparence sûr de la conceptualité générale que l'âme d'entendement ou de cœur a édifiée dans les sciences, mais elle court alors le risque, par atrophie de l'âme de cœur, de tomber dans l'intellectualisme froid, l'orgueil et l'égoïsme effréné. Mais si elle regarde en avant, dans la conscience de soi et la connaissance du monde, vers l'avenir, alors elle s'échauffe à des idées qui deviennent des idéaux — par exemple la réalisation, dans la pratique agricole, du principe de l'organisme saisi par la pensée. Elle s'efforce de transformer ce qui est passé, dans le présent, en quelque chose de futur. L'âme de conscience aspire à mettre toute force d'initiative au service de l'accomplissement de l'idée de développement. Cela signifie poser le sens artistique au fondement de tout acte. Il s'agit de vivifier par la pensée les idées venant de l'avenir et de plonger avec elles, par la volonté, dans toutes les exigences de la réalité, de telle sorte que de l'renforcement intérieur du vécu dans le Je, chaque acte devienne un acte libre, un acte artistique.

La nourriture de l'âme de conscience, ce sont des idées qui depuis l'avenir rayonnent en elle. De telles idées sont les contenus de la science spirituelle anthroposophique. L'être et la signification de ces contenus ne se révèlent qu'à travers une pensée vigoureuse. Dans une contemplation intuitive qui pense en images, ils vivifient le sentir et impulsent le vouloir. De même que la perception sensorielle, les résultats de la recherche spirituelle stimulent la pensée. Mais dans l'activité pensante consciente vit le Je, le noyau essentiel de l'être humain. Le Je peut décider librement de s'approprier les formes d'idées de la recherche spirituelle ou de demeurer dans le simple face-à-face avec le monde des apparences. L'âme de conscience ouvre la voie à une expérience des contenus de l'esprit dans la liberté. De cette expérience pleinement humaine naît une nouvelle création artistique, qui peut se révéler féconde et donc vraie dans tous les domaines de la vie — comme par exemple en médecine en tant qu'art de guérir, en pédagogie en tant qu'art de l'éducation, dans le vivre-ensemble humain en tant qu'art social, dans l'agriculture en tant qu'art de la culture du sol.

L'activité du Je dans l'âme de conscience plane pour ainsi dire entre ciel et enfer. Si elle se relâche, l'âme, s'oubliant elle-même, tombe dans des abîmes. Le mal sous sa double forme — banalisation ahrimanienne et désintérêt luciférien — prend pouvoir sur elle. Mais si le Je se renforce en lui-même, il construit un pont par-dessus l'abîme,

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en mesure de reconnaître d'autres êtres en lui-même, et il conquiert la capacité de transformer ce qui est advenu en un devenir.

L'époque de l'âme de conscience dans son déroulement jusqu'ici a conduit les hommes à la conscience de soi, a éveillé en eux le besoin de libre autodétermination, les a fait mesurer des abîmes et leur a ouvert des voies vers une véritable connaissance de l'esprit. L'humanité s'est émancipée de la nature, et — tombée en quelque sorte dans l'oubli d'elle-même — elle se pense, au mépris de sa propre origine spirituelle, comme l'œuvre d'une création purement naturelle. Elle s'est ainsi largement perdue dans la banalité d'une conception de l'être purement matérialiste et se voit menacée par une technologie qui naît précisément de cette conception. Le principe de l'organisme dans l'agriculture a été effacé par ce mode de pensée. Mais en regard de ce développement descendant, l'âme de conscience peut être embrasée par des idées tirées de la connaissance de l'être de la nature inanimée, vivante et animée. Ces impulsions d'idées ne jaillissent plus des instincts jadis conduits par l'esprit, mais sont elles-mêmes conquises par le travail. Dans l'activité du Je qui s'éveille, l'idée de développement reprend vie, et avec elle, d'une manière nouvelle, l'idée d'organisme et, dans son élargissement, l'idée d'individualité. Toutes deux réunies peuvent devenir le principe formateur d'une agriculture qui agit dans l'avenir en fondant une culture.

En quelles étapes symptomatiques cela s'est préparé jusqu'au Tournant des Temps, puis depuis lors jusqu'à l'époque moderne et ensuite encore au cours du Bewusstseinsseelen-Zeitalter, les chapitres suivants l'exposent.

Les courants culturels de l'agriculture jusqu'au tournant de l'ère

Dans l'Ancien Testament, une image mythologique renvoie à un contraste originel dans le devenir de l'humanité : Caïn et Abel. L'un, Abel, est le berger qui garde son troupeau et offre ses sacrifices d'animaux aux dieux. Dans le soin et l'entretien du monde animal qui lui est confié, il suit la volonté des puissances créatrices ; son sacrifice est agréé par les dieux. Tout autre est son demi-frère Caïn, qui travaille le champ et cultive des plantes qu'il sélectionne lui-même par sa propre intelligence et le sentiment de ses propres aptitudes. Son offrande végétale n'est pas agréée par les dieux. On désigne ici, en image originelle, le moment de genèse des deux courants polaires,

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des peuples sédentaires pratiquant l'culture des champs et des peuples nomades pasteurs. Le cultivateur fait confiance, de manière prométhéenne[45]-apollinienne, à son propre esprit d'invention ; il travaille la terre avec la charrue, il la blesse et stimule ainsi la formation du fruit des plantes, qu'il élève durablement en plantes cultivées, développant des arts de toute sorte dans lesquels il donne expression à sa conscience tournée vers l'avenir. Tout autres sont les peuples pasteurs, qui s'insèrent, dans un abandon animique épiméthéen-dionysien, dans la création donnée, cherchent à la préserver et cultivent leur conscience, tournée plutôt en arrière et attachée aux vestiges de l'ancienne clairvoyance, dans le culte des ancêtres.

Ces deux courants n'ont été absorbés dans la vie culturelle générale qu'à l'époque post-chrétienne. Pourtant ils se sont encore maintenus çà et là longtemps, dans des cultures décalées dans le temps, dans une opposition de la plus grande pureté. Un exemple tiré du vécu personnel peut l'illustrer : dans l'Afrique des années 1930, dans l'actuelle Tanzanie, au pied du Kilimandjaro, vivaient en étroite proximité spatiale et dans le respect de leurs coutumes tribales les peuples des Bantous et des Massaï. Ces derniers, un peuple hamitique, vivaient en nomades avec leurs troupeaux de zébus au sein de la nature sauvage, dans le voisinage du lion, de l'éléphant, du buffle, etc. Des bivouacs ceints de buissons épineux (les « kraals ») offraient la nuit leur protection aux hommes et aux bêtes ; la nourriture consistait en lait et en sang des zébus, ainsi qu'en racines de certaines plantes sauvages servant de compléments diététiques. Il se tenait là, le berger, un tissu jeté sur l'épaule, légèrement appuyé sur sa lance, le bouclier de cuir de buffle contre lui, de haute stature, aux traits nobles, reposant comme une colonne en plein soleil ardent, le regard grave et rêveur dirigé vers le lointain, le troupeau rassemblé autour de lui — il se tournait vers l'étranger, un salut fugitif, sinon aucune question, aucun mot. Les Massaï de ce temps rejetaient toute civilisation, toute instruction scolaire. Ils vivaient imbriqués dans la nature avec une conscience remontant à la chaîne des ancêtres.

À l'opposé de cela vivaient les Bantous en sédentaires, dans un habitat villageois lâche. Lorsqu'on approchait, les tentures de porte des cases rondes en paille et torchis s'écartaient d'un coup, jeunes et vieux se précipitaient dehors avec des visages riants, saluaient joyeusement et demandaient : qu'y a-t-il de nouveau dans le monde ? Avides d'apprendre, portés à l'imitation et habiles de leurs mains, ils sont tout entiers tournés vers les conquêtes de la civilisation. Leur nourriture était principalement composée des fruits du

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Les fruits des champs qu'ils cultivaient, dos courbé, la houe à la main, sans charrue. Du biotope naturel de la nature sauvage, autour des villages, se développait l'amorce d'un biotope culturel créé par le travail humain.

Les peuples agriculteurs et les peuples pasteurs vivaient dans une séparation stricte, spatiale et ethnique — souvent en état de guerre, ailleurs en coexistence pacifique. Dans l'ancienne Égypte, par exemple, les bergers menaient leurs troupeaux des deux côtés de la vallée du Nil, de Nubie jusqu'au delta et retour. C'est à eux que les agriculteurs du Nil empruntaient les animaux de trait pour la mise en culture des champs dans les intervalles entre les crues annuelles.

Depuis les temps de la civilisation paléo-persane, deux sous-courants se sont détachés des peuples agriculteurs : les horticulteurs et les arboriculteurs. Les premiers sélectionnaient et cultivaient des plantes potagères, des plantes médicinales et des fleurs. Le savoir artisanal et le savoir-faire se transmettaient dans le courant héréditaire, lié à la tribu et à la famille. Ainsi existait-il encore à Téhéran, jusqu'aux années 1960-70, les soi-disant Zarathoustriens, qui perpétuaient cette tradition remontant très loin dans les temps préhistoriques. Les arboriculteurs, eux, maîtrisaient la sélection, la culture et les soins des arbres fruitiers. Columella (†vers 70 apr. J.-C.) rapporte l'art de la taille des arbres fruitiers, encore transmis à Rome dans le courant des générations.[46] Ces quatre courants de la culture agrairehorticulture et arboriculture incluses — coexistaient, ou s'organisaient en établissements villageois dans une relation lâche, sans se pénétrer mutuellement en une totalité organique par un soutien réciproque. Ainsi, par exemple, les Hindous en Inde, en partie encore aujourd'hui, n'utilisent pas le fumier des animaux comme fumure dans les champs ou au jardin, mais comme combustible.

Jusqu'au Tournant des Temps, tous les éléments de la culture agraire que des millénaires avaient fait croître — culture des champs, horticulture et arboriculture fruitière ainsi que la élevage —, fruits également de la culture des Mystères, étaient pleinement préfigurés (voir figure 2, p. 66). Les hommes ne devaient-ils pas se sentir parvenus au terme d'un développement ? La langue des Gnostiques n'avait-elle pas elle aussi cessé de résonner, les autels païens n'étaient-ils pas désertés ?[47] La force inspiratrice de la culture que détenaient les Mystères — hormis des vestiges comme par exemple le culte de Mithra — ne s'était-elle pas éteinte ? Ce qui avait été leurs enseignements de sagesse ne se poursuivait plus qu'en tant que tradition, ou, chez quelques rares individus, comme héritage spirituel vivant. Où donc y avait-il encore, à la

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Tournant des Temps, une perspective de développement, un espoir en un avenir ? L'humanité était descendue pleinement dans l'existence terrestre. La conscience était essentiellement façonnée par ce que les sens et le commerce actif avec le monde physique-terrestre offraient à la saisie. Dans cet abandon de l'esprit, l'humanité s'est approchée d'un seuil et a mûri pour s'ouvrir à un impulsion de développement radicalement nouveau.

L'événement du Tournant des Temps, le Mystère du Golgotha

Les anciens Mystères avaient accompli leur mission. Un Mystère nouveau, tourné vers l'avenir, embrassant toute l'humanité, s'accomplit sur la colline du Golgotha à Jérusalem. Ce qui était jadis vénéré comme le haut être solaire, ce que les Hindous des origines nommaient Vischvakarman, ce que les Paléo-Persans sous Zarathoustra désignaient comme Ahura Mazdao, ce que les Égyptiens appelaient Osiris et ce que les premiers Grecs pouvaient reconnaître dans l'être divin d'Apollon — maintenant il est descendu sur la Terre — ainsi qu'il avait été annoncé — et s'est incarné dans le corps humain de Jésus de Nazareth comme le Christ.[48] Ainsi « toute annonce religieuse avant l'apparition du Christ Jésus était une annonce anticipée du Christ Jésus ».[49] Dans l'Ancien Testament, Moïse reçoit à la question de savoir en qui le mandate il a été envoyé, la réponse : « Dis que le ‹Je suis› t'a envoyé. »[50] La Gnose montrait la divinité du Christ, son venue dans l'esprit, mais non son apparition dans la chair.[51] Les philosophes gnostiques de la Grèce — Rudolf Steiner mentionne parmi eux Thalès, Héraclite, Empédocle — développèrent en langage conceptuel,

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ce qui avait jadis été contemplé par les Initiés. Dans leur logique conceptuelle, ils « languissaient » d'un accomplissement nouveau. Ils furent les précurseurs de l'émergence d'une philosophie du Mystère du Golgotha.[52] En temps post-chrétien, Augustin (354–430 apr. J.-C.) opposa à l'ancienne conception orthodoxe, selon laquelle les hommes de l'époque pré-chrétienne se distingueraient radicalement de ceux de l'époque post-chrétienne, ces mots : « Ce qu'on appelle aujourd'hui la religion chrétienne existait déjà chez les Anciens et ne faisait pas défaut aux commencements du genre humain ; et lorsque le Christ parut dans la chair, la vraie religion, qui existait déjà auparavant, reçut le nom de chrétienne. »[53]

L'événement du Christ, le Mystère de mort et de Résurrection, s'est accompli pour tous les hommes sur la Terre. Tel est le fait ésotérique d'un événement exotérique-ésotérique lié à un temps déterminé et à un lieu déterminé. L'humanité avait, à des degrés divers, suffisamment progressé dans le développement de son Je pour que le saint des saints caché de l'âme — le Je, le noyau essentiel de l'être de chaque homme — eût besoin d'une impulsion afin de pouvoir se trouver en lui-même et, par la connaissance de soi, se déterminer librement. Cette impulsion s'incarna lors du baptême dans le Jourdain avec la demeure du Je du Christ — l'être solaire empli d'esprit en sa plus haute perfection — dans le corps de l'homme Jésus de Nazareth. Durant trois ans, l'être divin agit dans ce corps humain élu. C'est la force de ce Je divin qui, à travers la mort sur la croix, spiritualisa le corps terrestre lié à la matière. La Résurrection dans l'esprit s'accomplit ; elle se dresse désormais comme le grand but du monde devant l'humanité. Le chemin vers ce but donne direction et contenu à tout développement vers l'avenir. En prenant conscience du « Je suis », chaque homme trouve en lui-même « le chemin, la vérité et la vie ».[54] Ce trouver signifie devoir traverser les abîmes du néant sans esprit ; mais il signifie aussi s'acquérir des fruits de l'esprit qui ressuscitent dans le corps d'éternité du Je. Progressant depuis le Mystère du Golgotha, l'humanité se voit placée dans la confrontation consciente avec le mal, avec ce qui apporte la mort, avec la puissance spirituelle qui s'oppose à tout développement. Reconnaître le mal brise sa puissance et confère au Je sa force. Ainsi prend la place de l'ancien être des Mystères

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le Mystère du Golgotha qui se poursuit et qui montre à l'homme les chemins vers l'autoéducation, vers la connaissance de son origine spirituelle et vers l'amour agissant depuis la force du « Je suis ». La notion si aisément prononcée du Tournant des Temps ne reçoit sens et signification qu'à travers ce processus historique de retournement qu'inaugure le Mystère du Golgotha. C'est seulement par cet événement propre à l'humanité entière que l'idée de développement peut s'allumer en chaque homme dans toute sa portée et indiquer la direction à la force d'initiative. Jusqu'au Tournant des Temps, c'était le courant de sagesse qui coulait des Mystères qui conduisait l'homme à l'éveil du Je. Depuis l'événement du Christ, l'âme humaine peut, par le renforcement intérieur de la pensée, transmuer cette sagesse en amour agissant — en cette force qui est capable de retourner ce qui est devenu depuis l'esprit en un devenir dans l'esprit. Cette métamorphose ne peut être pensée assez grande ni assez vaste. Elle est pleinement ouverte sur l'avenir et possède en même temps direction et but. Cela apparaît comme une contradiction, qui subsiste aussi longtemps que l'homme agit depuis l'illusion et l'égoïsme. La contradiction s'effondre sur elle-même dans la mesure où la sagesse qui est au fond de toute chose se transmue en libre autodétermination en amour. Les deux perspectives — le détournement de l'esprit ou, en libre autodétermination, le retour vers lui — marquent dans le temps post-chrétien le cours du développement de l'humanité et de son rapport à la nature, et par là le maniement du principe de l'organisme dans l'agriculture.

Le devenir du principe de l'organisme jusqu'aux Temps modernes

Dans le christianisme originel des premiers siècles, l'impulsion du Christ saisit et pénétra l'âme d'entendement ou de cœur des hommes qui y étaient réceptifs au sein de la culture gréco-latine. Le sentiment de la personnalité se remplit, dans un puissant renforcement intérieur du Je, d'une intériorité qui réchauffe. Chez les premiers chrétiens, c'était la culture de la prise de conscience de la demeure de l'impulsion du Christ dans l'âme humaine qui primait. Cette impulsion signifiait une secousse dans l'éveil du Je. Dans cet état d'âme encore germinal, la disposition quant à la manière de se tourner individuellement vers la plante et l'animal, vers la terre et le cosmos, a sans doute connu une transformation. Considérée dans son ensemble, l'agriculture a cependant poursuivi son cours habituel. Ce n'est qu'après le déclin de l'Imperium Romanum et après les flots des grandes migrations que l'impulsion chrétienne s'était si profondément incarnée en certains hommes qu'ils commencèrent à la transplanter dans la terre par le travail de leurs

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mains. Benoît de Nursie (480–547 ap. J.-C.) fut le représentant de ce développement. Sa biographie présente à cet égard des traits symptomatiques : il fuit d'abord, pendant ses années d'études, son entourage dissolu à Rome pour se réfugier dans une vie d'ermite, dans une grotte des monts Sabins. Là, dans trois ans de solitude ascétique, il reçut en soi, par une stricte discipline de l'âme, l'impulsion du Christ dans son Je reposant dans la volonté. C'est avec ce Je-volonté christifié qu'il sortit ensuite dans le monde, devint le réformateur du monachisme, fonda en 529 le monastère et l'Ordre des Bénédictins sur le Mont-Cassin — douze autres établissements suivirent de son vivant. Il fut appelé par la suite, en raison de ses accomplissements créateurs de culture, le « Père de l'Europe ». On lui doit entre autres, comme règle monastique, le principe de l'« ora et labora », du prier et travailler — cette devise à laquelle le monachisme rendit hommage à travers tout le Moyen Âge et qui l'éleva à ses hautes créations culturelles. L'« œuvre » de Benoît de Nursie, née des profondeurs les plus intimes de l'âme et encadrée dans des règles strictes, se rapportait à la transformation de la terre. De même que le Je pénètre l'homme tout entier et peut le retravailler pour un développement supérieur, Benoît réunit tout l'héritage culturel agricole de l'humanité de son temps, le retravella en une totalité supérieure et créa — en métamorphose de l'« organisme dans la croissance naturelle » qui marquait les époques de civilisation préchrétienne — le germe d'où pouvait naître l'organisme cultural agricole. Dans cet organisme, l'âme humaine christifiée commença à se forger, dans un travail inspiré par le Je et voulu par le Je, une image d'elle-même. Dans la force d'action tournée vers le monde, transformant le passé en futur, de Benoît de Nursie, nous rencontrons un représentant éminent du christianisme exotérique, créateur de formes de vie extérieures. Ce courant chrétien-exotérique avança du sud par-delà les Alpes jusqu'à la région du lac de Constance (Coire devint siège épiscopal au cinquième siècle) et y rencontra, au début du septième siècle, le courant du christianisme ésotérique, qui venait de l'Ouest, d'Irlande, et apportait le christianisme cosmique vécu purement dans l'esprit. Ce dernier devint nourriture spirituelle pour l'éveil du Je des hommes. Le représentant de ce courant est Colomban le Jeune (vers 530–615 ap. J.-C.). La légende raconte que, lorsque celui-ci, remontant le Rhin, posa le pied en l'an 610 sur l'île de Reichenau dans le lac de Constance, son premier acte fut de bannir de l'île toute la couvée de serpents sous forme de sangliers sauvages, qui se noya misérablement dans le lac. Dans cette image se cache le profond changement qui s'est accompli. On peut

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interpréter cela à peu près en ce sens : un homme comme Colomban, qui portait en lui l'impulsion du Christ dans une âme purifiée et dans une Erkraftung du Je, ne peut tolérer que règne autour de lui la sauvagerie. L'extérieur doit être amené à une consonance harmonieuse avec l'intérieur — un acte artistique. Le Je christifié, qui prend conscience de lui-même, s'élargit et saisit activement son environnement ; il se vit dans cet environnement et en prend conscience de manière animique, dans le reflet de ce vécu.

La rencontre et la compénétration des deux courants du christianisme — l'exotérique et l'ésotérique — créèrent pendant plus de 200 ans, du septième au neuvième siècle ap. J.-C., sur l'île de Reichenau, un foyer de culture rayonnant sur toute l'Europe. L'abbaye bénédictine devint l'« école des diplomates » de l'Europe, entretint des relations notamment avec la cour de Charlemagne et se trouvait en lien avec le courant du Graal. Tout autour du lac de Constance, des implantations des ordres monastiques les plus divers surgirent en grande densité. Au Haut Moyen Âge, les contrées qui entourent le lac de Constance furent appelées « le jardin de Dieu au cœur de la chrétienté ». C'est là que naquit l'image originelle du paysage culturel.

Point et périphérie

Le devenir des paysages culturels européens repose sur un impulsion éminemment chrétienne : la transformation artistique de la nature sauvage en nature cultivée selon le principe du point et de la périphérie. C'est là le principe formateur de toute formation de l'organisme — par exemple noyau cellulaire-*cytoplasme* ou *embryoblaste-trophoblaste* dans le développement embryonnaire. L'exemple de la naissance du village et de son finage permettra d'éclairer cela : si nous nous transportons dans le temps qui suit les Grandes Migrations et précède la première grande période de défrichement aux septième et huitième siècles, de vastes régions d'Europe étaient des paysages de forêts et de marécages, faiblement peuplés d'hommes qui, pour la plupart, n'avaient pas part au façonnement raffiné du corps et de l'âme comme les membres des grandes civilisations anciennes préchrétienne. Comme la puissance élémentaire de la nature, ces peuples primitifs portaient encore en eux une force indomptable, une ardeur courageuse et impétueuse, une âme non formée, combative, fortement liée aux forces du sang. Mais le Je — le noyau d'éternité de l'homme — était, comme un bourgeon qui s'ouvre au rayon de soleil, réceptif aux impulsions spirituelles qui désignent l'avenir. À cette constitution d'âme non formée et en même temps ouverte à l'esprit vint à la rencontre, solitaire à travers la sauvagerie élémentaire des paysages forestiers

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Le moine errant, portant dans une âme purifiée l'impulsion du Christ. On le voit peut-être s'arrêter près d'une source, en un lieu antique et sacré, païen ; il ouvre dans l'obscurité de la forêt une petite clairière et se construit grossièrement une chapelle, dont l'espace intérieur abrite l'autel. On voit des hommes sortir de la forêt et s'approcher, recevoir des enseignements qu'ils ressentent comme une nourriture spirituelle pour leur Je, qui éveillent en eux la volonté du Je au travail, qui font d'eux les auxiliaires de l'Unique, du moine. Ils commencent à défricher avec lui la forêt plus avant, assèchent le marécage voisin et cultivent sur la clairière désormais baignée de soleil des plantes issues de graines qu'ils reçoivent comme un bien de culture étranger des mains du moine. On voit bientôt la chapelle de bois céder la place à une construction romane en pierre qui, avec sa maçonnerie robuste et puissante et ses étroites ouvertures de fenêtres, s'abrite protégée contre les forces de la nature encore déchaînées tout alentour. Et l'on finit par s'apercevoir que des fermes paysannes et des ateliers d'artisans naissent autour de ce centre ainsi fondé et baptisé d'un nom. Le village est né, avec la chapelle ou l'église en son milieu et le finage comme périphérie.

Dans la période qui suivit, jusqu'aux IXe et Xe siècles, la formation de l'âme des hommes s'est transformée sous cet impulsion culturel qui montait. L'ardeur courageuse et impétueuse, indomptable, s'intériorisa et se métamorphosa en la force de l'âme de l'humilité. Et le Je, qui en pénétrant et ennoblissant le corps et l'âme devenait encore à de nouveaux degrés conscient de lui-même, arracha de lui-même, face à l'homme et au monde, la « question ». L'histoire de Parzival décrit ce renversement. Le jeune Parzival entre dans le monde comme un « parfait ignorant ». Avec une ardeur courageuse, il engage le combat avec chaque adversaire, sans savoir qui il est. Ce n'est qu'après le combat que vainqueur et vaincu relèvent la visière et se font connaître. L'action précédait la connaissance. L'errance de Parzival, à travers la faute, le doute et la souffrance, mène à l'éveil du Je, à la question : « Qui suis-je, que te manque-t-il ? » L'ouverture de l'âme à la question au bon endroit au bon moment élève Parzival au rang de roi du Graal, au Je qui, rempli d'esprit, se maîtrise lui-même. Tout comme dans le monde grec, l'implacabilité du destin d'Oreste ou d'Œdipe annonce la tragédie d'une époque touchant à sa fin, de même se révèle dans le cours du destin de Parzival, en métamorphose complète, le chemin d'avenir vers la libre autodétermination.

Entre les monastères, le monachisme bénédictin, et les palais royaux, la royauté, naquirent alors les communautés villageoises. En elles apparaît, sous une forme transformée et à un degré supérieur, l'ensemble de l'organisation agricole

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Héritage des époques culturelles préchrét­iennes. Au centre du finage, dominant de haut les faîtes des maisons du village, s'élève l'église avec son clocher et sa nef, un œuvre d'art au double sens du terme : vertical, le clocher s'élance vers le haut, image sculptée tournée vers l'extérieur de l'expérience intérieure du Je ; horizontal, la nef se déploie, projection de l'expérience animique en communauté. Cette mise en place d'un centre est l'œuvre de construction de l'ensemble de la communauté villageoise. Ce qui surgit là, comme l'acte de baptême d'un lieu terrestre au sein d'une nature sauvage, est le retournement complet de l'œuvre d'art achevée de l'époque préchrétienne, du temple grec. De même que celui-ci présentait sa haute esthétique vers l'extérieur, principalement dans la composition des colonnes, tandis que l'intérieur, la cella, demeure de la divinité, était soustrait au regard profane dans une clôture quasi hermétique — de même, dans la basilique romane, l'extérieur est solidement muré, les colonnes sont portées vers l'intérieur, et l'espace intérieur est ouvert à la communauté. La force artistique de l'âme de cœur de chacun au sein de la communauté villageoise était pénétrée de l'expérience imagée du christianisme populaire ésotérique agissant en profondeur, et était soutenue et portée par le christianisme institutionnel-exotérique agissant principalement dans le monachisme et la noblesse. Ces deux modes d'expérience s'unissaient et se concentraient vers l'intérieur sur le centre du finage, et créaient pour la communauté et pour l'événement cultuel à l'autel, par le moyen de la configuration artistique, une enveloppe formelle.

Mais c'était cette même force artistique qui se tournait vers la périphérie, vers le finage villageois. Ici aussi s'accomplit un retournement. Il concerne les courants du pastoralisme et du labour des champs, polaires l'un à l'autre, ainsi que les courants de l'horticulture et de l'arboriculture fruitière de l'époque préchrétienne, faiblement interconnectés et non fixés sur un centre.

Nous voyons comment maintenant les fermes paysannes se groupent autour de l'église qui forme le centre. L'ancien nomadisme ne se prolonge pas dans le christianisme. Le berger itinérant se fixe avec ses bovidés, comme c'était déjà le cas chez les Celtes et Germains semi-nomades avec leurs hameaux dispersés. Désormais les bovidés vivent sous le même toit que l'homme. L'élevage entre, à l'intérieur de la clôture du finage des champs, en relation avec la culture des champs, l'économie des prés et des pâturages. S'accomplit, sous la conduite d'un seul et même homme, l'union — que dis-je, le « mariage » — de la culture des champs et de l'élevage. L'opposition des frères ennemis Caïn et Abel est surmontée. En outre, l'horticulture s'intègre désormais, en époque postchrétienne, dans l'organisme villageois en devenir

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Abbildung 2: Metamorphose und Durchdringung der vier agrarkulturellen Strömungen im Durchgang durch das Christusmysterium. Der Weg vom Organismus im Naturwachstum zum Kulturorganismus.

Les jardins paysans viennent s'appliquer, en continuité des fermes paysannes, comme un liseré autour du village. C'est là, dans l'enclos soigneusement délimité, que se rassemble le patrimoine culturel transmis de génération en génération en espèces maraîchères, fleurs, plantes médicinales et petits fruits ; c'est là qu'était établi l'élevage des abeilles ; de là, les abeilles essaimaient dans le finage villageois environnant, assuraient la pollinisation et rapportaient le miel.

De même que l'élevage et l'horticulture se formèrent, dans le passage à travers le Tournant des Temps, en organes d'un organisme d'ordre supérieur en devenir, de même l'arboriculture fruitière. Elle vint se poser, en continuité des jardins, comme un nouveau liseré — une culture en haute tige d'une grande richesse en espèces — sous la forme de prairies fruitières autour du village. À proximité des étables, les prairies fruitières fournissaient en même temps le fourrage frais pour l'alimentation des jeunes animaux.

Au-delà des prairies fruitières, le finage villageois s'ouvrait sur la plaine cultivée, sur les prés et les pâturages, dans les bas-fonds, les prairies alluviales ou les lisières longeant ruisseaux et rivières. Ces terres enherbées, tout comme les cultures de la terre arable, s'intègrent comme organes dans l'organisme villageois, transmis par l'intermédiaire des Bénédictins. Fécondées par l'impulsion du christianisme, la culture des champs et l'élevage, l'arboriculture fruitière et l'horticulture, l'économie des prés et des pâturages, la culture des haies et la sylviculture ainsi que la gestion des eaux se réunissent pour former

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un tout, en un organisme agricole fermé sur lui-même. La «peau extérieure» de cet organisme, du côté de la forêt attenante ou des finages voisins, est marquée par des bornes ; et là où le regard se dégage librement depuis une hauteur, les clochers des villages environnants saluent de loin.

C'est par la force consciente de l'âme d'entendement ou de cœur traversée du christianisme que les éléments de l'agriculture préchrétienne se trouvent élevés à un degré de culture supérieur. Ils entrent, dans l'organisme villageois ou le domaine individuel, dans un rapport d'enrichissement mutuel. C'est l'ancienne opposition primordiale entre culture des champs et élevage qui en offre l'exemple le plus frappant. Les animaux domestiques sont accordés en espèces et en nombre à la base fourragère disponible. Ils fournissent le fumier qui, joint à l'assolement à trois soles — culture d'hiver, culture de printemps et jachère — et soutenu par le labour retournant, assure la fertilité durable autochtone du sol. Tout se tient dans un rapport d'échange réciproque, dans l'espace comme dans le temps : sur le terme de l'assolement qu'est la jachère — qui signifie une année de repos pour le sol — pousse, après un passage de herse au printemps, une végétation spontanée de plantes herbacées, graminées, trèfle, etc., qui est pâturée tout l'été par des moutons et des bovins, lesquels la fument par là même. Cette terre de parcours reçoit, avant le retournement et les semailles d'hiver à l'automne, un apport supplémentaire de fumier issu de la stabulation de l'automne-hiver précédent. La deuxième année, ce sont les céréales d'hiver qui se tiennent là en tant que pain de la terre, fournissant en même temps, pour l'essentiel, la paille de litière pour l'étable ; et, la troisième année, se tiennent en «fruit épuisant» le céréale de printemps ainsi que les légumineuses, le lin, le chanvre, etc. La plaine cultivée dans son ensemble est divisée en trois parcelles d'égale superficie environ, sur lesquelles se tiennent côte à côte les cultures qui, sur chacune des trois parcelles, se succèdent à intervalles de trois ans (figure 2). L'assolement triennal fut, jusqu'aux Temps modernes, le garant d'une fertilité du sol se renouvelant d'année en année, dépassant le niveau de la simple nature. Les prés, qui dispensaient le foin pour l'affouragement hivernal en étable et donnaient naissance ainsi au fumier pour les terres arables, furent appelés la «mère de la terre arable».

De même que des cellules vivantes, avec leur noyau et leur plasma enveloppant, se réunissent en totalités supérieures — une plante, par exemple —, ainsi les communautés villageoises en forment l'unité supérieure qu'est le paysage culturel. Tous les paysages européens ont reçu leur caractère culturel propre sous l'influence du christianisme. Ils constituent un tissu cellulaire créé par l'esprit et la main de l'homme à travers les siècles, de

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d'organismes de fermes isolées et de villages. Leur heure de naissance fut le septième au dixième siècle ; dans les paysages forestiers de l'Europe centrale, c'est le douzième siècle.

Ainsi le dorforganisme — ou, en cas d'habitat dispersé, le kirchspiel — présente-t-il un Dedans et un Dehors. Le vécu de cette polarité imprégnait le travail quotidien à l'étable et aux champs. Dans un abandon complet de l'âme de cœur, le travail formait un pont entre ce Dedans et ce Dehors. C'étaient les mêmes mains qui taillaient avec art la pierre pour la construction des églises, qui peignaient les fresques, qui créaient les fenêtres de couleur, et aussi celles qui dehors soignaient le bétail, cultivaient les champs, et façonnaient avec le même art les paysages culturels. C'était la même conscience qui saisissait la construction de l'église comme centre, la finage comme périphérie, et reliait les deux pôles par le travail, par l'«*ora et labora*», en un tout qu'était l'organisme du village. Ce que l'âme singulière, ce que toute la communauté du village vivait comme acte sacré devant l'autel, cela affluait dans le travail et lui conférait, sur la ferme et aux champs, une force d'impulsion spirituelle et le sens d'agencer avec mesure, en harmonie et en beauté, le tissu de relations de la culture des champs, de l'élevage, de l'horticulture, de l'arboriculture fruitière et de la sylviculture, ainsi que de l'économie des prés et des pâturages.

Ce que le paysan, à l'inverse, vivait dehors au printemps, en été, en automne et en hiver dans les forces élémentaires de la nature, dans le vent et les intempéries, ce que le soleil, la lune et les étoiles lui disaient — tout cela se condensait en lui, sans être «suranalysé», en sagesse dans le travail guidé par l'instinct. La richesse de ce vécu issu du travail à ciel ouvert, il la rapportait, comme bien intériorisé, à l'autel, et là il recevait à nouveau une impulsion venue de l'esprit. Ce fait d'être tissé rhythmiquement dans un vécu intérieur et extérieur dans l'esprit du christianisme, intensifié par la célébration des fêtes de l'année, formait l'être humain tout entier dans son rapport au travail, à la nature et à la communauté. Il s'inscrivait dans l'âme de l'homme tout autant que dans l'extérieur de la nature. C'est de là que se fonde sans doute la raison pour laquelle, depuis chaque lieu au sein des paysages culturels européens, parle pour un sentiment plus fin un «*spiritus loci*». À quel point se révèle en cela un reflet de l'âme du peuple — ou dans le caractère du paysage : du génie du peuple —, cela se manifeste lorsqu'on compare les nuances plus fines des créations artistiques issues des patrimoines populaires avec les paysages dans lesquels elles ont vu le jour. On peut parler en ce sens d'un type de paysage correspondant à l'âme du peuple anglais, et de même d'un type de paysages hollandais, suédois, italien, etc. Dès le haut Moyen Âge, les paysages portent

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en s'individualisant progressivement, chaque communauté villageoise reçoit l'empreinte de l'esprit du peuple qui y règne, de l'âme du peuple et du patrimoine populaire qui lui sont propres.

Les grandes invasions provoquèrent, au nord des Alpes, la chute et la destruction de toutes les cités fondées par les Romains : la nouvelle forme d'habitat qui émergea de l'attitude d'âme chrétienne du «*ora et labora*» fut le village. Ce n'est que plus tard, aux dixième et onzième siècles, que quelques communautés villageoises devinrent des villes — liées à des sièges nobles, à des monastères, à des places centrales de commerce, dotées de privilèges particuliers. Tout commença par l'établissement d'une chapelle en son centre et le défrichement d'un pan de nature sauvage alentour, suivi de la construction d'une basilique romane et de l'installation des fermes paysannes orientées vers elle, ainsi que du territoire délimité vers l'extérieur qui l'entourait. Dans la mesure où le centre — l'église, avec sa tour et sa nef — s'élevait et se déployait dans une formation plastico-artistique, dans cette même mesure la nature sauvage jadis foisonnante du finage se façonnait et s'articulait en nature cultivée. Ce développement d'harmonisation et d'ennoblissement artistiques progressifs atteignit son apogée avec l'avènement du gothique. Dans l'art roman apparaissent, à l'état germinal, dans le reflet artistique, ce qui s'est révélé peu à peu dans les hommes, en humilité et abandon, comme la nature la plus profonde du christianisme, et s'y est intériorisé. L'impulsion du Graal, issue du courant du christianisme ésotérique aux huitième et neuvième siècles, pénétra les âmes des hommes et éveilla en eux, à un haut degré, la force de l'intériorisation. Dans le gothique, de cette intimité de la vie de l'âme s'épanouit une force formatrice artistique sans précédent. La tour s'élance encore plus haut, filigranée, vers le ciel ; la longue et haute nef à plusieurs vaisseaux avec transept et chœur enveloppe un espace intérieur immense, inondé d'une lumière colorée qui s'écoule comme d'un monde supérieur à travers les scènes bibliques et les figures de saints dans les vitraux. Comment l'homme paysan a-t-il dû se vivre là-dedans, lui qui habitait au pied de l'édifice imposant dans une demeure simple, écrasée vers la terre ? Vers l'extérieur, son regard s'offrait à la nature façonnée par le travail de ses mains, dans ses formes et ses couleurs ; entrant dans l'espace intérieur du haut édifice, il percevait des formes et des couleurs d'une tout autre nature. Sa contemplation intuitive lui offrait, dans une haute formation artistique, un reflet de sa propre vie spirituelle-animique vécue dans l'âme.

Dans le gothique, la mise en forme du centre au sein du finage qui lui appartient atteint son apogée. Le pur intérieur

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Le bâtiment créé par le vécu des hommes s'élance, dans une élévation artistique, hors du paysage environnant. Les cathédrales gothiques, les dômes, les cathédrales et les églises de village, ainsi que les édifices romans qui les précèdent, n'enclosent pas un espace paysager comme le temple grec — ils sont, dans un sens supérieur, l'organe central d'un organisme total englobant la nature terrestre environnante. Cela peut vraiment frapper le regard lorsqu'on s'approche à pied, de loin, d'édifices tels que Chartres, la cathédrale de Strasbourg ou d'Ulm — en faisant abstraction de l'environnement urbain d'aujourd'hui — ou de quelque petite église de village.

Dans le gothique du haut Moyen Âge, les derniers restes d'une nature sauvage envahissante avaient été conjurés et anoblis, par un travail voulu par le Je, en un « jardin de Dieu ». Face à la profusion des sculptures dans les portails et les niches, aux entités qui semblent surgir vivantes des chapiteaux, à l'ornementation végétale qui orne en maints endroits la peau extérieure des édifices, on peut avoir l'impression que les forces formatrices vivantes, libérées de la nature environnante et purifiées en excédent, ont coulé dans le bâtiment, dans les mains sculptrices et peintres des artistes. De même que ces édifices eux-mêmes, c'est maintenant avec eux que le paysage culturel est lui aussi achevé. De même que dans le gothique les voûtes ogivales élancées vers le haut ont une clef de voûte — tandis que dans le roman c'est l'arc en plein cintre qui porte comme un tout —, le gothique forme en son entier la clef de voûte dans le développement du principe de l'organisme comme élément formateur fondamental des paysages culturels occidentaux, et en même temps la clef de voûte de l'ère de l'âme d'entendement ou de cœur.

Le principe d'organisme à l'époque moderne

De bouleversements considérables marquent le passage du seuil à l'époque moderne, à l'ère de l'âme de conscience. L'Europe commence à s'articuler en États nationaux. L'acte de la Pucelle d'Orléans (1412–1431) amorce le processus de séparation territoriale entre la France et l'Angleterre ; les navigateurs des royaumes d'Espagne et du Portugal ouvrent les routes maritimes vers des pays lointains ; c'est de la pensée abstractive que les sciences modernes tirent leur fondement ; Copernic (1473–1543) « fait tourner la Terre autour du Soleil » ; l'Église et la noblesse sombrent dans l'orthodoxie, toutes deux s'accrochant à leurs privilèges et se disputant le pouvoir ; les villes croissent, et avec elles la bourgeoisie. Les arts reflètent le plus clairement ce bouleversement de conscience, lorsque, par exemple, la peinture sur fond d'or — image de l'irruption de l'Éternel dans le temporel — cède la place à la

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perspective spatiale. L'empirisme, la contemplation intuitive des sens, entame sa marche triomphale. La paysannerie cherche à s'affranchir de l'hégémonie de l'Église et de la noblesse pour, en préservant son patrimoine populaire et le christianisme populaire inspiré de sources ésotériques, emprunter ses propres voies de libre autodétermination. S'ouvre l'ère dans laquelle l'homme se voit de plus en plus placé devant la confrontation consciente avec le Mal, dans l'opposition entre les forces qui favorisent le développement et celles qui le retardent, qui le nient.

Cette opposition se manifeste en ce qui concerne le principe de l'organisme dès le début du XVe siècle. D'un côté, nous voyons comment Espagnols et Portugais, à partir des îles Canaries depuis longtemps connues, s'aventurent avec leurs grands voiliers en cercles toujours plus larges dans l'Atlantique — et ce furent les Portugais qui, en 1425, découvrirent l'île de Madère. Elle était inhabitée et portait un manteau de forêts vierges riche en espèces, un « organisme dans la croissance naturelle » né de temps immémoriaux. Peu après, de 1426 à 1428, les premiers colons-paysans venus du Portugal mirent le feu à l'unique biotope naturel de l'île, firent venir les habitants originels des Canaries, les Guanches, les réduisirent en esclavage, les forcèrent à creuser un réseau de canaux d'irrigation et à cultiver la canne à sucre en monoculture sur toute l'île — sucre brut qui, transformé en sucre de canne, trouva comme produit d'exportation un débouché bienvenu sur le continent et surtout en Angleterre.[55] Ici, comme dans une cellule germinale, s'accomplit symptomatiquement ce qui, dans les siècles suivants, devait conduire à grande échelle dans le Nouveau Monde à la prise de possession des terres, aux défrichements massifs, à la monoculture, à l'asservissement, à la traite des esclaves et aux marchés d'exportation de denrées alimentaires — une forme précoce d'un industrialisme agraire et, en décadence, une répétition de courants évolutifs préchrétiens fondés sur la culture.

De l'autre côté, nous voyons comment, en Europe centrale surtout, les paysans luttaient pour leur liberté face à l'hégémonie de l'Église et de la noblesse et cherchaient à sauvegarder leurs acquis de culture par-delà le seuil de l'époque moderne. Des communautés villageoises qui donnaient le ton au haut Moyen Âge, des villes se cristallisèrent çà et là à partir du IXe et du Xe siècle. En leur sein se déploya, avec la bourgeoisie, avec l'introduction du droit romain et depuis le XIIIe/XIVe siècle avec la fondation des universités, une vie culturelle émancipée de la nature — autre que celle qui, dans les communautés villageoises, comme créatrice

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Abbildung 3: Die Natur- und Sozialordnung der freien wirtschaftlichen Dorfgemeinschaften.

Kraft aus dem Volkstum fortlebte. Celui-ci cherchait, dans la transition vers le Ère de l'âme de conscience, une autre voie de déploiement culturel et trouva son expression proprement mitteleuropéenne dans les «libres communautés villageoises économiques».[56] Celles-ci s'étaient affranchies de la tutelle des puissances hégémoniques et sont le fruit du développement villageois depuis la fin des Grandes Migrations.

Dans les libres communautés villageoises économiques, un ordre naturel et social de promotion mutuelle parvint brièvement à l'épanouissement au XVe siècle, depuis les forces du patrimoine populaire.

À côté de l'ordre naturel organismique déjà décrit — avec son centre et sa périphérie articulée du finage villageois —, un ordre social triarticulé s'est constitué dans sa disposition fondamentale. Sous la surface du christianisme catholique (pétrinien) historiquement saisissable vivait un christianisme populaire, dont les sources nourrissaient la vie de l'esprit que l'âme du peuple entretenait — une vie qui allait de bouche en oreille, qui se vivait en manifestation dans des récits imagés, des expériences spirituelles et des pressentiments, dans les légendes et les contes, dans la poésie et la musique populaires, etc. De cette même source jaillissait une vie juridique enracinée dans le sentiment du droit de chaque individu, qui allait non écrite de bouche en oreille et se trouvait chaque année nouvellement déterminée ou confirmée. Elle

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se comprend de soi-même que du côté des monastères, des seigneurs fonciers et des villes en plein essor, le droit romain, le droit écrit, minait de plus en plus cette disposition juridique vécue. Sur le fond d'une vie de l'esprit et d'une vie juridique issues des forces du patrimoine populaire, la vie économique se structurait instinctivement en associations.[57] Les communautés villageoises se groupaient à une telle distance autour du marché central que les charretiers pouvaient y aller et en revenir dans la même journée. Les hommes dans les villages se trouvaient entre eux et avec le marché central dans un rapport économique tel que l'échange des biens couvrait les besoins à des prix qui assuraient la subsistance des familles paysannes et artisanales jusqu'à ce que le même produit soit à nouveau disponible.

Les «libres communautés villageoises économiques» au début des Temps modernes portent en elles le germe pour la configuration de la vie sociale dans l'avenir au sens de la «Triarticulation de l'organisme social».[58] Cet épanouissement d'une spiritualité autonome et populaire de la vie sociale dans les communautés villageoises était destiné à inaugurer un développement démocratique par la base en Europe centrale, semblable à celui qui s'est constitué en Suisse. Les plus nobles de l'époque, comme par exemple Matthias Grünewald (1470–1528), Tilman Riemenschneider (1460–1531), Paracelse (1493–1541) et bien d'autres, se solidarisèrent avec les paysans. Mais s'y opposaient les forces retardatrices dans l'Église et la noblesse. Le conflit éclata dans les guerres des Paysans de 1524 à 1525. Ce qui, comme impulsion germinale de renouveau culturel, aurait pu se mettre aux côtés des villes en plein essor, fut noyé dans le sang. La Contre-Réforme fit le reste pour étouffer dans l'œuf toute aspiration ultérieure à l'indépendance. Le droit romain s'établit en maître aussi à la campagne. Le sol et le terrain devint, dans la conception juridique en vigueur, propriété de droit privé et, par là même, marchandise achetable peu à peu.

Puis cependant, vers le tournant du XVe au XVIe siècle, un impulsion réformatrice sur le plan social éclate à nouveau. L'écrit de Valentin Andreae (1586–1654) «Les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz» circule sous le manteau depuis environ 1604. Il fut publié en 1616 à Strasbourg.[59] Il se réfère à Christian Rosenkreutz (1378–1484) et à son initiation

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1459. C'est à la même époque que se constitua la «Fraternité de la Rose-Croix». Elle réunissait quelques individus isolés qui demeuraient inconnus et qui, à la différence par exemple de Paracelse (1493–1541), n'apparaissaient pas au-dehors par un enseignement, mais se mettaient dans l'ombre, par inspiration spirituelle et de manière désintéressée, au service de leurs semblables. D'autres écrits rosicruciens parurent, vraisemblablement du même auteur Valentin Andreae (1586–1654) : en 1614 la Fama Fraternitatis (adressée «aux chefs, États et savants d'Europe»), en 1615 la Confessio et en 1617 la Réforme générale et universelle du monde entier. Dans cette «Réforme générale» issue de l'esprit du rosicrucianisme, resurgissaient de l'ombre ces impulsions qui, de manière souterraine au XVe siècle, avaient posé le germe de la trimembrement de la vie sociale dans les communautés villageoises économiquement libres.

Ce que le rosicrucianisme portait d'impulsions spirituelles — saisissant également l'esprit agissant dans la nature et dans la vie sociale — et qui aurait pu se révéler décisif pour le XVIIe siècle, fut anéanti par l'immense calamité de la Guerre de Trente Ans et ses suites. Cette guerre dévasta l'Europe centrale selon la stratégie de la terre brûlée. De nombreux villages se transformèrent durablement en déserts ; la population rurale avait succombé à 40 %,[60] la population urbaine à 33 %, aux horreurs de la faim, des épidémies et des opérations de guerre. Les réserves de semences et de céréales panifiables furent pillées à maintes reprises ou détruites par l'incendie, les animaux chassés par les armées en marche, les puits empoisonnés par des carcasses d'animaux qu'on y jetait. Jusqu'à la fin du siècle, cinquante ans après la Paix de Westphalie de 1648, des famines régnaient en maints endroits. La Guerre de Trente Ans a physiquement brisé l'échine de la culture agraire traditionnelle d'Europe centrale. Beaucoup de sagesse populaire a péri, et c'est avec peine seulement que, à partir des savoirs d'expérience qui subsistaient, le principe de l'organisme put être ramené à une vie nouvelle dans les villages et les fermes isolées. Le Dottenfelderhof, par exemple, situé à dix kilomètres du centre de Francfort-sur-le-Main, rattaché comme métairie au monastère prémonté d'Ilbenstadt, fut entièrement rasé. C'est seulement en 1707 qu'eut lieu la reconstruction du bâtiment principal avec ses pièces d'habitation et son grenier à grains, et en 1742, près de cent ans après la guerre, l'ensemble des bâtiments fut rétabli comme ferme fortifiée hermétiquement close.

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Après les profondes ruptures du XVIIe siècle, le XVIIIe siècle apporta avec les Lumières un éveil aussi dans l'agriculture. Dans sa première moitié fleurit la soi-disant littérature des pères de famille, qui, dans un regard rétrospectif sur les coutumes perdues, cherchait encore à saisir l'agriculture comme un tout organismique, fondé éthiquement. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l'économie expérimentale[61] passa au premier plan. On misait sur ce qui, dans le cadre de la cohérence organismique, se révélait empiriquement raisonnable, et qui prépara ensuite le terrain pour les sciences agraires en voie d'ascension au XIXe siècle. Après la dépression durable qui suivit les désordres de la Guerre de Trente Ans, l'agriculture prit son essor au fil du XVIIIe siècle. Abstraction faite d'une pratique plus rationnelle, plus profondément pénétrée par la pensée, l'amélioration de la condition de vie fut principalement due à la «mise en valeur estivale de la jachère». Dans le cadre de l'assolement triennal encore pratiqué, les surfaces en jachère furent emblavées avec des plantes sarclées (pommes de terre) et surtout avec du trèfle. Par la culture fourragère, la fertilité du sol s'accrut, les rendements montèrent et la détresse céda la place à une modeste aisance.

Au siècle des Lumières, depuis les profondeurs cachées du rosicrucisme et d'autres courants spirituels apparentés — représenté ici par le théologien et «théosophe» Friedrich Oetinger (1702–1782)[62] — quelque chose remonta dans la conscience de la société. L'idéalisme allemand a puisé en philosophie, en poésie, en science et dans les arts à ces fonds spirituels souterrains. C'est de ces mêmes fonds que montèrent les idéaux qui se trouvaient à l'origine de la Révolution française, les appels à la liberté, à l'égalité et à la fraternité. Ce sont, en forme transformée, les mêmes qui étaient à l'œuvre dans la triarticulation des libres communautés villageoises économiques des XVe/XVIe siècles, les mêmes qui au début du XVIIe siècle impulsèrent les aspirations des Rose-Croix vers une «Réforme générale»,[63] les mêmes que Goethe (1749–1832) travailla poétiquement dans son Wilhelm Meister, dans Hermann und Dorothea et ailleurs. Ces appels, qui coulèrent à travers les siècles depuis le courant d'un savoir ésotérique, eux aussi échouèrent contre les forces

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de la restauration, elles aussi s'évanouit dans des luttes sanglantes et s'achevèrent une fois de plus sur la victoire de la restauration.

Quelle évolution la vie agricole prit-elle sur le fond de ces événements historiques ? Son fondement, le principe de l'organisme, demeura. Mais il survécut sans force d'impulsion spirituelle agissante, réduit à la tradition : les paysages culturels issus du labeur paysan durent être maintenus avec peine, au fil des siècles avançants, tout comme les édifices des églises romanes et des cathédrales gothiques qui formaient jadis avec eux une unité. D'abord, goutte à goutte, des hommes et des femmes courageux, isolés, ficelèrent leur baluchon et s'en allèrent vers les villes en plein essor. Puis, à partir du XVIIe siècle, ils suivirent en vagues migratoires l'appel de «l'air de la ville rend libre». Ils acceptèrent la perte de l'enracinement et de la paix villageoise ; ils cherchèrent à sortir de l'étroitesse et du manque de libre autodétermination que représentait la vie liée à la nature, et aspirèrent, dans l'insécurité existentielle, à la libre autodétermination dans des métiers nouveaux. Cette voie solitaire vers l'inconnu est décrite de façon exemplaire et touchant le cœur par le futur ophtalmologue et poète Jung-Stilling (1740–1812),[64] que Goethe aida plus d'une fois, par une intervention résolue, à sortir de l'indigence. De plus en plus, les villes aspirèrent les hommes hors de l'agriculture, la vie académique, les sciences de la nature connurent un épanouissement, et avec elles la mise en œuvre technique des lois reconnues de la nature anorganique. À l'orientation pleinement humaine et universelle du travail agricole, les hommes substituèrent maintenant l'immersion dans le monde industriel de la division du travail. Eux qui étaient encore tout entiers attachés à la conscience populaire, se virent, dans l'insécurité existentielle, mis au défi d'une individuation de leur conscience de soi. Du paysan naquit l'homme moderne et émancipé : le prolétaire. Celui-ci ne pouvait rien retirer du processus de division du travail, sinon son salaire : la culture humaniste de son époque n'était pas en mesure de répondre à ses questions vitales, pas plus que les sciences de la nature, qui le faisaient descendre du singe pour répondre à la question de ce qu'il était en tant qu'homme. Au fil du progrès des Temps modernes, le monde paysan s'enfonce dans une tradition liée à l'héritage, d'où ne surgit plus aucune impulsion novatrice. Cette tragédie marque le cours du développement aux XIXe et XXe siècles. Déjà l'ensemencement de la jachère en trèfle au XVIIIe siècle fut une impulsion venue du dehors qui se heurta à des résistances, non pas en dernier lieu du fait que

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la flexible économie à trois soles s'était figée sur elle-même sous l'effet de l'ordre de propriété issu du droit romain.

Un exemple de la résistance obstinée que rencontrait toute nouveauté nous est fourni, au début du XIXe siècle, par la tentative d'introduire le semoir dans la culture agraire très développée des Flandres. Cette tentative échoua d'abord ; les paysans ressentaient instinctivement cette démarche comme une intrusion dans l'entendement spirituel-moral du paysan, qui confiait la semence à la terre entrouverte d'un pas mesuré et d'un balancement rythmique, y joignant en même temps, par sa disposition d'âme et son maintien intérieur, sa bénédiction. Tout autre était le constructeur du semoir, qui, venu de la ville et regardant de l'extérieur, décomposait par abstraction le processus de semis en ses fonctions : il construisait de là une machine devant remplir les fonctions suivantes — déposer à une profondeur de sol déterminée, en une unité de temps déterminée, une quantité déterminée de semence d'une grosseur de grain déterminée, et la recouvrir de terre.

Au XIXe siècle, les sciences de la nature et la technique prirent peu à peu la direction d'une agriculture désormais coupée de ses impulsions spirituelles. Dès le début, une faculté d'agriculture après l'autre fut fondée. Au premier plan se posait la question de ce qu'on avait appelé l'«ancienne force du sol», et, partant de là, la question de la fumure. On voulait comprendre ce qui avait conféré aux sols leur fertilité durable à travers les siècles. On avait perdu de vue la totalité de l'organisme de l'agriculture et le jeu concerté de ses membres, et on cherchait des facteurs isolés. On reconnut l'importance de l'humus comme porteur de fertilité. Pour explorer expérimentalement cette question de la fertilité durable des sols, on établit en 1853 à Rothamsted, dans le Kent en Angleterre, l'essai de fumure continue. Dans une parcelle fumée au fumier de ferme, la fumure fut suspendue après quelque temps, et cinquante ans plus tard on pouvait encore constater des effets résiduels de cette ancienne fumure.[65] Cela, ainsi que les essais de longue durée effectués ultérieurement en d'autres lieux,[66] confirma que l'«ancienne force» est due pour l'essentiel à l'élevage bovin dans l'organisme de l'agriculture.

Par les recherches du chimiste Justus von Liebig (1803–1870), l'attention fut attirée, dans la question de la fumure, sur l'importance des substances singulières. De ses analyses du produit des récoltes, il conclut que les sols

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d'une ferme perdent en substances nutritives autant que ce qu'en contiennent les récoltes vendues.[67] De cette conclusion, il fonda sa théorie des engrais minéraux, selon laquelle le nutriment présent en quantité minimale détermine le rendement. Liebig, qui avait encore un pied dans l'idéalisme allemand et l'autre dans le matérialisme montant de la seconde moitié du XIXe siècle, était convaincu que la perte des substances nutritives de base liées à la terre — phosphore, potassium et autres — devait être compensée par la fumure. Il jugeait autrement, à l'encontre de l'opinion dominante, en ce qui concerne l'azote. De celui-ci, la nature elle-même devait prendre soin. Ses adversaires, partisans de la fumure azotée, prirent dans la suite le dessus sur lui. Liebig obtint une satisfaction posthume par la mise en œuvre et la confirmation de ses thèses par le paysan Schultz-Lupitz (1831–1899),[68] qui parvint, au terme de décennies d'efforts, à améliorer sensiblement le niveau de rendement des sols sableux extrêmement pauvres de Lupitz en approfondissant le profil humifère.

L'effet bénéfique des légumineuses comme précédent cultural demeura une énigme jusqu'à la fin du XIXe siècle, jusqu'à ce qu'en 1886 Hellriegel (1831–1895) publiât sa découverte des bactéries nodulaires fixatrices d'azote, vivant en symbiose avec les racines des légumineuses. Malgré ces acquis de la science et de la pratique sur la fixation de l'azote atmosphérique comme processus se déployant dans le vivant, tout le zèle se concentra sur la question de savoir comment l'azote de l'air pourrait être converti, par voie technique et en contournant le vivant, en la forme d'un sel. Car il ne s'agissait pas seulement de gagner ce plus convoité de tous les engrais pour l'agriculture, mais tout autant pour la fabrication d'explosifs. Le seul gisement mondial exploitable de sels d'azote sous forme de salpêtre de soude se trouve dans le désert d'Atacama au Chili — source lointaine et extrêmement coûteuse pour les besoins croissants du XIXe siècle.

Ainsi les sciences naturelles et la technique ont-elles, depuis le XIXe siècle, agi sur l'agriculture de l'extérieur, et sont devenues au XXe siècle le chemin frayé vers l'émancipation de l'agriculture à l'égard de ses propres idées de développement et conditions de production, et finalement la cause de son engloutissement dans l'industrialisme agraire. L'agens sur cette voie est

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l'azote, auquel succédèrent plus tard, depuis les années 1960, les herbicides de synthèse, les pesticides, les raccourcisseurs de tiges, etc., ainsi que la génétique.

Au début du XXe siècle, en Norvège, on oxydait l'azote de l'air dans des fours électriques selon le procédé Birkeland-Eyde. Il s'avéra trop coûteux. Le chimiste Fritz Haber (1868–1934) travailla de 1905 à 1910 à la BASF de Ludwigshafen-sur-le-Rhin aux fondements scientifiques de la synthèse de l'ammoniac à partir de l'azote atmosphérique ; son associé, l'ingénieur Carl Bosch, créa jusqu'en 1913 les installations industrielles à grande échelle de cette synthèse. Dans ce procédé Haber-Bosch qui porte leur nom, l'azote atmosphérique est amené à réagir avec du gaz hydrogène dans des fours catalytiques, sous une pression de 200 bars et des températures de 500 à 600 °C, en présence de catalyseurs. On voit comment l'azote de l'air, si paresseusement réactif, que les légumineuses activent de façon silencieuse et douce, dans les rythmes cosmico-terrestres de l'année solaire, dans le processus vital de la formation de protéines, est ici contraint par la force, au niveau anorganique-technique, avec une dépense d'énergie considérable et indépendamment de tout lieu et de tout temps, à entrer dans une combinaison hautement réactive. Cette invention, comme plus tard celle du déchaînement de l'énergie nucléaire, ouvre les forces de la sous-nature à l'arbitraire humain — forces dont le maniement laissera désormais des traces de destruction dans l'œuvre de la création de la nature.

La synthèse de l'ammoniac était techniquement au point précisément à la veille de l'éclatement de la Première Guerre mondiale ; elle rendit de ce fait les Puissances centrales indépendantes des importations de salpêtre du Chili, et rendit obsolète le blocus atlantique des Anglais destiné à empêcher ces importations. C'est seulement grâce à la synthèse de l'ammoniac que la Première Guerre mondiale, en tant que guerre d'artillerie et de bombardement, fut menée par les Puissances centrales dans cette ampleur dévastatrice et pendant une telle durée. Au cours de la guerre, les Alliés occidentaux disposèrent eux aussi de cette technique. Après la fin de la guerre, l'industrie de l'azote se posait la question : si la guerre est terminée, que faire de l'azote ? Vainqueurs et vaincus s'accordèrent rapidement ; on fonda le Syndicat européen de l'azote et déclara l'agriculture le nouveau marché. Avec une publicité massive et une recherche pratique lancée par l'industrie, la production d'azote passa sans rupture de la fabrication d'explosifs pour bombes et obus à la production d'engrais de synthèse pour l'agriculture. Une fois de plus se vérifia la vérité de la formule d'Héraclite, selon laquelle la guerre est «le père de toutes choses».[69] La même chose advint après

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la Première Guerre mondiale, dont la même chose advint après la Seconde Guerre mondiale, d'abord aux États-Unis, où c'est seulement après la fin de ce conflit que la fertilisation azotée pénétra massivement dans les terres. Dans les années qui suivirent, l'azote, associé aux techniques d'irrigation dans les zones arides, devint à l'échelle mondiale le moteur d'un Agrarindustrialismus produisant en monocultures.

En Europe centrale, le principe de l'organisme résista longtemps à ce développement impétueux. Friedrich Aereboe (1865–1942), le fondateur de la science moderne de la gestion agricole,[70] décrit vers 1917 une exploitation agricole comme un tout organique indissociable : « Je [...] conçois le domaine rural comme un tout organique indissociable et montre comment ce tout reçoit et doit recevoir des formes diverses sous l'influence changeante des conditions extérieures et intérieures de vie. » Il compare la «nature essentielle organique de l'économie du domaine rural» — en ce qui concerne son articulation en branches d'exploitation — avec le «corps de l'animal, qui a un cœur, des poumons, un foie et d'autres organes». De même que ces derniers — chacun selon ses tâches — se trouvent en rapport avec la totalité supérieure de l'animal, de même les différentes branches de l'agriculture se rapportent à la totalité de l'organisme du domaine. Aereboe saisit pour la première fois en des pensées claires et lumineuses le tissu de relations économiques d'un domaine rural, tel qu'il avait émergé de fonds de conscience intuitifs-instinctifs. Le tissu de relations qu'il trouvait devant lui était pour lui un fait inébranlable, qu'il s'agissait d'éclairer par la pensée et d'optimiser en conséquence sur le plan de la gestion. Le fait lui-même, la nature essentielle du tout, il ne le mettait pas en question.

Le principe de l'organisme agricole fut maintenu par les représentants de la science de la gestion agricole en Allemagne jusqu'aux années 50 du XXe siècle. Cela se fit en intégrant toutes les avancées technologiques de l'époque, notamment la «fertilisation minérale», avec une insistance particulière sur le recours ciblé aux sels d'azote de synthèse. Puis le fil rouge de la culture agraire chrétienne-occidentale se rompit définitivement. Depuis le début des années 60, le concept d'organisme agricole se perdit, et à sa place s'installa le concept de système. Celui-ci est ouvert de tous côtés et se pense comme un système de mises en réseau, sans référence à une «nature essentielle», c'est-à-dire à une totalité fondée en elle-même. Dès lors, toutes les vannes furent ouvertes à l'émiettement de l'agriculture dans l'Agrarindustrialismus. Un déclencheur essentiel en fut

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Abbildung 4: Die vierfache Zerstückelung des Betriebsorganismus in Monokultur und Massentierhaltung.

la montée en puissance des herbicides de synthèse dans les années 60. Ce sont des substances de croissance qui, en tant qu'«herbicides totaux», interviennent de manière systémique dans l'activité vitale des plantes, de sorte que celles-ci se font croître jusqu'à la mort ou dépérissent par d'autres voies physiologiques. L'usage des herbicides systémiques, suivi des fongicides et insecticides de synthèse, transforma du jour au lendemain la diversité classique de l'organisation agricole. D'une année à l'autre, une exploitation familiale pouvait doubler ses surfaces cultivées en betteraves sucrières, pommes de terre ou légumes de plein champ ou, si le marché le permettait, les multiplier à l'envi. Elle pouvait se spécialiser à sa guise sur quelques cultures seulement, voire sur une seule, et s'équiper en conséquence de façon ciblée et moins coûteuse en matériel. Dans la culture des champs et le jardinage, le rapport de conditionnement mutuel entre les trois éléments — travail du sol, assolement et fumure — se dissout. Les monocultures prirent le pouvoir sur les terres labourées. Ce qui avait grandi pendant plus d'un millénaire comme héritage culturel chrétien-occidental, dans un développement constant, de manière écologique et sociale — l'organisme des communautés villageoises et des fermes individuelles — se disloqua en entreprises spécialisées isolées, dont les besoins en capital pour l'achat de moyens de production exigeaient des chiffres d'affaires toujours plus élevés, et donc le mode de production industriel avec division du travail et formation de capital. (Figure 4).

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Déjà au cours des décennies précédentes, le centre, l'Église, avait peu à peu perdu son rôle de conduite spirituelle-morale et sociale, au profit de l'éveil à la libre autodétermination individuelle. Concomitante à l'industrialisation croissante de l'agriculture depuis les années 60 du XXe siècle, c'est cette réalité qui déclencha la dernière grande vague d'exode rural. Si aux alentours de 1800 encore 62% de la population active travaillait dans l'agriculture, 49% vers 1875, 25% vers 1950, ils ne sont plus aujourd'hui que 2%.[71] À la place du paysan apparut l'agrotechnicien, dont le point d'orientation ne se trouve plus au centre du village mais en périphérie — dans les centres de formation urbains, dans les innovations agrotechnologiques et dans les marchés suprarégionaux. Dans l'industrialisme agraire mondialement interconnecté, un puissant rempart se dresse autour de l'agriculture, un appareil d'intelligence d'un savoir de détail éclaté en domaines spécialisés. L'agriculteur devient l'«organe exécutif» d'une intelligence qui lui est étrangère et le détermine de l'extérieur. Dans le sillage de cette dépossession intellectuelle rampante, l'horticulture s'est détachée en premier des finage des villages et des fermes isolées et s'est spécialisée en monocultures sous verre — première étape du morcellement de la totalité organique. Dans la culture des champs aussi, très tôt déjà aux États-Unis, la céréaliculture s'est autonomisée, suivie de la perte de sol par érosion éolienne et hydrique. Aujourd'hui, à l'échelle mondiale et sur toute l'étendue des terres, un schéma monotone de monocultures domine l'image du paysage. En Europe centrale, cette deuxième étape du morcellement de la totalité ne s'est accomplie, après quelque résistance, que vers la fin du XXe siècle. Finalement, dans une troisième étape du morcellement, l'arboriculture fruitière perdit elle aussi sa fonction d'organe dans l'organisme agricole. Dans les années 70, des primes furent versées pour l'arrachage des vergers à hautes tiges ; aujourd'hui leur valeur écologique est de nouveau reconnue. La production toutefois se concentre dans des installations intensives en monoculture dans des zones climatiquement favorisées. Enfin, dans une quatrième étape du morcellement, c'est aussi l'élevage des animaux domestiques lié à la base fourragère de l'exploitation qui fut abandonné, avec pour conséquence d'un côté l'émergence d'exploitations sans bétail, de l'autre la concentration sur l'élevage industriel. Au terme «animal domestique» se substitua le terme «animal de rente». Cela commença avec la volaille en stabulation ou en cage à longueur d'année, suivi de l'élevage porcin concentré dans de grands ateliers d'engraissement, et enfin — qui

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— qui aurait jamais cru cela possible pour l'animal de pâturage par excellence, le bovin, l'animal domestique entre tous — le rassemblement en masse de bêtes écornées en stabulation permanente, nourries à l'ensilage ou à des mélanges de concentrés calculés pour une productivité maximale.

Ce qui s'était formé aux temps de la gnose, et plus loin encore sous la conduite des Mystères, lié à la constitution de conscience de certains peuples, dans un voisinage souple comme les quatre courants de l'élevage, de la culture des champs, du jardinage et de l'arboriculture — ce qui, sous l'action du christianisme, avait fondu en compénétration dans l'unité supérieure de l'organisme agricole — cela est retombé maintenant, dans un démembrement agnostique, dans les quatre états primordiaux.

Malgré toutes les réalisations véritablement admirables de la modernité, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ce fait : nous nous trouvons sur un amas de ruines de la culture agraire chrétienne-occidentale. L'usurpation par les méthodes de production industrielle a brisé sa force culturellement porteuse et lui a creusé la tombe depuis les années 60 du XXVorlage:E siècle. Mais toute mort recèle aussi le germe d'un nouveau devenir. Celui-ci peut être saisi lorsqu'on prend conscience des impulsions profondes du devenir dans le passé. Une parole du «Doctor Angelicus», Thomas d'Aquin (1225–1274), dit ceci : Le passé et le futur appartiennent au temps, le présent non.[72] — On peut approfondir cette parole par la pensée. Dans le présent, les deux courants du temps se rencontrent et s'annulent. Le courant du passé s'éteint dans la forme, dans l'événement sensible. Mais dans cette forme, le courant du temps venu de l'avenir s'éveille comme germe. La graine de la plante rend cela sensible. Elle porte en elle, figée dans la forme du génome, l'empreinte du passé. Cette «forme qui, vivante, se développe»,[73] contient un germe qui a la puissance de s'ouvrir au courant du temps de l'avenir. On peut ainsi dire : dans l'objectivation du paraître sensible réside le moment de mort où le temps du passé se tourne vers l'avenir. L'avenir est un passé en voie de transformation.

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Les nouveaux germes

La science spirituelle anthroposophique de Rudolf Steiner livre des connaissances sous forme d'idées qui attestent leur vérité dans la pensée puissante des vastes contextes relationnels spirituels, et qui se révèlent dans l'action comme des germes dont la croissance et la fructification rendent précisément cette vérité expérimentable comme force motrice d'un devenir toujours nouveau. Ce sont deux germes d'idées de Rudolf Steiner qui, en se rattachant au passé et en le transformant, indiquent à l'agriculture les voies vers une nouvelle fonction de porteur de culture :

Le premier de ces germes d'idées concerne la signification de l'agriculture au regard de la question sociale : La Première Guerre mondiale provoqua l'effondrement de l'ancien ordre du monde. Dans le chaos social qui s'ensuivit, Rudolf Steiner inaugura la «Triarticulation de l'organisme social». Dans ce vaste tissu d'idées, resurgit des profondeurs du devenir historique, sous une forme transformée, cet impuls qui, depuis les Temps modernes, avait poussé vers la surface au fil des siècles successifs — pour se briser ensuite contre les structures de pouvoir retardatrices et retomber dans l'obscurité. Préparé par ses «Questions fondamentales de la question sociale»,[74] Rudolf Steiner entreprit avec des hommes actifs dans la vie des démarches concrètes en vue de la refondation de la vie sociale — dans le sens :

  • d'une «Vie de l'esprit libre», qui est de façon autonome créatrice et porteuse d'initiative de toutes les impulsions spirituelles qui traversent et fécondent la vie sociale,
  • d'une vie juridique, qui est de façon autonome créatrice et garante de ce qui est de droit, dans l'égalité des rapports d'homme à homme, et qui acquiert valeur dans la forme de la loi,
  • d'une vie économique, qui agit de façon autonome et qui, sur la base contractuelle d'associations économiques consciemment organisées, prend en charge «fraternellement» la satisfaction des besoins humains.

Dans chacun de ces trois membres de la vie sociale, chaque être humain se tient, consciemment ou non. Chacun de ces trois membres reçoit sa propre réalité vitale autonome à travers ce que chaque être humain lui imprime de ses trois activités de l'âme : par son vouloir à la vie de l'esprit, par son sentir à la vie juridique et par sa pensée à la vie économique. De même que ces trois activités de l'âme, en tant que membres autonomes de l'âme, agissent les uns dans les autres

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et s'illuminent dans la conscience de soi, tenues ensemble et en interaction par la force du Je, de même les trois membres du social agissent l'un dans l'autre pour former la totalité de l'organisme social, par le biais de l'éveil de la conscience du Je de chaque être humain singulier. De ce jeu réciproque entre le vécu intérieur conscient et le façonnement vers l'extérieur naît l'art social. Ainsi la configuration de l'organisme social triarticulé est-elle la pierre de touche pour le déploiement et la manifestation de l'âme de conscience. Les efforts proprement surhumains que Rudolf Steiner déploya à partir de 1919 pour faire naître le mouvement de la Triarticulation de l'organisme social échouèrent en 1922.[75] Il prit lui-même la décision d'y mettre fin à cette première grande tentative. La cause extérieure en fut avant tout la dévaluation galopante de la monnaie ainsi que le petit nombre d'êtres humains à la hauteur de cet immense défi. Rudolf Steiner avait en outre compté sur la compréhension des prolétaires, dont beaucoup étaient tombés à la guerre — et qui furent détournés par la propagande des chefs ouvriers d'orientation communiste. Mais le germe avait été posé dans le sol du devenir historique. Il fut cultivé tout au long du XXVorlage:E siècle, partiellement dans des approches d'action concrètes, dans une continuelle transformation d'un Meurs et deviens. Mais surtout, les exposés de Rudolf Steiner sur la question sociale furent travaillés dans un sens épistémologique, dans le contexte des exigences du temps, et rendus accessibles à un public plus large. L'impulsion vers la triarticulation sociale attend encore une tentative de mise en œuvre véritablement nouvelle et décisive.

Cette nouvelle approche croît à partir du second germe d'idée qui est déposé dans le Cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner, les «Fondements de science spirituelle pour la prospérité de l'agriculture». Ce cours pour agriculteurs eut lieu à la Pentecôte 1924 au domaine de Koberwitz, près de Breslau, dans la Pologne d'aujourd'hui, deux ans après la dissolution du «Jour qui vient», l'organe du mouvement de la Triarticulation en Allemagne. À cette époque, dans l'agriculture, «l'église était encore au village» — la pratique du principe de l'organisme restait encore en grande partie intacte dans la tradition. Le mode de production agricole formait encore un contrepôle à celui de l'industrie fondé sur la division du travail.

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La question écologique et, inséparablement liée à elle, la question sociale n'étaient pas encore aiguës dans l'agriculture. Mais des signes avant-coureurs menaçants — comme les effets de la fertilisation par des sels d'azote synthétiques, la perte de la stabilité variétale et de la santé animale — avaient sensibilisé quelques paysans et agriculteurs. Depuis 1920, ils s'adressèrent à Rudolf Steiner pour lui demander de leur fournir, à partir de la science spirituelle anthroposophique, des fondements de connaissance et des indications pratiques en vue du renouvellement de l'agriculture vers l'avenir. Ce que cherchaient ceux qui posaient ces questions, c'étaient des idées, des images-vérités spirituelles qui pourraient redonner un sens au travail agricole au-delà de la simple technique de procédé et, si ces idées étaient saisies, reconstruire un pont spirituel-moral vers les choses et les êtres dans la nature et le cosmos. Le Cours aux agriculteurs contient la déposition du germe pour le développement d'une agriculture de l'avenir, dans laquelle le courant caché des impulsions de la culture agraire chrétienne-occidentale émerge à la surface de l'ère de l'âme de conscience dans une métamorphose profonde. Rudolf Steiner se rattacha directement aux questions d'êtres humains qui se tenaient dans l'ancienne culture agraire vouée à la mort et qui cherchaient des approches de son renouvellement. Il se rattacha à un passé encore tout juste existant, pour le transformer en un futur. Il en appelait ce faisant à la conscience pensante de l'être humain actif, en prise sur la pratique.

Le point de départ de la science spirituelle anthroposophique de Rudolf Steiner, c'est «l'être humain». C'est à sa nature essentielle dans le contexte du monde que se rapportent les questions: Quel est le développement à partir de son origine essentielle dans l'esprit, quels sont les contextes d'idées qui le rendent capable d'agir conformément à son être dans tous les domaines de la vie, quels sont les chemins de recherche vers la connaissance de soi et du monde dans l'avenir? Jadis, les êtres humains n'étaient pas encore aussi «malins» qu'aujourd'hui, mais en revanche sages. Ils s'éprouvaient comme un microcosme qui contient en lui-même, dans le petit, tout ce qui emplit spirituellement-essentiellement dans le grand le macrocosme. L'intellectualisme scientifique des temps modernes se place en face du monde sensible, le décompose en parties, les réfléchit en représentations et exclut ainsi celui qui questionne, pense, sent et veut — l'être humain lui-même. Le regard du chercheur spirituel, en revanche, est dirigé sur celui qui connaît, sur l'être de l'être humain. Ce qui se révèle à lui dans la connaissance suprasensible jette une vive lumière sur ce qui fonde macrocosmiquement, au sens le plus large, la nature sensible et la périphérie cosmique comme principe agissant-essentiel. Les résultats de la recherche spirituelle exposés dans le Cours aux agriculteurs se rattachent aux

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...résultats de la recherche en sciences naturelles concernant, par exemple, le monde des substances anorganiques, et en caractérisent les éléments comme les porteurs de forces formatrices spécifiques qui les élèvent, à partir de leur nature physique, vers le devenir processuel de la nature vivifiée et animée.

Ainsi le chemin méthodique du Cours aux agriculteurs est-il tracé par cette affirmation centrale : «On part de l'être humain ; l'être humain est pris comme fondement.»[76] Sous cet angle, le regard se concentre sur la conception et la configuration de l'exploitation agricole, en ces termes : «Une agriculture accomplit son être, dans le meilleur sens du mot, lorsqu'elle peut être saisie comme une sorte d'individualité en soi, une individualité véritablement fermée sur elle-même, et toute agriculture devrait en réalité s'approcher — cela ne peut pas être pleinement atteint, mais elle devrait s'approcher — de cet état qu'est celui d'être une individualité fermée sur elle-même.»[77] Il est dit encore : «Les choses ne peuvent pas être menées de façon aussi stricte, mais il faut pourtant avoir un concept de la nécessaire clôture d'une agriculture […].»[78]

Ces affirmations en appellent à la force de jugement individuelle. Dans une disposition d'âme de chercheur, l'homme actif dans l'agriculture doit s'efforcer d'élaborer, en concepts, une image-pensée de la nature essentielle du microcosme qu'est l'être humain. Cette image-pensée devient la clé d'une compréhension du macrocosme et, concrètement, d'une compréhension d'une portion de celui-ci : l'exploitation agricole. Elle fournit les idées selon lesquelles cette portion macrocosmique peut être configurée en un tout fermé sur lui-même, en un organisme, en le corps «d'une sorte d'individualité agricole». Le fondement d'idées pour cela se forme lorsque les données sinnenfällig et les données des sciences naturelles sont élevées par la pensée dans le contexte de sens que constituent les résultats de la recherche spirituelle suprasensible anthroposophique. C'est de cette saisie pensante-imageante de ce contexte de sens qu'il s'agit. En lui repose le germe d'un nouveau devenir de l'agriculture. Ce devenir se déploie sous le «soleil des idées» de l'esprit humain qui prend conscience de lui-même ; c'est lui qui guide la main agissante vers un travail empli de sens.

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La trimembrement de l'être humain et l'individualité agricole

L'organisme — avec son centre et sa périphérie — comme principe formateur fondamental de l'agriculture a grandi, depuis le septième siècle de notre ère, à partir des biotopes naturels, des «organismes dans la croissance naturelle». Il portait de lieu en lieu une empreinte tout à fait individuelle. Ce fut une croissance instinctivement inspirée, issue des peuples traversés par l'impulsion du Christ. Avec leur déclin au cours de l'Ère de l'âme de conscience, la force spirituellement impulsatrice se perdit elle aussi. La théorie de l'exploitation agricole du XXVorlage:E siècle reconnut certes le jeu concerté et sensé des différentes branches de l'exploitation formant un tout et l'appela organisme agricole. Mais la question de la nature essentielle de ce tout ne fut pas posée. Le concept était trop dépourvu de force pour pouvoir enrayer la décadence culturelle de l'agriculture. Le mouvement écologique qui se leva à partir des années 70, et avec lui l'agriculture biologique, ne parvinrent pas davantage à rendre une vie nouvelle au concept d'organisme agricole. La clé pour comprendre l'organisme ne peut être cherchée que dans l'être agissant essentiel qui le fait apparaître dans la clôture corporelle et se vit en manifestation en elle. Dans l'animal, cet être agissant est l'âme animale ; dans l'homme, l'âme spirituelle. L'âme animale est assujettie au corps ; l'âme spirituelle de l'homme a le pouvoir de s'élever de plus en plus hors de cet assujettissement, de s'en affranchir, par les trois activités de l'âme que sont penser, sentir et vouloir. Par là croît en elle la capacité de prendre conscience d'elle-même, de se saisir, dans la connaissance de soi, comme être spirituel créateur, comme le Je qui se réalise lui-même. Dans le Je, l'homme porte en lui, en tant que microcosme, le germe de l'esprit. Par là il peut non seulement se connaître lui-même et connaître la nature essentielle de son organisme corporel, mais se savoir, dans cette connaissance, en lien avec l'être essentiel qui agit de manière suprasensible dans la nature et dans le cosmos.

Sur le chemin de la discipline de l'âme spirituelle, ce germe peut se déployer en organes de l'âme. Comme les organes sensoriels s'ouvrent au monde donné par les sens, ces organes de l'âme peuvent ouvrir à la perception la réalité spirituelle-suprasensible. À partir du Je s'éveillant dans la conscience de soi, l'homme peut, à l'Ère de l'âme de conscience, reprendre conscience, en montant, de son origine spirituelle, dont il s'est détaché en descendant sur le chemin de l'éveil à la conscience de soi. Ce qui autrefois accompagnait la descente, sous forme d'enseignements de sagesse issus des Mystères, puis depuis lors

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conquis dans l'obscurité à la Zeitenwende et éteint peu à peu depuis lors, cela peut désormais être reconquis consciemment, par voie ascendante, grâce à la science de l'esprit anthroposophique accessible à tout homme. La recherche spirituelle de Rudolf Steiner fournit des résultats qui, dans tous les domaines de l'activité humaine — qu'il s'agisse du champ scientifique, artistique, religieux, médical, pédagogique, social, etc. —, et donc aussi dans le domaine de l'agriculture, ouvrent de manière germinale à l'action de nouvelles voies, transformant l'ancien.

Si l'on veut donc s'éclairer sur les contextes d'idées qui peuvent aider l'agriculture à passer de ce qui est devenu vers un nouveau devenir pour l'avenir, la voie méthodique est clairement tracée : pour parvenir à une compréhension plus profonde de la réalité de l'être que recèlent la pensée de l'organisme et la pensée de l'individualité, il faut nécessairement partir de l'homme, le microcosme. Il en résulte, à partir de la recherche spirituelle, sous forme esquissée et sous l'angle corporel-physique comme spirituel-animique, ce qui suit (Figure 5, p. 90) :[79]

Dans la contemplation intuitive de la forme humaine, ce qui frappe d'abord, c'est la polarité de la tête et des membres : la tête, forme sphérique largement close sur elle-même ; les membres, rayonnant en tous sens et saisissant le monde. Morphologiquement, c'est le principe de la forme qui domine la région céphalique — et, en polarité avec lui, physiologiquement, le principe de la substance : la région des membres et du métabolisme.

L'enveloppe de la tête est constituée pour l'essentiel des os crâniens durs, fortement minéralisés. Ils enferment la cavité crânienne, qu'emplissent le liquide céphalo-rachidien — liquide limpide comme l'eau, exempt de cellules et de protéines — et, flottant en lui, l'encéphale. Par ailleurs, les organes sensoriels au service de la conscience de veille se concentrent dans la tête. En eux, comme dans la région céphalique dans son ensemble, la vie s'efface largement devant la prépondérance du physique. Cela apparaît de façon saisissante dans la structure anatomique de l'œil — notamment avec le cristallin réfringent — ou de l'oreille, avec le tympan, la chaîne des osselets et le labyrinthe osseux. Le pôle céphalique est plus proche du pur physique, de la mort, que de la vie. Morphologiquement, la tête est une image de processus vitaux figés. L'encéphale lui-même, dans son activité physiologique en tant qu'organe de la conscience, est parcouru en sourdine par des processus de mort. Le nerf et l'encéphale, après une lésion, perdent en peu de temps toute capacité de régénération. Le processus qui les gouverne est de nature dégradante. En témoignent la haute activité respiratoire de l'encéphale et la nécessité d'une alimentation intensive en oxygène par le sang. La

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Abbildung 5: Die Wesensbeziehung von Mensch und landwirtschaftlicher Individualität. Die Dreigliederung beider in vertikaler Ausrichtung: Die Landwirtschaft ist der auf den Kopf gestellte Mensch.

l'activité dégradante aboutit physiquement à la substance inerte (CO2) et, spirituellement, en miroir d'un processus vital — l'activité de la pensée —, à la prise de conscience des pensées. La tête est le pôle de repos et le porteur de la conscience de veille, qui relie spirituellement l'être humain au monde.

À quel point l'être humain porte en sa tête le minéral-mort, ce qui est tombé hors de la vie, c'est ce que révèle également l'apparition du sable cérébral, principalement dans la glande pinéale (*Épiphyse*). Il s'agit de petites concrétions jaune citron, constituées de cristaux de calcium et de magnésium. Rudolf Steiner note à ce propos : « Tout être humain doit avoir en lui un peu de sable cérébral », non comme dépôt permanent, mais : « Ce sable cérébral doit se former, et il doit sans cesse se dissoudre à nouveau. »[80] Ce processus de formation des cristaux et de leur dissolution, Rudolf Steiner le décrit comme le fondement du conscience du Je : « Si nous ne pouvions pas nous dissoudre, nous ne pourrions pas penser, nous ne parviendrions pas à la conscience du Je. C'est dans cette dissolution que réside ce que nous appelons notre conscience du Je. »[81] C'est dans la tête que s'accomplit l'activité de la pensée.

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Pour la conscience ordinaire, le cerveau ne rend pas conscient ce processus lui-même, mais seulement son reflet — la pensée comme résultat.

Le pôle de forme de la tête, centré dans le cerveau, se différencie à travers tout l'organisme corporel en système nerveux. Dans la partie supérieure de l'être humain, il sert à la perception consciente ; dans la partie inférieure, il transmet l'activité spirituelle-animique aux processus vitaux végétatifs.

Le pôle de forme est polaire face au pôle substantiel. Celui-ci comprend, au-dessous du diaphragme, le monde des organes du métabolisme ainsi que les membres. L'activité de l'âme s'y immisce dans les processus vitaux, dirige les transformations de la matière, mobilise les forces dont la volonté peut alors disposer pour mettre en mouvement et maintenir en mouvement les membres, l'ensemble de l'activité corporelle. Tous les processus organiques qui sous-tendent le déploiement de la volonté, tous les processus de dégradation, de transformation et d'édification s'accomplissent dans une profonde inconscience, dans un état de conscience de sommeil. Ils se déroulent en partie à contresens dans la simultanéité, en partie dans la succession temporelle fluide et coulante. Par rapport à l'ordre strict et reposant en lui-même du système neuro-sensoriel, le pôle métabolique est soumis à un changement et une transformation constants ; membres inclus, tout est en mouvement ; rien ne demeure semblable un seul instant. De même que l'âme, dans le pôle céphalique, se relie spirituellement au monde par les sens, en sensations et en pensées, elle entre en relation physique avec son entourage par la nutrition et par l'activité des membres.

La révélation essentielle de la volonté, c'est le mouvement — qu'il soit spatial dans les membres, processuel dans le métabolisme, dans la croissance et la régénération, dans le flux du sang, ou encore montant doucement vers la conscience dans la respiration et, finalement, dans l'activité de la pensée.

Les processus qui règnent dans le pôle métabolique-membres traversent également, en métamorphose correspondante, tout le corps — dans la tête, par exemple, dans les sécrétions des glandes salivaires et des muqueuses, ou dans l'activité masticatoire de la mâchoire inférieure montée en articulation.

La polarité du système céphalique et du système métabolique-membres trouve son équilibre dans le système organique qui s'insère entre eux : les deux lobes pulmonaires à la respiration rythmique, le cœur au battement rythmique, et le diaphragme. Dans ses mouvements, ce dernier suit passivement le rythme respiratoire — mais il peut aussi le soutenir de manière active. Morphologiquement, le milieu rythmique s'exprime dans la succession des côtes qui ferment le thorax vers le haut en direction de la tête, tout en l'ouvrant et l'élargissant vers le bas en direction de la cavité abdominale que le diaphragme enjambe. Physiologiquement, le sang coule depuis le cœur et vers le cœur à travers tout le corps, et

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unit les deux pôles en une unité supérieure. Dans la milieu rythmique, l'être humain se vit dans le sentir ; sentant-rêvant, il plonge dans la sphère de l'inconscience, dans le vouloir ; sentant-s'éveillant, il s'élève jusqu'à la région du penser. Dans le sentir, l'être humain se vit dans le sens le plus prononcé comme cette âme-esprit particulière et nulle autre. Le rythme est la caisse de résonance du sentir. Il oscille d'un côté et de l'autre entre le repos de la tête et le mouvement du corps. Il relie repos et mouvement, et est les deux à la fois. Dans la milieu rythmique descend d'en haut la clarté de la pensée vers les profondeurs, et d'en bas répond, montant du fond obscur de la volonté, la force de l'initiative.

Dans son maintien vertical et sa triple organisation corporelle, l'être humain se tient dans le monde, pénétré de son être, comme individualité. Dans la consonance de son penser et de son vouloir dans le sentir, il se vit dans le processus du devenir conscient de soi ; il se trouve sur le chemin de la libre autodétermination. De ce vécu, la réalité de l'être de l'idée de développement s'illumine en lui — qu'on en dise davantage :

Autrefois, le principe du développement vivait instinctivement-rêveusement, caché dans les sources de la sagesse originelle, comme force agissante d'une conduite spirituelle au sein de l'humanité. Dans la progression de l'éveil vers la conscience de soi, cet héritage s'éteignit. Très jeune encore, seulement à l'époque de l'idéalisme allemand, dans les recherches de Charles Darwin (1809–1882) et d'Ernst Haeckel (1834–1919), et pleinement dans la science de l'esprit anthroposophique, le principe du développement surgit d'une façon nouvelle dans le penser. Rapporté à la triple organisation des facultés de l'âme humaine, nous le vivons aujourd'hui dans le penser avant tout comme idée prospective, dans le sentir comme impulsion joyeusement-active, et dans le vouloir comme force d'initiative portée par l'esprit. Sur les voies de cette triade, l'être humain se saisit, dans l'accomplissement spirituel de son être, comme Je, et se fait initiateur et porteur du développement vers l'avenir. Dans son aspiration à la liberté, il fait vivre en manifestation le principe du développement.

Par le fait de prendre conscience du principe du développement, l'être humain passe de la créature au créateur. Et ainsi se pose la question : est-il désormais appelé à implanter, par un vouloir libre, l'idée de développement dans le monde devenu ? Ou bien ce pouvoir créateur ne peut-il se rapporter qu'à son propre développement et au développement humain ? Doit-il laisser tout le reste derrière lui et le vouer au seul profit et à l'exploitation — à savoir les plantes, les animaux, la terre dans son ensemble, qui a eu et a une part si profonde à son propre développement ? L'éveil à la conscience écologique ne va le plus souvent que jusqu'à vouloir préserver l'œuvre de la création accomplie, achevée en elle-même,

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vc vouloir exclure l'être humain de la nature en tant que destructeur de cette œuvre de la création. Mais cette restriction signifie un arrêt du développement. C'est seulement en lien avec le développement progressif de l'être humain, et seulement par lui en tant qu'initiateur, que ce qui est devenu dans le monde peut être transformé en un nouveau devenir. L'être humain d'aujourd'hui, dont l'esprit d'invention détient, avec la fission nucléaire de l'atome, tous les moyens pour infliger le multiple «overkill» à la vie sur la terre — ne devrait-il pas être en mesure, inversement, en s'élargissant lui-même, d'implanter le principe de développement dans la terre figée en œuvre, dans la nature ? Comment peut-il rendre féconde, pour de nouveaux processus de devenir, la force du devenir qu'il porte en lui — processus qui conduiront la nature hors de son être-devenu ? Cette dernière question se tient à l'origine d'une culture agraire de l'avenir. Elle trouve d'abord sa réponse dans l'indication méthodique de Rudolf Steiner :[82] «Partir de l'être humain» et concevoir une exploitation agricole, si elle doit «accomplir son être», comme «une sorte d'individualité».

Partons un moment vers un champ et cherchons à nous représenter, dans le calme intérieur, tout ce qui se donne à la contemplation intuitive sentante et pensante — ce qui se passe au-dessus de la terre dans la lumière, l'air et la chaleur, et sous la terre dans l'obscurité des profondeurs humides et cristallines, et entre les deux dans la peau du sol vivant ; ainsi se révèle au sentir attentif la profonde parenté avec la triple organisation corporelle de l'être humain (Figure 5, p. 90).

Sous la terre, nous rencontrons le monde dur, solide, tombé hors de la vie et donc mort des roches, ainsi que l'élément eau des profondeurs. Le solide de la terre repose en quiétude, garde sa structure cristalline — qui, pendant l'été, se trouve davantage exposée aux processus d'altération vers la surface terrestre, et qui, en hiver, se vit en manifestation dans sa pure nature cristalline sous les forces formatrices de cristaux du sphère des étoiles fixes — que les Grecs nommaient le «ciel de cristal».[83] De même que le cerveau est le miroir conscientisant de l'activité pensante cachée, de même la nature cristalline des roches apparentées à la silice — quartz, silicates — reflète indirectement, tels des organes sensoriels, les forces formatrices de cristaux du périphérie cosmique le plus lointain, ainsi que les forces des planètes éloignées du soleil (Mars, Jupiter, Saturne). De manière polaire, cela vaut pour le calcaire et les roches apparentées au calcaire, qui, dans leur affinité au planétaire,

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notamment à l'action des planètes proches du soleil (Lune, Vénus, Mercure), attirent à elles leurs forces.[84] En position de médiation dans cette polarité se trouvent les minéraux argileux qui, par leur mode de dynamique inhabituel pour le règne minéral de la terre, transmettent aux deux qualités de forces — par les racines — la croissance et la formation de la forme de la plante. Ainsi regardons-nous en ce qui s'étend sous le sol dans les profondeurs : le pôle céphalique de cette «individualité agricole» qu'évoque Rudolf Steiner.

Lorsque nous cherchons à relier, dans la pensée, les indications de la science de l'esprit avec les faits saisissables par les sciences naturelles concernant le sous-sol minéral du sol, un autre phénomène encore attire l'attention sur la réalité que le pôle céphalique de l'«individualité agricole» se trouve sous la terre. De même que dans la glande pinéale la formation et la dissolution de cristaux se produit comme fondement physique de la conscience du Je, de même se forment dans la zone d'altération du sol de très fines plaquettes cristallines hexagonales. Elles cristallisent à partir des colloïdes amorphes de l'hydroxyde d'aluminium et de la silice pour donner les «minéraux argileux secondaires» — mais ces mêmes plaquettes peuvent aussi se dissoudre à nouveau dans l'état colloïdal.[85]

De manière polaire au pôle céphalique sous la terre, le «ventre»[86] de l'individualité agricole s'étend au-dessus de la terre. Là, sous l'action directe du cosmos, naît la vie — à la manière en quelque sorte d'une «digestion extérieure» de lumière, de chaleur, d'air et de vapeurs d'eau. Là, tout ce qui advient entre dans l'apparence extérieure en forme et en couleur, et tout ce qui périt ramène l'apparence dans le monde intérieur invisible. Tout est en mouvement : la plante qui pousse, l'animal qui se meut librement, l'être humain au travail ; les nuages passent, les vapeurs s'élèvent, la pluie tombe, le vent agite chaque feuille isolée, ondule à travers les céréales, la foudre zèbre et fend le chêne, le tonnerre roule, les planètes tracent leurs orbites et le soleil apporte sur la terre le jour et la nuit. Ici, au pôle métabolique de l'individualité agricole, tout est soumis à la transformation incessante. Tandis que sous la terre le spirituel-vivant, dégagé du matériel, parcourt la terre comme une activité intérieure — comme les pensées parcourent la tête —[87] au-dessus de la terre, cette vie se configure en forme et en couleur dans le matériel. Ce

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ce n'est qu'en mourant dans la forme que cette vie, saisie seulement par voie suprasensible, se régénère dans la graine.

Entre les pôles du bas et du haut s'étend horizontalement une peau d'une minceur de souffle, le sol, qui constitue le milieu germinal. Celui-ci n'a pas d'autonomie dans ses processus, comme le système rythmique de l'être humain. On ne peut donc pas dire que le sol possède un poumon, un cœur. Il est à noter, dans ce contexte, que le sol, tout comme l'eau, a ses marées et se soulève et s'abaisse en Europe centrale de 80 cm en moyenne par jour.[88] Et pourtant, le sol respire comme l'animal et l'être humain, inspirant de l'oxygène et expirant du dioxyde de carbone. Seulement, cette respiration ne procède pas d'une impulsion proprement intérieure et autonome — elle est le résultat de l'action conjuguée exogène des forces des pôles du bas et du haut dans le sol. Dans la dynamique des minéraux argileux, on peut voir une sorte de fonction cardiaque. Mais celle-ci aussi est stimulée de l'extérieur et suit un rythme impulsé par le soleil, qui règle et harmonise saisonnièrement les processus de dissolution et de fixation des substances dans le sol. On peut ainsi comprendre pourquoi Rudolf Steiner a désigné le sol comme le «diaphragme»[89] de l'individualité agricole dont il est ici question. Cette peau de diaphragme reflète dans ses fonctions l'interaction des éléments terre, eau, air et chaleur dans les rythmes de l'année solaire. Le sol cultivé se caractérise donc par le fait que, à travers les mesures aratoires et phytotechniques s'échelonnant sur des siècles — en particulier par la fumure avec du fumier bovin —, il a acquis, au-delà de la «dotation naturelle», la disposition au développement d'un organe rythmique autonome, la disposition à la «mitte» équilibrante et évolutive.

Dans la structure de profil de cet organe-diaphragme du milieu qu'est le sol, se répète en petit la verticalité triarticulée de l'individualité agricole. On trouve dans la couche arable vivifiée, le soi-disant horizon A, une couche humifère plus sombre, de structure aérée, traversée de résidus végétaux — précipité de l'activité métabolique au-dessus du sol, qui insuffle à celui-ci, par les transformations bactériennes et autres, une sorte de vie propre. Polaire à cette couche vivante, on trouve dans le sous-sol la roche en place, non altérée, morte — le pôle céphalique qui remonte dans le sol, l'horizon C. À sa limite, la roche s'expose aux

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aux forces atmosphériques qui décomposent et détruisent la structure cristalline des minéraux. Entre l'horizon A et l'horizon C s'articule l'horizon d'altération ou B, dans lequel s'accomplit la formation d'argile primaire (par altération) et secondaire (par recristallisation). L'horizon B enrichi en argile constitue le véritable membre médian dans le sol. Sa dynamique reflète les rythmes du cours de l'année : vers le bas, du côté céphalique, il retient contre la pesanteur l'eau atmosphérique vivifiée et avec elle les substances qui y sont dissoutes, vers le haut il noue des liens avec l'humus (complexe argilo-humique) et assure la continuité processuelle dans l'édification de la fertilité du sol.

L'organe-diaphragme qu'est le sol semble, mesuré aux dimensions des hauteurs qui s'étendent au-dessus de lui et des profondeurs qui se soustraient à nos regards au-dessous, n'être qu'un pur néant. Et pourtant il est un tout ! De lui jaillit la nature végétale supérieure qui constitue le fondement vital pour l'existence de l'animal et de l'homme sur la Terre. C'est la racine de la plante qui s'élance verticalement vers le bas en direction du centre de la Terre, et c'est la pousse qui, à partir du point de végétation de la plantule, s'élance verticalement vers le haut en direction du Soleil selon une succession foliaire rythmique et, enveloppée dans le processus métabolique de la lumière, de l'air et de la chaleur, prépare dans la formation de la fleur, du fruit et de la graine les substances nutritives pour l'animal et l'homme en une composition vivante. Dans la plante à fleurs et dans la nature arborescente, l'individualité agricole se crée — naturellement et seulement saisissable par l'esprit — une image-reflet. Le bâton spirituel qui relie suprasensiblement les profondeurs de la Terre aux hauteurs du Soleil, qui dans une configuration triarticulée réunit les forces de la pesanteur et de la légèreté en verticalité, s'incarne en image chaque année dans le jaillissement et la croissance des plantes.

Les plantes, et avec elles l'individualité agricole, se trouvent dans leur rapport à la trimembrement de l'être humain la tête en bas. À quel point un rapport de parenté profond y existe avec l'homme et l'animal, cela se révèle dans ce qui suit : la racine palpe, à l'instar d'un organe sensoriel de la plante, les substances des profondeurs terrestres. Lorsque le processus de fructification de la plante se déplace jusque dans la racine, comme c'est le cas par exemple pour la carotte, la racine s'épaissit et se colore en un rouge-jaune lumineux, et un goût sucré avec des arômes traverse son tissu délicat. Il se crée un aliment-fruit qui nourrit par excellence la tête, l'organisation neurosensorielle dans son ensemble (Figure 5, p. 90). Lorsqu'au contraire la plante fructifie en lien avec la formation de la graine, haut au-dessus de la Terre, comme c'est par exemple le cas des céréales, alors se crée comme aliment-fruit

une composition de substances et de forces qui nourrit l'organisation du métabolisme et des membres chez l'homme et chez l'animal. Tout ce qui, entre ces deux pôles, croît en tige et en feuille comme aliment-fruit — le chou-rave (tige), les choux de Bruxelles (bourgeon) ou les légumes-feuilles (laitue, chou, épinards, etc.) — nourrit et fortifie le milieu rythmique. Dans le Landbau biodynamique, il est d'usage courant de suivre cette règle : pour stimuler l'activité sensorielle des veaux, leur donner un pelage brillant, c'est la carotte fourragère qui aide ; pour les vaches, la betterave fourragère ; inversement, pour stimuler leur activité métabolique, les rendre vives dans le mouvement, c'est la graine de lin qu'il faut ; pour le déploiement de la force chez les chevaux, c'est «l'avoine qui pique». Tout ce qui dans le végétatif se forme en tige et en feuille — dans les herbes, l'herbe des prés, le trèfle, etc. — est la nourriture de base pour la vache laitière vivant dans un rythme strict.[90]

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L'idée de l'individualité agricole, saisissable dans l'esprit, réelle en esprit, ouvre au regard compréhensif les portes vers tous les domaines de l'agriculture ; il les rassemble en organes d'un tout essentiel — ce sera illustré à titre d'exemple dans le chapitre sur la question de la fumure. Cela exige, à la racine, un changement de sens. Le rapport dualiste de l'homme et du monde dans les sciences, qui exclut méthodiquement le spirituel-animique de l'homme qui connaît et agit moralement, peut être surmonté. C'est d'autant plus le cas lorsqu'on laisse ce grand nexus d'idées — qui se dérive de l'homme — devenir acte dans la pensée. Dans le faire se révèle sa fécondité, et par elle sa vérité.

La quadrimembrement de l'être humain et la clôture de l'organisme du domaine

L'organisme corporel de l'homme embrasse en lui-même, de manière microcosmique, tout ce qui se déploie macrocosmiquement comme le monde des règnes de la nature. Il existe là un rapport de parenté étroit, qui se révèle lorsqu'on met en relation la triple gradation de la nature — le règne de l'anorganique-physique, celui du monde végétal vivant et celui du monde animal animé — avec l'organisation corporelle de l'homme. Ainsi dans le corps humain agissent tous les substances, forces et lois qui sont à l'œuvre dans le règne minéral mort-anorganique

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Abbildung 6: Die Viergliederung des Menschen und der Organismus als Leib der Individualität.

qui constituent et que les sciences de la physique et de la chimie cherchent à élucider. Par exemple, la structure trabéculaire dans l'architecture intérieure du fémur au niveau de la transition vers l'articulation coxo-fémorale coudée est telle qu'avec un minimum de substance minérale (principalement du phosphate de calcium) on obtient un maximum de statique. Il en va de même pour les tissus de soutien, pour la construction du squelette dans son ensemble. Le corps tout entier est, dans la structure et la fonction de tous ses organes, dans leurs tissus de soutien solides et dans leur bilan hydrique et thermique, traversé et tissé d'une légalité purement physique, emplie de sagesse. Délimitée à la forme corporelle, cette légalité constitue le corps physique — le corps constituant évolutivement le plus accompli de l'être humain.[91] Il trouve son expression la plus prégnante dans la structure et la fonction du système sensoriel. L'être du corps physique est suprasensible et se révèle dans tout ce qui est visible (figure 6).

Ce qui donc apparaît dans le règne minéral, séparément, comme nature « morte », dans une organisation purement physique, se tisse fonctionnellement, dans la plante, l'animal et l'homme, avec les corps constituants supérieurs. L'un de ceux-ci est d'abord le corps éthérique, vital ou temporel, qui confère la vie au monde des plantes par les forces éthériques agissant de toutes parts depuis le cosmos. Il est en lui-même vie fluente, qui se délimite de manière suprasensible en un « corps » selon l'espèce végétale, s'appropriant spécifiquement les substances de la terre à l'encontre de la pesanteur, ainsi que

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dont il s'approprie les forces et à partir desquelles il édifie le corps physique correspondant. En tant qu'architecte du physique, le corps de vie ne se manifeste pas comme tel, mais dans les formes de la plante. C'est pourquoi, pour Goethe, la forme et sa métamorphose — par exemple dans la succession foliaire — fut le point de départ de sa recherche sur le être du vivant.

Tout ce qui, dans le règne végétal, se déploie comme nature essentielle du vivant, se trouve réuni à un degré supérieur dans le corps éthérique de l'homme et se révèle dans les fluides corporels en mouvement, le sang, la lymphe et les sécrétions du système glandulaire qui régulent tous les processus vitaux (Figure 6). Le corps éthérique est la source de la santé. Les maladies ont leur origine dans l'animique. Pour les guérir, le corps éthérique trouve un appui dans ce qui est conforme à son être d'une manière spécifique à chaque cas — et c'est le monde des plantes médicinales. Paracelse dit en substance : il n'est aucune maladie qui ne puisse être guérie par une « herbe » trouvable dans le règne végétal.[92]

De même que l'homme porte en lui, dans la structure de son corps, le règne minéral et le règne végétal transformés à un degré supérieur, de même est-il apparenté, dans son troisième corps constituant — le corps animique ou corps astral —, à l'animique déployé dans le règne animal (Figure 6). L'organisation animale s'accomplit avec l'âme animale, qui pénètre le corps physique et le corps de vie. Ce membre animique s'est fondu dans la forme et la fonction du corps animal. Ainsi chaque espèce animale s'articule-t-elle morphologiquement et physiologiquement en un intérieur et un extérieur hautement différenciés, et dispose d'un système de membres tout aussi spécifique à l'espèce, par lequel l'animal peut se mouvoir librement dans les éléments qui ont principalement déterminé sa formation. Mais c'est surtout dans le «comment et le quoi» des activités que l'animal exerce, lié à son corps, dans son milieu de vie, que s'exprime l'âme animale — ainsi le ver dans la terre, le poisson dans l'eau, l'oiseau dans l'air, l'insecte dans la chaleur. C'est en raison de cet animique du l'animal lié à l'activité organique que Goethe put dire : « L'animal est instruit par ses organes. L'homme instruit les siens et les gouverne. »[93] Le corps animique ou corps astral est la source de la conscience ; sa base physique est l'organisation des nerfs et des sens.

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Chez l'homme aussi, une part de l'animique vit submergée dans les processus vitaux — ainsi les pulsions, les désirs et les passions, les sensations de faim et de soif, etc. Dans sa partie libre du corps, l'âme vit en elle-même et prend conscience de son vécu purement animique : ce qu'elle ressent comme vrai, beau et bon, et aussi ce qu'elle éprouve comme la puissance de l'égarement vers le mal. C'est par ce membre animique qui se libère du corps que l'homme s'élève au-dessus de l'assujettissement à la nature.

Dans la vie animique consciente, l'homme se sent pénétré de quelque chose qui ne se révèle à lui, sur le chemin de la connaissance de soi, que comme sa nature essentielle la plus propre, comme son Je (Figure 6, p. 98). La base physique de l'action du Je dans le corps — l'organisation du Je — c'est le sang. « Le sang est l'organe central de l'organisme ».[94] C'est cette jéité de l'homme, reposant en elle-même, qui détient la puissance et la force de rayonner à travers les trois corps constituants décrits, de les transformer et de les individualiser. Elle imprime l'organisation du Je au corps animique, au corps de vie et au corps physique. Dans cette activité du Je — cette transformation et assimilation des corps constituants à la hauteur de son être spirituel — réside la source de tout développement futur de l'homme et de la Terre.

De même que la triple organisation, la quadruple organisation conduit à saisir le concept d'individualité. C'est dans la dotation en Je de l'homme que ce concept s'accomplit. Le concept d'organisme, en revanche — celui d'un être clos en lui-même —, est déjà accompli dans le règne animal, mais non dans la plante simplement douée de vie. Celle-ci ne se présenterait comme organisme complet que si l'on ajoutait par la pensée à la pousse la terre dans laquelle elle s'enracine, et à la feuille et à la fleur la périphérie cosmique dans laquelle elle se déploie.

Le concept d'organisme s'accomplit lorsqu'on s'efforce de penser comme un tout l'action conjuguée des trois corps constituants — corps physique, corps de vie ou corps éthérique, corps animique ou corps astral. Ce que la connaissance suprasensible seule ouvre au penser comme réalité, la contemplation intuitive de l'animal peut l'enseigner. C'est seulement avec la dotation d'un corps astral — c'est-à-dire d'un animique pénétrant la substance terrestre, comme c'est le cas dans toute l'animalité — qu'apparaît un dehors et un dedans : « Dans le corps astral, la configuration animale se constitue vers l'extérieur comme forme totale et vers l'intérieur comme configuration des organes […] Lorsque cette configuration est menée à son terme, l'animalité prend forme. »[95]

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Par cette caractérisation se trouve donné la clé d'une mise en forme approfondie, imagée et pensante du concept d'organisme — ou de «clôture sur soi». Au regard de l'agriculture, ce concept ouvre la possibilité de laisser naître à nouveau une exploitation agricole à partir de la force de l'âme de conscience et dans une métamorphose consciente du passé. S'arrêter là ne serait qu'une répétition — certes consciente — de ce que fut jadis la configuration périphérique du domaine et du finage. Mais qu'en est-il de la métamorphose de l'ancien centre spirituel, l'église ? Ce centre se déplace, dans le mouvement de la prise de conscience de soi, dans l'homme lui-même. Il lui faut apprendre, en s'affranchissant par la force de son individualité-du-Je, à éveiller créativement les impulsions morales qui guident son travail de telle manière que la situation propre au domaine, donnée macrocosmiquement, se développe en son être essentiel vers l'«individualité agricole». De même que le trimembrement de l'être humain oriente le regard vers l'articulation verticale du domaine, vers l'axe Terre-Soleil, le quadrimembrement, lui, oriente vers l'orientation horizontale et surfacique du finage, du corps de cette individualité. Le premier ouvre la saisie spirituelle de l'individualité agricole ; le second, les voies de la pratique, de sa mise en œuvre, de son accomplissement essentiel.

Le tableau du quadrimembrement de l'individualité agricole

L'organisation physique

Dès ses origines au haut Moyen Âge, le finage d'un village ou d'un domaine isolé en configuration dispersée formait une unité de surface arrondie. C'est le lieu où les actions des forces et les substances du cosmos et de la Terre s'interpénètrent de manière chaque fois spécifique et se donnent à voir dans le tableau de la nature cultivée.

Le fondement physique est constitué par le rapport relationnel — se transformant dans les rythmes du cours de l'année — des «éléments» : Terre, Eau, Air et Chaleur (Figure 7, p. 102).

Le fondement cristallin et terreux-solide du finage s'édifie à partir des formations rocheuses de la croûte terrestre. Celles-ci affleurent à la limite de la périphérie aérienne dans un relief aux formes multiples — vallées et hauteurs, expositions

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Abbildung 7: Die physische Organisation oder der physische Leib des landwirtschaftlichen Organismus.

selon les points cardinaux, etc. —, qui à son tour modifie le jeu rythmique des quatre éléments. La configuration de surface d'un finage quelconque dit ainsi quelque chose de son histoire terrestre et paysagère. Par l'altération — c'est-à-dire l'action des éléments Eau, Air et Chaleur sur l'élément du terreux-solide —, naît l'armature minérale du sol, qui se compose, selon la roche-mère, de grains plus fins ou plus grossiers de quartz-silice et de ses parents silicatés, de calcaire et de ses apparentés, ainsi que d'argiles. Cette composition purement minérale se révèle d'autant plus significative pour la fertilité du sol qu'elle est plus équilibrée et plus profondément développée.

L'élément de l'Eau imprègne le sol de manières multiples. Il se présente tantôt à l'état colloïdal lié aux minéraux argileux les plus fins, tantôt sous forme de couches d'hydratation autour des particules du sol, tantôt comme eau des pores, tantôt comme eau de percolation et eau souterraine. Détaché de l'élément terrestre, il révèle sa nature cohérente et mobile en elle-même dans la goutte de pluie, dans les cours d'eau, les étangs et les lacs. Par le chemin de l'évaporation, il devient finalement un avec

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l'élément de l'Air, se forme en gouttelettes très fines dans le brouillard, en gouttelettes plus grossières dans les nuages, se libère enfin dans la pluie ruisselante du périphérie aérienne pour s'unir à nouveau avec l'élément terrestre. Tout domaine peut s'estimer heureux quand le finage borde un cours d'eau ou un lac, ou est traversé par un ruisseau, alimenté peut-être par une source, ou lorsqu'il abrite un biotope humide à nappe phréatique élevée ou un étang. Comme le relief, le régime hydrique est ce qui, selon la quantité et la répartition des précipitations dans le cours de l'année, confère au finage de la ferme ou du village un caractère individuel inimitable.

L'élément de l'Air repose tantôt immobile au-dessus du finage, tantôt le parcourt doucement, tantôt en tempête sur les terres. Comme les précipitations déjà, et bien plus encore, ce sont les courants atmosphériques du vent et du temps qu'il fait, qui embrassent pays et mers, mais en tout lieu de la terre où des obstacles barrent le chemin — qu'il s'agisse d'une ligne de hauteurs, d'arbres, de haies, etc. — se tourbillonnent, s'atténuent ou sont même ramenés au repos. C'est surtout la couche d'air proche du sol qui persiste plus longtemps sous le couvert végétal et se trouve en échange constant avec l'air du sol, séjournant tantôt plus, tantôt moins longtemps dans les interstices et les pores du sol superficiel. Le caractère purement physique, inorganiquement mort, de l'élément de l'Air se manifeste dans sa composition substantielle. Les constituants principaux, l'oxygène et l'azote — des substances hautement actives dans le vivant — contractent dans l'air extérieur des liaisons avec eux-mêmes et sont donc, à un degré extrême, peu réactifs. Autre chose dans l'élément de l'Air dans le sol. Là, il entre en relation avec les éléments Terre et Eau et s'anime jusqu'à sa pleine puissance réactive, contractant de nouvelles liaisons. Une autre façon d'apparaître de l'air en mouvement est la pression qu'il exerce lorsqu'en vent et en tempête il soulève l'eau en vagues, fait onduler les céréales, trembler les feuilles du peuplier et s'abattre des forêts entières.

La Chaleur apparaît comme élément à l'état le plus pur dans la chaleur rayonnante. Mais en général elle se révèle indirectement par les éléments Terre, Eau et Air et en eux. Elle confère à chacun d'eux sa dynamique propre dans le devenir processuel. C'est seulement par la Chaleur que se révèlent leurs propriétés physiques spécifiques respectives. Son absence en hiver laisse le sol geler, se figer en l'élément du terreux-solide ; dans la chaleur de l'été, elle prend le dessus avec l'Air ; au printemps, elle pénètre ses éléments frères, éveille leur dynamique mutuelle, vivifie les sols et les rend réceptifs aux semailles ; à l'automne également, mais alors elle se dégage contre l'hiver de ce contexte, et chacun des éléments entre dans son être propre. Selon l'exposition

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de l'exposition du relief au soleil — versant sud, versant nord — résultent dans le finage des emplacements plus chauds ou plus froids ; haies d'arbres, vergers épars, îlots forestiers etc. assurent à petite échelle un bilan thermique équilibré.

Par la Chaleur naissent des rapports de forces entre les éléments. Ce tissu de relations physico-anorganique change d'un lieu à l'autre. Mais plus l'aménagement du domaine fait valoir, dans un rapprochement plein d'art, le principe de l'organisme, plus l'événement élémentaire se referme en un tout individuel. Il se forme une composition des lois physiques, des forces et des substances agissant dans les quatre éléments, composition conforme au type du lieu. Cette composition peut être appelée l'organisation physique de l'«individualité agricole», par analogie avec le «corps physique» de l'être humain. Cette organisation physique du finage de la ferme ou du village est de nature essentielle suprasensible. Elle apparaît sensiblement dans le monde substantiel figé en forme d'un lieu donné et est, en tant que telle, donnée d'avance de manière évolutive à partir du passé. Elle fournit les faits que l'agriculteur doit connaître quant à la structure géologique, aux types de sol, aux conditions hydrogéologiques ainsi que micro- et macroclimatiques — bien plus encore : avec lesquels il doit, pour une pratique compétente, faire corps. Les possibilités d'optimiser, dans ce monde de faits prédonné, l'interaction des quatre éléments au profit des cultures se limitent à des interventions dans la peau la plus extérieure de la croûte terrestre, dans les sols, l'«organe-diaphragme» entre les «hauteurs» et les «profondeurs» du paysage. Il s'agit là de l'exercice de l'art du travail du sol, du drainage et de l'irrigation, de l'assèchement, de la mise en terrasses, de l'endiguement ainsi que de la protection contre le vent, etc.

La vie du sol — organisation vitale

Comme la plante, l'animal et l'être humain, l'organisme agricole — que l'on peut comprendre comme le corps de l'«individualité agricole» — possède une organisation vitale, un «corps éthérique ou de vie», qui s'intègre un «corps physique» conforme à sa nature essentielle (Figure 8, p. 106). On est tenté d'identifier ce corps de vie avec la somme de la vie qui jaillit chaque année dans la croissance végétale. Mais que devient cette vie qui se manifeste dans les formes des plantes lorsque celles-ci jettent leurs feuilles en automne ou meurent entièrement ? On pourrait répondre : la vie se retire dans la graine, dans l'humus ou dans le cambium. Mais ces formes ne sont elles-mêmes que des manifestations du vivant

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dans le courant du naître et du périr. La vie elle-même est suprasensible. L'organisation des forces formatrices éthériques du domaine traverse, dans le rythme de l'année solaire, des états alternés de son apparition sensorielle. De l'automne jusqu'au cœur de l'hiver, elle vit retirée dans la terre en une activité purement spirituelle, «dans le pôle céphalique de l'individualité agricole». Dans le jaillissement et la maturation des plantes, du printemps jusqu'à l'été, elle s'élève dans le «ventre de l'individualité agricole». Elle s'imprime dans la vie de chaque forme végétale en train de s'élaborer et dans ses compositions de substances — en racine, tige, feuille et fleur —, puis se dissout à nouveau quand les plantes meurent à l'approche de l'automne.

Le corps éthérique ou de vie de l'individualité agricole se révèle, dans l'année montante, dans la somme des manifestations vitales ; il disparaît à nouveau dans l'année descendante et n'est plus alors perceptible qu'au regard spirituel ouvert. La discontinuité n'est qu'apparente.

Tout vivant se trouve essentiellement en relation avec les éléments. Plus la terre, l'eau, l'air et la chaleur se trouvent en équilibre les uns par rapport aux autres, plus la vie peut se manifester dans sa diversité. Ce fait s'exprime clairement dans l'opposition entre la forêt tropicale pluviale et le désert de sable. Dans le premier cas, la diversité des espèces végétales, rassemblées dans le plus petit espace, atteint un maximum — dans la forêt vierge tropicale du Brésil, par exemple, jusqu'à plus de cent espèces d'arbres par hectare —, dans le second cas, la croissance végétale est clairsemée ou nulle.

À la base de tout vivant se trouve une organisation vitale, composée d'une multiplicité de forces formatrices qui rayonnent avec la lumière du soleil. En elle, en tant que totalité, s'accomplissent, dans une alternance mutuellement stimulante, les processus vitaux ; ils sont auteurs et porteurs de la santé. L'autorégulation et la durabilité d'un biotope naturel en témoignent. L'organisation vitale d'un organisme agricole est donc d'autant plus saine que cette organisation est configurée de manière plus polyvalente en accord avec les facteurs du lieu. Créer cet état de santé durable est la tâche culturelle permanente de l'être humain. De celle-ci dépend la constellation des forces formatrices du vivant, selon laquelle la plante cultivée peut se configurer conformément à son type. C'est sur cette constellation des forces formatrices propre au domaine que reposent la qualité nourricière des fruits alimentaires et la force curative des plantes médicinales, de même que la qualité de l'humus, de la fertilité du sol dans son ensemble. Chaque espèce végétale contribue ainsi à ce que, de la plénitude des forces de la périphérie cosmique, se forme une organisation vitale propre à l'organisme du domaine ou du village, qui, à l'égard de l'organisation physique, en est l'architecte formatrice

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Abbildung 8: Die Lebensorganisation oder der Lebensleib des landwirtschaftlichen Organismus.

est subordonné. Elle est porteur de l'activité vitale qui, dans les formes des plantes, devient image perceptible — mais qui se vit en manifestation suprasensible comme un «corps du temps ou des forces formatrices» agissant dans la durée. En tout vivant, il est le porteur du développement. C'est à ce devenir lié au temps que le concept de «biodynamique» entend faire signe.

La nature s'organise en diversité selon la nécessité de sa légalité propre ; dans l'organisme agricole, cette tâche incombe au génie artistique de l'être humain. En configurant consciemment l'organisation éthérique d'un finage de ferme ou de village, l'agriculteur devient — comme ce fut jadis le cas dans l'ancien monde paysan — créateur de la Kulturlandschaft sous une forme nouvelle. Par la culture des plantes cultivées, il détruit certes la nature sauvage qui avait crû librement, mais il la rebâtit en nature cultivée. Tandis que sur le plan physique les bornes de sa force formatrice sont étroites, il est, pour ce qui est de la configuration de l'organisation vitale de l'organisme du domaine, appelé à la maîtrise artistique la plus haute. Il doit chercher à surmonter — par le moyen de l'art — la contradiction entre l'unilatéralité dans la culture et la polyvalence comme principe d'une vie saine.

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Il doit, à partir de l'expérience idéelle de l'ensemble de l'organisme agricole, saisir les mesures qui transforment le biotope naturel en biotope culturel. Dans une recréation consciente, l'organisme de l'agriculture doit être extrait plastiquement des étendues dévastées des monocultures — à la manière d'une cellule originelle. Pour ce qui est de l'élaboration savante de l'organisation vitale propre au domaine individuel, les mesures suivantes entrent en considération (Abbildung 8, p. 106) :

L'assolement dans les grandes cultures et le maraîchage :

Les terres arables disponibles sont réparties de telle sorte que les différentes céréales, plantes sarclées et plantes fourragères — dans le maraîchage, les différentes espèces légumières —, qui se trouvent côte à côte sur autant de parcelles au cours d'une même année, se succèdent sur une seule et même parcelle dans les années suivantes. L'art consiste alors à faire se succéder les différentes plantes des champs — en distinguant celles qui augmentent l'humus et celles qui l'épuisent, les plantes à enracinement superficiel et celles à enracinement profond, les exigeantes en fumure et les moins demandeuses — de façon à éviter les maladies, à favoriser la vigueur de croissance et la fructification (qualité nourricière) et, dans l'ensemble, à maintenir voire à améliorer la fertilité du sol. Il importe tout particulièrement que les semences soient conservées au sein de la ferme, c'est-à-dire qu'elles proviennent de la propre multiplication ou d'un travail de sélection conduit sur place. La culture des champs travaille avant tout avec les forces du cosmos, qui agissent indirectement de bas en haut sur la croissance végétale à travers la terre — la silice et le calcaire, et par médiation de l'argile. Cela s'exprime tout particulièrement dans la culture des céréales, où, par comparaison avec le graminée sauvage, la plante entière — dans le chaume, la feuille et le grain — est traversée par le processus de fructification.[96]

La réintégration du maraîchage dans l'organisme de la ferme et du village :

Elle s'accomplit en partie par l'enrichissement de la rotation des cultures des champs grâce à la culture légumière de plein champ, en partie par la culture de légumes fins, de fleurs et de plantes aromatiques dans un périmètre clos, ainsi que par les cultures sous verre. C'est aussi à proximité de la ferme que se trouve le rucher. L'intégration d'un maraîchage diversifié assure la floraison et la fructification du début du printemps jusqu'à l'arrière-automne. Complétée par des bandes fleuries dans la culture des champs, la diversité des espèces de la flore annuelle s'enrichit ainsi dans une large mesure jusqu'aux limites du finage.[97]

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La réintégration de l'arboriculture fruitière dans l'organisme de la ferme et du village :

Les hautes tiges, dans la plus grande diversité des espèces possible, trouvent leur emplacement le long des chemins champêtres, des limites de champs, sur des versants en terrasses ou dans des prés fruitiers proches de la ferme. L'effet bienfaisant de la culture fruitière arborée — qui enrichit l'image du paysage à travers toutes les saisons — devrait pénétrer l'ensemble du finage de la ferme et du village. Les vergers intensifs en demi-tiges et basses tiges devraient se trouver dans une proportion mesurée par rapport aux autres cultures.

L'intégration et la préservation des prés et des pâturages :

Ils trouvent leur emplacement dans les régions à forte pluviométrie, sur les versants exposés à l'érosion et sur les parcours secs ou peu profonds qui ne peuvent être exploités qu'extensivement, mais surtout là où la nappe phréatique affleure près de la surface — des deux côtés le long des ruisseaux et des cours d'eau, dans les dépressions, aux creux tourbeux, ou en marais bas. Le retournement des prairies permanentes par drainage ou abaissement de la nappe phréatique — notamment pour la culture du maïs — devrait être évité dans toute la mesure du possible. La prairie permanente résiste aux inondations et agit, en tant que culture durable, comme filtre purificateur sur les eaux souterraines qui se déversent dans le cours d'eau récepteur — en particulier grâce aux longues racines absorbantes des graminées. Elle soustrait à ces eaux le nitrate provenant des zones d'agriculture arable plus éloignées. La prairie permanente se trouve, du fait du pâturage et de la fauche à foin, en état de croissance végétative constante. Elle a donc besoin de beaucoup d'eau — ou plus précisément : des forces formatrices éthériques qui agissent à travers l'élément de l'eau ; une eau, donc, qui est exposée à l'action des forces du pôle métabolique de l'individualité agricole. C'est le cas lorsque l'eau affleure près de la surface (à 40 cm sous le niveau du sol), ou dans les prairies artificielles, ou encore dans la culture irriguée en « culture en pente ».

La forme accomplie des prairies artificielles se trouvait encore jusqu'au milieu du XXe siècle dans les paysages de moyenne montagne. L'auteur put admirer, dans la Rhön, peu avant la destruction de ces édifices ingénieux, les derniers vestiges des prairies à buttes — les Buckelwiesen. Les établir, les « fumer » avec une eau claire, les entretenir, les faucher en foin et rapporter ce foin sur les épaules dans de grandes toiles : c'était là un travail manuel exigeant, exclusivement. On était récompensé par jusqu'à cinq coupes de foin par an. Depuis un bief de moulin situé plus haut sur le flanc du vallon, on construisait vers le bas, l'un à côté de l'autre, des monticules de terre aux flancs en forme de toit. Sur le faîte de ces toits de buttes courait, à angle droit depuis le bief, une saignée étroite — moins large qu'un fer de bêche — avec une pente nulle. Au moment de l'irrigation, selon les phases de la lune, l'eau coulait à large surface des deux côtés par-dessus le bord de la saignée, ruisselait

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rapidement à travers le gazon et se rassemblait dans la gouttière du toit entre deux buttes. Celle-ci se prolongeait et devenait le faîte de la rangée suivante de toits de buttes s'échelonnant vers le bas de la vallée — et ainsi de suite, degré après degré, jusqu'au fond du vallon.

Dans cet art de l'irrigation, il ne s'agissait pas au premier chef d'imbiber le sous-sol, mais du mouvement perlant et rapide d'une eau généralement pauvre en minéraux et surtout en azote à travers le gazon. On peut supposer que l'eau exerce ici un effet fertilisant. Par l'absorption d'oxygène de l'eau en mouvement et ruisselante — l'oxygène comme porteur de la vie[98] — l'eau semble vivifier la croissance des graminées et des plantes herbacées de telle sorte que sur ces sols le plus souvent pauvres en minéraux, des rendements maximaux ont été obtenus, tant en qualité qu'en quantité.

Les prairies artificielles en tant qu'élément formateur et vivificateur du paysage, sous la forme des prairies en terrasses ou à buttes, ont été sacrifiées à l'ère technologique. Cette branche d'un art de la culture du sol autrefois élevé n'avait plus de raison d'être.

La plantation de haies, de bosquets et d'îlots d'arbres :

C'est ici l'occasion d'attribuer leur place, dans le finage, à toutes les essences ligneuses — arbustes et arbres — indigènes de l'environnement paysager, en haies et en bosquets, et de créer ainsi dans la plaine cultivée des zones protégées dotées d'un microclimat propre, laissant le finage lui-même devenir un maillon harmonieusement marquant de la Kulturlandschaft. Dans les paysages ouverts, ces plantations font office en quelque sorte de substitut forestier. La plus grande densité floristique et à la fois faunistique de la Kulturlandschaft se trouve dans les lisières forestières, ces zones de transition et simultanément de compénétration entre la plaine cultivée et la forêt. Là s'édifient en étages superposés une flore riche en espèces de graminées et de plantes herbacées, puis le taillis bas et haut, et enfin les hautes couronnes d'arbres aux larges ramures. La même structure et la même fonction écologique sont celles des haies. Elles constituent, de chaque côté de la plaine du finage, deux lisières forestières pour ainsi dire accolées l'une à l'autre et entremêlées, comme le sont aussi les bosquets et les îlots d'arbres.

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La forêt :

Elle doit être considérée avec l'agriculture comme un tout. Oui, à strictement parler, elle appartient à l'agriculture, comme tous les organes fonctionnels de la Lebensorganisation mentionnés plus haut. La forêt entoure souvent les finages de la ferme et du village, elle les relie et les met en réseau. Elle remplit au sein des Kulturlandschaften une fonction supérieure et vivifiante. À cela s'ajoute son action régulatrice du climat, et elle préserve et imprime à travers le temps, conjointement avec les finages de la ferme et du village, le caractère de la Kulturlandschaft dans sa grande dimension.

La forêt ne peut être l'objet de la simple sylviculture, mais non plus de la simple protection de la nature. Son exploitation est, comme celle de toute plaine cultivée, une tâche culturelle, qui s'accomplit dans la mise en forme du «Dauerwald»,[99] dont le but est la diversité des espèces d'arbres adaptée au lieu. La forêt permanente ne devient forêt cultivée que par une gestion et une exploitation continues. L'abandon à l'état naturel dans les réserves naturelles reconduit à une wilderness d'origine anthropique par négligence.

Chacun des organes vitaux mentionnés est déjà en lui-même une œuvre d'art dépassant le biotope naturel. Cela vaut plus encore pour la composition de ces membres vitaux en un tout de la Lebensorganisation de l'organisme agricole ou villageois. Toutes les actions de la sphère des étoiles fixes, des planètes, du soleil, de la lune et de la terre s'y sont imprimées au fil du cours de l'année et confluent dans l'«état de semence» de l'«Allgemein-Pflanzlichen» — dans l'humus qui conserve la vie. Les alchimistes rosicruciens l'ont appelé pour cette raison la «semence universelle de la Terre» (terre mère),[100] par opposition à la «semence individuelle» qui, formée par la plante singulière, tombe sur la terre mère. L'humus porte la vie des années passées, devenue terrestre, jusqu'au présent. On peut donc le désigner, structurellement et substantiellement, comme la «mémoire de la Terre». On peut dire qu'en lui vit, figé dans la forme terrestre-matérielle, le principe de l'Allgemein-Pflanzlichen.

Il s'agit de distinguer les courants de forces vivantes — ceux qui constituent la vie des plantes et qui forment dans leur ensemble leur corps éthérique ou corps de vie — de ceux qui irradient comme forces d'un ordre supérieur depuis le monde astral du cosmos. Ce sont des forces qui, dans l'animal, se développent en son

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corps astral, s'internalisant ainsi dans le corps de l'âme, vers le ressenti de la faim et de la soif, des sensations de douleur, et ainsi de suite. Sur les processus vitaux fluents des plantes, ces forces astrales agissent par le dehors en formant, en modelant, en configurant, en retenant. Elles forment et retiennent la vie fluente dans la forme de la racine autrement que dans les formes de la tige, de la feuille, de la fleur. Les forces formatrices s'unissent à la vie fluente et se créent un reflet dans chacune des formes manifestes d'une espèce végétale, modifié par l'interaction différente selon le lieu des forces de la terre et du cosmos. Lorsqu'on considère la diversité des espèces de graminées et de céréales, des herbes, des plantes vivaces, des arbustes et des arbres d'une ferme et leur composition d'ensemble, ce qui se vit en manifestation dans le secret comme le courant formatif de l'organisation éthérique de l'organisme agricole en tant que totalité se révèle dans leurs formes sensibles.

L'organisation animique ou le corps astral de l'organisme agricole

C'est de la même région suprasensible d'où rayonnent les forces qui ne font pour ainsi dire que toucher la plante par le dehors, la former dans sa croissance et la laisser s'éteindre dans la forme — c'est de là que provient le corps animique ou astral des animaux, qui s'incarne dans le corps des animaux et le traverse de l'intérieur comme son âme. Cet animique qui révèle son être délimite l'animal par le dehors dans sa forme et l'articule par le dedans dans la série de ses organes. L'organisation animique de l'animal est son corps de vie, et ce corps de vie est hiérarchiquement supérieur à son organisation physique (Illustration 9, p. 115). Comme déjà mentionné, une qualité animique déterminée s'incarne dans chaque espèce animale — une autre dans le ver qu'elle ne l'est dans le poisson ou l'oiseau ou l'insecte ou dans la série des mammifères. L'âme animale se crée un reflet dans la configuration du corps et elle s'exprime dans ce que fait l'animal. Un grand nombre d'animaux peuplent un site. Il est d'autant plus grand que l'organisation vitale de la ferme ou du finage villageois est davantage articulée dans sa diversité. Articulés en espèces, familles et genres, ils forment ensemble la faune du site et se trouvent envers les quatre éléments, envers la nature vivante et entre eux dans des rapports d'une sagesse infinie et d'une diversité extrême. On peut concevoir le monde animal d'une ferme dans ses manifestations et ses comportements comme les organes du «corps animique ou astral» de l'ensemble de la ferme. C'est là

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l'animique qui habite les animaux est issu de stades évolutifs passés de la Terre.[101]

Le corps animique de la ferme ou du finage villageois se constitue en outre par des forces astrales qui rayonnent du cosmos actuel avec la lumière du soleil.[102] Ce sont elles qui donnent de l'extérieur leur forme aux plantes — on comparera la finesse ou la largeur du feuillage des plantes ayant poussé à la lumière ou à l'ombre —, qui les font mûrir, qui structurent la composition des substances, par exemple les protéines, et qui conditionnent ainsi la qualité nourricière des fruits alimentaires. Il en résulte que c'est de l'organisation physique et de l'organisation vitale que dépend, dans une mesure essentielle, le degré d'intensité auquel l'organisation animique se configure et selon lequel le finage d'une ferme ou d'un village se délimite en un organisme fermé sur lui-même et s'articule vers l'intérieur en organes.

Pour comprendre la contribution très différenciée du monde animal à la formation de l'organisation animique de l'organisme agricole ou villageois, il est nécessaire d'examiner plus en détail deux groupements de nature essentiellement distincte : la faune sauvage et les animaux domestiques (Illustration 9, p. 115).

Les espèces sauvages — organes de l'organisme de la ferme et du paysage

La création culturelle propre à l'agriculture fut la transformation de la nature sauvage en nature cultivée ; il demeure de sa tâche de veiller à son entretien et à son développement ultérieur. Ce pas de transformation impliquait notamment de bannir entièrement des paysages la grande faune sauvage — tels les carnassiers : loup, ours, lynx, ainsi que les ongulés comme l'auroch, l'élan, le bison, le sanglier, etc. — et de la remplacer par les animaux domestiques, ou bien de la prendre en charge et en protection, comme le grand gibier noble : cerf, chevreuil et renne, ou le petit gibier, lièvre, renard, etc. Les mammifères sauvages sont farouches envers l'homme et pour la plupart actifs la nuit. Leurs remarquables facultés sensorielles — odorat, ouïe, vue — témoignent de l'éveil d'une vie intérieure plus consciente. Par leurs sens, ils plongent dans le monde extérieur, flairant, tendant l'oreille, guettant du regard — comme le fait le grand gibier noble lorsqu'il sort de l'obscurité de la forêt pour s'avancer dans la plaine ouverte à la recherche de pâture. La vie instinctive de l'âme est stimulée par ces perceptions, et en même temps

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l'âme se fond dans le perçu. Cette relation d'un dedans et d'un dehors se révèle à la contemplation intuitive dans l'esthétique du comportement — dans le chevreuil qui s'enfuit à la dérobée, le lièvre qui dérobe par ses crochets, ou le cerf altier qui dresse majestueusement son bois dans la périphérie aérienne. Avec cette armature osseuse qui croît hors de l'os frontal, le cerf capte des forces cosmico-astrales qui agissent en formant sur son monde organique intérieur.[103]

Chez les animaux sauvages, ce qui constitue leur être psychique s'est entièrement résorbé dans la formation du corps. Ce seelisches se vit en manifestation dans et à travers le corps. C'est ainsi que les animaux, guidés par leurs instincts — c'est-à-dire par une nécessité intérieure —, impriment leur propre être à leur espace vital ; en une extension d'eux-mêmes, ils vivifient et animent cet espace vital par leur activité et en font leur territoire : «La plante donne, l'animal prend dans l'économie de la nature.»[104] L'animal satisfait sa nature de désir par ce qu'il prend à son environnement. Dans cette satisfaction réside son bien-être, qu'il manifeste joyeusement au monde par ses mouvements et ses cris.

À la faune sauvage est accordée une attention croissante en ce qui concerne ses conditions d'existence imbriquées. On reconnaît comment le cycle vital des animaux s'intègre, empli de sagesse, dans un tout plus vaste — et même comment ils constituent, dans l'ensemble de leur activité, les organes exécuteurs dans l'élaboration de totalités organisées. Il appartient donc à l'agriculteur d'accorder à la faune sauvage, dans le sens le plus large, la même attention en matière d'entretien et de soin qu'aux animaux domestiques. À l'égard des mammifères, cela passe notamment par la chasse — dans laquelle des motifs égoïstes jouent souvent un rôle tout aussi réel que dans la lutte contre les soi-disant nuisibles par les biocides. Les diverses espèces animales apportent chacune leur contribution à l'enrichissement et au renforcement de l'organisation animique de l'organisme agricole ou villageois. Toute intervention inconsidérée dans ce tissu de relations complexes le fait tomber malade et affaiblit ses forces d'autoguérison.[105]

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Quatre groupes au sein de la faune sauvage

Abstraction faite des mammifères et des reptiles, quatre grands groupes du règne animal revêtent une importance éminente, dont l'existence pénètre les finages par une animité agissant de manière plus secrète. Ils manifestent dans leur formation corporelle, chacun à sa façon, une parenté avec la triple organisation fonctionnelle et morphologique de l'être humain — c'est-à-dire avec le système céphalique, pectoral et métabolique-membres. Ce sont les quatre groupes des vers, des poissons, des oiseaux et des insectes.

Cette tripartition du corps est développée de la manière la plus nette chez les insectes. Chez les trois autres groupes, c'est à chaque fois un domaine fonctionnel qui, en une haute spécialisation, domine l'existence de l'animal : chez les vers, le pôle métabolique ; chez les poissons, le milieu rythmique ; chez les oiseaux, le pôle neurosensoriel ou céphalique. Chacun de ces quatre groupes révèle dans sa diversité des espèces — les insectes de façon la plus intensive — une grande amplitude dans la configuration de leurs systèmes organiques. Comparés à l'être humain, ils se sont développés dès de phases antérieures de l'évolution, unilatéralement, à une telle perfection que l'on peut dire ceci : une part de l'animique de ces animaux a largement été absorbée dans leur formation corporelle respective, tandis que l'autre part complémentaire se vit en manifestation de façon suprasensible comme le monde des «êtres élémentaires» ainsi nommés.[106] Les êtres élémentaires sont des messagers qui servent d'intermédiaires entre le fondement essentiel de tout être et ses formes d'apparition en image dans le monde physico-matériel. Leur nature est d'ordre spirituel-animique ; leur corps se constitue, chacun de façon spécifique, à partir des forces de l'éthérique-vivant. Les êtres élémentaires sont les messagers de l'esprit qui font venir à l'apparition sensoriellement perceptible, dans le temps et dans l'espace, en image, les images originelles des règnes minéral, végétal, animal et humain — images originelles dont la demeure est dans les mondes supérieurs de l'esprit. Ce sont des êtres de relation entre le monde du sensible et du spirituel-suprasensible, et ils peuvent en tant que tels être vécus par le sentiment dans une contemplation intuitive exercée et pensante. En tant que porteurs de processus, ils s'enchantent dans tout ce qui est en train de devenir et se libèrent de cet enchantement dans le périr de ce qui s'est figé dans la forme sensible.[107] Les êtres élémentaires se spécifient en quatre groupes, selon lequel des quatre éléments — terre, eau, air et chaleur — constitue principalement leur champ d'activité.

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Sur le plan suprasensible, ils forment le complément des quatre groupes d'animaux qui trouvent, dans une unilatéralisation, leurs conditions de vie physiques au sein de ces éléments. Le monde des êtres élémentaires est partout présent dans le terrestre. Leur efficacité, qui va du non-manifeste jusqu'au manifeste, ne peut échapper à une contemplation intuitive artistiquement sensible. Il répand sur la nature et tout particulièrement sur le monde animal — qui vivifie chacun à sa manière spécifique les quatre éléments — un voile délicat de sens et d'âme emplis de sagesse.

La suite de cet exposé dirigera le regard vers la nature et la signification des quatre groupes mentionnés du règne animal (Illustration 9) :

1. Le groupe des invertébrés vermiformes, ceux qui sont liés à l'élément du terreux-solide, à l'exemple du ver de terre (Lumbricus terrestris) :

Abbildung 9: Die Seelenorganisation oder der Seelenleib des landwirtschaftlichen Organismus.

Le ver de terre est dépourvu d'une tête constituée. Il est pour ainsi dire un tube digestif segmenté devenu autonome — un animal entièrement et exclusivement métaboliquement actif — dont l'organisation sensorielle tournée vers l'extérieur

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est réduite au sens du toucher, à des sens ponctuels disséminés sur le corps. L'activité de cet animal délicat, visqueux et aqueux, est le travail du sol. Il est le plasticien du terreux-solide. Il vit dans l'obscurité de la terre, se faufile à travers la couche arable meuble à la recherche de résidus végétaux morts, et s'enfonce dans les profondeurs du sous-sol minéral dense, creusant ses galeries verticales qui lui servent pour ainsi dire d'exosquelette et l'aident à maintenir la verticale dans ses déplacements ascendants et descendants. Ses déjections chargées de minéraux, il les transporte contre la pesanteur vers la surface du sol (jusqu'à 100 t/ha/an), rajeunissant ainsi le sol d'année en année. Il favorise activement la respiration du sol en y aspirant, tel un piston qui descend dans ses galeries, l'air extérieur riche en oxygène, et en repoussant vers le haut, lors de la remontée, l'air du sol chargé en CO2. Sa nourriture est la substance organique morte en cours de décomposition bactérienne, qu'il ingère avec l'argile, les limons et les sables fins. Vers l'extérieur, il sécrète du mucus ; vers l'intérieur, son organisation animique «pense à travers» le flux alimentaire absorbé, dirige une armée de symbiotes bactériens qui décomposent la nourriture, et engage — en liaison avec les composants argileux minéraux de l'alimentation — la formation d'humus stable, la formation des complexes argilo-humiques à structure grumeleuse stable.

Le ver de terre est par nature un être du renoncement. La thèse en sera posée : il a renoncé selon l'évolution à la métamorphose complète, de la chrysalide jusqu'à l'imago. Celle-ci révélerait — telle un papillon, dans la beauté de la forme et de la couleur — ce qui demeure retenu dans le ver et se manifeste comme sa bienheureuse aptitude à être le plasticien du sol terrestre.

La conscience du ver de terre est dormante-rêveuse, et pourtant elle a le pouvoir de créer un tout relationnel. Dans cette œuvre, apparaît en reflet ce qui — en complément de sa nature accentuellement métabolique — constitue sa nature supérieure des sens et de l'entendement. Ce qui manque au ver de terre, ce qui manque à l'ensemble du monde animal vermiforme, c'est la configuration polaire de la tête par rapport au système métabolique. Ce qui est absent — le complément à la tête — est pourtant partout fonctionnellement présent là où se trouvent des vers de terre, précisément comme un être spirituel-essentiel-suprasensible qui est séparé du corps physiquement apparaissant, tout en se trouvant en relation animique avec lui. Il s'agit ici d'un groupe spécifique d'êtres élémentaires — les Gnomes ainsi nommés depuis toujours — dont la substance essentielle est «sens et entendement en un

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».[108] Ils déploient leur efficacité dans le terreux-solide et forment, animiquement-astralement, le maillon de liaison avec le monde animal des invertébrés.

Il appartient à l'art de la culture du sol de ménager à ce groupe animal si inlassablement actif et bienfaisant un espace vital en abondance. Car là où le ver de terre déploie son activité — sur les champs, les prés et les pâturages, dans les tas de fumier et de compost — son corrélat spirituel est également présent : les êtres élémentaires du terreux-solide. Sans le ver de terre, le sol se compacterait peu à peu, deviendrait dur, entrerait pour ainsi dire dans une rigidité cadavérique. Le ver de terre vivifie le sol.

2. Le groupe des animaux liés à l'élément de l'eau — les poissons. Comme le ver de terre est un plasticien du terreux-solide, le poisson l'est de l'élément aquatique. La tête du poisson, avec son organisation sensorielle différenciée, est nettement marquée ; elle passe cependant sans transition dans le membre du tronc et du métabolisme. Dominant tout, la partie médiane — le tronc —, un système squelettique finement, richement articulé dans sa rythmique, fait de cartilage et d'os. La chaîne vertébrale traverse le corps de la nageoire caudale jusqu'à la tête et s'y métamorphose en os du crâne. Latéralement se cambrent les arcs costaux — les arêtes —, qui enveloppent également les organes abdominaux. Vers l'extérieur, ils sont recouverts d'une couche musculaire qui, en liaison avec les nageoires, confère au poisson une agilité et une rapidité de déplacement extraordinaires. Le ver de terre ingère de la terre jusque dans son tube digestif ; le poisson, lui, laisse couler l'eau à travers ses branchies dans son mouvement. L'eau entre ainsi, par la tête, en relation directe avec le système rythmique du tronc ; il s'approvisionne en oxygène qu'il extrait de l'eau par les branchies. La peau extérieure se condense en un vêtement d'écailles, par lequel sa forme se délimite face à l'eau informe et par lequel il manifeste vers l'extérieur son être intérieur animique dans une coloration multiple. Le poisson ne se nourrit pas, comme le ver de terre, de la vie mourante, mais de préférence de ce qui se déploie dans l'eau comme vie végétale et animale. Le poisson étend son être animique au-delà de sa forme corporelle jusque dans l'eau environnante. D'un côté, il tâte en glissant l'eau qui effleure son corps ; de l'autre, il engendre par ses mouvements de très fins courants et tourbillons. Comme le poisson doit à l'élément aquatique sa forme fuselée,

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il vivifie et anime celui-ci par ce que sa mobilité animique continue dans les déroulements du mouvement. Ceux-ci sont différents dans une eau tranquille, un étang, et dans un ruisseau ou une rivière au courant puissant. La tanche, par exemple — une espèce de carpe —, est ramassée dans sa forme, sombre dans sa coloration, lente dans son mouvement, et aime parfois à s'enfouir dans la vase au fond de l'étang. Tout le contraire : la svelte truite — une espèce de saumon —, qui se trouve dans les eaux courantes, cristallines, ruisselant sur des pierres. Telle une ombre, elle glisse rapidement à travers l'eau éclairée, mouvante, sur un lit de gravier, cherchant tantôt un abri près du bord du ruisseau, tantôt se tenant immobile contre le courant, percevant la chaleur suscitée par le mouvement de l'eau qui passe.

Comme le lac, l'étang, la rivière ou le ruisseau appartiennent au paysage, à la ferme, ainsi la nature pisciaire qui y vit. Elle «anime» les eaux et en fait des organes des organismes de la ferme et du paysage. Il est entre les mains de l'agriculteur de soigner ces organes du paysage, de les enrichir avec art par l'aménagement d'étangs, de veiller autant que possible à leur pureté et à ce que le cours naturel des eaux vives ne soit pas perturbé.

Chez les poissons, c'est surtout leur partie médiane rythmique, leur tronc, qui atteint une certaine plénitude — non encore la tête avec son système sensoriel. Leur conscience est abaissée à un rêve sourd. Ce qui leur fait défaut dans le corporel reste wesenhaft wirksam dans le suprasensible ; cela tisse et vit comme un groupe supplémentaire d'êtres élémentaires créateurs de relations : les Ondines. Elles ont l'eau pour élément et transmettent les archétypes spirituels aux formes corporelles et organiques qui se développent dans l'aquatique.[109]

3. Le groupe du monde aviaire, vivant dans l'élément de l'air.

Les oiseaux, dans le puissant battement d'ailes, dans de vigoureux élans ou dans le glissement sublime à de grandes hauteurs, plastizieren, vivifient et animent l'élément de l'air. Plus que tous les autres animaux capables de s'élever dans l'espace aérien, les oiseaux sont les maîtres des airs. Comme le ver de terre, en tant qu'être du métabolisme, est un être-né de la terre qui absorbe la terre en lui, comme le poisson, en tant qu'être du rythme, est un être-né de l'eau qui se laisse traverser par elle, l'oiseau est un être-né de l'air. Son corps tout entier est

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reconfiguré en une tête, en un grand organe sensoriel. Non seulement sa tête est aérée de l'extérieur et son plumage également, non seulement il est porté par l'air avec ses ailes déployées, mais l'élément aérien parcourt tout son intérieur (voir plus bas).

Parmi les groupes mentionnés, c'est dans les oiseaux que s'accomplit le courant évolutif de la formation de la tête ; il saisit l'animal tout entier, poitrine et métabolisme inclus. De là surgit la question : n'est-ce pas qu'à un stade évolutif antérieur, avec les animaux invertébrés-vermiformes, les poissons et les oiseaux, ainsi qu'avec le quatrième groupe, les insectes, quelque chose s'est préfiguré dans une plénitude prématurée — ce qui est évoqué dans l'Apocalypse de Jean[110] comme le «triple animal» de l'aigle, du lion, du taureau et d'un quatrième qui porte un visage humain ? Rudolf Steiner caractérise les trois animaux aigle (tête), lion (poitrine) et taureau (métabolisme) comme représentants de trois courants de développement issus de l'esprit, qui se résument dans l'être humain en un tout supérieur.[111] Et la stricte triplication morphologique et fonctionnelle de la figure de l'insecte n'est-elle pas une récapitulation — certes prématurément figée dans la forme — des courants évolutifs des invertébrés, des poissons et des oiseaux, telle qu'elle se manifeste, ouverte sur l'avenir, dans la confluence des courants aigle, lion et taureau au sein de la figure humaine ?

Les oiseaux extraient l'oxygène de l'air, tant à l'inspiration qu'à l'expiration. À l'inspiration, l'air parvient en partie dans les poumons et, non consommé, en partie dans les sacs aériens répartis dans le corps et dans les os en partie creux. À l'expiration, cet air en réserve traverse les poumons (un système tubulaire ouvert, non des alvéoles pulmonaires en impasse) de l'intérieur vers l'extérieur. Dans le corps de l'oiseau, la pesanteur se transforme en légèreté : le crâne parcouru pour l'essentiel directement par l'air extérieur, le corps aéré par les sacs aériens, les cavités remplies d'air qui traversent de larges portions du squelette particulièrement chez les grandes espèces, et enfin le plumage mobile et aéré. La légèreté est encore accentuée par le fait que la nourriture hautement concentrée, d'origine végétale ou animale, est soumise à une digestion rapide et éliminée après une courte durée de séjour.

«L'oiseau est… dans son ensemble en réalité une tête.»[112] L'aspect extérieur d'une mésange, d'un rouge-gorge ou d'un troglodyte etc. confirme immédiatement cette affirmation. Le tractus métabolique et le thorax sont raccourcis et paraissent comme aspirés vers le pôle céphalique. La physionomie est dominée par le bec et les yeux ; elle se referme pourtant, par la forme, la couleur et le dessin du plumage, en une totalité : la figure de tête de l'oiseau. La rigide solidarité des os du crâne se prolonge, par les vertèbres cervicales médianes articulées, dans le squelette du tronc ; les vertèbres dorsales soudées forment avec l'omoplate, le bassin, les côtes et le sternum une unité fermement close. Inversement, l'activité des membres se déplace principalement vers les ailes et, plus en avant encore, vers la mobilité saccadée du bec — picorant (poule, moineau, etc.) ou martelant (pic). Ainsi se conjuguent dans la tête une activité des membres hautement spécialisée et une activité sensorielle d'une acuité extrême. Lorsqu'on plonge le regard dans l'œil de l'oiseau, surtout celui des rapaces, on éprouve une force animique qui, comme au travers d'un point immobile, retient le regard avec une puissance proprement irrésistible ; un regard venu des temps les plus anciens. L'être psychique de l'oiseau se communique à la périphérie aérienne par de simples cris jusqu'aux séquences mélodieuses et comme peintes en sons. Ces sons s'échappent de la syrinx (le soi-disant larynx inférieur), produits par le courant d'air tant à l'expiration qu'en partie à l'inspiration. L'alouette des champs, lorsqu'elle s'élève dans les airs au petit matin illuminé de soleil, peut si longtemps égrener son chant parce qu'elle est capable d'effectuer ce qu'on appelle des micro-inspirations, par lesquelles elle recharge en permanence ses sacs aériens (comparables à un joueur de cornemuse).[113] Il en va de même pour le rossignol, qui peut maintenir si longtemps son chant mélodique de la même façon.

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La figure de l'oiseau est façonnée, de manière unique dans le règne animal, par son plumage. Le tuyau de la plume comme la barbe poussent tous deux depuis la peau. Mais ce qui s'exprime ensuite dans la richesse des couleurs et dans la ciselure fine des plumes individuelles et du plumage dans son ensemble apparaît retourné vers l'extérieur comme un reflet gonflé de l'âme intérieure de l'oiseau. Les plumes lui sont devenues un organe sensoriel des mouvements de l'air.[114] Rudolf Steiner caractérise la formation des plumes de

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l'aigle en ces termes : sur le plan physique, elle est accomplie par les mêmes forces qui, sur le plan animique-astral, fondées sur le cerveau, accomplissent la formation des pensées.[115]

La nature de l'oiseau se voûte comme une cloche au-dessus du finage de la ferme et du village. Le point d'ancrage vers la terre, c'est le nid. De là, elle se déploie dans le périphérie aérienne et terrestre et se vit animiquement dans le territoire qui lui est propre. À l'intérieur de ses frontières, l'oiseau cherche sa nourriture et trouve ce qui le pousse à laisser son être d'âme s'épancher dans l'environnement — en vol ou dans les ramures des arbres et des haies : que ce soit comme la buse qui, tournoyant dans les hauteurs, se laisse imbiber de lumière et de chaleur solaires et éveille chez celui qui la contemple, par cette image de l'arrachement terrestre, la sensation d'un repos sublime, semblable à celui qui repose dans ses propres pensées ; ou que ce soit le rossignol qui, au crépuscule du soir, aux confins de son territoire, laisse retentir son chant ; ou l'alouette qui, aux premières heures du matin, invisible dans le ciel serein, se met soudain à triller avec allégresse et élève l'âme de ceux qui, courbés vers la terre, arrachent les mauvaises herbes.

Le pôle céphalique senso-actif de l'oiseau subjugue pour ainsi dire sa fonction métabolique-membres. L'oiseau engloutit sa nourriture presque aussi vite qu'il la digère, et l'excrète sous une forme largement minéralisée. Ses fonctions physiologiques métaboliques s'effacent fortement et se déplacent vers les processus moteurs dominés par le système neuro-sensoriel. Ce qui vient compléter cette unilatéralité est de nature suprasensible et vit animiquement comme être élémentaire de l'air, appelé depuis toujours sylphe.[116] Son être est lié au monde des oiseaux. Un tel être élémentaire suit l'oiseau en vol dans les tourbillons d'air qu'il engendre derrière lui. Dans cette communauté, tout vol d'oiseau est une source d'animation par l'âme du périphérie aérienne. Il suffit de suivre quelque temps les figures de vol amples et élégantes des hirondelles ou des martinets qui fendent l'air. Comme le ver de terre plastique le solide de la terre, comme le poisson plastique l'eau, les oiseaux plastiquent avec les forces de leur être d'âme l'élément de l'air.

Il incombe donc également à l'agriculteur de veiller à ce que le monde des oiseaux indigènes trouve son espace vital sur la ferme et dans le finage. L'espace aérien lui est ouvert ; l'espace terrestre, en revanche, exige, pour ce qui est des possibilités de nidification, la configuration la plus diverse possible du paysage en champs,

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prairies, talus, pentes herbeuses pour les nicheurs au sol, arbustes, haies, arbres dispersés dans la plaine cultivée et îlots forestiers pour les oiseaux chanteurs entre autres. Il faut des étables ouvertes pour les hirondelles de cheminée ; pour les hôtes rares tels que les chevêches et les effraies, des cavités dans le bois mort laissé debout, des trous d'envol dans les granges, etc. Partout où des sites de nidification se trouvent, il se forme dans l'espace environnant des territoires visibles-invisibles, des espaces d'âme qui constituent des organes invisibles au sein de l'organisme agricole.

4. Le groupe du monde des insectes vivant dans l'élément de la chaleur :

Les insectes constituent de loin la classe la plus riche en espèces et en formes dans le règne animal. Certes, ils vivent dans la terre, dans l'eau et principalement dans l'air, mais leur véritable élément propre est la chaleur. L'insecte vit du jeu de la chaleur. En elle se tisse secrètement son être animique, et par son activité il structure des processus de chaleur — comme lors de la visite des fleurs, ou plus manifestement encore dans le développement de chaleur de la fourmilière ou de la ruche. De même que la chaleur compénètre chacun de ses éléments frères et les met en rapport les uns avec les autres, de même le monde des insectes, avec son instinct plein de sagesse, compénètre ces éléments et crée, sur la base de la chaleur, à un niveau supérieur, un tissu vivant de contextes relationnels.

Car dès que le soleil montant du printemps réveille par sa chaleur bienfaisante l'être naturel de son repos hivernal, il grouille en un rien de temps dans la couche supérieure du sol de carabes, de collemboles, etc. ; dans l'étang s'ébattent les dytiques, les gerris, etc. ; et dans l'air dansent dans les rayons de chaleur du soleil les moucherons ; les abeilles parcourent les fleurs ; en une profusion de formes sans fin bourdonne, vrombît, volète, plane, danse dans une diligence toujours tendue vers son but une armée d'insectes à travers les airs.

Tout dans la vie des insectes se passe dans la chaleur. Le développement de l'œuf en larve et sa métamorphose via le cocon jusqu'à l'imago, l'insecte pleinement formé, a besoin de la chaleur du printemps et de l'été.

La profusion des formes des insectes a elle aussi à voir avec la chaleur. Elle est la plus grande dans les tropiques et s'efface dans les zones froides.

C'est la relation réciproque avec la chaleur qui équilibre dans la structure corporelle des insectes les unilatéralités qui caractérisent les invertébrés, les poissons et les oiseaux. Les trois domaines fonctionnels de la tête, du thorax et du métabolisme sont, chez l'insecte, développés en général de manière plus équivalente pour ce qui est de la forme, avec une accentuation particulière du membre médian (thorax), et ils sont même souvent nettement séparés les uns des autres par des incisions (insecte, du lat.

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insectum = incisé). Comme tous les arthropodes, l'insecte ne possède pas de squelette interne osseux ; c'est au contraire son exosquelette, la carapace chitineuse, qui maintient ensemble sa forme triarticulée. La polarité entre pôle céphalique (caput) et pôle métabolique (abdomen) est particulièrement marquée. Mais l'organisation sensorielle de la tête — avec ses yeux à facettes et ses ocelles, ses palpes et ses antennes (odorat et toucher) —, transmise par le système ganglionnaire ventral, s'étend jusqu'aux membres, par exemple chez certaines espèces jusqu'aux pattes antérieures (sens de la pesanteur et de la vibration, ouïe, goût).[117]

À l'inverse, la partie abdominale des insectes est entièrement dépourvue de l'organisation des membres qui, chez l'homme, appartient au pôle métabolique. Les membres atteignent leur plus haute différenciation dans les trois paires de pattes (quatre chez les arachnides) et les deux paires d'ailes du thorax, et s'étendent jusque dans l'organisation céphalique — par exemple dans les antennes mobiles, orientées vers la périphérie, et dans les pièces buccales hautement différenciées pour mordre ou sucer. Ce qui constitue physiologiquement chez les vertébrés, et au plus haut degré chez l'homme, le système rythmique avec la respiration pulmonaire et la fonction cardiaque, fait entièrement défaut au thorax des insectes. Le centre du système vasculaire sanguin, qui chemine du côté dorsal, se trouve dans l'abdomen. La respiration s'effectue par des ouvertures réparties sur l'ensemble du corps et auxquelles se raccorde le système tubulaire des trachées. Le système rythmique se réduit entièrement au mouvement des ailes et des pattes articulées. Il n'a développé dans la région thoracique aucun système d'organes rythmiques propres, ni un poumon «véritable» ni un cœur «véritable».

Les insectes se nourrissent — qu'il s'agisse du puceron, de la guêpe, de l'abeille ou du papillon — de préférence de substances qui sont elles-mêmes le résultat de processus de chaleur dans la plante : des sucs assimilés, du suc sucré — le miel n'en résulte qu'après passage dans le tube digestif de l'abeille —, des nectaires des feuilles et des fleurs, du pollen et des résines. Ils poursuivent, dans l'édification de leur corps, le processus floral de chaleur par lequel la croissance de la plante s'achève. La même sorte de forces spirituelles-animiques qui, venant du cosmos avec la lumière du soleil, affluent vers les plantes, les touchent et les forment de l'extérieur dans leur tige, leur feuille et leur fleur — ce sont ces mêmes forces qui se sont intériorisées dans les insectes visiteurs de fleurs et se sont condensées en leur âme, chacun à sa manière. Comment comprendre autrement que, d'une part, certaines fleurs semblent avoir été formées pour la visite et la pollinisation de certaines espèces d'insectes — par exemple la fleur de trèfle en relation avec

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les bourdons ; d'autre part, de nombreuses espèces d'insectes sont organisées, dans la configuration de leur corps, en particulier leurs pièces buccales, pour la visite de fleurs spécifiquement conformées. À la contemplation intuitive s'offre une unité organique de la plante et de l'insecte d'un ordre supérieur. Qu'on observe les fleurs d'orchidées, par exemple celle de l'ophrys bourdon. Sa fleur agit comme un insecte qui n'est pas encore parvenu à une vie autonome. C'est pourquoi Rudolf Steiner dit à juste titre que le papillon est la fleur libérée et la fleur le papillon captif.[118]

Ce qui est perceptible dans tout le règne des insectes, et à un degré élevé chez les représentants qui forment des sociétés, c'est la sagesse régnante cachée dans l'animique, qui s'exprime dans la configuration corporelle hautement spécialisée, de type outil, mais avant tout dans l'activité partagée, créatrice de rapports, d'un donner et d'un recevoir — comme par exemple dans la ruche ou la fourmilière. Dans ces deux derniers cas, ils ne dépendent pas seulement de la chaleur extérieure, mais ils se créent eux-mêmes leur chaleur, par exemple les abeilles par un mouvement intense au sein de la grappe hivernale, ou les termites par l'auto-échauffement de feuilles fraîches et d'herbes comprimées, pour réchauffer les zones de couvain dans leurs constructions souterraines. Ce qui, chez les animaux à sang chaud, se vit en manifestation comme vie intérieure animique instinctive, chez les insectes cela se retourne vers l'extérieur en une maîtrise artisanale accomplie — par exemple l'araignée et sa toile, l'abeille et son rayon, la guêpe et son nid.

De même que pour les groupes d'animaux vivant dans la terre, l'eau et l'air dont il a été question, l'agriculteur doit créer sur son finage un foyer pour une vie d'insectes variée à souhait. Celui-ci se trouve dans une nature végétale tout aussi diverse. Nul arbre, nul arbuste, nulle graminée ni plante herbacée qui ne constitue la base alimentaire des asticots, larves ou chenilles de telle ou telle espèce d'insectes déterminée. Les chenilles des papillons ont chacune leur hôte spécifique : le machaon (*Papilio Machaon*) les ombellifères, comme l'aneth, le cumin, la carotte ; le paon-du-jour (*Vanessa Io*), le vulcain (*Vanessa Atalanta*) et la petite tortue (*Vanessa Urticae*) l'ortie ; le piéride du chou (*Pieris brassicae*) les choux, etc. Beaucoup portent leur nom de leur plante-hôte, par exemple la cécidomyie du blé (*Cecidomyia tritici*), etc. Pour autant qu'ils sont liés, à ce stade juvénile, à une plante-hôte déterminée, il s'ouvre à eux en tant que

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adulte — l'imago — qui essaime et trouve sur les fleurs des prairies une offre alimentaire étendue.

Ces quelques exemples suffisent à montrer combien l'agriculteur doit consacrer d'attention et de soin, à côté de ses plantes cultivées, à la nature végétale sauvage. C'est ainsi qu'il veille à l'équilibre et à l'harmonie des espèces d'insectes sur son domaine. Il doit s'efforcer que, du printemps jusqu'à l'automne, des fleurs animent le paysage — que ce soit par l'entretien des bandes enherbées des prés et des chemins, des talus, etc., que ce soit par une rotation des cultures bien structurée, par l'implantation de bandes fleuries dans les cultures arable, etc.

Une formenvielfalt riche en arbustes et arbres sauvages dans les haies, mais surtout dans les hautes-tiges de l'arboriculture fruitière, offre un accroissement considérable de la vie des insectes. Un pommier haute-tige de cinquante à soixante ans abrite, dans son tronc, ses ramures, son feuillage et ses fleurs, plus de mille espèces d'insectes.[119] Une telle couronne de l'arbre étalée, ou une haie riche en espèces, représente une accumulation de substance astrale : « Ce qui, là, passe à travers les arbres comme richesse astrale — c'est de cela que vit et que tisse l'insecte accompli. »[120] C'est avant tout le monde des insectes qui, par sa nature astrale-animique, sert d'intermédiaire en direction de l'éthérique-vivant du monde végétal. Il prend aux plantes sa nourriture et, en retour, les pollinise, ou les protège d'une apparition soudaine en masse d'insectes nuisibles — par exemple en parasitant des colonies de pucerons grâce aux guêpes parasites.

L'être-de-chaleur par excellence parmi les insectes est le peuple des abeilles, dont la domestication est attestée depuis le cinquième millénaire avant notre ère.[121] Depuis leur ruche dans le jardin et depuis la lisière fruitière du domaine, elles parcourent le finage et rapportent à la ferme leur récolte — tout comme l'agriculteur la sienne en produits des champs.

Les espèces d'insectes ont une formation corporelle hautement spécifique, souvent extrêmement spécialisée, selon la qualité d'un animique unilatéralisé qui s'est figé en elles. Cette unilatéralisation trouve son complément dans les êtres élémentaires agissant suprasensiblement dans l'élément de la chaleur, du « feu » — c'est-à-dire les *Salamandres*.[122] Ce sont eux qui, dans le règne des insectes, créent la perfection — frôlant le miracle — du lien entre formation corporelle et schémas comportementaux d'une intelligence instinctive. La

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Ce sont les êtres élémentaires de la chaleur qui, comme dans le cas des papillons, accomplissent la métamorphose complète à travers tous les « éléments » — de l'œuf à la chenille, du cocon à l'imago. Ils pénètrent spirituellement l'animique des insectes, figé à un si haut degré dans la forme corporelle triarticulée. Ils créent des relations entre les règnes de la nature, et ainsi aussi avec l'être humain — dans le rapport du berger à ses moutons, de l'apiculteur à ses abeilles, par exemple. Dans le bourdonnement et le vrombissement des insectes à la chaleur des jours ensoleillés, au printemps autour des haies fleuries, des arbres fruitiers, des tilleuls, deviennent perceptibles des états d'âme qui laissent pressentir l'activité de ces êtres élémentaires du feu. Ils sont présents et agissants partout où l'agriculteur crée des espaces vitaux pour les insectes — le corrélat physique des êtres élémentaires de la chaleur.

Les animaux domestiques — organes dans l'organisme de la ferme et du paysage

Parmi les animaux domestiques, on compte avant tout des représentants du règne des mammifères : le chien, le chat, le porc, le cheval ; de l'ordre des ruminants : le mouton, la chèvre, le bœuf ; du règne des oiseaux : la poule, le canard, l'oie et le pigeon ; et du règne des insectes : le ver à soie, l'abeille (Illustration 9, p. 115). Ils se distinguent de leurs congénères sauvages au regard des quatre niveaux de l'être :

    • 1. En ce qui concerne l'être spirituel-essentiel :**

Comme tous les animaux, les animaux domestiques n'ont pas de Je incarné qui leur conférerait, comme à l'être humain, une conscience de soi et ainsi la puissance de libre autodétermination. Les animaux se trouvent sous la conduite d'âmes de groupe.[123] De celles-ci, les animaux individuels sont des « détachements », qui reçoivent empreintes en eux, de manière essentielle, les propriétés de l'âme de groupe à laquelle ils appartiennent et dont ils sont, dans leur corporéité physique, un reflet. Dans la nature sauvage, ces propriétés d'âme ont figé, en termes évolutifs, leur comportement dans la formation corporelle — elles s'expriment dans le physique comme instinct, dans l'éthérique-vivant comme pulsion, et dans l'animique comme convoitise. Dans le processus de domestication, l'être humain vint jadis se placer aux côtés de l'âme de groupe des animaux, agissante dans le suprasensible, et assuma sur la terre, dans une relation sacrée entre l'humain et l'animal (le courant d'Abel), la responsabilité et le soin.

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Comme âmes de groupe ou de genre des animaux, Rudolf Steiner désigne[124] des entités spirituelles comparables au Je de l'être humain, qui dirigent les animaux individuels des espèces animales qui leur appartiennent, pour ainsi dire de l'extérieur. L'âme de groupe conduit et agit par le sang ; l'être humain, lui, agit par sa « Haltung », par la manière dont il se comporte intérieurement et extérieurement face à l'animal : il « tient » l'animal domestique — sans cela, celui-ci tomberait. Il le souleva jadis de sa créaturalité naturelle, guidée par l'âme de groupe, le retint au stade d'une plasticité embryonnaire encore élevée et lui conserva ainsi, à travers toutes les générations suivantes, une certaine mesure de juvénilité. C'est ainsi que, par l'être humain, le développement des animaux domestiques prit une autre direction. Il bifurque pour ainsi dire prématurément, avant la chute dans la nature sauvage. Dans la faune sauvage, le développement des espèces a vieilli morphologiquement et physiologiquement jusqu'à un stade final. Le loup, par exemple, considéré comme l'ancêtre des chiens, a perdu, du point de vue évolutif, sa juvénilité. Il est loup, n'est plus plastiquement malleable, comme aux temps de l'apogée de son évolution au *Tertiaire* (Atlantide). Son comportement est la pure projection de son âme de groupe dans la forme d'existence terrestre. Face à cela, le chien, comme les espèces domestiques en général, se présente pour ainsi dire de façon explosive, avec une grande plasticité, dans une multiplicité de races. Cette diversité est l'œuvre d'une humanité qui, dans les temps post-atlantéens (*Holocène*), se libéra davantage de l'emprise de sa propre nature d'âme de groupe et qui, dans la juvénilité liée à l'esprit de l'éveil du Je, se lia elle-même aux âmes de groupe de certaines espèces animales. Les animaux domestiques ainsi considérés ne sont pas issus génétiquement, par voie de simple sélection, du produit final évolutif d'une forme ancestrale ; il est bien plutôt fondé d'admettre qu'ils doivent leur origine à la constitution spirituelle-animique particulière d'une humanité ancienne qui se trouvait encore en rapport onirique avec les âmes de genre des animaux.

On peut voir dans le processus de domestication un pas vers l'équilibre de cette dette que l'humanité a contractée, innocemment coupable, sur son chemin d'évolution, en mettant le règne animal hors d'elle et en le laissant derrière elle. L'animal domestique a conservé, par l'éducation de l'être humain, sa plasticité. Il s'est mis au service de la volonté directrice de l'être humain et a ainsi émancipé son âme et son corps de la nature sauvage à un tel degré qu'il aura, jusqu'à l'avenir le plus lointain, besoin de cette conduite humaine, de cette « Haltung » ; il ne peut retomber dans le même état que

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que son congénère sauvage a adopté. Sans la tutelle de l'être humain, il se retrouve sans guide et ne peut que retourner à l'état sauvage, comme les dingos (chiens retournés à l'état sauvage) en Australie. À la place de l'éducation évolutive des animaux, sous la conduite des Mystères dans les hautes civilisations anciennes, est venue la zootechnie d'aujourd'hui. Elle optimise et exploite certaines propriétés héréditaires et fait de l'animal domestique ou de culture un simple animal de rente, un objet de production de masse. À cette évolution, qui ne voit dans l'animal qu'un objet sans être véritable, matériel, manipulable à volonté par ses gènes, on ne peut faire face que si la contemplation intuitive s'efforce d'atteindre une compréhension véritable de l'être des différentes espèces d'animaux domestiques. Quelle sagesse s'exprime, par exemple, dans la contemplation intuitive et le rapport vivant avec la vache, le cheval, l'abeille, etc. ? La prise de conscience de leur image phénoménale dans le contexte de leur espace de vie et d'activité, de leurs interdépendances faunistiques, ainsi que des indications de la recherche spirituelle, éveille des sensations et des idées qui ouvrent à l'action spirituelle-morale de nouvelles voies d'élevage et d'éducation évolutifs. Ces voies d'avenir sont exprimées par Christian Morgenstern (1871–1914) en ces mots : « Des ères entières d'amour sont nécessaires pour rendre aux animaux leurs services et leurs mérites envers nous. »[125] Dans ce but, il faut se relier à ce qui, sur les trois niveaux d'existence suivants, est évolutivement disposé.

    • 2. En ce qui concerne le niveau d'existence de l'animique (corps astral) :**

L'animal domestique ne fuit pas l'homme ; il recherche sa proximité avec confiance, il s'ouvre à lui sur le plan animique et attend de cette ouverture, de manière expectative, la contrepartie que sont les soins et l'attention. La profondeur avec laquelle la manière de cette attention s'imprime en l'animal domestique, à quel point les particularités humaines s'y imprègnent, le dit l'adage : « Tel maître, tel valet. » Cette ouverture animique, allant jusqu'à une forme de comportement individuellement dévoué, en comparaison avec la souche sauvage d'origine, impose à l'homme aujourd'hui une responsabilité d'une ampleur insoupçonnée. Car l'attente animique-ouverte des animaux domestiques ne se comble pas par la seule attention émotionnelle, mais seulement lorsque celle-ci donne occasion à une connaissance de l'être, si débutante soit-elle. L'animal domestique n'attend pas de la conduite de l'homme une attention émotionnelle autocentrée au sens d'une mentalité de chien de salon, encore moins d'une exploitation sans âme, mais une connaissance de sa nature essentielle, qui donne à l'animal domestique, dans des actes d'amour,

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ce que l'âme de groupe elle-même ne peut plus donner et ne pourra pas donner davantage à l'avenir. C'est en ce sens que la responsabilité, qu'un idéal futur d'élevage, devient seulement réel.

Un autre signe de l'empreinte spirituelle jusqu'au sein même du génome est l'amplitude le plus souvent considérable des races d'animaux domestiques, dont le tableau essentiel devrait à nouveau servir de point d'appui à l'élevage. Une expression particulière de l'animique est la variété des motifs et des colorations du pelage ou du plumage. La différenciation animique de l'intérieur s'y crée dans l'extérieur un reflet. Ainsi chaque race d'animal domestique se montre-t-elle de façon inimitable dans son « vêtement astral ».

3. Du point de vue du plan d'existence du vivant (corps éthérique) :

Chez tous les animaux domestiques, à l'exception des chiens et des chats, le pôle neurosensoriel se trouve réduit au profit du pôle métabolique-membres. Que l'on songe aux performances métaboliques prodigieuses du bétail laitier, des porcs, du cheval attelé à la charrue, etc. L'ouverture de l'animique maintient les processus organiques du corps éthérique, avec une accentuation particulière du rythmique, dans une plasticité et une mobilité spécifiques à chaque espèce. Ainsi les animaux domestiques se sont-ils émancipés de leurs congénères sauvages aussi bien par leur maturité sexuelle plus précoce et leur fécondité plus élevée que par un cycle de reproduction et un renouvellement du pelage affranchis du cours de l'année.

4. Du point de vue du plan d'existence du physique (corps physique) :

L'ouverture animique assure une plasticité durable dans les processus vitaux, et ceux-ci à leur tour plasticient l'organisation physique — de façon particulièrement éloquente, par exemple, dans la structure squelettique, qui conserve des formes juvéniles dans la plus grande variabilité. Le trait le plus saillant en est le raccourcissement du crâne facial et le lissage des os du crâne, y compris chez les animaux adultes. C'est là un caractère essentiel des jeunes individus. La multitude des races de ruminants porte chacune des formes de cornes qui lui sont propres. Chez le bœuf et le porc, le cerveau est de quelque trente pour cent moins volumineux que chez leurs congénères sauvages ; en revanche, la moelle épinière et le système nerveux sympathique, qui dirige le métabolisme, sont d'autant plus développés. La réduction du cerveau touche avant tout le cerveau antérieur, et signifie par là une diminution des performances sensorielles orientées vers l'extérieur. Pour les animaux domestiques, la règle générale est l'amplitude extraordinaire de la configuration corporelle des races au sein d'une même espèce — grands ou petits, trapus ou allongés, épais ou élancés, à longues ou à courtes pattes, etc.

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Les espèces d'animaux domestiques constituent un héritage culturel de l'humanité, issu des hautes civilisations du début de la période post-glaciaire. Avec les méthodes d'élevage actuelles, le regard posé sur cet héritage culturel se réduit ponctuellement au génome préétabli ainsi qu'à l'interchangeabilité de ses gènes entre les différentes espèces domestiques. Les objectifs de sélection sont arbitrairement orientés vers des augmentations unilatérales de performances, au détriment du bien-être animal. Cette façon de procéder technologique bouche la vue sur la disposition artistique qui a fait de l'animal domestique ce qu'il est. Il s'agira ci-après d'examiner l'approche artistique-sélective qui caractérise la série des animaux domestiques, les a rendus utiles à l'homme et les a conduits à devenir des organes de l'organisme du domaine ou du village.

L'abeille mellifère

En général, nous rencontrons l'abeille (Apis mellifera) seule dans sa visite des fleurs, là où elle suce le nectar, féconde les fleurs et récolte le pollen dans ses corbeilles fixées aux pattes postérieures. Cette activité de prendre et de donner s'accomplit à la périphérie de son espace vital. Polaire à cela, cet être singulier trouve son centre dans la ruche, où il s'unit à des milliers d'autres dans l'activité la plus intense et devient membre d'une vie intérieure qui embrasse tout — la vie du «Bien», un organisme s'organisant à partir de lui-même, aux activités s'articulant avec la rigueur d'organes. Ce qui, dans les fonctions d'un organisme, reste ordinairement caché aux regards, s'ouvre ici à la vue : un agir à division du travail — la reine qui pond des œufs, la masse des abeilles ouvrières, qui à leur tour, selon une division du travail, assurent la construction des alvéoles, le soin du couvain, la nourriture de la reine, l'autonettoyage, la collecte de la nourriture et le stockage, ainsi que les faux-bourdons, qui fécondent la reine dans son vol nuptial orienté vers le soleil. Chacune de ces activités finement accordées dans le temps et dans l'espace éveille l'impression d'un acte de sacrifice désintéressé. Dans la chaleur que les abeilles s'efforcent de maintenir constante dans la ruche à environ 35 °C par leur propre activité, elles créent le medium d'incarnation pour l'âme de groupe : l'apiculteur parle du «Bien», qui fait naître de façon naturelle un organisme social préfigurant un comportement désintéressé que les hommes devront acquérir à l'avenir dans leur vie sociale commune, par la force du Je.

L'abeille mellifère a besoin de l'homme, du «père des abeilles». Il se place aux côtés du «Bien», de l'âme de groupe. Il pourvoit à son logement, au

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la ruche ou la hausse dans laquelle le peuple peut se retirer du monde.[126] La hausse est aménagée de telle sorte que la vie à division du travail des abeilles puisse s'y dérouler sous les yeux et la main directrice de l'apiculteur. Et lorsque vient l'essaimage, il veille à ce que le peuple d'abeilles ne s'échappe pas dans la nature sauvage pour y trouver finalement sa perte, mais soit capturé dans la grappe d'essaim et qu'une nouvelle demeure lui soit attribuée. Il veille également à ce que le rucher ou les hausse isolées aient leur emplacement à proximité de la ferme, là où de la floraison se trouve dans les champs du printemps à l'automne, et où le bien-être de la colonie peut être observé régulièrement tout au long de l'hiver et les traitements appropriés mis en œuvre.

Le peuple d'abeilles vit à l'écart dans un espace animique où il ne veut pas être dérangé de l'extérieur. Seul *cet* homme ne le dérange pas — celui qui a intériorisé l'agir et l'être emplis de sagesse du peuple d'abeilles et qui, de cette source, accomplit avec révérence, circonspection et calme son travail élevé au rang d'un art auprès du peuple d'abeilles. Cet espace animique se polarise en un centre céphaloïde, la colonie, et en une périphérie délimitée vers l'extérieur par la mer de fleurs que les abeilles ouvrières survolent et dont elles reviennent, chargées de miel et de pollen, vers le centre — un processus comparable à la circulation sanguine.[127] Ce qu'elles rapportent dans la colonie, elles le partagent avec l'homme : le miel comme nourriture, la cire, la propolis et le venin à des fins multiples, notamment thérapeutiques. Avec un nombre correspondant de peuples, elles sont des organes animiques indispensables de l'organisme agricole, qui dans leur activité entrelacent d'une autre manière l'élément spirituel agissant dans la chaleur au finage que ne le fait le paysan lorsqu'il incorpore, dans un vouloir issu du Je, ses pensées à l'ensemble de la ferme par son travail.

La volaille de basse-cour

Jusqu'aux années cinquante et soixante du XX^e siècle, c'étaient encore les poules, les canards, les oies, les pigeons qui donnaient à la vie de la ferme une coloration particulière et, par leur comportement, un rythme propre. Pour ce qui est des poules, par exemple, la journée commençait au lever du soleil avec le cri d'éveil perçant

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du matin montant, d'homme et de bête : le chant du coq. Il s'avançait le premier, cou et tête dressés à la verticale, bec grand ouvert, plumes de la queue relevées et déployées en éventail — comme s'il voulait crier tout son être intérieur vers le jour qui s'éveillait. La troupe des poules le suivait hors du repos nocturne de l'étable, dans la basse-cour ou, en liberté, dans la cour de la ferme, la grange ouverte, le fumier ; grattant et picorant, elles se dispersaient à la recherche de nourriture. Bientôt retentissait depuis l'étable le premier caquètement d'une poule annonçant ainsi son bonheur d'avoir pondu. Le plus souvent dans l'après-midi venait le bain de poussière avec nettoyage du plumage, puis encore un grattage, un égratignage, un picorage de graines, de larves, de vers, d'insectes, d'herbe et de grains de sable. À la tombée de la nuit, la troupe se rassemblait de nouveau dans l'étable et se perchait serrée contre serrée sur les barres de perchoir. De manière semblable se déroulait naturellement la vie des canards, des oies, des dindons et des pigeons ; leur point de référence était la ferme avec son étable protégée et les hommes qui prenaient soin d'eux.

Les poules et les dindons sont liés à la terre, les canards et les oies aiment la proximité de l'eau et pâturent de préférence les zones de prairie proches des rives. Comme ceux-ci oscillent entre eau et terre, les pigeons oscillent entre air et terre ; leur espace de mouvement s'élargit en vols le plus souvent brefs, d'arbre en arbre, jusque dans la plaine cultivée ; pour se reposer, ils se rassemblent de nouveau, alignés sur le plus haut des faîtes de la ferme. Leur champ visuel est ainsi, à côté de celui des abeilles, le plus étendu parmi les animaux domestiques ; bien plus restreint est celui de la volaille d'eau, et chez les poules il se limite à quelques mètres seulement. Les poules voient nettement seulement à courte distance — la poule mange avec l'œil. Sa résolution du mouvement et sa différenciation des couleurs sont de loin supérieures à celles de l'œil humain. Comme tous les oiseaux, la volaille domestique et donc aussi la poule ont une bonne ouïe. L'oreille externe leur fait défaut ; l'entrée de l'oreille interne est dissimulée sous le fin plumage de la tête. Des expressions animiques comme les cris d'appel, les sons de communication réciproque — le chant du coq, le caquètement, le clapotement des canards et des oies, ou le roucoulement des pigeons — s'échangent sur de plus grandes distances. Le sens du goût est, comme chez leurs congénères sauvages, faiblement développé. Les poules distinguent bien, par exemple, les qualités salée et sucrée, acide et amère, mais ces sensations ne jouent qu'un rôle minime dans le choix de la nourriture.[128] Le sens de l'odorat est manifestement bien mieux développé qu'on ne le pensait encore jusqu'à

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jusqu'aux années 1990. En revanche, les organes du toucher, très développés dans le bec à côté de l'œil, sont généralement déterminants pour le choix de la nourriture et pour l'appréciation de sa granulométrie.

La digestion est aussi rapide que chez la volaille sauvage. La nourriture hautement concentrée passe sans être fragmentée dans le jabot ; de là dans le proventricule, puis dans le gésier, où elle est broyée. Après un passage rapide à travers l'intestin et le gros intestin, avec séjour dans les deux cæcums, elle est excrétée avec l'urine par le cloaque. En raison de la nourriture de départ et de la digestion rapide, il se forme un engrais hautement concentré, riche en matières organiques ainsi qu'en sels d'azote et de phosphore — un précieux matériau organo-minéral d'enrichissement pour les composts végétaux ou d'autres fumiers animaux. Le caractère salin des excréments de la volaille domestique correspond à sa nature céphalique et neurosensorielle prononcée, encore particulièrement accentuée par la posture presque verticale de ces coureurs dans l'axe tête–cou allongé–poitrine–pattes. Les performances métaboliques particulières ne se communiquent donc pas, comme chez les ruminants, au flux digestif ; elles se répartissent entre la croissance (chair) et la reproduction (œufs).

Depuis les années 1950–1960 du XXe siècle, l'élevage de volaille — et avant tout celui des poules — a perdu son rôle d'enrichissement de l'organisation animique de l'organisme agricole, de gestion des déchets et de régulation des nuisibles. À sa place s'est installé l'élevage industriel de volaille. Élevés pour atteindre la plus haute efficacité de leurs fonctions métaboliques, les animaux vivent entassés dans des installations de production hermétiquement closes, pilotées électroniquement, entièrement climatisées, et sont maintenus en bonne santé pendant leur courte période de vie productive par l'emploi de moyens majoritairement abiotiques. L'élevage de volaille s'est détaché de l'ensemble de l'exploitation agricole. Dans l'élevage et la sélection modernes de volaille, la volaille comme animal domestique connaît sa mort culturelle. Sur les plus de 150 races de poules[129], seules quelques-unes sont encore utilisées aujourd'hui pour la sélection en lignée, le croisement et la sélection hybride. Leurs performances, poussées au maximum, se condensent sur une période de ponte d'une seule année.

La prise de conscience de ce développement erroné conduit de plus en plus à une réintégration de plus petits effectifs de volaille dans des organismes agricoles en voie de formation : les poulaillers mobiles avec rotation des parcours en plein champ sont un premier pas. Ce mode d'élevage rétablit un rapport à tous les processus vitaux

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de l'ensemble de la ferme dans le cours de l'année, et permet aux poules d'exprimer sans entrave leur vie instinctive. La présence du gibier prédateur impose malheureusement des limites à tout changement de parcours arbitraire : un enclos à l'épreuve des renards s'impose ! Un pas supplémentaire pour poursuivre le développement adapté au statut d'animal domestique est le renoncement à l'élevage hybride uniforme, pratiqué à l'échelle mondiale par quelques grands groupes, au profit d'un élevage propre à la ferme. Celui-ci implique la coopération régionale entre éleveurs et éleveurs naisseurs, en ce qui concerne le choix de la race, les objectifs de sélection, ainsi que la disposition des consommateurs à soutenir une telle réalisation culturelle exigeante.

Le développement ultérieur de la volaille domestique est d'abord une question génétique : à quel potentiel héréditaire du passé doit-on renouer ? Mais c'est avant tout une question d'épigénétique, d'une sélection fondée non seulement sur des caractères acquis, mais sur des caractères à acquérir. Quelles conditions, en vue de ce dernier objectif, doivent être créées dans la configuration de l'organisme agricole — quant à l'élevage, à la base alimentaire propre à la ferme, à l'attention humaine portée aux animaux —, afin que la totalité organismique puisse s'imprimer épigénétiquement dans l'organisation vitale et physique des animaux ?

Le porc domestique

Comparable seulement aux races à hautes performances des poules, le porc a été reconfiguré par les méthodes modernes de sélection, d'alimentation et d'élevage — depuis son mode de vie originel et la diversité des types raciaux — en races d'exploitation uniformes. Autrefois essentiellement animal de pâturage façonnant le paysage, gardé par des bergers, puis amélioré au XVIIIe siècle en Angleterre par le croisement avec des races asiatiques et sud-européennes en vue d'une plus grande croissance, intégré au XIXe siècle comme porc de pays amélioré dans les exploitations paysannes en stabulation avec accès au plein air, il est aujourd'hui — à partir de la seconde moitié du XXe siècle — arraché au contexte vivant de l'ensemble de la ferme et produit en élevage industriel de masse. L'objectif de la sélection récente était et demeure : hors le lard — vers l'hybride uniforme, le porc à viande précoce, dont la maturité d'abattage est atteinte à la moitié de la durée de vie des races souches. Comme dans l'élevage moderne des poules, le rapport homme-animal — nécessaire à l'âme du statut d'animal domestique — ainsi que le rapport à la totalité de la ferme et à son finage, sont ici également supprimés. Lorsque cette double relation disparaît, le porc dépérit intérieurement et le paysage

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se dégrade en monoculture monotone[130] et, en maints endroits, en zone de déversement du lisier de porc, avec des nuisances olfactives s'étendant sur de vastes distances et des émissions à effets climatiques. Morne et défigurée, la plaine cultivée gît là, mise à nu, reflet de l'inhumanité que subissent les animaux en stabulation permanente sur des caillebotis de béton. L'être humain a le choix : ne voir dans les animaux domestiques qu'un pur profit économique — s'aliénant ainsi à lui-même dans les profondeurs de l'âme — ou bien laisser s'épanouir ses instincts agissant depuis l'animique au profit de l'ensemble de la ferme. Chez le porc domestique, omnivore, ces instincts sont orientés vers une nourriture d'une diversité extraordinaire, choisie avec soin selon le besoin du moment : herbe, foin, céréales, fruits, légumes, racines, vers, escargots, plantes médicinales et plantes sauvages, fruits sauvages, etc.[131] À tout prendre, le porc est le valorisateur idéal des restes dans l'organisme du domaine, et, à côté des poules, un thérapeute dans l'élimination de toutes sortes de nuisibles. Avec son odorat hautement développé, concentré dans le groin — ce nez pour ainsi dire retourné, soudé à la lèvre supérieure —, il cherche sa nourriture tantôt à la surface, tantôt en fouillant sous terre. Le pâturage estival et automnal sur les chaumes de céréales, les champs de pommes de terre et de légumes récoltés, ou sur les cultures intermédiaires, les conduit dans la plaine cultivée, satisfait leur besoin de mouvement, leur curiosité insatiable et ne met aucune limite à leur amour du fouissage. Reniflant, leur nature de désir se fraie un chemin à travers la terre. Au pâturage, le travail de fouissage peut rapidement devenir un problème en raison des blessures infligées au couvert herbacé. Ce dommage reste limité lorsqu'une surface de pâturage suffisante avec une végétation fraîche et riche en protéines est disponible — les légères ruptures de couvert pouvant même se révéler avantageuses pour l'aération et le renouvellement de la prairie. De plus, il se produit une dissémination des graines et, partant, un accroissement de la diversité des espèces.[132] En bien des endroits, l'élevage en pâturage échoue pour des raisons de coûts ou d'organisation du travail. En lieu et place, la pratique a développé des systèmes de stabulation qui tiennent compte, dans la mesure du possible, par un environnement varié, des besoins d'expression des instincts comportementaux : constitution de groupes, diversité alimentaire, déchets de cuisine et de transformation, herbe fraîche coupée, restes de nourriture provenant de l'étable des vaches, etc., possibilité de fouiller, de se vautrer, de se frotter, surface de déambulation pour l'exercice,

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Rencontre et exploration, couloir extérieur couvert pour les déjections, aires de repos paillées, abris fermés de toutes parts, protégés du froid et du vent, ainsi que possibilité d'un contact intense avec l'être humain qui les soigne, par exemple par la parole.

Les porcs ont le sens de la famille ; ce sont des animaux sociables, intelligents, senso-actifs : leur odorat domine la perception, imprime la teinte de leur bien-être et de leur malaise. Ils communiquent vivement grâce à une ouïe fine, et en levant la tête, ils regardent l'homme qui s'approche d'un regard clair, d'une compréhension quasi manifeste. Cependant, leurs performances cérébrales sont réduites de jusqu'à 30 % par rapport à leurs congénères sauvages,[133] ce qui signifie que le système neuro-sensoriel s'est davantage déplacé vers la moelle épinière et le système sympathique, et se trouve ainsi au service d'une activité métabolique accrue en ce qui concerne la fécondité ainsi que la prise de viande et de graisse.

La question critique — à savoir si les animaux s'abêtissent par la perte de leurs performances sensorielles lorsque l'être humain en fait des animaux domestiques — doit recevoir une réponse négative, à condition que l'être humain soit pleinement conscient de sa responsabilité envers l'animal domestique. Ce que l'animal domestique offre à l'être humain par ses activités métaboliques, l'être humain doit le lui rendre au double par son comportement intelligent dans l'élevage, l'alimentation, les soins, et par une sélection qui saisit la nature de l'animal.

La fonction de la denture fait du porc un omnivore, un mangeur de viande et de plantes à la fois. Il mord et mâche comme l'être humain. Cette double fonction se manifeste également dans le tube digestif. L'estomac à une seule cavité est relativement petit ; par conséquent, le porc doit absorber la nourriture en continu, par petites portions. Lors du long trajet à travers l'intestin grêle, après la dégradation enzymatique des composants alimentaires facilement assimilables et leur résorption, une digestion microbienne des résidus alimentaires riches en cellulose a lieu dans le cæcum et le côlon. Le porc digère de manière approfondie ; contrairement aux ruminants, il soutire à la nourriture des forces qu'il consomme pour lui-même en tant qu'être senso-actif et simultanément métaboliquement actif. Cela diminue la force fertilisante de ses excrétions, non leur teneur en substances minérales. Les matières fécales dépendent, par leur forme, leur couleur, leur consistance et leur odeur, de la nature de la nourriture. Si l'équilibre entre la digestion glandulaire et la digestion microbienne n'est pas maintenu — par exemple dans le cas d'une alimentation à haute performance et d'une stabulation permanente sur caillebotis — il en résulte du lisier de porc, dans lequel

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on ne doit pas s'étonner de l'odeur nauséabonde ni de l'action fertilisante unilatéralement pulsionnelle.

Un élevage de porcs mesuré, accordé à la base fourragère propre à la ferme, avec litière, accès au plein air et si possible pâturage, produit un fumier peu odorant, de bonne teneur, à consistance plutôt ferme. Sans doute pour des raisons de sensibilité à la nature essentielle du porc en tant qu'omnivore, comparé aux herbivores stricts, on a désigné dans le passé paysan le fumier de porc comme « fumier froid », plus indiqué pour le « sol sableux chaud » que pour le « sol argileux froid ». En mélange avec les autres fumiers produits par l'organisme agricole, il constitue un complément précieux. En tant que fumier, il porte, dans sa composition substantielle et dans ses forces, l'empreinte de la nature animique du porc. Ce que le porc goûte avec délectation en fouillant la terre — nourriture végétale et animale — et ce qu'il vit par l'âme dans le bien-être profond du repos, il accomplit à travers cela — comme le font aussi les autres animaux domestiques de la ferme — une « analyse cosmique-qualitative »[134]. Le résultat de cette analyse caractérise la valeur fertilisante. Elle est chaque fois différente, selon que la nourriture est un produit importé ou qu'elle est produite sur la ferme elle-même. En analysant la nourriture produite sur place, le porc prépare à sa manière un fumier qui répond aux besoins propres au lieu pour accroître la fertilité du sol.

Cheval et âne

Si contraires qu'ils soient dans leur naturel malgré une parenté étroite, l'un et l'autre sont, comme montures, bêtes de charge et animaux de trait, les serviteurs les plus fidèles de l'être humain — ce qui remonte jusqu'aux temps de la civilisation paléo-persane, aux quatrième et cinquième millénaires avant notre ère. Le cheval a porté l'être humain dans ses grandes migrations et conquêtes à travers les contrées, était le moyen de déplacement d'un lieu à l'autre, l'a accompagné dans les grandes batailles ; il a combattu sous sa conduite et sa direction, et s'est sacrifié. Il a tiré la charrue sillon après sillon et rentré la moisson sur des chariots à échelles lourdement chargés. D'infinies prestations le cheval a rendues à l'être humain, et d'indicibles sacrifices il y a apportés. Ainsi également l'âne, monture aussi disponible qu'obstinée, bête de charge du paysan et de l'artisan, jusqu'au compagnon du mendiant. Tout le faix du quotidien, on l'a imposé à ce petit âne aux jambes grêles ; d'un pas assuré

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il la porta, sur cailloux et sur pierres. Comment la vie sociale entre les peuples pasteurs, ainsi qu'au sein des communautés villageoises et entre elles, aurait-elle pu se maintenir sans l'âne ? Ainsi porta-t-il sur son dos le plus humble et son lourd fardeau, et dans la montée vers Jérusalem le dimanche des Rameaux, l'être le plus élevé, celui qui surmonta toute pesanteur terrestre.

Tous deux, cheval et âne, sont des équidés. Ils se tiennent et se meuvent sur la pointe du doigt médian ou de l'orteil médian. Ceux-ci sont enchâssés dans le sabot, un étui corné imperméable aux rayonnements de forces extérieures, tout comme les sabots fendus des ongulés à doigts pairs et les cornes des ruminants. Si lourds que soient les chevaux dans leur corporéité, si légers, voire dansants, sont leurs mouvements. En beauté et en élégance, les mouvements du cheval sont sans égaux — car son être psychique se vit tout entier dans le langage corporel d'une motricité rythmique. Que ce soit au pas ou dans un trot retenu et comme dansé, les deux à tête haute, ou dans le galop qui s'envole, tête allongée et naseaux dilatés vers le but, il offre toujours l'image d'un noble déploiement de forces et d'une harmonie accomplie — qui s'élève à une harmonie encore supérieure par l'intermédiaire du cavalier. C'est seulement dans l'unité du cheval et de son cavalier qu'il révèle la noblesse de sa tenue et de son caractère. Il en va autrement lorsqu'il se met « à l'attelage », dans le harnais, et tire la charrue ou le lourd chariot, soulevant et abaissant la tête à chaque pas dans un rythme régulier — alors il éveille l'image d'un abandon total de son être volitif à la voix et à la main du meneur de rênes, et au service qu'il accomplit pour la terre, sans réserve.

L'âne aussi possède toutes les allures du cheval. Moins noble en apparence et en mouvement, il se montre plutôt humble dans son port de tête abaissé, en règle générale docile et résigné à tout ce qu'on lui demande, et puis à nouveau rétif, pour des raisons le plus souvent impénétrables. Dans les régions de son aire d'origine, en Orient et en Afrique, il apparaît d'autant plus noble qu'il est encore inscrit dans des formes de conscience et de vie culturelles plus anciennes.

Le cheval est, encore plus que l'âne, hautement docile et a besoin, dès la naissance, d'une éducation approfondie pour développer ses talents et les exercer toute sa vie sous la conduite de l'être humain. Dans le cas du noble cheval arabe, par exemple, le poulain nouveau-né était tenu pendant un temps assez long sous le toit de la tente du berger, au sein de la communauté familiale. Cela valait encore jusqu'au XX^e siècle.

La corporéité du cheval et de l'âne est l'image de leur être psychique, et en même temps l'image du paysage — les vastes étendues de la steppe herbeuse — dans lequel cet être psychique se vit dans sa joie du mouvement. En conséquence se concentre

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la sinnesorganisation se concentre particulièrement sur les sens tournés vers l'extérieur, ceux qui embrassent la vastitude — l'œil, l'ouïe et l'odorat. Les yeux expressifs, remarquablement grands, disposés latéralement sur la tête, embrassent un champ visuel presque complet. Vers l'avant seulement — devant et en dessous de la tête — s'étend une zone aveugle d'environ deux mètres, inaccessible au regard, et de même vers l'arrière, de part et d'autre de l'épine dorsale. En profondeur de champ (vision tridimensionnelle), le cheval ne saisit qu'un angle de vue relativement étroit de 15 à 20 degrés vers l'avant. Dans le reste du champ visuel, la vision s'aplatit et se brouille vers l'arrière. C'est précisément dans cette zone aveugle arrière que se tient le cavalier, le cocher ou le laboureur marchant derrière la charrue, qui, par une légère traction sur la rêne conductrice ou par le mors, règle l'allure et la direction du déplacement. Dans le jeu animé des pavillons de l'oreille se révèle, avec la plus fine nuance, la direction de l'attention animique. Des bruits pour nous inaudibles sont filtrés hors de la masse sonore ambiante. C'est avant tout par l'ouïe que le cheval perçoit la disposition animique — par exemple, comment on lui parle. La position des oreilles, dressées ou pendantes, trahit beaucoup de son ressenti intérieur.

L'odorat est d'un développement extraordinaire. La tête allongée abrite un vaste système de cavités nasales dont les surfaces intérieures correspondent à peu près à la surface totale de la peau extérieure de l'animal. Les chevaux se reniflent pour se saluer ou faire connaissance. Avec leur odorat d'une finesse extrême, ils analysent leur environnement — au pâturage, le choix de leur nourriture, toute exhalaison si ténue soit-elle, et cela parfois à grande distance. Est-ce précisément ces trois facultés sensorielles — de l'œil, de l'ouïe et de l'odorat — ainsi que la manière de porter la tête, élevée au-dessus du rachis, qui rendent le cheval si apte à apprendre, qui lui font réagir avec une telle finesse différenciée, au point de donner à croire qu'il pense ? Dans la mythologie grecque, la légende de Persée dépeint comment la pensée s'est libérée de l'enchaînement sanguin du corps — ce porteur de la force clairvoyante à l'œuvre dans les temps anciens : dans l'image mythique, Persée décapite la Titanide Gorgo. Du flot de sang qui jaillit de son tronc surgit Pégase, le cheval ailé. Il symbolise la pensée libérée du corps, dont les ailes peuvent désormais s'élancer librement dans le monde de l'esprit. Ce qui apparaît, dans le comportement intelligent du corps du cheval, comme lié au sang — chez l'homme, cela se dégage de cette entrave et devient l'activité spirituelle-animique libre de la pensée.

Le cheval et l'âne sont des herbivores. Bien qu'ils acceptent, avec la plus grande frugalité, une nourriture encore plus riche en fibres grossières que les ruminants avec leur système digestif hautement différencié

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, ils ne disposent que d'un estomac composé, uniloculaire et relativement petit, sans système de pré-estomacs. À celui-ci fait suite le long intestin grêle, qui décompose les composants facilement digestibles de la nourriture. Les fibres grossières plus difficiles à digérer ne sont décomposées bactériellement que dans l'imposant caecum, puis dans le côlon et le rectum. Ce mode de digestion correspond à leur comportement alimentaire. Les chevaux mangent deux fois plus longtemps que les vaches, soit 16 heures par jour. Ce sont des animaux actifs le jour comme la nuit. Grâce à leur bonne vision dans l'obscurité, ils trouvent leur nourriture d'un pas sûr jusque dans la nuit. Les chevaux et l'âne, si sobre, sont particulièrement bien adaptés pour pâturer, après rotation des pâturages, les plantes délaissées par les vaches.

La joie du mouvement et la force des chevaux et des ânes trouvent leur expression dans leur fumier encore très riche en fibres grossières et fortement structuré. Par opposition polaire au « fumier froid du porc », c'est un fumier « ardent ». Sous l'effet d'une décomposition bactérienne continue, accélérée par le contact avec l'air extérieur, il se réchauffe très rapidement, et c'est en raison de cette propriété qu'il était utilisé comme chauffage par le bas et en même temps comme engrais pour les couches maraîchères. Le fumier de cheval frais contient une quantité notable d'ammoniaque ; son odeur est donc forte, piquante et pénétrante, mais pas désagréable.

Le cheval et l'âne ont largement pris congé de l'agriculture, en raison de la mécanisation des processus de travail — provisoirement ? Avec eux s'en est allé un élément important de la Beseelung de l'organisme de la ferme : cela vaut aussi bien pour la valorisation du fourrage et de la paille, pour la nature particulière de leur fumier et pour la rhythmisation des processus de travail, que pour la Beseelung du travail qu'ils accomplissaient dans leur don total à la conduite humaine.

Chien et chat

Tous deux appartiennent à la lignée évolutive des carnivores. Avec leur vie instinctive animique, ils enrichissent le corps animique de l'organisme agricole de manière tout à fait contrastée. Le chien est le plus ancien des animaux domestiques ; le chat compte parmi les plus récents — il n'apparaît en Europe qu'à partir du premier millénaire avant J.-C.[135] Le type du chien est apparenté à celui de ses congénères sauvages, le loup, comme celui du chat l'est au chat sauvage. Ce qui frappe particulièrement chez les chiens, c'est la grande variabilité des formes. Ils

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se trouve déjà au début même de leur domestication, à la fin du *Tertiaire* (Atlantide), dans le *Pléistocène* (ères glaciaires), mais surtout dans le *Néolithique*, lors des premières époques post-atlantéennes. Aucune des espèces animales domestiques apparues par la suite n'a jamais retrouvé cette richesse de formes.[136] Il est naturel de penser — comme on l'a déjà indiqué plus tôt — que le développement des animaux domestiques fut un produit de l'humanité primitive. Celle-ci était en mesure, à partir du vécu de l'âme animale et de son origine spirituelle, l'âme de groupe, de retenir celle-ci dans sa formation corporelle à un stade plus embryonnaire, procurant ainsi au type formateur une profusion de possibilités d'expression variées. Plus les espèces domestiques sont récentes, plus les hommes ont échangé leur immédiateté spirituelle instinctive contre l'éveil à la conscience de soi, et plus l'image phénoménale des animaux domestiques s'appauvrit en variations. Lorsque, à l'époque de la Rome antique, la richesse des formes augmenta de nouveau (races de chiens nains), cela résultait déjà d'une sélection ciblée, au sens du croisement et de la sélection. Que depuis les origines jusqu'à la civilisation de l'Égypte ancienne, la domestication du chien et du chat — et des autres espèces domestiques également — ne fût pas avant tout une question d'utilité fonctionnelle, mais que l'utilité fût inséparablement liée à un sentiment instinctif, intimement sacré, cela ressort d'une part de la culture funéraire qui unissait l'homme et le chien, d'autre part de la vénération que l'on vouait aux chats et à l'être divin qui les habitait, un culte qui atteignit son apogée vers la fin de la civilisation égyptienne ancienne.[137]

La disposition de l'âme animale du chien et du chat se situent aux antipodes l'une de l'autre. Encore plus que le cheval, le chien a soumis son être instinctif animique, la somme de ses facultés, à la conduite de l'homme — non ainsi le chat. Bien éduqué, le chien obéit au moindre appel ou coup de sifflet. Avec son instinct du mouvement, il s'élance et rayonne vers le large : ainsi le chien de chasse qui, son flair en éveil, suit la piste, signale le gibier abattu ou le rapporte, ou encore le chien de berger qui pousse les moutons ou les bovins, ou maintient le troupeau rassemblé. Toujours, une fois sa tâche accomplie, il revient, s'assoit sur ses pattes arrière, agite la queue, dresse la tête haute, regarde son maître avec une fidèle dévotion, dans l'attente du prochain ordre. Avec la même attention dévouée, il se conduit en chien de garde de la maison et de la ferme, en chien d'accompagnement ou de conduite — le chien-guide pour les aveugles, par exemple —, en chien renifleur, flairant avec une infaillibilité les traces olfactives les plus infimes, ou en

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chien de traîneau, tirant de lourdes charges à travers neige et glace. Chacune de ces aptitudes se forge le corps qui lui convient : grand et puissant, svelte et rapide, petit et agile, etc. Cette plasticité psychocorporelle, capables de prendre presque toutes les formes imaginables avec le comportement correspondant selon leur nature, a succombé depuis l'époque romaine à l'émotivité humaine et se pervertit dans l'élevage de chiens de luxe, nains et de compagnie.

L'expression de l'être du chat domestique est tout autre. Il semble être tombé, au sens évolutif, plus profond dans la sauvagerie. Il vit pour ainsi dire deux vies. Dans l'une, il s'épanouit loin de l'homme à la faveur de la nuit, comme ses congénères sauvages. Tous ses sens en alerte, il suit ses instincts de chasseur, rôde à sa guise, guette sa proie et la saisit d'un bond prodigieux. Les rongeurs — souris et rats — constituent sa nourriture de prédilection, malheureusement aussi les oiseaux : les nicheurs au sol, ceux qui nichent dans les branches basses, ou les hirondelles qui rasent trop bas le sol en plein jour, dont il fait aisément sa proie d'une patte lancée vers le haut. Sa seconde vie, il la passe à chercher dans l'intérieur de la maison humaine sa place pour dormir, à amadouer en ronronnant les membres de la famille, à divertir les enfants en jouant avec eux — et à se recommander ainsi pour une autre forme d'approvisionnement. Puis la nuit revenue, c'est le départ vers l'autre vie. Là encore, c'est l'émotivité humaine qui, mal orientée, réduit le chat au simple animal de compagnie et de câlins.

Chez le chien, c'est le sens olfactif — ce sens qui surpasse tout, qui différencie chaque nuance, qui met en mouvement corps et âme —, chez le chat, le sens visuel spécialisé pour la vision nocturne, qui impriment à l'organisme agricole une qualité particulière, un principe ordonnateur : le chien qui monte la garde la nuit et donne de la voix, qui, accompagnant le paysan, le museau ras du sol, suit une piste à travers champs, prés et pâturages, ou qui, à un signe du berger, encercle le troupeau de moutons et le maintient sur l'herbage qui lui est assigné — dans les limites qui lui sont fixées, il est l'organe exécutant de l'homme. Le chat ne l'est pas en ce sens. Il demeure sans témoin dans ses courses nocturnes à travers la cour et la Gemarkung, fixe lui-même la mesure dans l'extermination des rongeurs nuisibles et se suffit en cela à lui-même.

Ce ne sont pas les déjections du chien et du chat qui sont les bienvenues dans l'organisme agricole — elles sont malodorantes, mais ne pèsent guère dans la balance —, c'est leur contribution en tant que fonction gardienne ordonnatrice. Hélas, le chien et le chat ont largement perdu cette fonction de co-organisateurs guidés par l'homme d'un tout naturel animé par l'âme. En tant qu'animaux de

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Société et animaux de luxe, ils se sont largement aliénés du corps animique de l'organisme agricole.

Brebis et chèvre

Au rang des «petits ruminants», brebis et chèvres comptent, après les chiens, parmi nos plus anciens animaux domestiques. Bien que proches parents, ils se différencient fortement par le tempérament, la mobilité, et par degrés dans leur frugalité. Comme tous les ruminants, ils apparaissent en tant qu'ongulés à sabots pairs porteurs de cornes seulement à la fin de la série des mammifères dans l'histoire des espèces. Plus encore : la diversité des formes sauvages ovinées et caprinées et des formes domestiques ultérieures ne s'est développée qu'au passage du Tertiaire récent aux périodes glaciaires (Pléistocène) et en leur sein, jusque dans la période actuelle (Holocène)[138] — en des temps, donc, où l'être humain vint se mêler aux animaux et, depuis la conscience cosmiquement imprégnée, instinctivement proche de l'esprit, qui était la sienne, noua avec eux un rapport magico-cultuel qui trouva son expression dans le mode de la chasse — en vue de la nourriture et du vêtement — et dans le sacrifice animal.

La question n'est-elle pas dès lors légitime de savoir si l'être humain nomadisant, tissé dans le règne des forces naturelles, ne participa pas à cette différenciation de forme pourtant si récente ? Les mythes des peuples ne pointent-ils pas vers cette possibilité pensable — par exemple le sacrifice animal d'Abel, ou les gravures rupestres remontant aux périodes glaciaires (Pléistocène), notamment au Sahara, et bien d'autres encore ? Ces témoignages ne sont-ils pas tous l'expression d'un rapport magico-cultuel entre l'être humain et l'animal, propre au temps atlantique, au Cénozoïque tardif ? Et n'est-ce pas alors plus tard, dans la deuxième époque de l'ère post-atlantéenne (Holocène), que s'est accomplie, depuis les Mystères de Zarathoustra, en une sorte de répétition à un degré supérieur, la domestication ?

Brebis et chèvres, pourvues de toutes les caractéristiques de leur état domestique, apparaissent dès la fin du neuvième millénaire avant notre ère dans les régions montagneuses du Sud et de l'Ouest asiatique. Chez les brebis, ces caractéristiques sont les suivantes : une taille, dans la forme générale, plus petite que la forme sauvage, une haute variabilité de la taille corporelle, l'absence de mue saisonnière du pelage, dont la transformation en toison de laine à croissance continue, une coloration et un marquage vifs. Une diversité similaire de l'image phénoménale se retrouve chez les chèvres, jusqu'à la toison de laine chez les chèvres angora et du Cachemire.[139]

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Brebis et chèvres sont d'une frugalité extraordinaire. Leur nourriture se compose de graminées, de plantes aromatiques, de feuilles et de pousses. Les chèvres font preuve d'une haute adaptabilité aux ressources alimentaires aromatiques, riches en cellulose et salées des zones géographiques extrêmes — zones de montagne et steppes semi-arides, par exemple. Le surpâturage de ces dernières conduit rapidement à une désertification progressive. Par la diversité de leurs dons — laine, viande, lait, poil, peau, cuirs et corne —, ces deux petits ruminants sont devenus les grands compagnons de culture de l'être humain. Ils vivaient en troupeaux fermés sous la garde des peuples pasteurs, constituant pour ainsi dire leur fond d'existence, et sont devenus en maints endroits, dans les établissements villageois, la « vache du petit peuple ». Le rapport étroit de la brebis à son environnement et à l'être humain a engendré dans le monde entier une grande diversité de races : depuis le Moyen Âge en Europe, la formation de races paysannes locales ; à l'époque moderne, la sélection en lignées pour la viande, la laine et le lait. La sélection vers le mouton à laine blanche (Mérinos) s'accomplit en Espagne. Il a trouvé aujourd'hui, souvent par croisement avec des races paysannes locales, la plus grande diffusion au monde.

En Europe, l'élevage en troupeaux sous la conduite du berger transhumant subsiste encore en quelques vestiges. Il ne peut se maintenir économiquement que parce que les troupeaux de brebis sont utilisés de façon privilégiée dans les réserves naturelles pour l'entretien du paysage. C'est l'élevage caprin qui est le plus fortement en recul. 95 % de toutes les chèvres domestiques sont au service de l'autosuffisance dans l'agriculture à structure de petite paysannerie du tiers-monde.

Les manifestations de l'être de la brebis et de la chèvre sont polaires l'une de l'autre. Les performances sensorielles des deux sont certes similaires — l'odorat est le plus développé, suivi par la vue, puis l'ouïe à quelque distance —, mais le seelische s'exprime différemment dans le langage corporel et à travers les sens. La tête portée le plus souvent abaissée en dessous de la ligne du rachis, le corps plus massif, plus tourné vers la terre et vers l'intérieur de son propre métabolisme, plus lourd dans ses mouvements : l'être animique de la brebis s'exprime de façon plus rêveuse, retenue. Autre chose la chèvre : elle bondit vivement, saute par-dessus ronces et pierres, lève haut la tête, renifle curieusement tantôt ceci tantôt cela, escalade le premier point d'appui élevé à portée, tient le regard fixé attentivement au loin. Plutôt que de parcourir en broutant de vastes plaines, elle préfère paître sur des versants escarpés de terrain montagneux à hauteur de tête, ou se dresse à la verticale sur ses pattes postérieures pour attraper encore la feuille la plus haute accessible sur buisson ou sur arbre.

Brebis et chèvres portent des cornes. Celles-ci sont, à la différence des bovins, plus grandes chez les mâles et, selon la race, de forme hélicoïdale

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en spirale ou recourbées en sabre vers l'arrière. À côté des porteurs de cornes existent des races aspermes, parmi lesquelles, chez les brebis, la plupart des races d'élevage actuelles.

Lorsque la diversité des races se rétrécit, la sélection se concentre sur le mouton lainier ou le mouton à lait, chez les chèvres sur les animaux à lait ou à viande.

Les petits ruminants sont des animaux grégaires, les brebis encore plus que les chèvres. De ce fait, ils sont par nature davantage des façonneurs du paysage au sens large, moins un organe formateur dans tel ou tel organisme agricole particulier. Aussi longtemps que les communautés villageoises avec leurs finages existaient encore comme un tout largement fermé, c'était le métier du berger de faire de son troupeau de brebis l'organe de ce tout : que ce soit par le pâturage sur les jachères, les communaux ou les surfaces en friche, par le passage sur les parcelles de cultures sarclées après récolte, sur les semailles d'hiver qui montaient trop exubérantes en feuilles ; ou par le pâturage des bords de chemins et des lisières des champs riches en plantes aromatiques à l'automne, comme diététique pour la stabulation hivernale à venir ; ou enfin par le parcage sur les terres à des fins de fumure. Tout cela était droit consacré et se pratiquait en accord avec la communauté villageoise. La renaissance du métier de berger se heurte à des limites étroites. Des possibilités s'offrent dans l'entretien des zones protégées ou sur les grandes exploitations à sols de rendement marginal.

Il en va autrement de l'élevage du mouton à lait et de la chèvre laitière. Tous deux ne sont pas liés à la vie de troupeau et peuvent, en effectifs petits ou grands, contribuer de façon substantielle à l'animation par l'âme de l'organisme agricole. Les petits ruminants se recommandent surtout pour le développement des jardins maraîchers à orientation unilatérale en domaines maraîchers complets. Ils y remplacent le bovin dans la valorisation des cultures intermédiaires destinées à l'engrais vert ainsi que des déchets issus d'une production maraîchère diversifiée, et assurent leur transformation en un fumier durablement efficace.

Par la voie du système à quatre estomacs des ruminants, la nourriture végétale est soumise à une digestion d'une intensité unique (voir le chapitre «Bovin», pansenverdauung et rumination, page 150 sq.). Celle-ci permet de décomposer la cellulose, c'est-à-dire les matières alimentaires riches en fibres brutes, et de les rendre utilisables pour la croissance, l'entretien et la performance (lait, laine, viande). Au cours de ce processus digestif, le flux de nourriture végétale reçoit en lui l'empreinte des forces de l'organisation animique de l'animal. Selon la nature essentielle de la brebis et de la chèvre, cette empreinte est différente. Cette différence ne peut pas être suffisamment saisie à partir de la composition quantitative des soi-disant substances nutritives du fumier. Ce n'est pas la part quantitative

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de celles-ci qui est déterminante, mais leur composition par les forces du corps sensible qui agissent à l'intérieur des processus vitaux. La nature essentielle elle-même fume à travers les substances. Ainsi le fumier de brebis agit-il plus doucement, de manière plus harmonisante et structurante sur les processus vitaux qui se condensent dans le végétatif en nourriture fruitière, notamment chez les légumes-feuilles. Le fumier de chèvre, en revanche, agit de façon plus ardente et — comme on peut le supposer à partir de la nature essentielle de la chèvre — de manière plus stimulante sur l'impulsion de croissance dans l'axe racine-tige-fleur.

La contribution de la brebis à l'animation par l'âme du paysage devient tangible lorsque le berger s'en va, à l'automne, avec son troupeau de brebis à travers le finage de la ferme et, au-delà, à travers le paysage culturel environnant : le berger marchant en tête avec son bâton, le troupeau serré le suivant de près ; ou lui se tenant debout au milieu du champ, les brebis cherchant leur nourriture tout autour de lui. Cette scène éveille une atmosphère de paix profonde qui se répand sur le paysage, une image de calme et de mouvement parfaits à la fois. Un tel troupeau de brebis traversant les champs, de finage en finage, dont chaque frémissement d'existence se résume dans la conscience du berger et est dirigé à partir de celle-ci, noue des relations qui relient les organismes agricoles individuels à l'unité supérieure du paysage culturel. Par rapport aux brebis, les chèvres sont moins des animaux de troupeau. Elles ont davantage d'«entêtement». Elles sont élevées dans une mesure limitée pour la production de lait et de viande et rendent, en partie comme substitut du bovin, de précieux services dans le canon de tous les animaux domestiques pour la mise en forme du corps sensible de l'organisme agricole.

Le bovin

Origine et mythe

Selon la conception courante, le bovin (Bos taurus) descend de l'aurochs (Bos primigenius).[140] « La zootechnie moderne ne reconnaît aujourd'hui avec certitude qu'un seul bovin sauvage, l'ur ou aurochs, comme souche unique des bovins domestiques. »[141]

On considère que les races bovines européennes ont migré depuis le « croissant fertile », l'Asie antérieure et centrale. Les plus anciens ossements remontent au huitième millénaire avant J.-C., aux commencements

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donc de la civilisation paléo-persane. Les premières races bovines comme toutes celles qui leur ont succédé ont une stature corporelle plus petite que la forme sauvage supposée de l'aurochs et manifestent d'emblée une haute variabilité de leur apparence extérieure. C'est précisément à l'exemple des animaux de pâturage — bovins, ovins et caprins, les plus anciens animaux domestiques après les chiens — que peut se révéler combien leur dérivation depuis leurs formes sauvages reste dans l'obscurité. Si l'on regarde les mythes des peuples, par exemple le sacrifice d'Abel dans l'Ancien Testament — il était berger —, ce sont avant tout la brebis et le bovin qui occupent le centre des actes sacrificiels religieux. « Des documents d'histoire culturelle montrent que les bovins en Mésopotamie, en Égypte, en Perse et en Inde n'ont d'abord servi qu'à des fins cultuelles. »[142] Dans le mythe de l'Égypte ancienne, le bovin incarnait de façon archétypique la déesse céleste Hathor, représentée comme vache portant, enchâssé entre les cornes, le disque solaire. Dans l'Inde d'aujourd'hui, la vache est considérée par les Hindous, comme aux temps primordiaux, comme sacrée. Cela n'indique-t-il pas plutôt que c'est l'expérience réelle-spirituelle de l'être du bovin — de ce qui est, sur le plan suprasensible, l'âme de groupe —,[143] qui a tenu lieu de parrain à sa domestication ?

Position dans l'organisme agricole

Du point de vue de la formation de l'organisme agricole en un tout fermé sur lui-même, le bovin — ou plus précisément l'organisme grégaire formé en une unité supérieure — est « reine et roi » parmi tous les animaux domestiques. Certes, chacun d'entre eux, comme esquissé dans les chapitres précédents, apporte sa contribution selon l'animique immergé dans la formation corporelle. Mais à l'être de la vache est propre une puissance universelle. C'est en raison de ce fait que l'on ne peut, à strictement parler, renoncer à l'élevage bovin. Sa signification essentielle réside seulement en second lieu dans ce qu'il produit en aliments et autres matières premières. C'est là le côté extérieur. Celui-ci représente la série des fruits des champs, qui constituent un pilier fondamental essentiel de la création de valeur primaire dans la vie économique. La contribution primaire se situe du côté intérieur : c'est l'aptitude particulière à mettre en relation les fonctions physiologiques — ou mieux encore les corps constituants — de l'organisme agricole les uns avec les autres, et à maintenir ainsi celui-ci, en tant que totalité, sain et capable de développement. La vache — toujours pensée comme membre de l'organisme grégaire lié à la ferme — pose la mesure empreinte de sagesse

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dans la configuration de sa corporéité et de l'interaction de ses systèmes d'organes, par son activité, et imprime ainsi, du côté de la nature, la mesure, l'économie intérieure de l'ensemble de l'exploitation.

On ne peut parler d'un véritable organisme grégaire que lorsque le troupeau se renouvelle de lui-même par sa propre descendance, de génération en génération, et s'est lié aux conditions du lieu — jusqu'à l'approvisionnement fourrager propre à l'exploitation. Les taureaux reproducteurs relèvent d'un statut particulier : en vue du renouvellement du sang du troupeau, ils sont remplacés à intervalles réguliers par des géniteurs issus d'élevages de même nature. L'organisme grégaire est supérieur à la somme des individus. Cela s'exprime, entre autres, dans la simultanéité des comportements rythmiques journaliers des animaux. Le matin, ils suivent la vache dominante au pâturage dans un ordre quasi hiérarchique. Là, ils se dispersent, mais sans se mêler ; ils avancent en broutant dans une même direction, s'alimentent sept à huit heures par jour, entrecoupées de phases communes de rumination qui occupent elles aussi environ huit heures quotidiennes. Le chemin vers l'abreuvoir, les moments de repos et la traite obéissent également à un rythme rigoureux qui gouverne l'ensemble du troupeau. Toutes les mesures relevant de l'élevage, de l'alimentation, des soins et de la sélection devraient être au service du renforcement de ce devenir rythmique grégaire. Plus il est développé, plus le troupeau est sain.

Les méthodes qui sous-tendent l'élevage industriel aujourd'hui pratiqué dans le monde entier — l'alimentation à l'ensilage et aux concentrés facilement digestibles venus des quatre coins du globe, la stabulation à l'année sur des sols en caillebotis de béton, la pratique de l'écornage et la sélection en vue d'une performance maximale, concentrée sur une durée de vie fortement raccourcie etc. — affaiblissent les vaches. Cela signifie la perte de la capacité à former leur propre corps d'âme fermé sur lui-même. Les vaches laitières sont épuisées dès leur jeune âge et, en règle générale, réformées après 4,5 ans, c'est-à-dire après deux lactations « forcées ».

L'ampleur de l'élevage bovin se règle sur la taille de l'exploitation, sur ses dispositions naturelles au regard des conditions climatiques et pédologiques — et partant sur ses besoins en fumure —, ainsi que, graduellement, sur l'intensité de la conduite. Ce qui fait loi ici, c'est la base fourragère propre à l'exploitation, qui comprend les surfaces en herbe disponibles — prairies et pâturages — ainsi que les cultures fourragères. L'ampleur de ces dernières découle de la configuration de l'assolement en grande culture.

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Wesenserscheinung et Wesenserkenntnis

En tant que ruminant du plus haut degré de développement, la vache est un être aussi stoffwechselaktif que rythmique. En revanche, son activité neuro-sensorielle, exception faite des prestations hautement différenciées de l'odorat et du goût, s'efface davantage dans son rapport à l'environnement. Ses performances sensorielles sont avant tout au service de son intérieur, de son activité digestive. Son être intelligent se révèle vers l'extérieur d'une manière plutôt phlegmatique, sourd et rêveur, tandis que vers l'intérieur il s'exprime dans une vie instinctive élevée, emplie de sagesse. Hautement introvertie, elle s'éprouve dans une sorte de contemplation intérieure.

Qui cherche à approcher par la connaissance l'être du bovin doit porter son attention sur son activité principale : les étapes processuelles dans le jeu d'interaction entre intérieur et extérieur — de la prise d'aliments en passant par le travail digestif des masses fourragères jusqu'aux excrétions de fumier et de purin.

Si l'on suit ce que les faits scientifiques isolés révèlent au sujet du processus digestif, on bute rapidement sur les limites de la connaissance. On ne les remarque généralement pas, parce que l'on ne prête pas suffisamment attention au seuil de ce qui est inobservable par les sens et qu'on n'en mesure pas le poids. On glisse imperceptiblement dans des représentations abstraites, sans qualité. Mais si l'on prend conscience de cette limite de connaissance qui s'ouvre entre ce qui est perceptible comme objet et le processuel du devenir substantiel — par exemple lors du passage de l'extérieur vers l'intérieur à travers les parois intestinales — on apprend alors à vraiment apprécier et reconnaître la portée et la signification des résultats de la recherche spirituelle de Rudolf Steiner. Avec l'adjonction de ces résultats de recherche, la connaissance s'appuyant sur les sens extérieurs devient un processus de connaissance qui s'élargit continûment. Ils éclairent l'agent agissant, l'être-agissant-de-manière-essentielle, qui fait surgir les phénomènes dans leurs formes et leurs couleurs. Les résultats de la recherche spirituelle ajoutent à l'extérieur du monde des phénomènes l'intérieur essentiellement créateur.

La digestion buccale

Dès la prise d'aliments — environ un huitième du poids corporel par jour, soit 60 à 70 kg de matière fraîche — le système du métabolisme et des membres domine la région céphalique. La tête plonge, tâtant avec le mufle, profondément dans la masse fourragère ; telle un membre, la longue

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La langue (la longue langue) saisit une touffe d'herbe, de plantes aromatiques ou de foin, l'attire dans la bouche et, dans le cas d'une végétation fraîche, la tranche par pression de la mâchoire inférieure contre le rebord de la plaque édentée de la mâchoire supérieure. Entre-temps, la langue glisse voluptueusement sur le mufle et perçoit par le goût les sécrétions glandulaires de celui-ci. Le bovin accomplit là vraisemblablement une sorte d'analyse qualitative première de la nourriture ingérée, sans doute aussi en rapport avec la nature et la quantité de la salivation. Dans le mufle, la lèvre supérieure est fusionnée avec les cavités nasales. De ce fait, prise d'aliments et respiration sont étroitement liées, de même que les sens du toucher, du goût et de l'odorat.

Durant le bref séjour de la nourriture dans la longue cavité buccale, c'est à nouveau la langue qui, en quelques actes masticatoires, déplace rythmiquement la nourriture d'un rang à l'autre des molaires. Un premier pas digestif est ainsi amorcé par la fragmentation et la salivation. Plusieurs glandes de tailles différentes sécrètent la salive — jusqu'à 180 litres par jour lors d'une alimentation au foin — et assurent la décomposition enzymatique de l'amidon en sucre.

Digestion dans le rumen et rumination

La digestion buccale connaît un élargissement considérable dans l'acte de la rumination. Cet acte s'accomplit en sens inverse de la prise d'aliments. Ce que le bovin a mangé, goûté et avalé, il le remonte par portions depuis une zone digestive plus profonde, les pré-estomacs, le mâche et le goûte une nouvelle fois — et seulement maintenant à fond. Selon la nature de la nourriture, qu'il s'agisse d'herbe fraîche ou de fourrage grossier, il effectue 30 à 80 coups de rumination par portion.

En amont de ce processus se produit un changement remarquable. Peu fragmentée, touffe après touffe, la nourriture quitte la cavité buccale dans la région céphalique, traverse l'œsophage et le diaphragme qui sépare les deux régions, pour parvenir dans la région abdominale, dans les trois pré-estomacs sans glandes : premièrement dans le « bonnet » (*Reticulum* ; appelé aussi réseau ou estomac centrifuge), de là deuxièmement dans le rumen, et troisièmement dans le feuillet (*Omasum*). Si cela ne s'est pas décidé plus tôt dans le rumen, c'est dans le feuillet que se décide définitivement si la bouillie alimentaire sera acheminée vers la caillette — ou estomac glandulaire — pour y poursuivre sa digestion, ou si elle sera — exprimée — renvoyée dans la cavité buccale pour être ruminée. La tâche unique des pré-estomacs, et ici avant tout du rumen, est la dégradation microbienne des aliments végétaux riches en fibres brutes. Le rumen, avec son énorme capacité d'environ 150 litres, s'étend depuis le diaphragme vers l'arrière jusqu'à la cavité pelvienne.

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Avec le bonnet et le feuillet, il remplit l'entière moitié gauche de la cavité abdominale. Dans le vaste espace de fermentation du rumen, les masses de nourriture, maintenues en mouvement constant, sont le siège de processus de fermentation intenses. Si chaotiques qu'ils paraissent, ils sont placés sous la régie stricte du corps astral du bovin. Dans ces brassages qui s'accomplissent de façon rythmique, des bactéries et des infusoires ciliés, qui appartiennent aux protozoaires, décomposent les constituants les plus facilement dégradables de la bouillie alimentaire, dont une partie passe dès ici — ce sont avant tout des acides gras riches en énergie — à travers la muqueuse du rumen, métaboliquement active, pour parvenir dans la circulation sanguine.[144] Dès que le rumen est plein — visible de l'extérieur à la saillie du flanc gauche du ventre —, c'est-à-dire dès que la satiété survient, la vache, ou l'ensemble du troupeau, se couche en général, et, après un certain temps, commence à ruminer. Le contenu du rumen se stratifie en trois couches : une couche inférieure liquide, sur laquelle flotte une couche médiane de matières encore plus grossières, et une couche supérieure de gaz de fermentation. Depuis la couche médiane du rumen et depuis des matières exprimées du feuillet, le bovin aspire alors portion par portion jusqu'à la cavité buccale et libère par le même chemin les gaz de fermentation. Ces gaz parviennent, portés par le flux expiratoire, jusqu'aux sinus frontaux, et même jusqu'au creux du cornillon. S'ouvre là pour le bovin un vaste tableau de perception et d'analyse qualitative de ce qui s'est révélé à lui jusqu'à ce stade du processus digestif, tant sur le plan de la matière que des forces.

La rumination, une perception et un triage de matières et de forces

Dans l'activité de la rumination — huit à neuf heures par jour —, l'expression de l'être de la vache se transforme fondamentalement. Son activité métabolique et de membres vient pour l'essentiel au repos. Toute activité intérieure et extérieure se déplace vers le pôle céphalique. Non seulement la musculature des mâchoires est en mouvement puissant et rythmique pour broyer la boulette fibreuse remontée, dosée à environ 100 grammes, mais également la langue et les glandes salivaires. Les sens se comportent de façon tout à fait inverse. Dans la concentration sur l'acte de la rumination, ils viennent pour ainsi dire au repos, à la « recollection ». Maintenant la vache pénètre vraiment de l'intérieur ce qu'elle a absorbé depuis l'extérieur, depuis ce champ, ce pré ou ce pâturage, comme substance vivante et structurée. Certes, elle l'a

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déjà tâté, goûté et humé au fil de son errance paissante. Mais maintenant, dans ce goûter à nouveau du flux alimentaire déjà prédigéré, le perçu se fonde avec l'ensemble de son être animique. Ce qui n'était auparavant que masse végétale vivante et structurée est élevé à présent, dans la rumination percevante, au rang de sensation animique. La vache s'éveille dans cette activité à sa conscience, qui rêveuse est toute plongée dans les processus vitaux du corps. C'est la force sensible du corps d'âme qui désormais en-âme le processus digestif jusqu'au produit final du fumier et du purin. Ce que Rudolf Steiner nomme l'«analyse cosmique-qualitative»[145] que l'animal accomplit dans la digestion vaut au plus haut degré pour le bovin. Dans la rumination, cette analyse prend son début. Cela devient visible aux yeux ; le regard se transforme lors de la rumination. Là où l'on plonge habituellement dans les grands yeux comme dans l'azur d'un puits profond, les yeux et le visage acquièrent à présent, la tête légèrement relevée, une expression de concentration tendue. On a l'impression que la vache « médite » tout ce qu'elle a intériorisé comme perceptions au cours de cette première phase de la digestion. Un regard si intense, tourné vers l'intérieur, ne se trouve guère nulle part ailleurs dans le règne animal. C'est comme si dans l'expression des yeux se reflétait la prise de conscience des forces formatrices qui se libèrent lors du broyage des squelettes carbonés et des structures protéiques des masses végétales. Dans l'acte de la rumination, la vache est tout à elle-même, proche d'une auto-perception qu'elle ne peut pas avoir, parce qu'elle n'a pas de Je incarné. Par la proximité de son corps d'âme hautement concentré avec sa jéité, qui se vit en manifestation comme sa «âme de groupe»[146] et s'exprime en reflet dans l'organisme du troupeau, elle est de manière éminente en mesure de traiter intérieurement la masse puissamment ondoyante des forces formatrices. Dans un premier temps, elle accomplit la dite «analyse cosmique-qualitative» dans la décomposition des aliments végétaux, culminant dans l'acte de la rumination. Elle analyse dans une sourdine animique les forces formatrices qui ont bâti, depuis le cosmos dans la lumière du soleil, la forme végétale, qui se sont figées dans les formes singulières de celle-ci et qui sont devenues en même temps les porteurs du devenir substantiel vivant dans les plantes.

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Digestion dans l'intestin grêle et le gros intestin

Dans la dissolution des formes végétales au sein du tube digestif, les forces formatrices se libèrent peu à peu de leur captivité substantielle. C'est le résultat d'un processus de dégradation par étapes, qui se déroule en trois phases : une phase mécanique jusqu'à microbienne, du mastication jusqu'à l'activité du rumen et du psautier, une phase éminemment enzymatique mais aussi bactérienne, allant de la caillette jusqu'au jéjunum (Jejunum) et à l'iléon (Ileum), et de là une phase purement microbienne, depuis le cæcum (Caecum) en passant par le côlon (Colon) jusqu'au rectum (Rectum). Tandis que dans les pré-estomacs la digestion de la cellulose est le processus dominant, et que parallèlement, sous l'effet de l'activité microbienne extraordinairement active, un métabolisme protéique de transformation et d'édification se déroule, c'est dans la caillette (Abomasum), en milieu acide, provoqué par les sucs gastriques, que commence la dégradation des protéines. Celle-ci se poursuit — y compris les masses microbiennes mortes issues des pré-estomacs — par voie enzymatique et bactérienne à travers les segments de l'intestin grêle (Intestinum tenue) : d'abord par les sécrétions du pancréas (Pancreas), qui débouchent dans le duodénum (Duodenum), tout comme la bile qui émulsionne les graisses, puis par le jéjunum (Jejunum), tapissé d'innombrables glandes et villosités, et l'iléon (Ileum), de courte étendue. Ce dernier constitue une écluse entre le jéjunum et le gros intestin. Il empêche le reflux depuis le côlon et le rectum, riches en bactéries, vers le jéjunum, pauvre en bactéries.[147] Au total, l'intestin grêle peut atteindre une longueur de 48 mètres chez la vache adulte. Il est suspendu en amples circonvolutions au mésentère (Mesenterium) — un double feuillet séreux richement plissé. Le mésentère et l'intestin grêle enveloppent en couronne la spirale du côlon qui s'enroule et se déroule, laquelle, faisant suite au cæcum et à l'iléon et débouchant dans le gros intestin ou intestin terminal, constitue la troisième section.[148] Ce qui, parmi la masse fourragère riche en fibres brutes, a traversé le rumen et le jéjunum sans être digéré est alors soumis à nouveau à une dégradation microbienne intensive. Un résidu non négligeable de fibres brutes non digérées, traversé d'une masse microbienne encore active, apparaît finalement sous forme de bouse de vache. La question est de savoir si ce résidu substantiel animé par les microbes constitue à lui seul la valeur fertilisante du fumier bovin.

Le devenir substantiel-processuel dans le tube digestif appartient, bien qu'il se déroule sous la régie de l'être de l'animal, du début à la fin à la

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monde extérieur. Sa tâche est de surmonter l'étrangeté de la nourriture. Cela s'accomplit par une dégradation complète, et ce jusqu'au point où la forme préexistante, la configuration substantielle et dynamique de la nourriture — qu'il s'agisse de graminées, d'herbes ou de légumineuses — perd entièrement son caractère propre d'être.

La seuil entre le monde extérieur et le monde intérieur

Ce qui fait seuil entre le monde extérieur du tube digestif transposé dans le corps animal et le monde intérieur agissant de l'être propre de l'animal, ce sont les parois muqueuses du rumen, de la caillette, de l'intestin grêle, et, en s'éteignant dans la forme, du côlon et du rectum. Ces membranes-frontières sont des organes qui, comparés à la peau extérieure du corps, présentent une architecture inversée : les muqueuses, puissamment développées, sont tournées vers l'extérieur, vers le flux fourrager ; elles sont à un haut degré métaboliquement actives en vue de la dégradation de la nourriture et de l'absorption des substances dépouillées de leur étrangeté. Le côté de la paroi intestinale tourné vers l'intérieur du corps, la séreuse, est innervé. Il appartient au péritoine (*Peritoneum*), qui tapisse la cavité abdominale à la manière d'un « ciel intérieur » et représente ainsi le pôle neurosensoriel ou perceptif des parois intestinales. Entre les deux s'articule, formant la milieu, une couche musculaire circulaire qui assure de manière rythmique, entre autres, les mouvements péristaltiques. C'est l'animique du bovin lui-même qui est actif dans les trois membres des membranes digestives, qui perçoit simultanément le processus et le fait résonner en consonance avec la totalité des fonctions corporelles.

Ainsi, depuis le tube digestif, un courant de substance éthérisé et traversé d'âme se déploie dans l'espace intérieur corporel : un courant de forces formatrices éthériques libérées de leur lien aux formes végétales ; ainsi que des rayonnements de forces sensibles, c'est-à-dire de forces de l'âme, que le bovin a rendues actives en lui par son activité sensorielle, en particulier lors de la rumination. Les premières sont absorbées par le sang et se mettent au service de l'édification de la substance propre au corps, de la croissance et de la reproduction. Les secondes rayonnent dans l'organisme en relation étroite avec le sang. Le sang veineux, reflué depuis la grande circulation, se charge des substances et des forces repérées dans les parois intestinales. Il parvient par le foie dans la petite circulation de cœur et poumons, et s'y vivifie en sang artériel. Du cœur, il se déverse dans la grande circulation, dont une partie bifurque vers l'avant dans le tronc des artères céphaliques, dont l'une jusqu'à

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dans les zappes osseux et leurs périostes, ainsi que dans les sous-peaux des deux cornes. La force de cette vascularisation des zappes osseux cornés issus de l'os frontal se révèle lors d'une fracture de corne : comme d'une source, le sang en jaillit quasi intarissable.

La signification des cornes et des onglons

Dans les cornes et les onglons, le sang — et le rayonnement éthérique-astral qui lui est lié — se heurte à une paroi elle-même imperméable à ce rayonnement : l'enveloppe extérieure cornée. C'est la peau externe durcie en corne, la « forme » pure, le pôle de mort face au pôle de vie du courant de substance qui pulse depuis les profondeurs du corps. Ici, en ce point d'arrêt ou de mort, le sang et le rayonnement sont renvoyés dans l'organisme.[149] Dans les cornes et les onglons, l'organisme des ruminants se ferme entièrement aux effets rayonnants du cosmos et de la terre. Le bovin est renvoyé à lui-même — non pas sous la forme d'une conscience accrue dans la tête, mais d'une force formatrice élevée dans le vivant du pôle métabolique.

Le déroulement de l'analyse cosmique-qualitative s'accomplit en étapes processuelles dans lesquelles la fonction du système neurosensoriel, par rapport à celle du système métabolique, se polarise doublement : l'activité perceptive de la rumination et celle du tamisage par les parois du rumen et de l'intestin grêle se trouvent en polarité avec la séquence des étapes digestives, qui commencent dans la bouche par l'insalivation et le broyage, se poursuivent dans les pré-estomacs par une décomposition microbienne, atteignent un sommet dans la digestion gastrique et de l'intestin grêle, et s'achèvent dans le gros intestin. Là, les compositions de substances des aliments sont décomposées au point de perdre leur caractère propre. Elles sont progressivement amenées à un état physico-minéral, anorganique, qui, du côté de la substance, ouvre à l'analyse cosmique-qualitative un vaste champ. En polarité avec ce processus d'anéantissement se tient le courant vital du sang, qui transfère ces substances amenées à l'état d'anorganique dans les processus d'édification propres au corps et les achemine jusqu'aux frontières périphériques des cornes et des onglons.

La rumination est un processus sensoriel qui devient sourdement conscient par le cerveau et se reflète dans l'expression du visage concentrée.

La vache perçoit la ferme à travers sa nourriture. Dans le broyage, elle prend conscience de la composition substantielle et de la nature des forces de celle-ci, ainsi que de sa provenance de la Hofgemarkung. Ces fonctions sensorielles se prolongent vers l'arrière dans le rumen et l'intestin, où elles s'enfoncent peu à peu dans l'inconscience.

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Ce qui se passe en revanche dans les cornes et les onglons est une perception élevée en vue du renforcement intérieur de la vie instinctive. La perception ouvre à ce que le sang, traversé d'âme dans sa vitalité, porte depuis la région digestive vers l'avant, contre la périphérie du corps. Dans le déferlement contre l'enveloppe de corne morte, ce n'est pas une conscience liée au cerveau qui s'éveille, mais une force spirituelle agissant dans le subconscient, rayonnant en retour dans l'organisme. Une compréhension de la nature de cette force peut naître si l'on tourne, à titre de comparaison, le regard vers la force de pensée agissant suprasensiblement dans l'homme, dont le produit sont les pensées qui, dans l'ombre de leur nature spirituelle essentielle, deviennent conscientes au pôle céphalique par le cerveau. Chez le bovin, cette force ne s'élève pas à une conscience de soi portée par la pensée. Elle reste liée au métabolisme comme une force qui a le pouvoir d'agir de manière amortissante, ordonnante, ouvrant des potentiels de vitalité agissante, sur les forces formatrices éthériques libérées par la digestion. Ces potentiels sont comparables à un monde d'images imaginatives qu'un artiste, par exemple, éveille en lui dans la création de son œuvre d'art. Ce que la vache possède en disposition, l'homme peut le développer dans l'auto-formation par la pensée libre du corps. Par elle, il apprend à connaître, en pleine conscience, le monde des forces qui règne et agit en lui et autour de lui, dans des images vraies. C'est le pas vers l'Imagination — le premier de la connaissance des sens à la connaissance de l'esprit.[150]

Analyse cosmique-qualitative et disposition du Je

De la vue d'ensemble de l'être du bovin se dégage l'image suivante : si ce qui caractérise le début de l'analyse cosmique-qualitative est la rumination, ce sont les processus dans les cornes et les onglons qui en constituent l'accomplissement. Celui-ci consiste dans le reflux du sang et dans la répercussion des rayonnements liés au sang, repoussés par les enveloppes de corne mortes dans la pure forme, en retour dans l'organisme. Ces rayonnements de retour contiennent la somme de tout ce que le corps animique du bovin a tiré du processus digestif

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de puissantes sensations fortifiantes. La nourriture du bovin, ce sont les plantes — de préférence la tige et la feuille. Ce sont des formations issues des rayonnements du cosmos dans le terrestre du matériel. Quand nous mangeons des plantes, nous mangeons le cosmos. Le bovin, avec sa vie instinctive hautement développée, analyse la part cosmique de la formation physique de la forme de la plante. L'organe qui traite le résultat de cette analyse, du rayonnement de retour, n'est pas le cerveau qui produit la conscience. C'est bien plutôt, en pôle opposé, le péritoine sensible qui tapisse toute la cavité abdominale — et plus particulièrement le Mesenterium. Celui-ci se concentre en double lobe surtout dans le mésentère qui porte l'intestin grêle. Ce qui se révèle au bovin là, dans une conscience endormie-rêveuse, ce n'est plus la forme, mais le substantiel-fortifiant, le côté essentiel de la matière. Son propre être-du-Je non incarné, «la âme de groupe», entre en relation, dans les profondeurs du métabolisme, avec le fondement essentiel originel du matériel.

Les considérations précédentes sur ce rapport relationnel peuvent servir de pont pour une compréhension initiale de ce que Rudolf Steiner désigne, concernant le bovin, comme la «disposition du Je».[151] N'est-ce pas elle qui s'incorpore le résultat de l'«analyse cosmique-qualitative» et s'imprime ainsi dans la bouse de vache comme source fertilisante de forces ? Ainsi compris, la bouse de vache emporte au-dehors «un éthérique-astral qui réside légitimement dans le ventre de l'animal» et féconde ainsi les sols du finage de la ferme.[152] C'est la «disposition du Je» — avec le rayonnement de retour éthérique-astral qui lui est incorporé, depuis la périphérie la plus extérieure du bovin jusque dans le flux substantiel de la digestion —, qui confère à la bouse de vache sa force fertilisante durablement vivifiante et formatrice. Le fumier «a la force de surmonter ce qu'il y a d'inorganique dans le terreux».[153]

Surplus de prestations

Ce que le bovin — et cela vaut, avec des variantes, pour tous les ruminants parmi les animaux domestiques — absorbe en substances et en forces formatrices de la masse de sa nourriture végétale, il en a besoin pour lui-même dans une très faible mesure seulement : pour le déploiement de sa conscience, pour son activité motrice, sa conservation vitale et sa reproduction. Il reste un grand surplus qu'il ne consacre pas à

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se consacrer à ses propres besoins, parce qu'il n'a pas de Je qui veuille s'épanouir pour lui-même. L'être humain a un Je et réclame sa nourriture pour ce dont il a besoin dans l'expression de sa conscience de soi. Le bovin consacre sa force excédentaire aux prestations vitales supérieures, telles la reproduction, la croissance — c'est-à-dire la production de lait et de viande —, ainsi que, en lien avec la «disposition du Je», au fumier et au purin, et par eux, comme engrais vivifiant et animant, à la terre. La mesure selon laquelle ces forces excédentaires se répartissent d'une part sur la production et la formation de valeur des aliments, d'autre part sur la formation de valeur du fumier, est déterminée en premier lieu, de manière naturelle, par le corps sensible du bovin. Lorsque cette mesure est équilibrée, en résultent santé, longévité et haute qualité du fumier. L'être humain d'aujourd'hui est parvenu à déplacer de force cette mesure pleine de sagesse en faveur d'une performance maximale quantitative. La santé des animaux en souffre, tout comme la qualité alimentaire et la valeur du fumier. Dans l'élevage industriel, la question de la qualité du fumier au sens de la durabilité de son action vivifiante et animante ne se pose plus. Ce qui prime, c'est bien plutôt la problématique de l'élimination du lisier qui s'accumule en masse. Le principe de l'organisme, en revanche, porte en lui la juste mesure comme une donnée immanente.

Renoncement

Le bovin est, comme le sont à des degrés divers tous les animaux domestiques, un être du renoncement. La vache, au plus haut degré, renonce à quelque chose qui lui appartient par nature même — précisément aux forces nourricières et fertilisantes qu'elle cède au sens littéral «sans soi» à l'être humain et à la terre. Ces forces vivifient, guérissent et harmonisent la fertilité durable autochtone du sol, propre au lieu. Elles fortifient et assainissent le rapport relationnel entre sol et plante. C'est un processus qui progresse dans le temps et dont l'effet se manifeste d'autant plus pleinement que le fumier provient exclusivement du bétail de la ferme, et que la nourriture également, au moyen de laquelle le troupeau de vaches accomplit l'analyse cosmique-qualitative.

Troupeau bovin et organisme de la ferme

Considéré du point de vue de la totalité du corps sensible de l'organisme de la ferme, le troupeau bovin accomplit dans le cours du temps une sorte de fonction cardiaque pulsante. Il prélève dans le périmètre du finage de la ferme la nourriture ; il consomme chaque année un

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une bonne part de ce que le corps vital de l'organisme du domaine a produit. Ce qui vient dans le cours de l'année des prairies, des pâturages et des cultures fourragères est le produit du concours de l'organisation physique et de l'organisation vitale du domaine. Ce produit, cette richesse en graminées et en plantes herbacées, ne sert pas à l'alimentation humaine, mais bien à celle des ruminants et, par les résidus végétaux ainsi que le fumier et le purin, à la fertilité de la terre. Le bovin consomme et transforme d'immenses masses végétales comme s'il n'en avait besoin que pour lui seul. Mais il n'en est rien ! Il élève ce qui s'est figé dans ces masses sous forme de force formatrice cosmiquement vivifiante dans la sphère de son corps sensible analysant, sourdement ressentant, imprègne de ces forces de sensation les forces formatrices éthériques libérées par la digestion et qui pénètrent tout le corps, et génère finalement un produit qu'il restitue à la terre comme une plus-value, contribuant ainsi à la fertilité durable du sol qui se perpétue dans le temps.

Ce processus qui s'accomplit dans le rythme de l'année et des années n'est, comme le sang, qu'extérieurement un circuit. De même que ce dernier se rafraîchit dans le poumon, s'imprègne à la périphérie du corps d'impressions qui sont perçues dans le cœur, et qu'il est trié dans le rein selon les substances utilisables et inutilisables, de même se déroule dans l'organisme agricole, en métamorphoses, le chemin de la croissance fourragère : celle-ci se renouvelle chaque année sous les influences du cosmos et de la terre, s'épanouit au loin dans le périmètre du finage de la ferme, est perçue et analysée par le troupeau bovin, triée à la paroi intestinale et transformée en fumier, qui conserve le fruit de ce qui est advenu et l'achemine vers un nouveau devenir. Il ne s'agit pas d'une répétition du même, mais d'un processus de développement progressif.

Ainsi s'accomplit, par l'activité du bovin, considérée du côté de la nature, au plus haut degré la loi du «donner et recevoir» qui régit toute la nature, et en même temps le troupeau bovin veille, comme aucun autre animal domestique, à la clôture la plus complète possible de l'organisme de la ferme. C'est la performance singulière du bovin que centre et périphérie du domaine se referment d'abord naturellement sur eux-mêmes en un tout supérieur. «Le fumier fait plus de miracles que les saints.»[154]

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L'homme et l'organisation du Je de l'organisme agricole

Die skizzierte physische, Lebens- und Seelenorganisation eines landwirtschaftlichen Betriebes ist makrokosmisch mit dem standörtlichen Zusammenwirken der Naturreiche im polaren Spannungsfeld von Erde und Kosmos vorgegeben. Die Aufgabe des Menschen ist es, diese Vorgabe nach den Prinzipien, die seiner mikrokosmischen Leibes- und Wesensgestalt zugrunde liegen, zu einer höheren Einheit herauf zu bilden. Novalis fasst diesen Tatbestand in die Worte: «Die Menschheit ist auf einer Mission, zur Bildung der Erde sind wir berufen.»154 Die Erfüllung dieser Mission macht sich der biologisch-dynamische Landbau, in Erweiterung der abendländisch-christlichen Landbaukultur durch die anthroposophische Geisteswissenschaft, zur Aufgabe. Der Ausgangspunkt dieser Bestrebung ist der erwähnte Kurs für Landwirte Rudolf Steiners aus dem Jahr 1924.155 Der biologisch-dynamische Landbau strebt eine Weiterentwicklung der zur damaligen Zeit noch immer bewährten standörtlichen Praxis an, so vor allem durch die Gestaltung des Betriebes zu einem organischen Ganzen und darüber hinaus u.a. durch spezifische Düngungsmaßnahmen zur Förderung der Bodenfruchtbarkeit und der Nährhaftigkeit der Erzeugnisse. Ein weiteres Strebensziel ist die Bildung von Hofgemeinschaften, die sich ihre Sozialordnung aus den Lebens- und Arbeitsbedingungen der Landwirtschaft selbst geben und, ausstrahlend nach außen, soziale Gestaltungsimpulse dem gesellschaftlichen Umfeld einpflanzen.

La recherche spirituelle comme médiatrice entre l'être et l'apparence

Fondateurs de culture au sens de l'avenir sont les idées et leur réalisation dans un travail librement autodéterminé. De là naît un rapport libre de l'homme à lui-même et au monde. Dans l'agriculture, l'homme rencontre dans le travail quotidien les phénomènes de la nature et du ciel, l'infini de l'univers. À la perception sensorielle, celui-ci apparaît comme une somme finie de faits singuliers qui ne laissent reconnaître un contexte saisissable en lois naturelles qu'au niveau de l'apparence physique-sensible.

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Pourtant, sous cet angle réductionniste, la notion de l'univers — d'une totalité, d'une intégralité — ne s'accomplit pas ; elle ne dit rien sur ce qui vivifie la plante entre ciel et terre, sur ce qui anime l'animal et sur ce qui pousse l'homme à interroger son origine dans l'esprit. Ce sont là les questions portant sur le côté essentiel des choses. Elles restent fermées à la simple connaissance par les sens. Celle-ci ne révèle pas le devenir, mais le devenu, qui apparaît aux sens comme forme — comme le reflet mort de l'esprit qui crée, vivant, depuis le suprasensible.

La question dominante à laquelle tout homme qui aspire à quelque chose se trouve confronté aujourd'hui n'est pas seulement celle de l'apparence, c'est-à-dire du côté formel des choses, mais celle de l'agent qui crée cette forme. La forme, nous la percevons avec les sens, lesquels sont liés au corps ; l'être, avec des organes de l'âme que nous ne pouvons développer que sur la voie d'une discipline spirituelle individuelle, dans la partie de l'âme qui se dégage librement de l'assujettissement au corps.[155] La recherche spirituelle anthroposophique a mis à disposition des résultats acquis par le chercheur spirituel au moyen d'une connaissance affranchie du corps, sur la base de tels organes supérieurs de l'âme développés, et qui peuvent être saisis par la conscience pensante de tout être humain. La réalité essentielle des résultats de la recherche spirituelle anthroposophique s'ouvre à la conscience ordinaire d'une part par la logique — dans une pensée sans prévention des résultats de la science de l'esprit, ils se soutiennent mutuellement et se réunissent en images-pensées réelles de l'esprit — d'autre part par l'acte — ils attestent leur fécondité dans le faire quotidien. Ces deux voies de connaissance, approfondies par une troisième, la discipline spirituelle personnelle, se complètent et aident l'âme à acquérir une certitude de l'esprit dans le Je quant à ce que le chercheur spirituel décrit de la réalité de l'être qui crée, forme et configure. La recherche spirituelle anthroposophique ouvre à la raison humaine une compréhension approfondie de la notion de totalité. L'homme apprend à se comprendre comme microcosme contenant tout ce qui, macrocosmiquement, emplit l'univers. Par la connaissance de soi et soutenu par les résultats de la recherche spirituelle, il peut acquérir la capacité de découvrir sa parenté d'esprit avec les choses et les êtres de la terre et du cosmos. La nature ne lui apparaît plus comme une somme de faits isolés, manipulables à volonté et, dans la négation de leur valeur propre, interchangeables les uns contre les autres, comme c'est le propre des méthodes de l'industrialisme agraire.

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Aspects de la problématique sociale

À l'inverse de la tendance dominante qui vise à rendre l'homme agissant superflu dans l'agriculture à orientation industrielle, le développement et la conduite d'un organisme agricole biodynamique exigent la force de conscience et la joie au travail d'un nombre toujours croissant d'êtres humains. Avec cette contre-direction, qui a commencé dans les années 60 du XXVorlage:E siècle, la «question sociale» a fait son entrée dans l'agriculture, plus de cent ans après l'émergence du prolétariat urbain au XIXVorlage:E siècle. Aujourd'hui, elle est devenue brûlante dans les exploitations biodynamiques. Comme exposé dans le chapitre introductif, le capital engendre, dans le processus de production industriel, la division du travail. L'activité vitale infiniment diverse entre la terre et le cosmos dans l'agriculture, et la façon dont l'homme, en travaillant, entre en rapport personnel avec elle, articule la totalité en domaines de travail. Une stricte division du travail déchire les membres de l'organisme agricole en parties et les autonomise. Pour parer à ce grand danger, il convient de rechercher d'emblée, à l'intérieur de l'exploitation, un ordre social orienté vers la coopération unitaire de tous les membres de l'organisme de la ferme. Cette nouvelle forme sociale prend corps dans des communautés de responsabilité ou de ferme. En germe, de telles communautés sont déjà présentes dans toutes les exploitations biodynamiques. Chaque ancienne exploitation familiale paysanne s'est développée peu à peu, dans l'articulation de ses tâches multiples, en une communauté de responsabilité liée à la famille.

Face aux étapes ultérieures vers la formation de communauté, des obstacles toujours plus élevés se dressent soudainement. Dans un sens plus extérieur, un premier obstacle est la possibilité d'acheter et de vendre des droits. Le droit de propriété sur le sol et le terrain ainsi que sur le capital est devenu une marchandise négociable, un objet économique qui a un prix sur le marché foncier et du capital. Il en va de même avec le commerce des «écopoints». Par leur nature essentielle, les droits ne peuvent jamais être une marchandise. Ils appartiennent, dans la vie sociale, à la sphère du droit, non à la sphère économique. Ils ne peuvent être multipliés ou diminués à volonté, comme des marchandises selon le besoin. Les droits se manifestent dans des accords et des contrats par lesquels se règlent les rapports relationnels d'homme à homme. Mais comment le droit peut-il revenir à son droit, c'est-à-dire devenir juste ? Qui est celui qui, en tant que propriétaire, peut disposer des droits, qui peut les administrer de manière adéquate à la chose et à l'être :

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l'État, une personne morale ou la main privée ? À strictement parler, aucun d'eux, tant que le sol et le terrain et le capital sont portés au marché, tant qu'ils sont donc pensés comme capitalisables et traités comme marchandise. Regardant vers l'avenir : qui donc peut être propriétaire ? De nouveau seulement des êtres humains dans des institutions et organisations qui administrent ce droit de manière fiduciaire selon la détermination spirituelle de but, et qui mettent l'objet juridique à la disposition de ceux qui sont capables d'en faire usage.

En première approximation de ce but d'avenir, l'État offre la forme juridique de la portance d'utilité publique. Elle est conçue pour servir le bien commun, et se trouve en conséquence limitée à des déterminations de finalité définies, qui excluent l'intérêt propre. L'agriculture n'en relève pas ; on lui présuppose a priori qu'elle travaille à orientation lucrative, c'est-à-dire dans l'intérêt propre. Cela ne s'applique pas à la culture de la terre biodynamique, qui prend au sérieux la mise en pratique du principe de l'organisme et sert de ce fait dans une mesure élevée le bien commun. Ce n'est pas l'intérêt propre du succès économique, de la maximisation du profit, qui est ici force motrice, mais la prestation culturelle de «la formation de la Terre». La production d'aliments est, lorsqu'elle s'oriente strictement selon le principe de l'organisme, toujours orientée vers le bien commun.

Des exploitations biodynamiques plus importantes se sont associées en bien des endroits avec des institutions d'utilité publique, par exemple avec des institutions de socio-thérapie et de pédagogie curative ainsi qu'avec des institutions de recherche et de formation. Ceci permet de transférer le sol et le terrain, en partie ou en totalité, dans l'utilité publique. Les obstacles à cela restent cependant très élevés, et une réorganisation législative concernant une gestion au service du bien commun serait urgente. Partout où des êtres humains s'associent pour la gestion biodynamique d'une exploitation agricole, surgit la question cardinale du dégagement (libération) du sol et du capital de leurs anciennes liaisons juridiques.

Là où un tel dégagement réussit entièrement ou partiellement, se forment des communautés de ferme auto-responsables, vouées au bien commun. Établir une nouvelle forme juridique de neutralisation de la propriété du sol et du capital, et la pratiquer en l'exerçant, est le but des soi-disant communautés agricoles (LWG). Celles-ci ont pour fondement l'idée que tout être humain a de naissance un droit à un morceau de terre, dont la taille se mesure au nombre des êtres humains qui, dans un territoire déterminé,

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d'y habiter. Cela vaudrait, selon Rudolf Steiner, «idéalement-réellement».[156] Ce droit garantit à chaque être humain d'une part l'existence physique-corporelle, et l'oblige d'autre part à assumer, en qualité de fiduciaire, la responsabilité du soin de ce morceau de terre. Dans le monde commercial et de la division du travail, l'individu ne peut pas réaliser son droit par lui-même. Il peut cependant se réunir avec d'autres êtres humains et des groupes d'agriculteurs pour former une LWG qui, dans le cas idéal, rachète une exploitation agricole de ses anciennes liaisons juridiques, en inventorie les ressources selon les besoins de la culture de la terre biodynamique et mandate les agriculteurs pour réaliser les obligations d'usage découlant des droits groupés de tous les membres. À cette tentative — celle de transférer la propriété privément disponible du sol et du terrain en un pur droit d'usage, qui laisse autant de marge libre à l'initiative individuelle qu'à la volonté de configuration sociale de tous —, l'ordre juridique dominant oppose, notamment avec le droit fiscal, de grandes résistances. Oser un tel pas exige confiance, disponibilité au risque, courage et force d'initiative, ainsi qu'une mesure élevée de sens du réel et de sens commun — des vertus qui se déploient précisément lorsque s'ouvre pour elles un tel champ d'exercice. Des tentatives apparentées, pour ramener les êtres humains à un rapport responsablement actif avec la terre, s'offrent dans l'agriculture solidaire, qui a trouvé sa diffusion en Amérique du Nord sous la désignation de Community-Supported-Agriculture (CSA).[157] Tom Petherick rend compte d'une LWG en Angleterre.[158] Dans de nombreuses variantes, on trouve des LWGs et les aspirations de l'agriculture solidaire dans différents pays d'Europe. Dans le cas de l'agriculture solidaire, il s'agit avant tout de la configuration sociale du rapport entre producteurs et consommateurs.

Dans un cas, une communauté de consommateurs prend à bail un morceau de terre, se cherche un jardinier qui, selon toutes les règles de l'art de l'horticulture biodynamique, produit tout ce que la communauté a besoin en légumes fins et de conservation. Les coûts d'exploitation et de subsistance sont budgétisés pour une année à l'avance et préfinancés en versements convenus. À l'échéance de l'exercice économique, on fait le bilan : si des excédents subsistent, ils sont reportés au budget de l'année suivante ; les pertes sont réparties proportionnellement

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Chaque membre est libre de prêter la main, et chacun peut se servir selon ses besoins de ce que la récolte saisonnière met à disposition. Il n'y a pas de prix par unité de marchandise, et donc pas non plus de caisse.

Dans l'autre cas, une communauté de consommateurs coopère — dans des conditions analogues — avec des exploitations biologico-dynamiques existantes. Ou bien naissent des arrangements dans l'esprit du système d'abonnement en panier : la mise à disposition hebdomadaire d'une gamme de produits saisonniers à des prix fixes, issus en règle générale de la production et de la transformation propres à la ferme.

De telles passerelles surgissent ainsi en maints endroits, qui fondent — de préférence sur le terrain économique — un comportement social interpersonnel orienté vers la perception des besoins mutuels, et qui crée une conscience associative pour la construction de marchés régionaux, lesquels aident à leur tour l'agriculture à se libérer de l'enchaînement par l'industrialisme agraire mondialisé.

De la formation et de la capacité d'action des communautés de ferme agricoles

Le plus grand défi en vue d'une réponse porteuse d'avenir à la brûlante question sociale dans l'agriculture est la formation de communautés de ferme. Celles-ci devront devenir à l'avenir la forme sociale qui prend la place des anciens liens familiaux et de la communauté paysanne. Les communautés de ferme agricoles sont des lieux de formation, dans lesquels chacun emprunte une voie d'exercice vers une certitude spirituelle plus haute,

  • pour vouloir la collaboration par libre initiative individuelle. Le succès dépend du «crédit spirituel» dont la communauté doit d'abord se montrer digne dans son effort commun.
  • pour, en saisissant la totalité essentielle de la ferme, satisfaire en temps voulu à toutes les exigences de la pratique biologico-dynamique dans chacun de ses domaines partiels.
  • pour, en surmontant le travail salarié lié à des directives, faire soi-même, dans un travail inconditionnel, ce que l'on a soi-même reconnu.

La communauté de ferme se donne elle-même son ordre social. Celui-ci se forme à partir de la consonance des pensées, des sentiments et des impulsions de volonté des participants. Sa continuation vivante requiert une constante

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Kultivierung. La communauté de ferme agira avec succès et prévoyance lorsque chacun de ses membres aura autant à cœur sa vie d'âme que la communauté a soin de la sienne propre en vue du but commun qu'elle s'est fixé.

Le vouloir en liberté, le chemin vers la communauté d'initiative

La pensée active qui s'efforce à la clarté des concepts et le sentir qui s'immerge dans les perceptions se mettent tout entiers au service du vouloir (figure 10, p. 172). La pensée l'allume et lui indique la direction, le sentir le vivifie et lui confère profondeur et amplitude. Les êtres humains se retrouvent en une communauté de ferme pour des motifs individuels. C'est ce qui les meut : vouloir cultiver ensemble avec d'autres une exploitation biodynamique. Les motifs sont tantôt encore fort indéterminés, une impulsion plus ou moins obscure, subjective, entrelacée avec le destin, tantôt déjà plus lumineux sur le plan des concepts, orientés par une confrontation consciente avec la réalité donnée. Lorsqu'on ose ensuite ensemble le saut dans l'inconnu, c'est d'abord et pour longtemps une communauté de motifs disparates. On s'aperçoit combien le motif personnel ne porte guère, combien la collaboration voudrait encore s'appuyer sur des liens d'amitié. Mais ceux-ci sont, comme le motif lui-même, déterminés par le passé, et bientôt surviennent les déceptions, les conflits, voire les étrangements. On ne peut alors qu'être reconnaissant quand Gagne-Petit est maître queux, quand la nécessité commande à la raison et que l'humour domine. De tels temps de contrainte, qui forcent à se restreindre à l'essentiel, à des défis jamais soupçonnés auparavant, illuminent le vouloir qui pousse encore obscurément dans le motif. La compréhension commune commence à prendre les rênes là où jusqu'ici la nécessité avait poussé. Mais c'est précisément de la culture de cette compréhension qu'il s'agit. Elle s'accomplit individuellement et en communauté sur plusieurs niveaux : Individuellement, la compréhension s'élargit par l'exercice du penser et du sentir dans l'expérience vécue du changement rythmique des phénomènes de la nature au miroir de l'évolution du rapport entre la Terre, le Soleil, la Lune et les étoiles au fil du cours de l'année, puis dans la contemplation intuitive du monde des roches en repos dans les formes du paysage, ainsi que dans les transformations des processus vitaux dans les sols, les plantes et les animaux — et globalement comme membres d'un tout supérieur. L'intérêt s'éveille, comme né à nouveau ; ce que l'on croit savoir redevient question ; de l'obscurité du motif s'éveille une disposition de chercheur ; à la contemplation intuitive s'ouvrent de façon nouvelle les contextes relationnels, une

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rapport se développe aux choses et aux êtres de la nature ; la sécurité dans le jugement s'affermit, et avec elle la présence d'esprit et la résolution de vouloir accomplir en liberté ce que le temps exige.

Cette voie de connaissance personnelle engendre des images-pensées aux facettes aussi nombreuses que sont nombreux les hommes qui veulent s'y engager. L'intellect sans images tente de les contraindre méthodiquement en une formule générale qui efface le contenu de l'image et avec lui le lien à l'âme de conscience connaissante. Ce qui reste, c'est le concept, le reflet mort de l'expérience vécue concrète, et un tel savoir se sépare — pareille à un désert sans vie — de la réalité vivante à laquelle on se trouve confronté dans le vivre. Cette sensation, celui-là peut l'avoir dont le motif est précisément de rendre justice au être du vivant dans la gestion d'une ferme. On se heurte ici à la contradiction que la pensée ordinaire, liée aux sens, ne parvient pas à approcher le mystère de la vie. Mais ce sont précisément ces formes conceptuelles mortes, abstraites, qui se forment au contact du monde des sens, qui constituent les conditions préalables pour s'élever vers la connaissance de la vie. Cette pensée conceptuelle développe et aiguise la conscience de soi. Dans ce resplendissement de la conscience de soi vit le Je qui se connaît lui-même, le noyau essentiel de l'être de l'homme. Il relie dans l'activité de l'âme du penser et du sentir les images-reflets du monde des formes sensibles à la force spirituelle qui jaillit de la nature essentielle du Je. Ce chemin, par lequel la connaissance de la nature tournée vers le dehors se relie à la connaissance de soi tournée vers le dedans dans le Je, ouvre à l'homme pour la première fois la possibilité de la libre autodétermination et à la connaissance de la nature les premiers pas hésitants pour s'approcher du être du vivant. La pensée dans la chaîne logique de causalité des concepts abstraits s'élargit en images-pensées mobiles. Elles cherchent dans la contemplation intuitive les contextes relationnels par lesquels les faits conceptuels particuliers deviennent vivables comme expérience. On entre dans une voie d'autoformation dans la pensée et dans le sentir, qui féconde et vivifie la voie de connaissance scientifique par l'art.

Derrière chaque acte de perception se tient l'homme tout entier. Ce qu'il perçoit s'imprime dans sa vie de pensée portée par la sensation ; c'est la révélation de l'esprit dans une image que l'âme peint en pensées. La pensée vit dans cette image. La formation de la connaissance consiste à maintenir le concept, par la force de la conscience de soi, dans le contexte d'images à partir duquel on l'a saisi. Il s'agit de ne pas perdre l'image, en tant que part subjectivement ressentie dans l'acte de connaissance, sur le chemin de la

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d'abstraire, mais au contraire de l'élever, afin que l'esprit qui lui est immanent, caché, puisse se révéler vivant dans la pensée. Goethe a surmonté la séparation sujet-objet dans la manière dont il observait la nature. Il s'est ainsi approché si près de la réalité de la vérité qui rayonne à travers toute son œuvre que, dans la pensée vivifiée par la contemplation intuitive, il ressentait le même esprit agissant qui s'est enchanté dans le phénomène au sein de la nature.

Il faut un effort intérieur pour extraire, de la somme des sentiments, ceux qui faussent le phénomène par une sympathie exubérante ou une antipathie qui nie. C'est la conscience de soi qui opère ici le choix, qui sépare l'essentiel du contenu d'image déterminant le concept de l'inessentiel. La conscience de soi embrasse d'autant plus pensée et image en une unité que l'âme qui connaît se tourne vers le phénomène dans le respect, la fidélité et l'amour. Il se forme un jugement dans lequel résonne l'esprit qui «règne» de manière cachée dans la perception — par exemple le contexte vivant de la vie qui se donne à vivre en métamorphose : œuf — chenille — cocon — papillon. Ce qui se cache dans le phénomène sensible comme principe spirituellement agissant se révèle à la conscience pensante par une science qui fait de l'esprit lui-même l'objet de la perception. Les résultats de cette recherche spirituelle se présentent sous forme d'idées. Quand on les étudie, le spirituellement-ressenti des images-pensées sensibles s'éclaircit en pensées-de-l'esprit, en idées qui confèrent à l'activité de l'âme du vouloir une force morale d'action. Maintenant la pensée et le sentir peuvent plonger dans le vouloir et ne faire qu'un avec lui. Maintenant seulement, dans ces instants-étoiles, une initiative vraiment libre peut naître. Dans un groupe d'hommes travaillant ensemble, le feu de l'enthousiasme s'allume et les conduit, dans la confluence du vouloir libre et individuel, vers une communauté d'initiative (Figure 10, p. 172).

Ce n'est que lorsque, dans un renforcement intérieur conscient, la pensée-du-Je et le sentir-du-Je deviennent un avec le vouloir, que l'âme spirituelle de l'homme peut s'élever au degré de connaissance de l'Intuition, la source de l'acte vraiment libre. Mais combien nous sommes encore loin de cette haute capacité à la connaissance suprasensible. Qui la cherche doit se donner, en libre autodétermination, à l'exercice de l'âme. De quelle manière peut-on pratiquer un tel exercice — par exemple dans le travail au-dehors, dans le champ ? On a travaillé corporellement dur toute la journée, on était tout entier plongé dans le vouloir. Puis, le travail accompli, on repart, animé des impressions

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des journées passées, à travers les champs, dans une quiétude d'âme recueillie ; puis soudain, aussi immédiatement qu'un éclair, l'Intuition s'abat sur lui — la certitude sans équivoque de ce qu'il faudra faire le lendemain dans l'ensemble de la ferme. On est dans l'image, on vit avec présence d'esprit depuis l'avenir jusque dans le présent. Faire du travail lui-même, en ce sens, un chemin de formation vers la capacité intuitive de décision en temps voulu, voilà ce qui peut transformer la communauté d'initiative — ne serait-ce que pour des instants-étoiles — en communauté d'Intuition. On éprouve comment l'idéal et la réalité spirituelle se rapprochent l'un de l'autre.

Le sentir dans l'égalité, chemin vers le vif sentiment du droit

Dans le sentir, l'homme s'éprouve, comme en rêve, proche de l'esprit (Figure 10, p. 172). Vers le haut, en direction du penser éveillé et conscient, le sentir s'éclaircit, mais perd en proximité avec l'esprit. Vers le bas, en direction du vouloir, il se remplit d'esprit, mais finit par se perdre dans l'inconscience. Dans le sentir, l'homme vit tout entier dans le présent, porté par les humeurs changeantes du cours des événements et des rapports d'homme à homme. De la même manière, on ne peut ni sentir le passé ni sentir l'avenir. Tous deux doivent d'abord se rendre présents : le passé, en étant recréé dans les pensées ; l'avenir, en étant pressenti. Chaque ferme a sa biographie, chaque communauté villageoise a la sienne. Elle se trouve déposée dans les annales, qui ne livrent qu'une image ombrale de la vie, des souffrances et des activités des générations passées. Cette biographie s'est également inscrite dans le paysage, dans les champs, les prairies, les forêts, le bétail, la périphérie atmosphérique. C'est vers ces signes-repères que le paysan doit orienter son attention empathique ; il lui faut acquérir par la pensée une compréhension historique qui remonte aussi loin que possible, et qui nourrisse son sentir. Ce n'est que par un tel ressentiment conscient du passé qu'il peut réapprendre à transformer ce qui s'est formé en ce qui est présent — avec révérence, amour et fidélité. Cela concerne tout ce qui nous est aujourd'hui posé comme tâche nécessaire à l'époque : la revitalisation de l'organisme agricole avec tous les organes qui le constituent, ainsi que l'implantation consciente de l'idée de développement par un travail porté par les idées. La pensée tisse le fil rouge des accomplissements culturels du passé jusqu'au présent, et renforce la force du sentir pour ce que la nature, ici et maintenant, attend de nous en nous interrogeant.

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De la même manière, on doit s'efforcer d'acquérir une conscience historique portant sur les évolutions et les transformations du sentiment du droit dans les communautés villageoises et, d'une autre façon, dans les villes en plein essor — ainsi que sur la manière dont le sens du droit, usurpé par la pensée abstractive, s'est figé dans la revendication de propriété personnelle, et comment s'est creusé par ce chemin l'abîme profond entre le droit et la justice. Dans le sentir de ce qui est néfaste dans cet abîme, la pensée peut s'éveiller et créer des institutions dans lesquelles, purement à partir du rapport d'homme à homme, le sentir peut devenir le porteur d'un sentiment du droit vivant entre égaux. Une telle institution veut être une communauté de ferme agricole.

Le soin d'un sentir vigoureux se rapporte d'une part au rapport que nous cherchons avec les choses et les êtres de la nature, et d'autre part à tout ce qui se joue d'homme à homme. Tout cela pousse vers la forme d'expression de l'artistique. Si l'on retient consciemment la pensée, par exemple, et que l'on laisse le regard reposer sur un champ de blé mûrissant, traversé de soleil, l'œil cherche en tâtonnant quelque chose qui satisfasse enfin la contemplation intuitive ; il cherche, par exemple, le bleu du ciel d'un bleuet qui surgit ici ou là du fond doré des épis ondoyants. Ou bien on se plonge dans l'atmosphère de ce moment où, on ne sait d'où, lors d'un travail au jardin, un rouge-gorge nous rejoint dans une proximité familière. Et il en est ainsi de tout ce qui nous accompagne de manière essentielle au fil du cours de l'année. À y prêter attention avec intérêt, des atmosphères naissent qui éveillent le sens du beau. Plus celui-ci grandit, plus il ne laissera pas l'homme en repos — il lui fera faire revivre ce sens dans tout travail, dans le vivre-ensemble social, dans toutes les fêtes.

L'idée moderne que l'être humain a de lui-même le presse vers cette question : comment le sentir se approfondit-il au-delà des préoccupations personnelles, comment peut-il, soutenu par une pensée ancrée dans la réalité et une volonté épurée, devenir un organe sensoriel pour l'action du spirituel-animique dans la nature et dans les êtres humains. À l'égard de la nature, cela peut se produire, par exemple, en demeurant dehors dans un champ par une nuit d'hiver, au-dessus de soi l'éclat rayonnant du ciel semé d'étoiles, autour de soi la périphérie aérienne immobile dans le gel cinglant, en dessous de soi, reposant en elle-même, les profondeurs cristallines. Dans le calme de la pensée, on sent l'infinie majesté de la polarité aux larges déploiements ; on sent les hauteurs et les profondeurs dans le cœur, comme rassemblées en un seul point, réchauffant l'insaisissable. Si l'on fait de même par une nuit de plein été, le cœur se sent dilaté jusqu'à la périphérie. On se sent de l'air et de la chaleur

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tissé en elle et en ce qui, jailli du consonance des hauteurs et des profondeurs, monte de la terre pour remplir la périphérie de vie. On peut alors s'imprégner de la même façon du cours du printemps, quand les forces des hauteurs et des profondeurs commencent à se compénétrer, et que la terre, exhalant dans l'air et la chaleur ce qui est spirituellement caché en elle, le porte à la manifestation — ou du cours de l'automne, quand ces forces commencent à se dénouer, et que la terre, dans l'extinction extérieure, inspire le fruit spirituel du cours de l'année.

Ce vivre vers l'extérieur des phénomènes de la nature s'individualise au regard de l'ensemble de la ferme. C'est seulement dans l'intimité du sentir que le concept de la fermeture de l'organisme agricole s'anime. Lorsque le sentir lui-même devient organe d'un vécu plus profond de la nature, on emprunte un chemin solitaire — mais sur un parcours tracé. Ce que l'on ressent est prédéfini, a revêtu une forme sensible. Il en va autrement dans le rapport d'homme à homme. Là manque le sens prédéfini de la nécessité naturelle. Dans le commerce humain, le sentir individuel de l'un rencontre le sentir individuel de l'autre. Sur le même plan animique, ce rapport est marqué de toutes les facettes de la sympathie et de l'antipathie, du oui et du non, du beau et du laid, etc. Face à toute cette richesse de facettes, il faut s'avouer que telle ou telle manière de sentir est un fait objectif, et que l'on doit, par la force de la pensée et de la volonté, aider le sentir à trouver son point d'équilibre pour y éveiller le sentiment du vrai. C'est ce ressentir du cœur qui reconnaît dans l'autre homme son semblable, qui crée la confiance d'homme à homme et, par là, le sol pour le sentiment du droit. La pensée ancrée dans la réalité éclaire le sentiment du droit d'homme à homme et le condense en accords et en lois. Dans la volonté épurée, il allume l'initiative, l'amour de l'acte. Dans la confiance vit le consensus social ; elle transforme l'inégalité contradictoire dans le vécu animique en conscience de la dignité de l'égalité devant le droit. La confiance s'édifie sur le passé et regarde l'avenir sans réserve.

Dans la loi est consignée l'entente confiante qui valait en son temps. Elle menace de devenir une otage sociale si elle se perpétue sans transformation, se transmet «comme une éternelle maladie»[159]

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Abbildung 10: Das Wirken der Seelentätigkeiten der Betriebsgemeinschaft in die drei Wesenglieder des landwirtschaftlichen Organismus.

sans cesse renaît de l'esprit. La confiance nourrit et porte le sentiment du droit. Lorsqu'elle est brisée, il n'y a plus de filet de sécurité, plus de satisfaction par le verdict du juge ; on éprouve alors des déceptions qui s'étendent à perte de borne ; le sol juridique ressenti de la confiance, sur lequel on croyait se tenir si solidement, s'est dissous en pur néant.

Au développement d'une communauté de ferme appartient donc l'entretien et le renforcement, jamais défaillant, de la confiance et du sentiment du droit jusque dans les moindres choses du quotidien. Les amitiés ne constituent habituellement pas une base sûre pour une confiance durable dans la collaboration. Elles ont leur origine dans des passés karmiques, c'est-à-dire dans des circonstances qui étaient autres que les circonstances présentes. Elles ne gagnent une portance continuelle que lorsqu'elles s'élèvent jusqu'aux amitiés de l'esprit. Celles-ci se trouvent dans l'idéal et dans l'initiative de laisser devenir acte inconditionnel ce que l'on a saisi dans l'esprit. C'est seulement sur ce double fondement expérientiel de la pensée et du vouloir que la confiance peut croître. De sa substance spirituelle, on apprend à pressentir l'avenir.

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Dans la pratique des communautés de ferme, la formation de la confiance repose sur le fait que chacun des participants vit dans la conscience de son être enraciné dans l'esprit, et de ce qu'est le but du mouvement individuel et commun. Pour gagner en clarté à ce sujet, l'étude de la science spirituelle anthroposophique dans son sens le plus large y contribue, ainsi que le soin de la pensée contemplative et son approfondissement par la méditation, de même que le commerce méditatif avec les maximes ésotériques de Rudolf Steiner.[160] Plus loin, la confiance se fonde sur le consensus dans les questions qui touchent la contribution de chacun : quelles capacités l'individu peut-il apporter, comment et où est-on disposé, depuis la conscience du tout de la ferme, à assumer une part de responsabilité, comment se porter, partout et à tout moment, avec promptitude et présence d'esprit, de façon désintéressée dans la brèche, et comment est-on enclin à laisser régner, dans toute activité, une disposition d'âme esthético-artistique ? Pour que de telles questions deviennent conscientes et stimulent la formation des capacités, il faut créer des institutions sur lesquelles on reviendra à la page 177 ss (chap. « Du développement spirituel et de la conduite d'une communauté de ferme agricole »).

Le penser dans la solidarité humaine (fraternité), voie vers l'économie solidaire

Lorsqu'on descend de la sphère du libre vouloir, de l'initiative individuelle, dans celle où règne, née de l'édification de la confiance, le sentiment du droit d'être un égal parmi les égaux, un nouveau champ d'expérience s'ouvre pour la conscience pensante (Abbildung 10, S. 172). Dans la conscience ordinaire, la pensée s'appuie sur l'apparence donnée par les sens. Dans le social, elle doit s'élever de cette apparence vers un monde de phénomènes qui ne naissent que dans la vie commune entre les hommes. Ils sont l'expression de ce qui meut les hommes sur le plan spirituel-moral. Les modes d'action sont le phénomène, et la pensée doit désormais s'efforcer de rechercher des voies permettant d'orienter dans les justes canaux la diversité de ces comportements de la nature humaine, pour la plupart guidés par l'instinct. Ici, dans la sphère de la vie sociale, la pensée ne réfléchit plus simplement ce qui est perceptible aux sens — elle se trouve devant le défi de faire surgir activement quelque chose qui n'existe pas encore, ou qui est à peine en train de naître.

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doit, à partir du vécu du spirituel-moral des hommes, devenir une pensée formatrice — une pensée qui parvient, dans une connaissance libre du corps, à des jugements conformes au monde spirituel-moral. À l'ordre de la nature, la nécessité, la loi, est immanente ; pour l'ordre social, c'est dans une pensée libre de la sensorialité que le spirituel doit d'abord se condenser, dans l'acte de connaître, en loi morale. Dans la pensée formatrice, l'avenir illumine le présent, et l'action elle-même devient orientée vers l'avenir. Prendre conscience de ce fait dans la collaboration pratique, voilà ce qui libère seulement le regard pour le chemin sur lequel une communauté de ferme agricole apprend, pas à pas, à se mettre en capacité d'agir et à se conduire elle-même. Elle devient ainsi le lieu initiateur d'une économie tournée du côté de la nature — au sens de la configuration de l'organisme agricole — et du côté de la vie sociale ; elle devient le point de départ d'une économie solidaire-associative qui s'insère comme membre autonome dans l'organisme social (Abbildung 10, S. 172). L'économie s'articule en trois fonctions : production, distribution et consommation. L'économie interne à la ferme a pour but de satisfaire les besoins de la terre, de rendre le sol fertile. Cela se fait par exemple par la production des fumiers propres à la ferme, leur distribution sur les champs et leur consommation par les plantes.

L'économie extra-agricole, qui fait suite à la production agricole, a pour but de satisfaire les besoins des hommes en nourriture. Dans les deux cas, les besoins sont de nature volitionnelle, c'est-à-dire spirituelle.[161] Les saisir et les satisfaire par le circuit de l'économie, voilà une tâche de la pensée formatrice. Dans l'économie, le phénomène auquel elle se rattache, c'est le besoin. À l'intérieur de la ferme, celui-ci s'articule dans chaque cas à partir de la totalité de l'organisme agricole. Pour satisfaire le besoin, il faut plonger par la pensée dans le tissu de relations vivant, peser par la pensée chaque mesure quant à ce qu'elle favorise ou entrave, et incorporer par la pensée le résultat, à travers l'acte, à l'organisme agricole. La nature satisfait par elle-même ses besoins grâce à la sagesse qui lui est inhérente. Dans l'agriculture, l'homme façonne en même temps

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ses besoins à ceux de la nature, par exemple dans la culture des plantes cultivées et dans la garde des animaux domestiques. Pour réconcilier l'un et l'autre, le paysan doit apprendre, par la pensée formatrice, à former le concept de la fermeture de l'organisme agricole. C'est de là seulement que peuvent être dérivées, sur un plan supérieur, toutes les mesures qui non seulement satisfont le besoin humain de nourriture, mais tiennent compte également des besoins latents de la nature en vue de son développement futur.

Le produit agricole devient directement ou par transformation un produit, une marchandise, qui possède une valeur nutritive ou utilitaire déterminée par les conditions de production. C'est à cette valeur que doit se mesurer le prix. Dans la vie économique en général, cette mesure ne peut être fixée ni par l'individu seul, ni par le vendeur, ni par l'entrepreneur, mais seulement par la mise en regard de toutes les prestations accomplies par tous les autres dans le circuit économique, de la production du produit jusqu'à sa consommation. Ce vaste tissu de relations, duquel émerge la création de valeur d'un produit, doit être saisi dans sa totalité par la pensée, et tenter en même temps, par la pensée formatrice, de rapprocher le prix de la valeur objective. En ce qui concerne la formation de la valeur et du prix, l'agriculture présente la particularité de la «dotation naturelle» propre au lieu. De même que l'homme apporte productivement sa dotation dans la vie économique, la nature apporte sa force génératrice (sa dotation) en ce qui concerne le climat, le sol, la topographie, etc. Un versant sud escarpé dans des régions chaudes est, par exemple, impropre à la culture des céréales, mais fort bien adapté à la viticulture ; un sol loessique de plaine, profond et bien nivelé, est incomparablement plus productif, à effort de travail égal, qu'un sol peu profond, pierreux, en pente ou en terrain vallonné.

L'ensemble des interactions nées de la collaboration dans la vie sociale, et qui précèdent la satisfaction des besoins, n'est pas saisissable dans sa simultanéité et dans sa succession par le jugement individuel. Il faut créer l'occasion que, par un échange régulier, la dynamique propre de chacun se fonde dans un jugement commun. De cet effort naît un sens commun qui oriente tout le travail, selon la science de l'esprit, vers la totalité de la ferme, de manière ciblée et adaptée à l'époque. Ce sens commun — ou sens de la réalité sociale — ouvre un champ de soin dans l'exercice quotidien, aussi bien dans le domaine du travail pratique que dans le rapport d'homme à homme.

Ce qui est objectivement nécessaire — par exemple la juste mesure dans l'accord de tous les membres avec la totalité de l'organisme agricole — doit être saisi de manière vivante jusque dans les détails comme jugement commun, et devenir la ligne directrice pour l'action de chacun

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C'est la connaissance approfondie des réalités, fondée sur l'expérience, qui crée le consensus. Celui-ci forme le fondement de la collaboration, crée la transparence et éveille la joie dans l'accord mesuré (économique) de tous les membres et organes de l'organisme agricole en un tout.

La bienveillance mutuelle dans l'activité économique naît elle aussi d'un jugement commun. Là où règne à sa place le jugement individuel, l'égoïsme se fraye un chemin ; il en résulte la concurrence, l'exploitation réciproque, la concurrence d'éviction, l'industrialisme agraire. Le jugement commun dans la vie économique partagée naît de l'intérêt pour ce que fait l'autre. La disposition interrogative — « Où règne la détresse, où l'aide est-elle nécessaire ? » — doit être vivante dans la communauté à l'égard de chaque individu. Les frontières entre les domaines de tâches, aussi bien au sein de la ferme qu'avec les entreprises de transformation associées et la commercialisation de la ferme, doivent devenir mobiles et perméables en vue d'une aide mutuelle. La disposition à chercher le fondement de sa propre activité économique dans le besoin de l'autre ouvre à la conscience pensante un nouveau champ d'expérience — un champ qui fait des efforts de l'autre le contenu de sa propre image intérieure. Sur ce chemin naît une vision associative des champs d'activité ; la pensée formatrice indique à la volonté la voie vers l'action associative, c'est-à-dire une action dans la fraternité. Sur ces nouveaux rivages d'une économie fondée sur la bienveillance mutuelle, des tentatives d'accostage se font de plus en plus fréquentes — par exemple dans le commerce biologique de gros et de détail ainsi que dans la transformation. Le rivage lui-même est cependant le seuil entre la production primaire agricole et le cycle économique marqué par la division du travail. À ce seuil — la limite de la ferme — la marchandise s'évalue, la valeur propre objective de la création de valeur primaire issue de la nature vivifiée et animée, par l'appréciation subjective du commerçant et du consommateur. Dans l'économie associative, cette appréciation de chacun des participants peut, en raison de la transparence universellement recherchée, s'appuyer sur des faits concrets et perceptibles, qui trouvent en dernière instance leur fondement dans les besoins corporels et spirituels-animiques des prochains. Concrètement, cela signifie : les fermes biodynamiques doivent s'ouvrir à la transformation, au commerce et aux consommateurs, s'engager dans le dialogue sur toutes les questions de fond et de développement, chercher ensemble des solutions, conclure des accords, signer des contrats.[162]

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Vus de plus près, les «nouveaux rivages» forment les deux côtés de la limite de la ferme. L'un borde la nature et constitue la peau extérieure de l'organisme agricole ; l'autre borde la vie sociale émancipée. Cette dernière ne peut prendre la forme d'un organisme social triarticulé que dans la mesure où elle inclut l'agriculture, que les hommes reconnaissent quel potentiel recèle une agriculture reconfiguée selon le principe de l'organisme. Les exploitations biodynamiques commencent, à petits pas, à pratiquer en quelque sorte le principe associatif en pionniers, dans le cadre local et régional. Elles peuvent ainsi susciter des coopérations plus larges et imprimer en général à la vie économique une mesure qui la libère de la contrainte de croissance propre au capitalisme.

Plus une communauté de ferme cherche consciemment à façonner son domaine en organisme, plus la collaboration s'articule comme d'elle-même en un domaine d'activité spirituel, juridique et économique. Si étroitement que ces membres s'interpénètrent, ils sont néanmoins vécus comme des domaines séparés les uns des autres. Et toute la force de l'esprit de la communauté de la ferme doit tendre à réunir ce qui est séparé — tant dans l'image idéelle que par le travail — en une totalité supérieure. S'ouvre ici, en marge du «mainstream» d'aujourd'hui de la vie économique, un champ d'exercice, une sorte de propédeutique à la vraie pratique sociale, qui, dans une pensée façonnante qui dépasse de loin les limites de la ferme, laisse s'enraciner l'impulsion de la Abbildung 11, S. 189).

De la conduite spirituelle et du développement d'une communauté de ferme agricole

La toute première fondation d'une communauté de ferme dans le monde, qui ait duré, remonte à l'année 1968.[163] Depuis lors, encouragées par l'esprit du temps, de telles entreprises sociales pionnières virent le jour sur de plus grandes fermes. La nécessité en était la suivante : un canon de compétences qui se complètent, des mains volontaires pour faire face à la diversité des tâches ; en outre, l'affranchissement du sol et du capital de l'emprise des droits hérités, ainsi que des pas vers le dépassement du travail salarié soumis à directives.

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L'expérience le montre : le but saisi en idées est tendu vers l'avenir à une distance inatteignable, les capacités d'y répondre — individuellement et en communauté — se heurtent vite à des limites. Le fait de reconnaître et de vivre consciemment cette discordance engendre, sur le plan spirituel-animique, un champ de tension qui ne laisse pas en repos celui qui aspire consciemment, même un seul instant, ni ne le laisse chercher, face aux résistances, aux échecs, etc., des voies praticables. Si l'on ne s'éprouve pas de toute sa force dans cette polarité entre but spirituel et monde des faits lié aux sens, la force d'aspiration s'émousse, le vouloir commun risque de sombrer dans la banalité, les affaires quotidiennes s'épuisent dans une exécution routinière, et ce qui aurait pu devenir développement s'enlise dans la stagnation et la régression.

Pour se réassurer sans cesse, en tant que communauté de ferme, du chemin vers le but, elle doit se donner des dispositifs qui servent à l'exercice de techniques sociales-morales. Ceux-ci portent sur la saisie toujours plus consciente des deux pôles du champ de tension et sur la tentative d'un équilibre transcendant entre eux.

Le but spirituel d'aspiration

Il vit comme motif — vouloir conduire une agriculture biodynamique — plus ou moins distinctement et lié au destin en chaque individu. Comment ce mobile individuel peut-il non seulement devenir plus conscient, mais s'élever au-delà pour devenir le but d'aspiration de toute la communauté ? Ni l'individu ni la communauté ne peuvent se contenter d'avoir saisi une fois le but d'aspiration. Il exige un soin continu par l'étude de la science spirituelle anthroposophique. Ses contenus de recherche, mis en mouvement dans l'échange réciproque, suscitent des pensées et des sentiments qui éclairent en avant le chemin à parcourir en commun. Un cercle d'étude hebdomadaire de cette nature — quand il réussit — stimule doublement : d'une part, le flux de travail interne à la ferme se coordonne de lui-même, à la juste mesure de l'espace et du temps ; d'autre part, la communauté, dans une telle heure élevée au-dessus du quotidien, met en mouvement des pensées qui se reflètent dans le porteur du motif, c'est-à-dire dans la conscience de chaque individu. Des pensées ainsi obtenues du travail cognitif spirituel commun entrent en rapport avec les observations et les expériences de volonté faites chaque jour dans le travail. Les deux pôles opposés du champ de tension mentionné se rapprochent l'un de l'autre — ou, dans les moments heureux, se fondent même partiellement l'un dans l'autre.

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Le travail anthroposophique d'étude se déroule sur un «terrain objectif».[164] Il fortifie et objective la conscience du propre motif ainsi que celle du but spirituel d'aspiration de la communauté.

La pratique de la collaboration

La totalité de la ferme s'articule en champs de travail dont chacun est pris en charge de manière responsable — selon les aptitudes et les inclinations — par un ou plusieurs membres. Cette articulation — par exemple en champ de la culture des champs et des plantes, de l'horticulture ou de l'arboriculture fruitière, de la fumure, des différents domaines de l'élevage, de l'économie des prés et des pâturages, de l'entretien du paysage, etc. — ne doit pas dégénérer en division du travail, ni en postures de revendication, ni en délimitations de royaumes. Au contraire : c'est du conscience du tout que la plus haute flexibilité s'impose, des transitions glissantes, l'entraide mutuelle, le fait de se suppléer les uns les autres là où et quand cela s'avère nécessaire.

La réunion de travail du matin

Elle a lieu chaque jour ouvrable, après les premières tâches matinales, en grand cercle dans la cour de la ferme, et peut s'ouvrir par une parole ou une remarque pleine d'humour. La gaieté assaisonne le travail du jour sans lui ôter son sérieux. Sur le fond, il s'agit de l'échange des perceptions actuelles, des événements remarquables ainsi que des urgences, puis — en lien avec le flux de travail de la veille — de la répartition concrète des tâches. Il faut veiller à ceci : dans tous les travaux auxquels participent apprentis, stagiaires et aides, les membres de la communauté de ferme exercent une fonction d'exemple.

Par la réunion de travail du matin, l'image de la totalité de la ferme dans l'alternance des saisons devrait être rappelée toujours à nouveau à la conscience, et chacun devrait savoir ce que fait l'autre. Trop aisément s'installe la conviction que tout est clair, qu'on est bien dans le flux de travail d'hier à aujourd'hui — et un silence ennuyé fait le tour. Non : ce qui semble aller de soi devrait être porté à nouveau à la conscience de tous. À cela se rattache la projection du regard sur la journée. Une réunion de travail réussie constitue déjà une bonne part d'une conduite efficace de la ferme. Le reste, c'est le savoir-faire — c'est l'exemplarité dans tout travail.

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Le cercle d'études sur la recherche spirituelle anthroposophique

Dans la pratique, les idées du but commun d'aspiration s'enfoncent dans la réalité vivante de l'organisme agricole. Aussi édifiantes que soient ces idées, aussi créatrices de contextes vivants — on doit s'avouer bientôt qu'on se voit déçu dans maintes attentes. Ce qu'on entreprend ne parvient pas à se réaliser, on bute sur des limites et se trouve renvoyé à soi-même. L'idéal est ébranlé, on en fait l'expérience comme d'une dévitalisation, d'une mort partielle de l'âme. On refuse de l'admettre et l'on cherche des causes extérieures — les intempéries, l'incompétence propre ou d'autrui, des décisions fautives ou des défaillances, des malentendus, des discordes sociales, et ainsi de suite. Mais, comme la vie elle-même, la dévitalisation, la mort, se manifeste sous forme voilée. Comment reconnaître ce que l'échec veut nous dire ? De cette incertitude découlent des expériences douloureuses, des épreuves pour l'individu et pour la communauté. Si l'on se confronte à ces expériences, la connaissance de soi s'éveille, et avec elle, depuis les profondeurs de l'âme, une question informulée — et voilà que, de manière inattendue et soudaine, la réponse vient du dehors. À cette occasion, celle d'accéder à de nouvelles intuitions encourageantes sans l'avoir cherché, servent les réunions hebdomadaires de travail cognitif commun en science de l'esprit. Dans l'entretien, des pensées peuvent être formulées sans qu'on les ait demandées, sans qu'on s'y attende, et ces pensées apportent une réponse réconciliatrice à la question pressante gardée silencieusement au-dedans, conduisent à une vue nouvelle des choses et peuvent appeler à de nouveaux efforts. S'accomplit alors l'«éveil de l'être humain au spirituel-animique de l'autre être humain». Le travail d'étude anthroposophique commun agit de manière vivifiante pour l'esprit, élève le motif et l'élargit hors de son étroitesse subjective, et éveille des forces qui, dans la pratique, aident à trouver toujours un nouvel élan.[165]

La conférence de travail et d'administration

Une autre réunion hebdomadaire doit être consacrée — dans un regard rétrospectif ainsi que dans une prospective à court et à long terme — aux questions de planification, de décision et d'administration, dans une continuité spirituelle de la conduite de la ferme. Dans cette réunion de concertation, la communauté de ferme délibère et décide

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dans son ensemble et à l'unanimité sur toutes les questions de fond qui se posent dans les différents domaines de travail.

Dans la rétrospective, ce qui a réussi et ce qui a échoué, ainsi que ce qui mérite attention dans les expériences et les observations, devraient être abordés avec la plus grande franchise possible. Taire, volontairement ou par inattention, engendre des fantômes et favorise les impulsions de pouvoir. Une documentation est souhaitable !

La prospective met l'accent sur les travaux saisonniers ainsi que sur les aspects sociaux et culturels, en ce qui concerne

  • les mesures de culture des champs et de jardinage relatives au travail du sol, à l'assolement et à la fumure, ainsi qu'à la production de semences, aux soins des cultures, à la récolte, au stockage et à la commercialisation ;
  • la fabrication des préparations biodynamiques et leur application en temps voulu ;
  • les mesures d'arboriculture fruitière et d'aménagement paysager telles que l'entretien des haies et des ligneux ;
  • la conduite des troupeaux, la production de fourrage et l'entretien des pâturages ainsi que la production de fourrage arable ;
  • la stabulation, l'alimentation, le soin et l'élevage des animaux domestiques, avec accent sur les bovins ;
  • l'entretien et les réparations des machines ainsi que les investissements de remplacement et les nouvelles acquisitions ;
  • l'entretien et les réparations des bâtiments et des chemins d'exploitation, ainsi que la planification et le financement de nouvelles constructions ;
  • l'administration générale, la planification du budget et les finances ;
  • la configuration des revenus des membres de la communauté de ferme ;
  • les questions de personnel et de rémunération concernant les apprentis, les stagiaires, les auxiliaires ainsi que les collaborateurs temporaires ;
  • l'organisation des fêtes annuelles et d'autres festivités, ainsi que d'autres manifestations telles que les visites de la ferme, les stages de culture de la terre pour les classes scolaires, les formations, etc. ;
  • la recherche expérimentale et pratique propre à la ferme ;
  • la collaboration avec les entreprises de transformation et de commerce ;
  • le soin du cercle d'êtres humains lié à la ferme ;
  • les relations publiques ;

La communauté de ferme s'administre elle-même en toutes choses, c'est-à-dire que tous les responsables sont impliqués à un degré tel qu'ils sont à tout moment au fait de l'ensemble. Le plus grand défi est le flux d'information ininterrompu et la transparence limpide comme l'eau. Le premier n'est atteignable que

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par un intérêt constant de chaque individu pour tout ce qui se passe. De cet intérêt naît la présence d'esprit ainsi qu'un sens du réel qui prévient tout enlisement dans le jugement une fois arrêté, toute idéologisation. La seconde, la transparence, est une question de fiabilité jusque dans les moindres choses du quotidien, de clarté dans les ententes, d'attention là où règne une détresse pratique ou animique, et de disponibilité sans réserve à s'engager dans chaque brèche.

Dans la conférence de travail et d'administration se réalisent les fruits de la formation par la vie. Dans ces fruits s'unifie, en une synthèse continue, l'action réciproque des pôles évoqués plus haut, du but spirituel et de son implantation dans la pratique. C'est de ces fruits, de ce qui a été acquis individuellement et en communauté, que découle seulement la substance qui confère à la communauté de ferme son être propre ; c'est cela seul qui la rend digne de crédit au sens spirituel.

L'organisme du domaine et le travail voulu par le Je de l'être humain

Le travail dans l'agriculture en général est déterminé par les choses et les êtres actifs dans la nature. Ce qui, en des temps plus anciens, était ressenti instinctivement comme une sagesse régnante, guidant et portant le travail, s'est émancipé, avec l'avènement de l'ère scientifique naturelle, dans l'abstraction conceptuelle des lois de la nature. C'était là d'une part un acte de liberté du conscience de soi s'éveillant dans le Je, et d'autre part une chute dans les contraintes du matérialisme comme vision du monde désormais dominante. Le fruit extérieur de cet acte de liberté est la technique, un extrait de la nature physique-anorganique reconfiguré par l'esprit de l'être humain. La technique permet certes de décharger l'être humain du travail lourd, mais elle s'impose à la nature avec les conséquences qui se manifestent à l'échelle mondiale. Elle sépare les uns des autres les contextes relationnels empreints de sagesse entre la nature physique, vivante et animée.

Le progrès technique vise à rendre superflu l'être humain qui travaille dans l'agriculture. L'agriculture biodynamique vise en sens inverse. On s'efforce ici de réduire autant que possible le travail des machines, afin que puissent naître suffisamment d'espaces de liberté pour une pratique artisanale créatrice et formative. Dans quelle mesure cela peut réussir dépend du dépassement d'un excès de restrictions sociales extérieures.

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Ce que signifie travailler dans la nature vivifiée et animée doit être redécouvert. Pour cela, la contemplation intuitive et la pensée doivent se tourner vers la nature particulière de celle-ci : vers ce qui croît vivant dans la forme extérieure, et vers ce qui se ferme en une forme corporelle à travers l'âme. Ce qui est formé est saisissable en idées ; l'agens formateur est éclairé par la recherche spirituelle anthroposophique, qui ouvre le monde des êtres sous forme d'idées et le rend ainsi accessible à la pensée. La connaissance de l'être essentiel est seule à conférer aux idées formées à partir de la contemplation intuitive des sens — mais qui s'enracinent elles-mêmes dans le monde des êtres — une force morale. Lorsqu'elles saisissent le vouloir, elles deviennent propres à l'être. C'est avec ces idées, absorbées dans le propre être du Je, que l'on trouve un rapport nouveau, un rapport libre au travail. On apprend à travailler à partir du fond même de son propre être essentiel, on y trouve direction et but. La source morale, c'est soi-même, et l'on se détermine librement à partir d'elle. C'est de ce fond originel du Je que jaillit seulement le véritable enthousiasme. Il prend naissance dans l'idée devenue réalité spirituelle. C'est lui qui précède le travail, le réchauffe et le pénètre de joie animique. Le travail, si lourd soit-il, si apparemment humble et dérisoire, s'ennoblit par l'esprit qui l'imprègne. Il est empli d'esprit du début à la fin et ajoute à l'organisme agricole quelque chose qui l'élève au-dessus de sa simple naturalité.

La machine, en revanche, s'insère dans l'agriculture comme un coin entre l'être humain et la nature qui crée à partir de ses êtres et de ses forces. Elle fonctionne selon la mesure de ce que l'être humain y a incorporé de sa connaissance de la nature inanimée. Par le travail exclusivement mécanique, la force créatrice spirituelle de l'être humain risque de se dessécher, le travail se dévaste en pure routine, le vouloir devient sans guide et s'atrophie.

Moins le travail s'épuise en routine, en simple expédition, plus il est accompli, dans le sens évoqué, pénétré de joie par les idées, et plus le sens de la beauté est également éveillé — ce sens qui élève ce que l'être humain a façonné, ce qui dans le cas de la machine sombre en général dans la monotonie et la banalité, au rang de véritable œuvre d'art.

Dans l'agriculture, c'est la sagesse agissant dans la nature au service de laquelle se place le travail humain. Cette sagesse, bien reconnue, continue de vivre en lui, lui donnant sens. Au-delà, le pouvoir d'idées de l'être humain agit de manière supérieure, conférant sens à la configuration de la ferme en organisme corporel de l'« individualité agricole ».

De même que l'artisanat agricole doit être appris à fond, de même il est, tout au long de la vie, enseignant. Il renforce la force de la conscience de soi lorsque ce qui est perçu dans le travail est élevé à la

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connaissance ; elle élargit et approfondit la vision du monde lorsqu'on éprouve combien ce qui a été accompli continue d'agir de manière formatrice dans la vie naturelle et sociale.

Dans cette dualité réside la grande signification pédagogique du travail qui se dirige vers les choses et les êtres de la nature. Elle se révèle bienfaisante dans l'enseignement de l'horticulture scolaire, dans la pratique des fermes-écoles, dans les stages d'agriculture et de sylviculture pour les élèves du secondaire supérieur, ainsi que dans la collaboration encadrée de personnes en situation de handicap. Pour les raisons susmentionnées, beaucoup de jeunes gens, « nés en ville », recherchent une formation professionnelle biodynamique, qui est de plus en plus conduite, en toute autonomie, sous la forme d'une « formation libre » par les groupements de travail biodynamiques. En outre, le travail biodynamique, surtout dans les exploitations de plus grande taille gérées en communauté ou dans des établissements à caractère villageois, gagne en importance croissante — par exemple dans l'éducation des adultes, la réorientation professionnelle, la recherche de soi, etc. Ce à quoi Goethe a fait allusion par anticipation poétique dans « Wilhelm Meisters Wanderjahre », avec la description de la « Province pédagogique »,[166] et ce vers quoi Rudolf Steiner a pointé il y a cent ans lorsqu'il évoque que, dans l'avenir, des foyers de culture naîtraient à la campagne,[167] cela transparaît aujourd'hui ici et là dans les approches les plus diverses.

La disposition spirituelle-animique qui montre au travail dans la nature vivifiée et animée sa voie et son but, chaque être humain doit aujourd'hui la reconquérir consciemment, de novo. Pour cela, il est recommandé de fonder sur la « loi sociale fondamentale » formulée par Rudolf Steiner en 1905[168] — comme colonne vertébrale spirituelle de toute forme de collaboration dans le champ social — sa démarche. C'est la loi qui s'affirme d'autant plus que l'égoïsme comme ressort de l'action sociale est éradiqué. Elle inaugure un chemin de formation vers un vivre-ensemble social fécond. Cette loi conduit notamment à cette évidence : « travailler pour ses semblables et réaliser un certain revenu

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deux choses entièrement séparées l'une de l'autre ».[169] L'une est une question qui ressortit à la vie de l'esprit, l'autre à la vie juridique. Comme toute affaire de droit, le travail ne peut être mesuré à un prix d'achat, par exemple un salaire horaire. Le travail n'est pas une marchandise. Dans les communautés de ferme agricoles, il est possible de s'exercer, par ébauches, à la séparation du travail et du revenu. Cette possibilité s'offre dès lors qu'on prend conscience de la vaste dimension spirituelle de l'articulation des corps constituants de l'organisme agricole. C'est ainsi la tâche la plus urgente de l'être humain et de la communauté humaine sur la ferme que de se faire une image de cette articulation et d'en faire l'impulsion vécue du travail. C'est ainsi par le travail que l'idée d'organisme saisie dans l'esprit devient une œuvre d'art dans le vivant, qui se configure en une forme vers l'extérieur et s'articule en organes vers l'intérieur.

En mettant en œuvre cette idée saisie dans l'image, chacun intervient — dans un travail voulu par le Je, à l'unisson avec tous les autres — dans l'organisme agricole, en irradiant l'agencement de ses corps constituants (Figure 10, p. 172). Ce qui travaille là, c'est le Je ; il fixe en tout la mesure. Il rayonne dans le corps animique de la ferme, veille sur la manière de tenir, nourrir, soigner avec attention ainsi que sur le développement génétique des animaux domestiques, offre un foyer à la faune sauvage et fait que le corps animique de la ferme se trouve individualisé jusqu'en son fond et se vit en manifestation comme un être fermé sur lui-même.

C'est à nouveau le noyau essentiel de l'être humain, le Je, et l'image qui surgit dans l'âme spirituelle, qui irradie l'organisation vitale de la ferme, la maintient en santé dans toute sa diversité de formes et l'élève à une vitalité supérieure, propre à la ferme en son individualité. Et finalement le Je, dans le travail, imprègne de sa force l'organisation physique, transforme et individualise en leur donnant forme les compositions de substances, en une élévation au-dessus des données naturelles du lieu (cf. chapitre Fumure). En même temps, cette triple compénétration et cette individualisation liées au lieu signifient que les corps constituants de l'organisme de la ferme sont amenés dans un rapport plus intime, traversant de haut en bas, se soutenant mutuellement. Par exemple, le fumier du cheptel veille à la vivification et à l'animation par l'âme de l'organisation physique, au jeu solidaire porteur de vie des quatre éléments dans le sol ainsi qu'à la formation du fruit et à la qualité nourricière des cultures végétales. Autrement l'organisation vitale : d'un côté elle donne, par les résidus de la croissance végétale, la base de la formation d'humus dans le sol,

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la vivification de l'organisation physique ; d'un autre côté, elle constitue la base alimentaire pour la faune sauvage et les cheptels d'animaux domestiques, le renforcement de l'organisation animique.

C'est par le travail que l'idée qui le guide devient pour la première fois réelle en son être. On peut contempler ce que l'on a fait, et chercher à comprendre ce que l'on a effectivement mis en œuvre. C'est une recherche qui réunit l'homme et le monde, et dont la quête de vérité se mesure à ce que l'on a reconnu comme fécond.

À un degré bien plus élevé encore, cela vaut pour un travail dont le fondement idéel ne prend sa source que dans les résultats de la recherche spirituelle anthroposophique, et à la connaissance et à la maîtrise efficace duquel la communauté de ferme — ou de l'exploitation — dans son ensemble se voit mise au défi. C'est entre autres la préparation et l'application des préparations biodynamiques. Leur nature essentielle est traitée dans le chapitre consacré à la question de la fumure. Le travail avec ces substances de fumure, dans leur préparation et leur application, s'étend sur toute l'année. Leur application en quantités matériellement infimes se fait soit en forme liquide directement sur le sol et la plante, de la semaille jusqu'à la phase de maturité, soit, pour la majorité des préparations, par l'intermédiaire des composts et fumiers propres à la ferme.

Au regard de l'organisme agricole, l'efficacité fertilisante des préparations réside dans une sorte d'éducation de ses corps constituants vers une totalité supérieure. Dans le contexte des rythmes de l'année solaire, ils ne font pas que renforcer et dynamiser l'action spécifique à chacun de ces corps constituants — ils favorisent avant tout leur compénétration réciproque, qui est précisément ce qui permet à l'organisme agricole d'accéder à sa fermeture sur lui-même et à son développement conforme au lieu. C'est tout particulièrement le travail avec les préparations biodynamiques qui conduit à un rapport personnel avec les substances et les forces qui préparent au végétal un sol vivant et fécond. Ainsi la nature du Je de l'homme au travail peut-elle s'unir à l'activité spirituelle de l'intérieur de la nature.

Le travail humain porte dans le monde toutes les facettes des effets moraux du Je inférieur, lié au corps. Ceux-ci sont alors co-déterminés par la nature de désir et de pulsion de l'homme, par l'arbitraire, les impulsions de pouvoir, etc. L'égoïsme qui de là préside peut être surmonté par transformation, lorsque, par la force spirituelle du Je supérieur, l'âme acquiert la maîtrise sur le corps. Le travail devient alors un travail porté par la disposition d'âme et les idées — un travail accompli par amour de la chose ou au service de l'autre être humain. Un acte désintéressé ne s'accomplit pas sous la contrainte ; il est bien plutôt déterminé par soi-même, à partir d'une sage compréhension. La libre autodétermination dans le travail sur

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de la nature vivifiée et animée ne peut croître que si la connaissance des sens s'élargit à la connaissance de l'esprit. La vérité qui s'ouvre ainsi se confirme dans la fécondité de l'action. C'est à ce fait que pointent les paroles johanniques : « … vous connaîtrez la vérité et la vérité vous conduira à la liberté ».[170] C'est cette liberté ainsi conquise qui seule fonde l'identité entre le dedans et le dehors. À l'acte libre, accompli dans l'amour, précède un sacrifice. On offre quelque chose qui appartient entièrement à soi-même, qui est devenu propriété de la jéité supérieure, et on s'en défait. Lorsque cela devient disposition d'âme dans une communauté qui travaille ensemble en vue d'une tâche reconnue en commun, un vent de liberté souffle dans le vouloir.

Impulses du mouvement biodynamique pour le développement de l'organisme social

Tous les symptômes de l'époque indiquent l'urgence d'un nouvel ordre de la nature et d'un nouvel ordre social embrassant toute la vie des hommes. De même que l'homme, dans l'ignorance de son être spirituel et, partant, de ses tâches de développement, tend à engendrer le désordre, c'est précisément la connaissance de lui-même qui peut lui ouvrir les yeux sur un principe d'ordre qui vaut pour la nature aussi bien que pour la configuration de la vie sociale. C'est là la découverte anthropologique de Rudolf Steiner : le trimembrement de l'organisme humain selon le système neurosensoriel, le système rythmique et le système du métabolisme et des membres (voir p. 88 sq.). Tout ce qui a été exposé jusqu'ici, et tout ce qui suit, s'appuie là-dessus. Rudolf Steiner a tenté, dans le chaos de l'après-Première Guerre mondiale, d'articuler par des institutions appropriées la vie sociale en la triple fonction de la vie de l'esprit, de la vie juridique et de la vie économique, de sorte que chacun de ces membres puisse se développer de manière autonome et à la fois en interaction vivante avec les autres, et s'unir en une totalité supérieure de l'organisme social.[171] Il comptait alors sur l'ouverture de conscience de la classe ouvrière, sur le prolétariat enchaîné dans l'industrie dirigée par le capital. Cette tentative à grande échelle échoua, comme exposé en introduction, pour de multiples raisons extérieures. Les hommes alors encore actifs dans l'agriculture (environ 40 %) n'étaient pas touchés de la même façon par la question sociale

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touchés par la question sociale à la même époque ; les quelques-uns qui subsistent aujourd'hui (environ 2 %) le sont au plus haut degré. Oui, l'agriculture est devenue, à l'échelle mondiale, un cas social de toute la société. Et voici ce qu'on constate : partout où l'on pratique aujourd'hui l'agriculture biodynamique, des forces socialement agissantes croissent organiquement, comme à partir d'un seul point, dans l'environnement social. Elles croissent et révèlent leur grand potentiel ; mais il faut les reconnaître comme telles dans leur direction d'action, les articuler consciemment et les configurer avec force. Cela ne peut se faire que par des institutions qui dépassent les limites de la ferme. Là où de telles institutions commencent à prendre forme, on reconnaît bientôt qu'elles ne sont fécondes que si les participants prennent conscience du domaine — spirituel, juridique ou/et économique — dans lequel ils veulent et peuvent apporter leurs capacités et leurs activités en rapport avec l'agriculture. Le principe de la triarticulation de l'organisme agricole, consciemment pratiqué, peut dès lors donner mesure et orientation à la vie sociale en général (Illustration 11).

Car, à y regarder de plus près, l'agriculture est en relation avec tous les domaines de la vie sociale. Non seulement elle se trouve à l'origine de la création de valeur à partir de la nature vivante et animée et pourvoit à la nourriture et aux matières premières, mais elle façonne le visage de la Terre ainsi que l'espace vital pour la plante, l'animal et l'être humain dans les paysages culturels. Elle donne en outre amplement aux sciences l'occasion d'élargir les frontières trop étroites de leur méthodologie — en rectifiant leurs théories — pour saisir de manière adéquate les phénomènes du vivant. Elle crée des espaces de contemplation intuitive qui satisfont le regard esthétique et ouvre à de nouvelles manières de faire l'expérience du monde. Elle ouvre à l'approfondissement du sentiment religieux un vaste champ de pratique morale, et enfin une agriculture qui s'appuie sur le principe de l'organisme crée les conditions d'un renouveau des métiers artisanaux qui lui sont subordonnés et de leur intégration associative.

Le vouloir en liberté

Plus une communauté de ferme réussit à élever capacités et volonté de travailler en une force d'initiative commune, en liberté dans le vouloir, plus l'exploitation biodynamique s'ouvre vers l'extérieur et développe un rayonnement spirituel qui éveille l'intérêt de l'environnement social. Des questions sont posées, le dialogue s'engage, des réponses sont cherchées dans des cercles d'étude et des rencontres organisées à la ferme

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Abbildung 11: Der biologisch-dynamische Betrieb als Initialort für die Entwicklung der Dreigliederung des sozialen Organismus.

ainsi que lors de manifestations pour les fêtes de l'année, de rencontres de chercheurs, ou — plus concrètement encore — lors des portes ouvertes, des visites du domaine et des champs, d'occasions de collaboration temporaire ou de participation à la travail des préparations qui revient régulièrement. Des panneaux d'information renseignent en outre sur des thèmes issus de la pratique, dans la ferme et le long des chemins de promenade fréquentés. Combien il serait souhaitable, face à la pression constante du travail sur les domaines, de pouvoir conduire ces échanges encore plus intensément. Des cercles d'amis et de sympathisants qui se forment autour des domaines biodynamiques s'avèrent à cet égard précieux pour bien des questions pratiques.

À côté de ces tâches d'éducation des adultes qui échoient sans qu'on l'ait cherché à l'agriculture biodynamique, c'est surtout le travail pédagogique avec les jeunes ainsi que la formation initiale et continue qui émerge de la pratique qui font que des fils sensibles de l'esprit s'étendent jusqu'à la périphérie. Les générations d'apprentis en croissance sont presque

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exclusivement des «enfants de la ville». Ils sont étrangers à la tradition paysanne. Mais ils ne veulent pas non plus être de simples récepteurs d'un savoir préfabriqué issu d'une agriculture dont la pensée et l'agir technologiques les tiennent tout entiers sous l'emprise d'une conception du monde réductionniste-naturaliste. Ils cherchent un idéal éducatif global qui embrasse l'être humain et la nature et qui constitue le fondement de l'agriculture biodynamique dans son sens le plus large. Cela a conduit à ce que la formation pratique se soit largement émancipée de l'offre étatique d'éducation des écoles professionnelles. Les dites «formations libres» suivent des plans d'études élaborés par les agriculteurs eux-mêmes. Il en va de même pour les lieux de formation continue biodynamiques inter-exploitations qui se sont fondés dans divers pays.

En lien intime avec les initiatives spirituelles et culturelles qui rayonnent des domaines biodynamiques se tient la recherche ancrée dans la pratique. Après que l'enseignement et la recherche se sont tous deux émancipés peu à peu de l'agriculture au cours de deux cents ans pour s'y substituer l'académisme, celle-ci s'est soumise au progrès scientifico-technologique qui la dirigeait de l'extérieur — avec perte de sa maturité fondée dans une sagesse instinctive et populaire. À rebours de cela, de la pratique de l'agriculture biodynamique a grandi dès le début une attitude et une disposition d'âme de chercheur qui renoue avec les procédés traditionnels, les transforme et en fait le fondement de ses orientations spirituelles approfondies. Cette disposition d'âme ne peut se contenter de la méthodologie causale-analytique, quantitative-réductionniste de la recherche académique. Les efforts de recherche s'ouvrent au contraire à la dimension qualitative du percevoir et du penser — à la question, précisément, de quelles connaissances plus profondes il est possible de recueillir lorsque le regard du chercheur se porte sur la totalité de la ferme, ses membres et tout ce qui s'y développe en vivant et dans une vie d'âme propre. Où que l'œil se porte, il ne voit jamais une chose isolée, mais toujours un contexte dans lequel cette chose isolée apparaît. C'est l'entendement seul qui abstrait du contexte la chose isolée et la présente sous forme de concept. Le contexte se décolore alors ou disparaît entièrement de l'horizon. C'est là le propre de la démarche causale-analytique.

Si l'on cherche en revanche, par exemple, le contexte qui s'établit lorsqu'au printemps les hirondelles apparaissent sur le domaine, on peut d'abord décrire tout ce que l'hirondelle manifeste dans ses activités. On distinguera différentes espèces présentes sur le lieu

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telles que l'hirondelle rustique et l'hirondelle de fenêtre, ainsi que le martinet noir, qui n'appartient déjà plus aux hirondelles. On se formera une image de leur mode d'alimentation — des insectes saisis au vol —, de leurs sites de nidification : les hirondelles rustiques à l'intérieur, le plus souvent dans les étables, les hirondelles de fenêtre à l'extérieur sous les avant-toits des bâtiments d'élevage, les martinets dans les creux de vieilles maçonneries ou les combles ouverts des granges. On apprendra à connaître leurs différents chants, on suivra leur reproduction et bien d'autres choses encore. Tout cela est activité par laquelle l'être animique lié au corps de ces oiseaux se manifeste aux sens. Mais leur expression essentielle caractéristique est leur vol inlassable. En tant qu'êtres neuro-sensoriels emplumés, ils filent dans l'air en traînant derrière eux des tourbillons, modelant l'espace aérien du domaine dans son vaste pourtour en arcs et en lignes, pour soudainement, avec un battement d'aile vigoureux, fuser vers le haut, vers le bas ou de côté afin de saisir une proie. Leur activité s'épuise presque entièrement dans les arts du vol les plus étonnants, et cela du matin jusqu'au soir, pendant tout le semestre d'été. En hiver, ils ont disparu vers le sud.

Lorsque le regard s'attarde sur ces phénomènes tissés de relations, des questions s'éveillent sur des contextes qui dépassent le sensible : l'être animique de ces créatures riches en forces sensorielles ne se tisse-t-il pas, dans leurs mouvements de vol amples et plastifiants, avec l'élément aérien de l'ensemble du domaine ? N'y a-t-il pas là une animation par l'âme de l'enveloppe atmosphérique ? Et encore cette question : pourquoi cela ne se produit-il qu'au semestre d'été, d'avril à septembre ? Une réponse monocausale s'impose d'elle-même : c'est l'offre de nourriture en insectes volants qui fait défaut en hiver. Mais cela aussi est phénomène. Ne renvoie-t-il pas, comme tous ceux qui ont été mentionnés, à un contexte ur-phénoménal qui dépasse le sensible ? Ce contexte a été évoqué comme la polarité du pôle céphalique sous la terre et du pôle métabolique au-dessus de la terre de l'individualité agricole (voir le chapitre «La trimembrement de l'être humain et l'individualité agricole», p. 88 sq.).

Au semestre d'été, dans la chaleur et dans l'air prédominent les forces métaboliques éthériques vivifiantes, qui ont besoin des forces ordonnantes et formatrices de l'animique-astral. L'être astral de l'oiseau s'imprime dans son vol à l'enveloppe atmosphérique du domaine. Dans la contemplation intuitive en particulier des mouvements de vol des hirondelles, l'expérience peut se condenser en cette image d'atmosphère intérieure. On se sent comme tissé dans un événement sensible-suprasensible. On peut dire que dans cette expérience d'étonnement se révèlent les mêmes

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les mêmes forces sur le plan spirituel-animique que celles qui modèlent physiquement dans la périphérie aérienne chaleur, lumière et air sous forme mobile.

Le regard porté sur le «contexte phénoménal»[172] décrit peut vivifier la pensée abstraite en une pensée active et synthétique. Au lieu de délimiter strictement le concept particulier et de le laisser se tenir pour lui-même, on cherche à le maintenir en rapport avec le phénomène d'ensemble. Il s'élargit en une image-pensée qui conduit le chercheur plus profondément dans le contexte vivant de sens.

À ce premier pas vers la connaissance de l'être essentiel succède un second, plus profond, lorsqu'on s'exerce par la pensée à suivre la transformation — par exemple du tout de la ferme dans le cours de l'année. Une forme phénoménale se transforme dans sa totalité en une autre. La même plante de froment d'hiver, qui après la germination cachée dans la terre apparaît en premier dans la première feuille encore enroulée sur elle-même, se transforme en une plante qui pousse maintenant de nouveaux feuilles à partir de nœuds serrés les uns contre les autres (le tallage), puis en une plante qui serre sa rosette de feuilles contre terre en étoile pendant l'hiver, puis encore en une plante qui dresse ses feuilles dans la chaleur du printemps, puis en une plante qui monte brusquement en chaume vertical, puis en une plante qui pousse l'épi, de nouveau en une plante qui achève sa croissance dans la formation de l'épi, et finalement en une plante qui fleurit discrètement, se féconde elle-même (ou, comme le seigle, abandonne ses spores en nuages jaunes au vent). Suivent l'étape de transformation du dépérissement total et, dans son cours, la maturité du grain ou de la graine, et enfin son détachement du contexte vivant de la plante-mère, portant en soi l'avenir. Ainsi, dans un changement perpétuel, la somme de toutes les plantes et, avec elles, la somme des animaux impriment leur visage au finage de la ferme. Entre chacune de ces étapes de transformation existe un lien évident, car c'est toujours une seule et même plante, un seul et même animal, qui se vit en manifestation tantôt d'une façon tantôt d'une autre. Ce qui se transforme devient apparence perceptible ; comment cela se transforme reste dans l'obscurité. Les forces par lesquelles une forme phénoménale surgit de l'autre et qui produisent ainsi le «contexte de transformation»[173] demeurent invisibles. Le passage de l'un à l'autre ne devient soit pas une question, soit l'on se perd dans la théorie.

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«Das Was bedenke, mehr bedenke Wie.»[174] Le Quoi est objectif et donc sensible ; au Comment peut s'approcher le regard investigateur lorsqu'il compare un phénomène avec celui qui en émerge, intériorise ce qui est contemplé — la métamorphose foliaire des formes —, et accomplit avec force et en images, dans une pensée exercée, le passage de l'un à l'autre. S'installer par une pensée-recherche dans les contextes de transformation du «Meurs et deviens», y compris dans le social, crée une conscience du flux continu du travail dans le cours de l'année.

Une troisième étape de la recherche conduit enfin à saisir la composition du vivant animé, les «contextes vivants»[175] tels qu'ils se manifestent dans la nature en général et dans l'exploitation biodynamique en particulier. Toute plante supérieure forme avec la racine, la tige, la succession foliaire, la fleur et la graine un contexte vivant, de même que l'inépuisable tissu de relations de l'«oikos», la maison de la nature, qui se différencie à son tour en une multitude de communautés de vie (biotopes), et de même dans ce que la main humaine crée à partir des données de la nature comme organisme agricole. Le contexte vivant de celui-ci est formé par la composition, mesurée et accordée l'une à l'autre, de la culture des champs, de l'élevage, de l'horticulture, de l'arboriculture fruitière et de la culture des haies, de l'économie des prés, des pâturages, de la forêt et des eaux. Cette composition repose, dans ses grandes lignes, sur les forces agissant essentiellement dans le cosmos et dans la terre — précisément celles qui produisent le passage d'une forme phénoménale à l'autre. Les lois de la nature sont des abstractions fragmentaires de l'esprit humain tirées de ce monde de forces suprasensibles, un savoir isolé, par lequel le paysan, de son côté, participe à la configuration de cette composition. Lorsque ce savoir devient, sans effort de connaissance des contextes vivants, un simple outil technique isolé — pesticides, herbicides, etc. — il cause dans l'économie de la nature un dommage incalculable. Ce sont là des interventions arbitraires dans la nature essentielle du vivant. Reconnaître les contextes vivants signifie, avec la force d'une pensée vivante, dégager à partir de la somme des phénomènes et de leurs transformations des totalités conceptuellement cohérentes en elles-mêmes et pleines de contenu — comme, par exemple, le concept d'organisme et d'individualité en tant qu'idée fondamentale pour la configuration des exploitations agricoles. C'est là que se trouve la tâche centrale de la recherche dans l'agriculture biodynamique. Elle concerne :

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1. Étude des résultats (faits) de la recherche spirituelle, leur compénétration par la pensée et l'expérience vécue de leur réalité spirituelle dans l'acte de penser.

2. Étude et observations personnelles de faits correspondants, sensibles, saisissables par la science naturelle.

3. La mise en rapport du monde des faits sensibles et suprasensibles, et l'expérience vécue de leur vérité et de leur fécondité dans un travail inconditionnel.

Ce triple travail de recherche se rapporte à la formation d'un petit univers, comme l'est l'être humain en tant que microcosme. L'édification de ce petit univers, l'organisme corporel de l'«Individualité agricole» en devenir, touche en définitive tous les champs de vie et d'activité, et donc la vie sociale dans son ensemble. Il n'y a pas si longtemps encore, l'agriculture, l'artisanat, le commerce et le négoce formaient une forme de vie et d'économie régionale cohérente. Du temps de Goethe, environ 85 % de la population active était encore engagée dans l'agriculture. Aujourd'hui, les hommes, à la recherche d'une libre autodétermination, s'en sont détournés jusqu'à n'y représenter plus que 2 %.

Plus la dimension spirituelle de la tâche de l'agriculture pour le développement de l'organisme social sera reconnue, plus des êtres humains se tourneront de nouveau vers l'agriculture d'un vouloir libre, et contribueront à configurer consciemment le rapport relationnel que chacun entretient avec elle. De là naissent des impulsions pour une vie de l'esprit libre qui, rayonnant désormais de chaque exploitation biodynamique, aide à surmonter la conception du monde réductrice et destructrice qu'est le matérialisme.

Le sentir en égalité

Toute exploitation agricole est intégrée dans l'ordre juridique général. Celui-ci crée par la loi l'égalité devant le droit. L'égalité est un bien précieux, mais la question est de savoir à quel degré de conscience le principe d'égalité vit en l'être humain. Vit-il sous la contrainte du diktat de la loi, imposé de l'extérieur et ne s'adressant qu'à l'entendement, ou est-ce le sentiment de la raison qui, de l'intérieur, éveille à la vie l'idéal de l'égalité ? Dans le premier cas règne l'anonymat dans le rapport d'homme à homme ; les droits sont justiciables, on réclame son droit. Dans le second cas, on sent, finement différencié, ce qui est juste, et on s'y tient. C'est de la raison que s'alimente le sentiment du droit, le se-sentir-en-égalité. La raison

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Elle se nourrit pourtant elle-même du vécu actif de connexions spirituellement réelles dans la nature et la vie sociale. De ce vécu croît la confiance ; elle crée la plus haute sécurité juridique. Cela devient aussitôt manifeste dès lors qu'on envisage les droits qui concernent le sol, le travail et le capital. Il appartient à l'évidence commune qu'ils sont sans aucun doute des droits, mais aussi en même temps des objets économiques négociables ; les droits ont un prix ! Et c'est là que commence l'inégalité. Lorsque le sol et le terrain, le travail et le capital peuvent être portés au marché, le principe d'égalité est sapé. L'individu se fait maître du sol et du terrain, se vend lui-même sur le marché du travail et dirige, par l'accumulation du capital, le travail humain à son propre avantage. Le sentiment du droit s'évanouit du droit ; le droit devient abstraitement inhumain ; il meurt de la mort du droit.

Cette problématique devient hautement virulente lorsqu'on souhaite développer une exploitation biodynamique : on a besoin de terres, de collaborateurs et de capital, autrement dit d'un volume financier qui ne se rentabilise jamais pécuniairement ; le poste de travail en agriculture est, dans les conditions actuelles, plus coûteux qu'en industrie chimique. Que faire alors ? Il faut instaurer un état de droit pur, c'est-à-dire un état porté uniquement par le principe d'égalité. Un tel état n'existe pas dans l'ordre juridique d'aujourd'hui ; on y commercialise les droits comme des pommes de terre. Il faut inventer dans l'acte même de le produire cet état de droit non falsifié. Pour cela, il faut un cadre juridique qui le rende possible. Un tel cadre s'offre dans l'ordre juridique actuel à travers le droit des associations, des sociétés commerciales et des fondations à but non lucratif. Il s'agit, grâce à des structures porteuses à but non lucratif, d'assurer autant que possible l'inaliénabilité du sol et du terrain ainsi que du capital. À cet effet, là où c'est possible, un acte de donation est nécessaire, ou bien, par un financement unique — à fonds perdus — un rachat des propriétés foncières et du capital qui y est lié hors des anciennes servitudes juridiques (droit successoral, etc.). Une fois cela garanti, de nouvelles voies peuvent être empruntées dans la gestion fiduciaire et le droit d'usage, en ce sens que le sol et le capital sont mis à disposition pour l'usage — sur la base de critères purement spirituels, à l'exclusion de tout droit de succession — de ceux qui se sont qualifiés tant sur le plan idéel de la science de l'esprit que sur le plan artisanal et pratique. La gestion fiduciaire se trouve entre les mains de ceux qui sont en mesure de porter l'impulsion spirituelle de l'agriculture biodynamique, à travers les transformations du progrès historique de l'humanité, d'une génération de gestionnaires à la suivante.

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La Charte de fondation de l'agriculture biodynamique — c'est ainsi qu'on peut appeler ce qui se cherche ici — repose sur le droit fondamental au travail et sur les capacités des êtres humains. Quand on cherche à saisir l'organisme, et au-delà de lui l'idée d'individualité, dans une contemplation intuitive directe et dans un vécu actif, le sentiment du droit s'éclaircit jusqu'à une clarté toujours plus haute. Il dit alors sans équivoque : le sol et le terrain ne sont pas susceptibles de propriété, mais bien de possession — on les possède aussi longtemps qu'on les met en valeur, ou bien qu'un successeur qualifié reprend le droit d'usage. Il n'en va pas autrement du capital incarné dans les moyens de production (machines, etc.) et dans les installations bâties.

Un défi particulier se pose quant à la configuration du droit au revenu. Dans le cadre d'une communauté de ferme agricole, on peut, à cet égard, se dégager de la tutelle d'un régime tarifaire — malheureusement pas en ce qui concerne les salariés et les appointés. L'idéal voudrait que chaque collaborateur durable soit co-entrepreneur et forme avec tous les autres une communauté entrepreneuriale qui détermine elle-même les revenus selon la situation des produits ; c'est un objectif désirable, mais sous la législation actuelle, il n'est réalisable que de manière très limitée. Déterminer les revenus à l'avance d'après la somme possible des besoins de chaque individu est abstrait et conduit nécessairement à des inégalités, donc à des conflits. Il en va de même quand on cherche la solution dans « salaire égal pour tous ». La configuration du revenu se règle chaque fois d'après les conditions de vie concrètes. En régie communautaire, elle dépend pour l'essentiel des situations familiales. Une famille encore jeune a besoin, au même moment, de moins de revenu qu'une famille dont les enfants vont à l'école et ont besoin d'instruments de musique, ou qu'une famille dont les enfants traversent des études. Quand les enfants ont quitté la maison, ce qui est réellement nécessaire comme revenu peut se réduire à nouveau — et davantage encore à l'âge avancé. Cela inclut bien entendu tous les aléas de l'existence auxquels la communauté doit faire face au cas par cas.

Il faut apprendre, au sein d'une communauté de ferme qui s'autogère, à manier la formation du revenu comme un processus dynamique. Cela inclut, selon la durée de la collaboration, le droit d'habitation à durée déterminée ou à vie. Les revenus extra-agricoles — honoraires pour des conférences, des séminaires, des conseils, ou provenant d'autres activités — viennent alimenter le budget commun.

La configuration du revenu au sein de la communauté de ferme — compte tenu aussi de la réglementation de la prévoyance vieillesse, des droits d'habitation, etc. — exclut toute formation de capital privé. Cela signifie l'apprentissage d'un haut degré

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de sensibilité, d'empathie et d'un sens fin pour tout ce qui vit, sans être dit, dans les besoins de l'entre-humain.

Le penser en fraternité ou en solidarité humaine

Sur le terrain économique, le penser ne se tient plus seulement face au monde — il y plonge et devient lui-même processus créateur. Il plonge dans la volonté par le sentir et se trouve ainsi tout entier pour le prochain et pour le monde. En pensant, l'homme trouve le fondement de son activité dans les exigences de l'exploitation que le temps rend nécessaires et dans la satisfaction des besoins de ses semblables. Ces derniers sont sacrés pour le penser dans l'économie. Boire de l'eau-de-vie, par exemple, peut être un besoin. Le fabricant d'eau-de-vie n'épargnera aucune peine de pensée pour concevoir le meilleur procédé possible afin de répondre à ce besoin — il lui reste bien entendu libre, par une vue de l'esprit, d'éclairer ses consommateurs sur les suites funestes de la consommation d'alcool —, et le commerçant maintient le produit en rayon parce que des hommes le veulent. La vie économique est autonome, tout comme la vie juridique et la vie de l'esprit. Ce n'est pas l'affaire de l'acteur économique, à proprement parler, de soustraire au consommateur un produit parce qu'il le juge nocif. Trancher cette question, c'est, au niveau de la vie de l'esprit, l'acte de connaissance des raisons de la nocivité, et au niveau de la vie juridique, la loi qui en supprime la disponibilité. Chaque homme se tient, se gouvernant lui-même, dans ces trois membres et doit apprendre à orienter son comportement social vers la validité de l'autonomie des trois membres de la vie sociale.

La fraternité dans l'économie appelle une nouvelle disposition d'âme dans le penser. Celle-ci doit saisir, avec un sens de la réalité, la chaîne de création de valeur dans son ensemble panoramique, en une seule image-pensée. Elle doit s'efforcer d'avoir en vue, à chaque phase, l'homme économiquement agissant dans son aspiration spirituelle et dans le cadre juridique donné, afin de pouvoir estimer sa propre contribution par rapport à celle des autres partenaires économiques. Concrètement, cela signifie se faire une image des conditions de vie et des conditions de production là où tout prend son départ — à savoir dans la production primaire de l'agriculture. Dans la culture biodynamique du sol, cette production originelle naît d'une impulsion spirituelle, de la pensée de l'organisme et de l'individualité. Pour l'implanter dans la terre d'un domaine-organisme tout entier, il faut les capacités et les mains de beaucoup d'hommes. Ces hommes donnent à leur collaboration une

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une base juridique et produisent des marchandises — le pain quotidien — qui s'écoulent vers l'extérieur dans la circulation des marchandises. Le prix final au consommateur de ces marchandises doit être tel que ce flux de marchandises puisse s'écouler de manière continue du début des semailles jusqu'à la fin de la consommation. Cela exige une pensée qui forme des images. De celle-ci se forge un jugement communautaire, qui seul est à la hauteur de la vie économique. Le jugement individuel ne peut pas accomplir cela. Il aboutit nécessairement dans l'impasse de l'égoïsme. C'est seulement dans la formation d'associations, dans la collaboration associative des partenaires économiques, que peut se développer une pensée qui prend les besoins des prochains pour point d'appui. Elle saisit en images les contextes économiques et fait jaillir de manière fluide et vivante un jugement communautaire dont le prix, entre autres, est le produit. Seul ce mode de pensée, qui se consolide et s'anime au contact des faits de la vie économique, est en mesure d'extirper l'égoïsme en apparence invincible, ce cancer de la vie économique.

Le prix de la production primaire agricole se convertit en argent. L'argent est alors, pris en lui-même, plus un objet économique, mais un équivalent de la valeur de la marchandise. L'argent prend un caractère juridique ; il devient un droit de tirage sur la marchandise. C'est un moyen de flux pour faciliter l'échange des marchandises. Mais il doit, comme tel, disparaître le plus rapidement possible dans le processus économique dont il est issu. Il garantit ainsi le flux continu de la production primaire, à l'aune de laquelle toute formation ultérieure de valeur et de prix dans l'ensemble de l'économie doit se mesurer.

Lorsqu'on regarde l'organisme agricole et ses trois corps constituants, celui-ci est comme une semence qui ne germe et ne se déploie pas une seule fois, mais qui, germant et se déployant sans cesse, rayonne au-delà de ses propres frontières dans l'environnement social et y stimule des processus sociaux. Désormais, une telle agriculture, renouvelée à partir de l'idée de l'organisme et de l'individualité, peut redevenir le lieu d'origine de la formation de la valeur dans toute vie économique. Partout, rayonnant depuis des points isolés, elle peut contribuer à démêler les fils emmêlés en écheveau de la vie sociale dans les trois domaines d'une vie de l'esprit, d'une vie juridique et d'une vie économique autonomes, et à les configurer de manière transparente et triarticulée en un organisme social. C'est cet organisme social qui, en retour, aide les forces germinales de la semence de l'organisme agricole, en tant que corps de l'individualité agricole, à se renouveler sans cesse.

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Deuxième partie

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Page blanche

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L'individualité agricole et les trois piliers de la fertilité du sol

Comme mentionné au chapitre «La trimembrement de l'être humain et l'individualité agricole» (page 88 et suiv.), le concept d'«individualité agricole» acquiert son être et sa signification lorsque l'agriculteur entreprend de le saisir sur la base de la connaissance de l'être essentiel de l'homme. Ce que la science de l'esprit anthroposophique dit de la trimembrement de l'être humain selon le corps, l'âme et l'esprit peut être suivi et vérifié dans la propre expérience et la propre connaissance de soi. On peut porter le regard sur l'organisation du corps et trouver que celle-ci constitue le fondement physique et vital de l'activité de l'âme et de l'action de l'esprit. Dans les processus physiologiques de dégradation au niveau des nerfs et des organes des sens, l'âme prend conscience, en état de veille, du contenu de son activité de perception et de pensée ; dans les processus physiologiques de construction, elle déploie, en état de sommeil, son activité volitionnelle ; et, médiant entre ces deux pôles, dans le rythme des battements du cœur et de la respiration, elle accomplit, dans un état de demi-sommeil, l'activité animique du sentir. L'esprit de l'homme, son noyau essentiel de l'être le plus intime, prend racine dans le Je. Dans l'activité du Je, l'esprit irradie à travers ces trois activités de l'âme et les processus corporels qui leur sont associés. Le corps, avec ses organes, ses compositions de substances et ses processus vitaux, est l'organe terrestre de l'âme spirituelle, une image d'elle-même. L'âme spirituelle et les entités spirituelles hiérarchiques supérieures qui lui sont liées[176] vivifient et configurent le corps en un organisme largement fermé. En lui, comme en un microcosme, tout ce qui emplit le macrocosme de manière spirituel-animique est à l'œuvre. Par son âme spirituelle, l'être humain est prédisposé à trouver en lui-même les moyens et les voies par lesquels il peut se connaître lui-même et connaître l'action et l'être essentiels du macrocosme.[177] Ce qui, dans le macrocosme, était encore essentiellement vivant en des temps primordiaux, s'est répandu, au fil de l'évolution, dans le monde, dans la richesse des formes des règnes de la nature. C'est devenu une œuvre accomplie. Dans le Je de l'homme, le commencement originel se perpétue à l'état germinal comme un microcosme. Du Je croît pour l'être humain la force, en se connaissant lui-même, de se développer en une individualité libre.

Ces indications peuvent une fois encore confirmer la légitimité et la profondeur des paroles de Rudolf Steiner : «L'homme est pris pour fondement», lorsqu'il s'agit de pratiquer l'agriculture d'une manière conforme à l'esprit. La

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Les concepts d'individualité et de clôture d'un tout organique (organisme) ne peuvent être dérivés, au sens le plus strict, que de l'être humain. L'être humain, chacun pour soi, est une individualité en vertu de son Je, de son âme spirituelle, qui s'ouvre vers le haut aux règnes du monde spirituel et intègre vers le bas, par son organisation corporelle, les règnes de la nature. L'être humain ne devient compréhensible que lorsqu'on apprend à le considérer, en ce sens, comme citoyen de deux mondes.

Lorsqu'on parle d'une individualité agricole dotée de la plus grande clôture possible, le concept de clôture se rapporte à son organisme corporel, qui se configure, par la force de l'idée et de la volonté de l'être humain, en réceptacle de l'individualité agricole. Cela a été indiqué en détail, sous l'aspect de la quadrimembration, dans le chapitre «La quadrimembration de l'être humain et la clôture de l'organisme du domaine» (p. 97 et suiv.). Mais qu'est-ce qui donne contenu au concept d'«individualité agricole»? Qu'est-ce qui emplit de manière spirituel-essentielle le morceau de terre du domaine? Le contenu résulte, comme il a été décrit, de la coordination savante de tous les éléments culturaux et paysagers du domaine, de façon planaire-horizontale jusqu'à ses limites. Le point central, à partir duquel cet événement est dirigé, naît à nouveau de l'âme spirituelle de l'être humain s'élevant vers la connaissance de l'esprit.

L'accomplissement essentiel est un événement macrocosmique, et en même temps l'un de ceux dans lesquels intervenir — en un sens bon, constructif, ou en un sens mauvais, destructeur — est aujourd'hui et désormais placé dans la liberté de l'être humain. Des états de conscience instinctifs d'époques humaines plus anciennes ont produit des interventions qui ont conduit au développement du sol cultivé, de la plante cultivée et des animaux domestiques (cf. chap. «La civilisation paléo-persane», p. 42 et suiv.). Le sceau que ces réalisations culturelles ont imprimé aux choses et aux êtres de la nature porte déjà un caractère «individualisé», spécifique au site. Celui-ci s'intensifie avec l'éveil du Je — une impulsion du christianisme qui conduisit, au Moyen Âge, à la formation des communautés villageoises avec leur centre et leur périphérie. Aujourd'hui nous nous trouvons dans un tournant fondamental, à savoir le déplacement du centre du dehors vers le dedans. Dans la mesure où l'âme spirituelle s'inscrit, en reconnaissant et en agissant, dans les contextes macrocosmiques et met son faire en accord avec eux, dans cette même mesure l'individualité de l'être humain s'élargit et s'imprime «en accomplissant l'être» à l'ensemble du domaine. Par là se dessine un développement vers le lointain avenir : «Nous devons en général être clairs sur le fait que le territoire agricole, avec ce qui

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qui se trouve sous la surface du sol constitue bel et bien une individualité se perpétuant aussi dans le temps.»[178]

Comme il a été exposé en détail au chapitre «La trimembrement de l'être humain et l'individualité agricole» (p. 88 et suiv.), l'«individualité agricole» est trimembrée comme l'être humain et s'ordonne comme lui verticalement dans l'axe Terre-Soleil, à cette différence près que les fonctions des profondeurs de la terre sont comparables au système neuro-sensoriel de l'être humain, et celles des hauteurs au-dessus de la terre au système métabolique. Le sol forme le milieu entre ces pôles, comparable aux fonctions du diaphragme humain. Le sol s'étend telle une peau horizontalement sur le solide de la terre. En lui se concentre et se compénètre, dans le rythme, l'action des forces des hauteurs et des profondeurs, faisant de lui le fondement originaire de toute vie supérieure sur terre.

C'est sur le membre médian que se concentre en définitive tout le travail en agriculture. L'agriculteur cherche à diriger la coopération de ces forces des hauteurs et des profondeurs et des substances auxquelles elles se rapportent chacune, de telle sorte que le milieu rythmique puisse se développer vers une autonomie toujours plus grande et s'individualiser. Cela concerne avant tout la croissance typique de l'espèce ainsi que la formation du fruit et la qualité nourricière des plantes cultivées. Il s'agit au fond du développement de la «fonction-diaphragme» vers une dynamique autonome progressive, et de faire résonner ensemble, dans le rythme du cours de l'année, les forces des hauteurs et des profondeurs, de telle sorte que l'organe du milieu puisse devenir l'organe central du développement de l'individualité agricole. Celui-ci trouve et trouvera de plus en plus son expression dans la fertilité du sol propre à chaque ferme. En elle, l'action de la nature et l'action de l'être humain se rassemblent en un tout en devenir.

La fertilité du sol ne conserve tout au plus encore sa force d'expression que pour le praticien de l'agriculture écologique. Du langage scientifique, elle a disparu avec la percée de l'industrialisation de l'agriculture depuis les années 60 du XX^e siècle. Elle ne se laisse pas dériver de paramètres quantifiables et n'est donc pas saisissable sur le plan de la méthode scientifique. À sa place s'est installée la notion de rendement du sol, qui dit, selon la mesure, le nombre et le poids, ce que le sol produit comme rendement, mais non comment ce rendement est né, ni par quels moyens. Par le recours arbitraire aux intrants, selon le type et la quantité

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de soi-disant substances nutritives minérales, de pesticides, d'herbicides, de régulateurs de croissance, etc., on obtient d'année en année des rendements maximaux calculables, même sur des sols naturellement peu «doués», c'est-à-dire pauvres. Ce faisant, l'aspect qualitatif de la fertilité du sol — par exemple la valeur propre au lieu ou à l'origine, ou encore la qualité nutritive et physiologique des aliments — est devenu obsolète. La notion de capacité de rendement ne se rapporte plus guère qu'à des questions d'agrotechnologie ; la notion de fertilité du sol, elle, renvoie à la question d'un art de la culture du sol à développer à nouveau. Celui-ci exige, comme indiqué plus haut, d'élargir le regard vers la face essentielle du monde, vers les actions des forces plus intimes dans l'économie de la nature.

En reprenant la déduction des notions d'«organisme agricole» et d'«individualité agricole» (cf. p. 88 sq.), la dimension dans laquelle l'agriculteur travaille réellement — dans quelle réalité de l'être — devient seule pleinement claire. Toutes les mesures relevant de la culture des champs et du jardinage qu'il entreprend s'appliquent au maillon médian de l'«individualité agricole», le sol, dont la fonction, vue à l'échelle macrocosmique, est comparable au diaphragme humain (Figure 5, p. 90). De même que celui-ci, dans sa dynamique rythmique, est en lien avec le battement du cœur et la respiration pulmonaire, de même les processus du sol répondent aux rythmes qui ont leur origine dans les rapports de mouvement de la Terre et du cosmos. De même que le rythme du jour et de la nuit se déploie microcosmiquement dans les états polaires de la veille et du sommeil, le monde des êtres de la nature, qui agit dans le caché, connaît lui aussi des états polaires : d'un côté l'état d'être-lié à la plénitude des formes, comme un sommeil d'été ; de l'autre, dans le dépérissement de ces formes, l'état d'être-libéré et de s'autonomiser, comme un éveil d'hiver. De la même façon, les transitions du printemps signifient un endormissement, et celles de l'automne un réveil. C'est dans ce changement continu du cours de l'année que l'agriculteur intervient, si bien qu'aucune mesure ne ressemble à une autre. Le continuum dans le changement des phénomènes, auquel se réfèrent toutes les mesures culturales, c'est le sol et son éducation vers la fertilité durable.

Selon la nature du don naturel propre au lieu, la fertilité du sol repose sur les trois piliers que sont le travail du sol, l'assolement et la fumure. Le travail du sol dirige, selon les besoins des plantes à cultiver, les processus physiques du sol ; l'assolement contribue à leur vivification ; la fumure les vivifie et les pénètre d'âme. Ces trois piliers porteurs de la production primaire agricole seront examinés ci-après sous des aspects élargis.

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Première colonne :

De la nature du travail du sol en lien avec le développement du sol dans le cours de l'année

Le sol

La science pédologique délimite, dans les zones à climat tempéré, le sol à la couche d'altération parcourue par les racines, qui repose sur la roche du sous-sol. Cette couche d'altération, dans son épaisseur et sa structure, est l'expression d'une part de la nature du matériau géologique de départ et des forces telluriques des profondeurs, d'autre part de la nature de l'action atmosphérique et des forces cosmiques des hauteurs. Un troisième facteur modificateur s'y ajoute : la géomorphologie, la forme du paysage (tectonique, érosion hydrique et éolienne). Du jeu conjugué de cette triplicité de forces et de substances naît, dans la verticale, un profil de sol riche en variantes, qui se tripartit à son tour. Sa zone supérieure, l'horizon A, est fortement influencée par des substances et des forces qui agissent depuis l'atmosphère, le « ventre » de l'individualité agricole. C'est dans cette couche supérieure que se concentrent la vie animale et végétale du sol et, issue d'elle, l'humus comme porteur essentiel de la fertilité du sol. L'humus assure la coloration sombre de cet horizon et une structure grumeleuse riche en pores.

La couche intermédiaire, l'horizon B, est le résultat d'une altération progressive. Elle se compose d'un mélange d'argile, de limon, de sable fin et de sable grossier, qui peut s'unilatéraliser jusqu'aux extrêmes du sol argileux lourd ou du sol sableux léger. Le porteur de fertilité dans cette zone est le rapport de mélange harmonieux des corps minéraux — silice, argile, calcaire — tel qu'il se présente dans le doux sol limoneux.

Sous l'horizon d'altération affleure la roche-mère, l'horizon C. La limite entre les deux est déterminée par le front de dissolution calcaire. Par débasification progressive, celui-ci s'approfondit, à des pas à peine perceptibles, d'année en année.

La base physique du sol est constituée par les quatre éléments classiques : Terre, Eau, Air et Chaleur. Les sols minéraux présentent un volume poral total de 40 à 50 %. Celui-ci se compose d'un système complexe de

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de pores allant des plus fins aux plus grossiers, fissures de retrait, galeries biogènes, etc. Ils se remplissent de peau lors des pluies, d'air lors de la sécheresse et de la percolation. La chaleur, à laquelle la physique depuis le XVIe/XVIIe siècle ne reconnaît plus d'état propre en tant qu'élément (état d'agrégation), pénètre ses trois sœurs, les met en rapport l'une avec l'autre, assure leur passage d'un état élémentaire à un autre, ou, en son absence (le froid), leur séparation et leur maintien dans leur être particulier.

En pédologie, sur la base d'études empiriques du profil, on parle d'un développement du sol qui s'est accompli depuis la fin de la dernière période glaciaire, il y a dix mille à quinze mille ans. D'après l'image phénoménale de différents profils de sol et leur différenciation variée comme conséquence de ce développement à long terme, on distingue un certain nombre de types de sols caractéristiques. Selon l'intensité de l'altération, les transferts verticaux de substances et les horizonations, il s'agit d'une part de types de sols présentant encore des stades de développement juvéniles, comme les sols AC des « Rendzines » sur des sites calcaires en position de versant ou en station sèche. En polarité avec ceux-ci, également à profil AC, se forment les « Rankers » sur des roches silico-acides en position d'érosion. À partir de ces stades juvéniles, on peut d'autre part suivre des types de sols d'âge croissant, comme par exemple, sur des sites riches en calcaire, la série de vieillissement Rendzine –> Sol brun lessivé –> Pseudogley, ou sur du quartz-silice acide la série Ranker –> Sols bruns –> Podzols.

Chaque ferme possède un ou souvent plusieurs de ces types de sols. Leur connaissance dit beaucoup sur la facilité de travail, la capacité de rétention d'eau et les autres facteurs déterminant la croissance, en bref sur leur disposition naturelle. Au-delà de cette connaissance, il importe davantage encore pour l'agriculteur de porter son attention sur le développement du sol qui s'accomplit d'année en année, et de s'y immerger. Participer à le façonner, cela signifie d'abord l'art du travail du sol.

Le cours de l'année s'articule en les saisons de l'hiver, du printemps, de l'été et de l'automne. Durant ces séquences temporelles caractéristiques, le sol traverse un développement inséparablement lié à la vie et à la mort des plantes et de la faune du sol. Par le travail du sol, l'agriculteur et le jardinier cherchent à favoriser ou à entraver, selon les circonstances, les processus de la vie — et de même ceux de la mort. La symptomatique du devenir processuel se précise le mieux à l'exemple de la culture des céréales.

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Le processus hivernal et le travail du sol

En hiver, le monde des apparences se réduit au seul physique. La vie extérieure s'est pour l'essentiel retirée — dans l'état de repos des spores, des graines, des bourgeons, ainsi que dans le cambium et les organes de réserve (tubercules, betteraves). La croissance des feuilles des céréales d'hiver semées en automne s'interrompt. Avec l'arrivée du froid, les feuilles se couchent à plat contre la terre en une rosette étoilée, semblables à un reflet du ciel étoilé.[179] Seules les racines continuent de croître lentement vers la profondeur. La nature se revêt d'un clair et d'un obscur, d'un blanc et d'un noir. Sur le blanc du manteau de neige se détache, par contraste, la sombre ramure des arbres et des arbustes. Le sol prend à partir de novembre une coloration plus sombre qu'en aucune autre saison — conséquence de la saturation de tous ses pores par l'eau. Ce phénomène indique le processus hivernal central : la séparation, pour l'essentiel, des quatre éléments les uns des autres. La chaleur, qui d'ordinaire tout pénètre, se retire et abandonne ses trois sœurs à leur être physique propre. À sa place surgit son contraire : le froid. L'air est pur et limpide, il libère le regard vers les lointains ou vers le ciel étoilé. L'eau cesse de s'évaporer ; elle se fait plus dense, plus lourde, et s'infiltre dans la profondeur. Le terreux-solide se contracte et prend sa nature cristalline rigoureusement géométrique.

Le processus hivernal plonge la terre dans un état d'abandon à elle-même, une sorte d'éveil spirituel. « La terre est donc, en plein cœur de l'hiver, le plus complètement elle-même ; c'est là qu'elle est sa être véritable. »[180] Elle s'émancipe des influences planétaires et s'ouvre aux effets rayonnants du « cosmos le plus lointain », de la sphère des étoiles fixes, que les Grecs appelaient, non sans raison, le ciel de cristal.[181] L'hiver est « le temps où la plus grande force formatrice de cristaux, la plus grande force formatrice, peut se développer pour les substances minérales dans les profondeurs de la terre. C'est là ce qui est propre à l'intérieur de la terre […] sous l'influence de la

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forces venues des espaces du cosmos […] et plus on descend en profondeur, plus elles portent en elles ce désir de devenir, dans l'économie de la nature, d'une pureté cristalline. »[182]

Les forces formatrices de cristaux saisissent dans le froid de l'hiver l'élément de l'eau lui-même. Celle-ci atteint sa densité maximale à +4 °C et commence — en se dilatant à nouveau — à se cristalliser en glace au-dessous de 0 °C. Ce processus s'accomplit à la surface de la terre et des étendues d'eau, ainsi que dans l'humidité de l'air, formant des flocons de cristaux de neige. Par grand froid, des cristaux isolés tombent sous des formes dont aucune ne ressemble à une autre ; et pourtant ils se cristallisent tous, dans leur beauté et leur pureté, selon le même principe hexagonal, en étoiles à six branches.

Ces forces formatrices et cristallisantes, qui rayonnent pendant l'hiver depuis le « cosmos lointain », importent à un triple égard pour le développement du sol au cours de l'année qui suit.

La formation de la maturité du sol par le gel

En raison de l'anomalie de l'eau, qui augmente de volume en se cristallisant et devient ainsi spécifiquement plus légère, il se produit dans les fissures capillaires, les crevasses et les pores saturés d'eau du sol un effet de fracturation. Celui-ci est particulièrement bienfaisant lorsque, après une récolte tardive de plantes sarclées en automne et un sol détrempé, la charrue a laissé une bande de labour comprimée et collante. C'est alors que « Maître Givre » entre en scène, remettant le sol dans un état friable qu'aucun outil entre les mains du paysan ne saurait atteindre. Le gel fracture la masse cohérente du sol en une multitude de petits agrégats anguleux et polygonaux : la « maturité du sol par le gel ». Comme elle se forme par voie purement physique, elle est instable et peut facilement être à nouveau colmatée par de fortes pluies. Mais si le hasard est favorable au paysan et que la maturité par le gel se maintient jusqu'au début du printemps, elle se stabilise par voie biologique et assure — avant même que la semence de printemps soit en terre — ce qu'on appelle la moitié de la récolte.

Tout au long de l'hiver, avec « Maître Givre », c'est la nature elle-même qui prend en charge le travail du sol. La main de l'homme se repose.

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La formation des minéraux argileux et leur renouvellement

L'argile constitue un mélange de divers minéraux argileux ainsi que de produits amorphes finals de l'altération — les hydroxydes de silicium, d'aluminium, de fer, etc. Ces derniers sont de nature colloïdale, informes — un état intermédiaire entre le solide et le liquide, ce même état qui est à la base de tout devenir processuel dans le vivant. La plasticité de l'argile tient à son affinité pour l'eau, à la petitesse en partie submicroscopique des lamelles cristallines des minéraux argileux, à la capacité de gonflement de certains types de minéraux argileux (Montmorillonite et autres) ainsi qu'à la forte capacité d'absorption d'eau des colloïdes du sol. L'eau fait gonfler l'argile. La soustraction d'eau par dessiccation engendre des microfissures de retrait jusqu'à de profondes crevasses dans le sol.

Si la dynamique de l'argile est essentiellement déterminée par l'affinité pour l'eau et les sels qui y sont dissous, c'est l'air et la chaleur qui contribuent à entretenir le balancement rythmique entre la forme (croûte solide) et l'échange processuel de substances. Ce rythme se manifeste de manière particulièrement nette dans la dynamique des enveloppes d'hydratation des particules d'argile. En période de sécheresse (été), elles se contractent et s'approchent dans leur densité du terreux-solide. En période humide (hiver), les enveloppes aqueuses élargissent leur volume. Ainsi l'argile est-elle le porteur du jeu rythmique entre le solide, le liquide, le gazeux et la chaleur — et par là le représentant du corps constituant de la mitte, du « diaphragme », entre le pôle métabolique au-dessus et le pôle céphalique au-dessous de la terre (cf. figure 5, p. 90).

Ce qui forme la structure dans l'argile, ce sont les minéraux argileux ; ils cristallisent en hexagonal sous forme de lamelles d'une minceur extrême, avec une extension de surface inférieure à 0,002 mm. Ils se clivent jusqu'à une telle minceur submicroscopique des faces cristallines qu'on peut désigner celles-ci comme l'idée matérialisée du « plan » — qui, selon les forces formatrices de cristaux du cosmos, édifie matériellement le réseau cristallin en étendant ses plans et se délimite dans la forme hexagonale. Les minéraux argileux doivent la haute dynamique de liaison et de dissolution des substances aux couches intercalaires extensibles, mais surtout précisément à cette double face de leurs surfaces qui, en s'enchaînant les unes aux autres, s'étendent pour ainsi dire à l'infini. L'extension de surface de 1 g de Montmorillonite gonflable atteint par exemple 800 m².[183] Dans ce balancement rythmique entre la forme cristalline et l'

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C'est par leur dynamique que les minéraux argileux font du sol argileux le porteur de fertilité dans le domaine du physique-minéral.

Les différentes espèces de minéraux argileux se forment de trois façons :

  • Par altération physique des micas. Il se forme ainsi, entre autres, des minéraux argileux primaires et, par décomposition chimique ultérieure, des transformations en minéraux argileux secondaires.
  • Par altération chimique de roches magmatiques basiques et de roches métamorphiques naissent des séries de minéraux argileux secondaires allant jusqu'à la désintégration totale des réseaux cristallins, avec formation des hydroxydes colloïdaux amorphes mentionnés.
  • Néoformation de minéraux argileux secondaires par synthèse de la masse colloïdale des hydroxydes de silicium et d'aluminium.

Cette néoformation est un processus de cristallisation originel, un «devenir-terre» à partir de l'état primitif vivant du colloïdal-aqueux, une substance semi-vivante.[184] La masse amorphe des colloïdes du sol se remodèle à nouveau. Les substances s'ordonnent, avec incorporation de bases métalliques, selon la géométrie rigoureuse du réseau cristallin. Les forces qui réalisent cet ordonnancement sont cherchées d'ordinaire dans les propriétés des substances elles-mêmes. Mais comment est-il possible que certains cristaux — le quartz par exemple — présentent un habitus dépendant de la géographie, et que d'autres, comme la pyrite, puissent adopter des modifications tout à fait diverses de leur forme cristalline — à composition substantielle identique ? Les forces qui opèrent cela viennent de l'extérieur du physique-terrestre ; ce sont les forces formatrices extra-spatiales et extra-temporelles issues du cosmos extra-planétaire, déjà évoquées, auxquelles les éléments substantiels singuliers entretiennent, selon leurs propriétés liées à la matière, un rapport chacun spécifique en espace et en temps, pour leur manifestation.

Sur le fait du cosmos comme origine des forces formatrices et formatrices de cristaux, Rudolf Steiner attire l'attention dans les indications citées plus haut. Il décrit leur action comme un événement hivernal — comme quelque chose qui place la terre, jusque dans ses profondeurs, dans un état cristallinement plus pur. Il est naturel de voir un lien entre cette action des forces formatrices et la transformation des minéraux argileux primaires en minéraux argileux secondaires, et plus particulièrement leur néoformation à partir d'états informes des colloïdes du sol. Dans la même direction va l'indication de Willi Laatsch (1905–1997),[185] selon laquelle les réseaux cristallins des minéraux argileux dans le sol, à basse température

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se forment (en hiver) et présentent, par rapport aux roches cristallines primaires, un degré d'ordre moindre de leurs réseaux cristallins.

On peut donc dire en résumé : même du point de vue de la dynamique des processus d'altération dans la nature anorganique — jusqu'aux états colloïdaux amorphes — ainsi que de la dynamique de la formation de nouveaux minéraux argileux silicatés, l'hiver marque le commencement du développement du sol dans le cours de l'année.

En hiver, les sols se renouvellent dans leur constitution physique, en une autoélaboration par les forces hivernales.

Le maintien et la conservation des forces formatrices cosmiques au fil de l'année

Les forces formatrices qui rayonnent en hiver agissent à travers le substantiel de la terre — et d'autant plus fortement que l'hiver est rigoureux. À ces forces formatrices cristallisantes, créatrices de pureté structurelle, la nature physico-minérale — représentée par le silex (quartz, silicates), le calcaire (roches riches en bases) et l'argile — entretient un rapport distinct selon chacune. Le quartz-silex est, dans les zones tempérées et circumpolaires, presque résistant à l'altération. Il repousse la force dissolvante des formes qu'exerce l'eau ; le calcaire, lui, l'attire. Le cristal de roche (silex) est par nature «cristallinement pur» ; le calcaire développe une dynamique propre d'édification et de dissolution ; il apparaît sous des formes multiples, dans l'amplitude allant du calcite cristallisant en pureté rhomboédrique jusqu'au tuf calcaire hydraté. Silex et calcaire forment des pôles opposés dans le sol et dans le monde des roches. Le calcaire a une haute affinité pour l'eau. De même qu'il est «avidement» réceptif aux forces formatrices du ciel étoilé, il l'est aussi aux forces formatrices du périphérie planétaire proche du soleil agissant par l'élément de l'eau — celles qui rayonnent de Mercure, de Vénus, mais surtout de la Lune. Ce dernier point est le cas au printemps, en lien avec la vie qui se déploie. En hiver en revanche, il aspire avidement les forces des étoiles fixes, tandis que le silex cristallinement pur, reposant en lui-même, les réfléchit vers l'extérieur. «Le calcaire revendique tout, le siliceux ne revendique plus rien du tout [...] Le siliceux est le sens extérieur général dans le terrestre, le calcaire est le désir extérieur général dans le terrestre, et l'argile sert d'intermédiaire entre les deux.»[186] L'argile se tient face au

L'argile se tient face au kieseleux plus près que du calcaire. Cela se manifeste dans la structure en couches silicato-cristallines des minéraux argileux. Mais elle possède la capacité, comme en une synthèse supérieure, d'unir entre eux le pôle siliceux et le pôle calcaire. Sa dynamique est double : d'un côté, la surface des particules d'argile est entourée d'une couche d'hydratation, et de l'autre, elle peut absorber de l'eau entre ses couches cristallines. Les substances dissoutes dans l'eau — en particulier les substances basiques — sont alors adsorbées à leur tour par les surfaces limites cristallines, ou peuvent se libérer de cette liaison par échange avec d'autres. Lorsque la science du sol parle d'adsorption ou de capacité d'échange des sols, ces paramètres se réfèrent, outre l'humus, avant tout aux minéraux argileux. À la lumière de ce qui a été dit plus haut, il est naturel que les forces hivernales des étoiles influencent aussi bien le degré d'ordre cristallin des minéraux argileux que celui des substances liées aux surfaces limites et aux surfaces intercouches.

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D'un autre côté, l'argile conserve les forces formatrices que le silex réfléchit vers l'extérieur et que le calcaire veut revendiquer pour lui seul, et les transmet, au fil de la période de croissance, aux racines des plantes. L'argile est, par la médiation des racines et de la pousse qui monte dans l'air et la chaleur, «le promoteur du courant cosmique ascendant».[187]

Cette indication pointe vers le flux salin-hydrogène — Goethe l'appelait la *sève terrestre* —, dirigé dans l'axe de la pousse, dans le xylème, à l'intérieur du cambium périphérique, vers le haut en direction du feuillage. Ce flux, porteur de forces formatrices, est ce qui aide la plante à l'élaboration physique de ses substances — les protéines, les hydrates de carbone structurants, etc. — et ainsi, dans son ensemble, à la forme sensible de son type.

Le physicien et le chimiste délimitent les substances les unes par rapport aux autres selon leurs propriétés. Ces propriétés sont rapportées à un potentiel de forces — électricité, magnétisme, force nucléaire — qui ne caractérise pourtant que le versant physique, terrestre-lié, des substances. Rudolf Steiner a conscience de ce versant dans sa recherche spirituelle, mais il en dégage l'autre — le versant cosmique des substances —, par lequel se révèle seulement leur être agissant dans le physique. La constitution physico-dynamique d'un élément-substance — ou d'une composition de tels éléments, comme l'est un minéral argileux — se révèle être le point de référence, le médiateur et le porteur des forces rayonnant spécifiquement depuis le cosmos : telles les forces formatrices de la sphère des étoiles fixes, ou les forces formatrices éthériques vivifiantes.

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du Soleil et des planètes. Le «vie cosmique» et la «chimisme cosmique»[188] se servent pour ainsi dire des substances et des forces terrestres, telles qu'elles se trouvent dans le sol sous forme de silice, de calcaire et d'argile, pour plastifier hors d'elles-mêmes, dans les formes des plantes, leur image originelle, leur type.

Considérée sous cet angle, la nature cristalline des minéraux argileux — conjuguée aux substances que les forces sous-physiques-terrestres leur ont liées — se trouve exposée, en période hivernale, aux rayonnements de forces de nature sur-physique-cosmique, lesquelles agissent dans l'organique en portant la vie et en lui donnant sa forme. On peut donc comprendre les indications de Rudolf Steiner sur l'argile dans ce sens : l'argile préserve ces forces formatrices et les transmet aux racines lors de la phase de croissance suivante. Elles montent en flux, forment la forme végétale à l'image de son type, et composent les substances dans les fruits en porteurs de qualité nourricière.

Le processus printanier et le travail du sol

Au préprintemps

Longtemps avant que la croissance aérienne ne s'éveille du repos hivernal, quelques jours de soleil réchauffant du préprintemps suffisent — parfois dès février — pour éveiller une vie du sol étonnamment animée. La surface du sol s'est légèrement éclaircie sous l'effet de l'évaporation de l'eau ; l'air et la chaleur pénètrent dans les pores de la couche superficielle ; les quatre éléments recommencent à se compénétrer. C'est le moment où l'agriculteur reprend la direction du développement du sol dans le cours de l'année — et où l'impatience le guette, de trop tôt conduire sur le champ les lourds engins de traction. Pour s'en préserver et se faire une image claire de l'état du sol, il descend de la haute cabine du tracteur, s'agenouille sur la terre, écarte de la main et du bras la couche superficielle du sol — et il découvre avec étonnement combien de mauvaises herbes ont déjà germé et atteint le stade filamenteux, combien de coléoptères s'y affairent déjà, combien de vers annelés, de larves, etc. sont déjà en quête de nourriture — mais surtout, comme la maturité du sol héritée des gelées de l'hiver commence à se stabiliser, par l'activité microbienne, en une structure grumeleuse. Le processus de la «consolidation vivante»[189] est en cours.

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Les bactéries, reliées entre elles par les substances mucilagineuses de leurs enveloppes cellulaires, forment des ponts entre les particules du sol. Des cavités plus petites et plus grandes se constituent, le volume poreux s'accroît, les échanges d'air et de chaleur au rythme du jour et de la nuit s'intensifient, et le sol devient capable d'absorber les averses soudaines et violentes. À y regarder de plus près cependant, les creux des sillons rugueux sont encore sombres, saturés d'eau ; ou bien, lorsque le labour d'automne a été aplani par le rouleau arrière de la charrue, le sous-sol se révèle trop sensible à la compression. Un travail du sol intempestif, le plus souvent prématuré, laisse dans les traces du tracteur des dégâts de compaction irréversibles : le développement du sol stagne pour le reste de l'année. Il en va autrement avec le travail au cheval. Les traces ponctuelles des sabots se résorbent bientôt par l'activité microbienne.

La maxime au préprintemps est : «Sortir aux champs le plus tôt possible.» C'est ce qui rend intelligible l'impatience mentionnée. Il s'agit d'aplanir la parcelle, de favoriser l'émiettement par l'échauffement et l'aération du sol, et de créer un premier lit de germination pour les mauvaises herbes. C'est à cette fin que sert le premier façonnage de l'année, le hersage à plat. Il est devenu superflu dans la culture chimio-technique par le recours aux herbicides. Pour des raisons de coûts et en raison du poids élevé des tracteurs, les interventions de préparation du lit de semences sont directement combinées avec le semis. En agriculture biodynamique, dans la mesure où les conditions météorologiques le permettent et partout où cela est possible, le hersage à plat et un ou deux passages d'étrille devraient précéder le semis, afin de déraciner et de laisser dessécher les mauvaises herbes qui se trouvent encore au stade délicat de la plantule. Simultanément, l'émiettement et les transformations de matières sont stimulés, la remontée capillaire de l'eau est interrompue — et ainsi l'humidité hivernale est retenue dans le sol.

Outre la préparation du lit de semences pour les céréales de printemps, la culture d'hiver requiert elle aussi des soins du sol ; soit par le brisement de la croûte superficielle à l'aide de la herse légère ou de l'étrille, soit par le roulage des plantes, afin que le système racinaire retrouve son contact avec le sol après des gels alternants.

Au printemps

Les processus printaniers qui s'installent maintenant seront illustrés à travers l'exemple des céréales de printemps. Après les travaux préparatoires du préprintemps vient le semis. La graine est déposée à quelques centimètres de profondeur dans l'obscurité de la terre, sur le fond légèrement compacté par le soc semeur. Cela facilite

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la gonflement de la graine par la remontée capillaire de l'eau ; sur les côtés et par le dessus, la semence est entourée d'air et de chaleur dans le revêtement de terre finement émiettée. La germination de la graine est un processus qui ne présuppose pas la présence de l'élément du terreux-solide, la terre, mais bien les éléments chaleur, air et eau. Cela témoigne déjà du fait que la croissance de la plante germinale renvoie à un état évolutif où la terre n'était pas encore terre, où la plante était encore une créature née de l'eau. Cet état se répète au commencement de son devenir en plante terrestre. Ce principe de répétition d'états antérieurs, Ernst Haeckel (1834–1919) le formule en 1866, comme résultat de ses études sur le développement embryonnaire chez la plante, l'animal et l'homme, sous la forme de la « loi biogénétique fondamentale », qui stipule : « L'ontogenèse est une répétition de la phylogenèse »[190], ou encore : « Le développement individuel est la répétition du développement phylétique. » Rudolf Steiner ne limite pas cette intuition au seul devenir de la Terre et de ses règnes de la nature, mais l'élargit à trois états planétaires qui ont précédé le devenir terrestre. Ils sont décrits comme l'« Ancien Saturne » (avec lequel naquit l'élément de la chaleur pure), l'« Ancienne Sonne » (avec la condensation d'une partie de la chaleur en élément de l'air) et l'« Ancien Lune » (avec la condensation d'une partie de l'air en élément de l'eau). C'est seulement lors d'un quatrième état planétaire qu'apparut l'élément du terreux-solide.[191] Au troisième stade de l'évolution, l'« Ancien Lune », le végétal vivait, se formant à partir de l'eau, comme une masse vivante encore peu différenciée. Au commencement du devenir terrestre se répète, à un stade supérieur et dans son ensemble, l'état de l'Ancien Lune, de même que les deux stades évolutifs qui l'avaient précédé. Tandis que le monde végétal se différencie pour devenir « né de la Terre », tandis que s'incorpore dans la racine, la feuille, la tige et la fleur l'élément du terreux, la plantule délicate et aqueuse se tient au commencement du « développement individuel » de la plante, en répétition du temps de l'Ancien Lune.

Les céréales appartiennent aux graminées et, en tant que telles, aux monocotylédones. Les graines se divisent en plantule (embryon) et en corps farineux (endosperme). Les deux sont séparés par l'unique cotylédon, le scutellum. Lors de la germination, le cotylédon ne monte pas vers la lumière, comme c'est la règle chez les dicotylédones, et ne verdit pas comme eux, mais il reste fixé dans le sol, attaché à l'enveloppe de la graine. Ce qui apparaît, c'est déjà la première feuille qui pointe. La plante germinale est la configuration de ce qui, à

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déjà visible à l'état embryonnaire dans ses organes.[192] Dans l'embryon se révèle « le cosmique [archétype spirituel ; ajout de l'auteur], qui vit comme forme de la plante dans la graine ».[193] Le tissu nourricier du corps farineux, qui remplit pour l'essentiel le volume de la graine, provient de la plante mère et est constitué en nature et en quantité de telle sorte que la plante ne peut se développer — en répétition de l'état lunaire vivant-aqueux — que jusqu'à la plantule, non au-delà, non jusqu'à la plante céréalière haute différenciée, terrienne. Pour cela, deux choses sont requises : le verdissement de la tige montante et des feuilles sous la lumière du soleil agissant à présent, et la soudure de la racine avec la terre. Comme c'est généralement le cas chez les plantes supérieures, et chez les céréales aussi, l'embryon montre en coupe longitudinale une forme triarticulée préfigurée dans son organisation : le pôle racinaire, le pôle de la pousse avec le point végétatif, et, formant la mitte, le nœud germinal, qui porte en lui la force de redressement.

Avec le gonflement de la graine, et lorsque le sol s'est suffisamment réchauffé, des processus de dégradation s'amorcent dans le tissu nourricier. Ce qui commence en premier, c'est la croissance des racines germinales — trois chez le blé, quatre chez l'avoine. Celles-ci, au stade de la plantule, sont encore dépourvues de poils absorbants ; ce sont des invaginations de cellules de la rhizoderme. C'est pourquoi les mauvaises herbes sont les plus faciles à déraciner à la herse et à l'étrille quand on ne les voit pas encore. Ce n'est qu'avec le verdissement des premières feuilles, et donc la stimulation du métabolisme propre à la plante, que les racines germinales entrent par leurs poils absorbants en relation étroite avec la terre. Les voies conductrices du Phloem (assimilats) et du Xylem (eau, sels) se mettent en place. Les poils absorbants — serrés à présent jusqu'à 100 par mm de longueur racinaire[194] — soudés aux particules d'argile et d'humus, occupent dans le stade juvénile, à quelque distance de la pointe racinaire, d'abord toute la longueur des racines germinales. Si l'on arrache avec précaution du sol un plant d'avoine ou, en automne, un plant de seigle au stade une-feuille, des mottes de terre adhèrent à la racine comme des boudins. Ce n'est qu'avec leurs racines s'enfonçant verticalement dans les profondeurs de la terre, se ramifiant, et avec la pousse s'élevant verticalement vers le soleil, que la plante quitte son stade germinal aqueux-lunaire et devient le reflet de la relation entre la terre et le cosmos agissant à présent.

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Le germe croît à partir de substances terrestres et de forces cosmiques que la plante-mère a transmises à la graine dans le corps farineux. Cette source s'épuise avec l'achèvement de la plante germinale. Quelle source doit à présent être nouvellement ouverte ? Quel tissu nourricier prend la place de celui qui a été consommé ? Il doit être, comme celui-ci, un produit de processus vitaux passés. C'est l'humus, qui naît de la transformation de tout ce que les plantes ont laissé comme résidus, à l'exception de ce qui est entré dans la formation de la graine. Mais comment la plante germinale parvenue à maturité peut-elle s'ouvrir cette nouvelle source de nourriture — qu'il s'agisse d'humus nutritif ou d'humus stable arrivé à pleine maturité ? C'est ici qu'entre en jeu, d'abord, la formation des racines fibreuses ou coronaires. Elles poussent au printemps depuis les un à deux nœuds inférieurs et se multiplient avec le tallage progressif. Par rapport aux racines germinales primaires, les racines fibreuses sont des formations secondaires. Elles croissent à faible profondeur et forment une couronne racinaire qui traverse la couche arable en ses ramifications les plus fines. L'ouverture proprement dite de l'humus s'accomplit toutefois par les poils absorbants mentionnés, dont la présence sur les racines germinales et fibreuses agrandit la surface racinaire dans une proportion considérable. Par les poils absorbants, la plante qui s'élance établit une liaison directe avec la terre environnante.

Les poils absorbants excrètent une partie des assimilats formés dans les feuilles — sucres, substances mucilagineuses de type protéique, ferments, acides organiques —, qui sont acheminés vers le bas jusqu'aux racines par le flux périphérique du Phloem. En sens inverse, ils absorbent les sels minéraux et l'eau, laquelle, chargée de ses substances, est conduite à contre-courant de la pesanteur, par le tissu conducteur du Xylem, jusqu'aux organes assimilateurs de la pousse aérienne.

Avec ses excrétions racinaires, la plante semble être un seau sans fond — une perte inutile ? C'est le contraire qui est vrai. Au printemps, elle étend son organisation vitale dans l'espace du sol qu'elle a pénétré de ses racines et prend en main la direction de l'armée innombrable des microbes. Les excrétions racinaires réfutent la conception unilatérale selon laquelle le sol nourrit les plantes et celles-ci ne seraient que des réceptrices passives. Au printemps, c'est à l'inverse la plante qui, dans une mesure considérable et par sa propre initiative, nourrit le sol et déclenche en lui des processus par lesquels elle s'approprie la fertilité du sol. C'est un événement aussi subtil qu'immensément complexe, dominé par le corps vital des plantes, selon les besoins de leurs états de croissance en progression.

Les excrétions racinaires nourrissent, activent et régissent l'activité des microbes, édifient dans la zone racinaire, selon l'espèce de la plante hôte, une

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Abbildung 12: Winter- und Frühjahrsprozesse im Boden. Die Hautbearbeitung im Frühjahr.

un certain nombre de communautés de vie spécifiques (symbioses) avec des bactéries et des champignons, et accroissent par des substances actives le taux de multiplication des bactéries dans l'espace du sol proche des racines, la rhizosphère, jusqu'à cinquante ou cent fois.[195] Les excrétions acides (acide carbonique, acide malique) contribuent en outre à l'ouverture des minéraux.

Conduit par l'organisation vitale de la plante qui s'étend dans la rhizosphère, le véritable processus printanier s'enclenche : la dégradation microbienne de l'humus jusqu'à la minéralisation complète (figure 12).

La vie conservée dans la composition substantielle de l'humus mûr se convertit maintenant en la vie des organismes hétérotrophes dans l'obscurité de la terre — l'innombrable multitude de bactéries, protozoaires et champignons qui, comparables à la digestion intestinale, se décomposent à leur tour dans leur mort en leurs constituants matériels, lesquels passent alors en solution dans l'eau du sol sous forme de sels. C'est la croissance végétative du peuplement végétal au printemps qui dirige le processus de la « digestion de la fertilité du sol » et, par là, la juste mesure des sels minéraux libérés, avant tout l'azote. Ces derniers sont adsorbés par les poils absorbants simultanément à l'excrétion des assimilats, et en sens inverse d'elle.

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Si l'hiver avait pour dominante un événement purement physique — la séparation des éléments, un dépérissement de la vie organique extérieure, accompagné de processus de condensation et de cristallisation —, le printemps est, lui, celui d'un déploiement de vie le plus grand, le plus extérieur, sous et au-dessus du sol. Mais ce devenir tourné vers l'avenir consomme la fertilité du sol. Cette consommation procède de la dégradation du porteur de la vie passée : l'humus. De même que l'endosperme appartient à la graine et s'éteint dans la formation de la plante germinale en germant, le tissu nourricier de l'humus est le sol germinatif à partir duquel, sous les forces qui rayonnent du cosmos, la vie actuelle de la plante peut se configurer terrestrement jusqu'à la formation du fruit.

Ainsi les semailles en croissance au printemps peuvent-elles accomplir cette transformation de la vie éteinte en une vie nouvelle d'autant plus activement que le sol est fertile et que soleil et pluie, aération et réchauffement du sol alternent davantage.

Krustenbildung und Hautbearbeitung

Sous les influences exogènes du pôle métabolique au-dessus de la terre, la dynamique des processus du sol au printemps est soumise à de fortes variations qui appellent l'agriculteur à une observation précise, une pensée attentive et une action prompte. En ce qui concerne le travail du sol, il s'agit maintenant, outre la prévention opportune de la pousse des mauvaises herbes, de compenser les unilatéralisations liées aux conditions météorologiques en faveur de la cohésion entre sol et plante. Il s'agit de briser la croûte. La formation de croûte survient après chaque pluie un peu forte ; elle doit être brisée de nouveau à chaque fois, jusqu'à la montaison des céréales. Ce travail de la peau du sol caractéristique du printemps, cette « Hautbearbeitung » ritzante avec herse, herse étrille, houe, doit se faire aussi efficacement que possible : chaque formation de croûte ferme le sol, elle diminue ou empêche même la respiration du sol, l'absorption d'oxygène — essentielle à la vie du sol aérobie, végétale et animale — ainsi que le dégagement d'acide carbonique, en partie excrété par les racines des plantes, en partie libéré par la dégradation microbienne de l'humus. La formation de croûte signifie accumulation d'acide carbonique dans le sol. Celle-ci agit comme un poison qui inhibe le subtil jeu d'échanges entre les excrétions racinaires et l'activité des microbes, et donc la dynamique de la dégradation de l'humus. Le travail de la peau du sol signifie donc d'un côté une dégradation active de la fertilité du sol — on peut parfois observer comment un champ ensemencé de céréales de printemps

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présentant une pousse plus vigoureuse sur la partie striglée en temps opportun que sur la partie laissée sans travail —, d'un autre côté le strieglage aide à ce que le dioxyde de carbone, plus lourd que l'air, puisse s'échapper par les pores ouverts, surtout lorsque le vent balaie le champ et l'aspire hors du sol par effet de succion. Il s'accumule dans la couche d'air proche du sol, là précisément où il est absorbé par les feuilles et devient le charpentier de la forme végétale.

Chez les céréales, la montaison met fin au travail de la peau du sol. Pour les plantes sarclées et les cultures maraîchères, il se prolonge jusqu'au début de l'été. Elles exigent, comme les pommes de terre par exemple, un travail continu de herse étrille, buttage et binage, jusqu'à la fermeture des rangs. Une intervention profonde dans le sol au printemps — avec fraise, cultivateur ou même charrue — doit être mûrement réfléchie et pesée au regard de ses conséquences. Elle signifie en règle générale d'abord une perte turbulente de fertilité du sol, que les plantes fraîchement semées ne peuvent ni maîtriser ni mettre à profit. La nécessité d'une telle intervention plus profonde existe en grandes cultures après une culture intermédiaire d'hiver, des dégâts d'hivernage et une lutte contrainte contre le chiendent. La conséquence de cette intervention plus profonde et intempestive signifie appauvrissement en humus et perte de l'humidité hivernale, qui entraîne souvent la nécessité de l'irrigation. En horticulture, la situation est à cet égard particulière. En raison de la succession des cultures, le sol doit être travaillé plus profondément indépendamment de la saison pour la nouvelle semaille et, en raison du développement rapide des cultures dont le fruit est dans le végétatif, être maintenu tout au long de l'année dans un état plus printanier. Un taux de rotation de l'humus plus élevé en est donc inévitablement la conséquence.

Le processus estival et le travail du sol

Déchaumage, travail en mulch, construction de l'humus et activité de la faune du sol

Lors de la floraison des céréales, vers la mi-juin, la formation des racines et avec elle la maturité du sol atteignent leur apogée. Jusque-là, le sol est encore élastique sous les pieds. Après la floraison, les premières racines dépérissent, de même que, peu à peu, les premières feuilles de bas en haut. Les rayons du soleil pénètrent jusqu'au sol, et plus la maturité approche, plus le sol devient dur et sec. C'est le moment où les plantes sarclées

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ferment leurs rangs ; sous l'ombrage du feuillage, l'humidité du sol se maintient, et avec elle la vitalité de la maturité du sol.

Même si les précipitations atteignent en été un maximum annuel en raison des pluies intenses des orages, elles s'évaporent le plus souvent aussi rapidement, ou se perdent selon l'état structural des sols par ruissellement de surface. C'est là en règle générale le cas sous les couverts de maïs, déjà sur des versants faiblement inclinés. Si nous avions en hiver saturation en eau et fraîcheur dans les sols, en été les pores sont emplis d'air et de chaleur. Avec l'installation de la sécheresse, l'activité de décomposition des microbes dans le sol se réduit. C'est alors la faune du sol qui domine la scène. Si l'hiver était dominé de manière processuelle par le physique, le printemps par l'éthérique-vivant, l'été l'est par l'animique-astral. Par l'activité des animaux du sol vivant dans l'air et la chaleur, des processus d'intériorisation, d'astralisierung, ont lieu. Si au printemps avançant les animaux du sol participaient essentiellement à l'édification d'une maturité du sol à gros pores — par leur activité de fouissement et de creusement et les dépôts de leurs déjections — et de leur réseau de galeries, leur fonction se modifie graduellement de l'été vers l'automne. Ils trouvent maintenant en abondance leur nourriture dans la matière organique mourante, principalement dans la couche arable vivifiée parcourue de racines, et veillent à ce que cet humus nutritif, dans son passage par le tube digestif, soit transformé en formes d'humus stables. Ce qui a été dégradé en humus au printemps au bénéfice de la croissance végétative des plantes se reconstitue par l'activité édificatrice d'humus de la faune du sol, principalement à partir du cœur de l'été (Figure 13, p. 222). Ce processus d'édification de l'humus se déroule dans le temps de manière polaire à celui de la cristallisation pendant l'hiver, et s'accomplit dans l'obscurité de la terre. Par conséquent, tous les résidus végétaux du mouvement ascendant du cours de l'année doivent être incorporés au sol dans le mouvement descendant. Cela se fait par un passage de travail qui mélange dans la couche de maturité du sol les résidus organiques au-dessus du sol — chaumes, résidus de paille et de battage, mauvaises herbes. Ce « travail de mulch » intervient plus profondément que le travail de la peau du sol au printemps, mais idéalement pas plus profondément que ne s'étend la couche de maturité préfigurée depuis le printemps (env. 8–10 cm). Lorsque celle-ci est pleinement mûre, elle laisse après le travail une couche finement émiettée qui interrompt la remontée capillaire de l'eau, protège ainsi de l'évaporation ultérieure, absorbe les pluies intenses et crée un lit de germination pour les céréales tombées et les graines de mauvaises herbes (Figure 13, p. 222).

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Abbildung 13: Sommer- und Herbstprozesse im Boden und deren Lenkung durch Mulch- und Tiefenbearbeitung.

Le travail de mulch soutient le processus estival d'édification de l'humus en ce qu'il permet à la faune du sol, malgré le fort ensoleillement, la chaleur et la sécheresse dominante, de trouver des conditions de vie appropriées. Le déchaumage après la récolte des céréales et l'activité du ver de terre serviront à illustrer cela. Une fois la paille évacuée, le chaume doit être immédiatement déchaîné (retourné). Aux temps précédant l'apparition de la moissonneuse-batteuse (1950-60), la céréale était récoltée à la maturité jaune en gerbes, disposée en moyettes pour achever sa maturation et son séchage, rentrée en grange (mise en réserve) et, en règle générale, battue en hiver. L'avantage de cette méthode de récolte tenait à ce qui suit :

  • Un déchaumage avancé d'environ 14 jours par rapport à la maturité complète nécessaire pour la moissonneuse-batteuse.
  • Maintien de la maturité du sol.
  • Protection contre le dessèchement et, dans le cas idéal, un semis avancé de culture intermédiaire.
  • Collecte séparée des balles. Avec des additifs d'herbes, elles constituent un diététique approprié pour le cheptel laitier en alimentation hivernale.
  • Les graines de mauvaises herbes non tombées quittent le champ avec la paille et peuvent être utilisées dans la « combustion des graines », un procédé
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que Rudolf Steiner[196] recommande pour entraver la multiplication des mauvaises herbes.

  • La perte à la récolte était certes un peu plus élevée, mais profitait à la faune sauvage, avant tout au monde des oiseaux.

Le grand art du déchaumage estival avec attelage de chevaux consistait en ce que la charrue déchaîneuse suivait directement la faucheuse-lieuse, de sorte que les gerbes tombaient déjà sur le chaume retourné. La moissonneuse-batteuse, méthode de récolte technologiquement la plus élégante et la plus efficace, a vite emporté la victoire. Cette victoire s'est faite aux dépens d'une préparation du sol avancée et ménageant la maturité, et a modifié fondamentalement le déroulement de l'exploitation.

Le travail de mulch détruit certes la maturité estivale acquise ; il mélange cependant les résidus de chaumes et de mauvaises herbes à la masse racinaire du sol qui s'émiette librement. La faune du sol y trouve, au premier rang les vers de terre, les conditions idéales dont elle a besoin pour déployer son activité. Ce sont :

  • une offre alimentaire finement répartie issue de résidus végétaux morts,
  • une couche meuble s'émiettant finement, à travers laquelle les vers de terre peuvent se frayer un chemin en tous sens dans le sol,
  • une aération intensive du sol et, partant, un approvisionnement en oxygène,
  • l'obscurité pour les animaux du sol fuiyant la lumière,
  • une humidité suffisante : l'eau remontant par capillarité depuis le sous-sol non travaillé s'évapore à la limite inférieure de la couche de mulch et s'y dépose lors du refroidissement nocturne sous forme de rosée.

Lorsque ces conditions sont assurées, les vers de terre (*Lumbricidae*) sont attirés depuis les zones profondes du sol par leurs galeries jusque dans la couche de mulch, où leur bénéfique activité digestive transforme l'humus nutritif en humus stable. S'il s'agissait au printemps d'une sorte d'éversion, d'une extériorisation de la vie de la racine et de sa fusion avec la terre, formant des symbioses exogènes, il s'agit dans le corps du ver de terre, entre autres, d'une invagination de la vie, un processus d'intériorisation. Dans le premier cas, l'humus est dégradé, c'est-à-dire que la vie en lui préservée est convertie par une activité bactérienne-symbiotique au profit de la croissance végétative. Dans le cas de l'invagination, la vie présente est recueillie par symbiose endogène sous la conduite de

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l'organisation animique ou astrale dans la vie conservatrice des complexes argilo-humiques en voie de formation — un processus qui se déroule principalement à l'été-automne. Cette néoformation de substance dans l'économie de la nature invite aux questions suivantes : Les vers de terre sont-ils capables, dans leur tube digestif, de traiter d'une manière encore plus terrestre ces forces formatrices qui rayonnent depuis le «cosmos le plus lointain» à travers la silice, le calcaire et l'argile, que ne le font les plantes en se formant dans leur forme ? Sont-ce ces forces formatrices qui unissent en une unité supérieure — le complexe argilo-humique — les substances terrestres polaires l'une de l'autre, l'argile cristalline et les résidus de l'Universel-Végétal ? Et est-ce cette union de substances minérales et végétales par l'activité animée des vers de terre qui crée ce qu'on désigne communément sous le nom de terre mère ? Cette aptitude particulière du ver de terre vaut certes, à des degrés divers, pour d'autres espèces de vers et pour les animaux qui vivent dans le sol à l'état larvaire (Figure 13, p. 222).

Fruchtbildung und Reifung

Dès le début de l'été, le processus de croissance végétative se déplace vers le développement, le remplissage en substance et la mise en forme des fruits. Au début, ceux-ci sont encore verts et assimilent à la lumière du soleil. Le fruit augmente en volume. Les assimilats qui, jusqu'à la floraison, servaient pour partie à la croissance végétative, pour partie à l'alimentation de la vie du sol par l'intermédiaire de la racine, s'accumulent dans le fruit qui se gonfle à plein. Le processus de maturation s'accomplit à la fois comme un processus d'action intérieure et comme un processus d'action extérieure.

L'action extérieure se révèle dans le passage du vert à l'éclat de couleurs semblable à une floraison, puis dans les parfums qui se répandent et dans l'enduit nacré en forme de rosée qui semble comme soufflé de l'extérieur. Ce sont là des manifestations de l'action du rayonnement solaire actuel, et des rayonnements des planètes supra-solaires qui lui sont entrelacées. Ainsi Mars produit la coloration rouge, Jupiter la blanche et la jaune, et Saturne la bleue.[197] En quelque organe de la plante que le flux de sève s'accumule pour la fructification nourricière — la croissance végétative s'interrompant ainsi ou parvenant tout à fait à son terme —, l'impulsion de floraison agit de haut en bas, l'action directe du soleil soutenue par les planètes les plus éloignées du soleil. La coloration extérieure du fruit se prolonge, au fil de la maturation, dans des

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Les tons de couleur se prolongent vers l'intérieur. Ce que la plante, en tant qu'être purement vivant, ne fait qu'envelopper de l'extérieur — cette action supérieure de l'animique-astral qui l'effleure à peine —, cela pénètre plus profondément dans le fruit qui mûrit. L'action curative des plantes médicinales repose précisément sur ce processus, et chez certaines plantes sauvages d'une nature particulière, comme la belladone, *Atropa belladonna*, il peut aller jusqu'à la formation d'un poison mortel. Pour les plantes nourricières, les hommes des temps anciens de la culture végétale, avant le troisième millénaire avant notre ère, ont réussi à ennoblir ce processus d'astralisation pénétrant plus avant dans la vie de la plante, le convertissant en qualité nourricière.

Dans la formation d'humus à partir de la multiplicité des résidus organiques colorés et formés, s'accomplit également une maturation vers une sorte de fruit organique-minéral : le complexe argilo-humique déjà mentionné. Ce «fruit» est noir de part en part — image de ce qui, dans les temps paléo-persans, était opposé comme «ténèbres» (le pôle terrestre) à la «lumière» (le pôle cosmique). Dans l'humus réside le tout-végétal-universel devenu entièrement «terre» : l'humus «est le produit final du terreux avec le terreux».[198] «La roche cosmique, le siliceux, recueille la lumière dans la terre et l'amène à agir dans le terrestre» — l'humus, lui, ne le fait pas. C'est une «action sans lumière» qu'il «engendre».[199] Cette indication renvoie entre autres à la décomposition et reconstruction de l'humus qui s'accomplit dans l'obscurité du sol, par la vie hétérotrophe bactérienne-végétale.

La plante croît, avec racine, tige, feuille et fleur jusqu'à la formation du fruit et à la maturité de la graine, principalement à partir de la «vie commune immédiate» avec les éléments classiques «Terre et Eau».[200] Ceux-ci lui confèrent une sorte d'action intérieure qui se manifeste dans la «sève de la terre» (*Xylem*) montant selon l'axe Terre–Soleil. En elle montent, recueillis par l'organisation éthérique de la plante, les substances dissoutes de la terre et les «forces formatrices» de la sphère des étoiles fixes, et ils s'unissent aux forces de chaleur et de lumière du soleil et des planètes, formant les compositions de substances propres à chaque espèce végétale — protéines, hydrates de carbone, graisses, huiles, arômes, vitamines, etc. C'est un processus vivant orienté vers une totalité, gouverné par de nombreuses enzymes. Ces entités de forces mènent, sur le chemin vers la pleine maturité, à la formation de compositions de substances toujours nouvelles, se structurant de stade en stade avec une complexité croissante. L'immaturité d'un fruit se reconnaît au fait que l'activité enzymatique n'est pas encore

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achevée et que des composés organiques continuent à se former, caractéristiques d'un stade de développement déterminé dans le processus de maturation. Ainsi trouve-t-on dans les fruits de marché qui paraissent extérieurement mûrs de nombreux groupes de substances indiquant une immaturité physiologique, comme par exemple l'acide déshydroascorbique (un précurseur physiologique de l'acide ascorbique, la vitamine C) ou des précurseurs de faible poids moléculaire à la formation de protéines (tels que nitrates, acides aminés libres, amides, etc.).[201][202]

À y regarder de plus près, le phénomène de l'immaturité physiologique apparaît dans la production de masse actuelle de manière quasi générale pour tous les groupes de substances. Ce n'est que lorsque les processus physiologiques entrent en repos, que l'activité enzymatique cesse donc, que le stade de la pleine maturité est atteint — et avec lui l'optimum nutritionnel-physiologique de la formation de la qualité. C'est seulement dans la pleine maturité physiologique que nous consommons un fruit nourrissant dans lequel l'«action extérieure» cosmique-terrestre et l'«action intérieure» cosmique-terrestre entrent dans une synthèse parfaite. Cette perfection n'est en règle générale pas atteinte. L'«action extérieure» feint une pleine maturité, tandis que l'activité de l'«action intérieure» ne trouve pas de fin. Ce métabolisme ainsi dérangé conduit à une conservation insuffisante[203] et donne lieu à la crainte de devoir y voir une cause essentielle de maladies chroniques. Les raisons d'une dégradation progressive de la valeur nutritive sont :

  • Disponibilité mondiale : récolte en état d'immaturité, réfrigération sur les voies de transport à l'échelle mondiale — puis maturation artificielle induite, par exemple les bananes.
  • Fertilisation azotée (cf. chap. Fumure) : métabolisme des plantes fondamentalement perturbé ou hypertrophié. Elles veulent toujours continuer à croître.
  • Monoculture : elle est rendue possible par toutes sortes de génie génétique (OGM), une intervention arbitraire dans le génome, l'ombre physique que projette l'archétype des plantes, ainsi que par l'emploi à grande échelle de pesticides, d'herbicides et d'autres régulateurs de croissance hostiles à la vie.

La formation conceptuelle relative à la question de la qualité alimentaire repose sur une conception matérialiste de la vie. Outre la génétique, elle en est restée dans l'ensemble à l'analyse quantitative des substances et a conduit au concept d'«équivalence substantielle» qui n'existe pas dans le vivant. Un «plus ou moins» d'un groupe de substances ne dit au mieux encore que

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quelque chose, uniquement quand on prend aussi en compte le facteur temps. À cette fin, les stades de maturation doivent être suivis analytiquement. Si dans le produit arrivé à pleine maturité on trouve des groupes de substances qui sont indicateurs de stades d'immaturité, le résultat doit être évalué négativement. Par cette voie, l'analyse quantitative peut elle aussi contribuer à un jugement de qualité. Cela exige toutefois un effort analytique considérable et fait éclater le cadre des coûts des examens de routine.

Les «méthodes d'image créatrices»[204][205][206] comme la cristallisation au chlorure de cuivre, l'image capillaire dynamique et le chromatogramme sur filtre circulaire permettent un élargissement essentiel de la formation du jugement concernant la pleine maturité et la qualité alimentaire. La vérité sur la valeur d'un produit alimentaire est la plus proche du jugement de celui par l'esprit, le cœur et les mains de qui il naît. Esprit doit vouloir dire : l'effort constant vers la connaissance de ce qui dans le cosmos et la terre est et vit, et qui, dans ce vaste champ de tension, se forme en forces et en substances comme image physique de l'archétype spirituel.

Les outils pour le travail de mulch estival

Si au printemps c'étaient les outils qui brisent la croûte comme l'étrille, la herse et la houe, ceux de la post-récolte en été sont ceux qui doivent ameublir superficiellement la couche arable vivifiée et la mélanger aux restes de plantes. Selon l'épaisseur de la couche friable de maturité du sol, la profondeur de travail du sol est de 8 à 12 cm (Figure 13, p. 222). La multiplicité des outils témoigne qu'apparemment aucun ne répond pleinement à toutes les exigences souhaitées du mulch. L'outil classique du travail des chaumes était et pourrait encore l'être de par sa fonction : la charrue déchaîneuse — tranchant à fond sur toute sa semelle, retournant peu profond et coupant étroit, elle a dans le défoncement par cisaillement et le dépôt émiettant-secouant un bon effet de mélange de la maturité du sol. Avec les grandes largeurs de travail aujourd'hui exigées des charrues déchaîneuses et les traces de pression des moissonneuses-batteuses atteignant la plupart du temps le fond de la couche de maturité, un travail de déchaînage propre est à peine

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encore praticable. À la place de la charrue déchaîneuse apparut brièvement dans les années 50/60 du XX^e siècle la fraiseuse. Elle devait être la grande bienfaitrice. Un arbre garni de couteaux à hacher tourne, entraîné par la prise de force, frappe dans le sol, le soulève en tous sens et le redépose admirablement mélangé. Les effets secondaires négatifs graves — formation de semelle de glissement, obstruction des galeries de vers de terre, hachage des vers de terre, perte de maturité du sol par colmatage sous fortes pluies, usure et dépense d'énergie élevées — provoquèrent (sauf en horticulture) sa rapide disparition. D'autres appareils entraînés par prise de force, pourvus par exemple de socs d'ameublissement en avant, ne connurent eux aussi qu'un succès limité. Les procédés courants forment aujourd'hui une variation multiple d'outils de déchaumage ameublissants, avec un effet de mélange le plus souvent modéré. Ce qui se rapproche le plus de la charrue déchaîneuse est la déchaumeuse à disques, avec une profondeur de travail d'environ 5 cm. Elle a l'inconvénient de couper et de disperser les rhizomes du chiendent, contribuant ainsi à sa multiplication. À cet inconvénient le cultivateur à dents nombreuses et étroites remédie en déchirant les rhizomes et en les soulevant, de sorte qu'ils peuvent être plus facilement égrugés par hersage. Son grand inconvénient, en revanche, est qu'il mélange insuffisamment et ne sous-coupe pas complètement la couche de maturité du sol. Au chardon et à la patience il ne fait guère de mal. Des cultivateurs avec des combinaisons d'outils appropriées peuvent y remédier.

La thèse souvent avancée pour le travail des chaumes — « mélanger superficiellement et ameublir en profondeur » — ne peut valoir en termes aussi généraux. L'ameublissement plus profond de l'ensemble du paquet de couches interrompt la remontée capillaire de l'eau, accélère le dessèchement et, partant, l'activité des animaux du sol. L'ameublissement en profondeur peut avoir un effet bénéfique dans un sol compacté, à condition de travailler avec des dents étroites et des écartements plus grands entre les dents (environ 50 cm).

En définitive : tous les outils du travail du sol sont des instruments comme le marteau et le burin entre les mains du sculpteur. Ce n'est pas par eux que l'œuvre d'art naît, mais par l'esprit humain qui les guide, qui sent et qui pense.

Le processus automnal et le travail du sol

Mûrissement, transformation, mort

Au cœur de l'été et jusque tard en septembre, l'automne s'annonce depuis un certain temps déjà. Dans les nuits de fin août qui rafraîchissent

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la rosée se reforme, les brumes matinales montent et emplissent les vallées. Un nouveau cycle saisonnier se lève, dont les manifestations se dressent en polarité face au printemps. Tandis qu'au printemps les forces de la terre s'épanchent vers la périphérie et semblent emporter avec elles les plantes qui s'élèvent — la terre respirant ainsi ce qu'elle avait gardé en elle dans le repos hivernal —, et qu'au cœur de l'été tout cela s'est répandu dans la richesse des formes et des couleurs, dans la formation des fruits nourriciers, l'automne voit ce mouvement revenir vers la terre dans un grand mouvement d'inspiration.[207] La véritable atmosphère d'automne s'éveille pleinement autour de la Saint-Michel, fin septembre, et se prolonge souvent en journées chaudes et dorées jusque dans octobre. Sur les mottes d'un semis d'automne fraîchement mis en terre apparaît soudain le scintillement argenté d'un réseau de fils d'araignée tissé sur toute l'étendue du champ — l'été de la Saint-Martin est là ! C'est le temps où les derniers fruits libèrent le champ : betteraves fourragères et sucrières, choux, carottes et autres. Pour ces cultures sarclées tardives, les journées d'octobre dorées et baignées de soleil représentent encore un gain de rendement considérable et surtout le degré le plus élevé de la qualité dans la pleine maturité. Il en va de même pour les espèces fruitières à maturation tardive ainsi que pour la vigne. C'est également le temps où la nature arborescente et arbustive — dans les vergers, les haies, les bocages ou dans les forêts — s'épanouit une dernière fois dans ses feuilles d'un éclat aux couleurs de la terre, avant qu'après la première gelée, au soleil du jour qui se lève, l'une d'elles descende silencieusement vers la terre, puis une autre, ou que lors des premières tempêtes de novembre les rameaux soient balayés d'un seul coup.

L'automne est le temps de l'achèvement de la maturité et du grand silence de la mort. Ce qui, peu auparavant encore, faisait resplendir arbre et arbuste dans la verdure de leur feuillage — le voilà maintenant épars sur la terre sous le vent, livré à la décomposition.

Une même transformation, ce passage en formes durables et cette mort, saisit le monde animal. Chaque automne, le fait surprend à nouveau : les hirondelles ont disparu d'un coup, emportées avec d'autres espèces d'oiseaux dans la grande migration vers le Sud ; sur les accotements ne s'envole plus aucun papillon, et plus aucun ne volette comme une fleur devenue indépendante sur les champs. Le bourdonnement vivant et vibrant des insectes s'est tu. Où sont-ils passés ? Ici encore une dernière visite à une fleur, puis la ponte des œufs en lieu protégé sous l'écorce d'un arbre, dans des fissures et des cavités,

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ou bien l'hivernage à l'état nymphal, voire à l'état imaginal chez les insectes sociaux comme la colonie d'abeilles. Dans le sol, la vie bactérienne unicellulaire passe en formes de résistance, la vie fongique produit des spores. Arbre, arbuste, herbe et graminée forment des graines, les insectes du sol déposent leurs œufs, les vers de terre se retirent dans les cavités des horizons plus profonds. La richesse des phénomènes du début de l'automne s'appauvrit de façon perceptible, et c'est finalement la ramure rigide, comme morte, des arbres et arbustes qui donne son empreinte au tableau du paysage. La seule chose qui, dans cette mort, offre encore à un regard sensible l'espoir d'une persistance de la vie, c'est le vert sévère des conifères, toujours présent, le vert encore plein des prairies et des pâturages, et le vert tendre des emblavures d'automne.

Ce qui disparaît à l'automne, ce sont des formes qui ont reçu leur empreinte spécifique à l'année par la coaction cosmo-terrestre des substances et des forces au cours de l'année ascendante. Dès le flétrissement de la fleur, l'éthérique — la vie plastique — se délie de ce qui s'est configuré astralement selon l'image originelle de la plante. Dans la formation de la graine et de l'humus, ce lien se reforme, une mise en germe dans le courant du temps. Mais ce qui se libère du lien à la vie du monde physique-sensible est suprasensible ; il se tisse dans la lumière et la chaleur qui irradient en automne de telle sorte que celles-ci, comparées au printemps, apparaissent à la sensibilité bien plus denses, saturées de spirituel et d'animique — oui, dans leur nature essentielle plus nettement distinguées l'une de l'autre. Ce qui dans la mort se délie et se sépare peut être perçu comme un éveil des esprits traversant toute la nature. Si l'on ne se ferme pas à cet événement extérieur de mort, on peut prendre conscience de la force du propre être du Je, force qui surmonte la mort. Cela libère des forces de courage, un pressentiment michaëlique et une pensée anticipatrice, ouverte à l'avenir et au développement comme, à l'inverse, la plante l'est, elle qui maintient et préserve son être dans le courant reproducteur de graine en graine.

Le travail du sol en automne

Les céréales, à l'exception du maïs, sont alternantes ; il en existe des formes de printemps et des formes d'hiver. Ces dernières sont semées au début de l'automne et, pour les semis tardifs, jusqu'en novembre/décembre. Les semis tardifs favorisent la force de reproduction des graines et donc la capacité de conservation des variétés, tandis que les semis d'automne proches de l'été favorisent la «qualité nourricière».[208] Les céréales d'hiver ont besoin

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en tant que culture succédant à une autre céréale, à une culture sarclée, à des cultures intermédiaires et fourragères, d'un travail du sol plus profond, desserrant, retournant et mélangeant. En cas de culture intermédiaire destinée à l'engrais vert, celle-ci doit être fauchée en temps voulu, laissée à se flétrir puis incorporée en mulch, avant qu'un sillon de semis puisse être tracé, si nécessaire avec des tasseaux compactant l'émiettement. Attendre trop longtemps dans l'espoir d'un accroissement de masse peut avoir de fâcheuses conséquences : de fortes rosées sur des jours qui raccourcissent, un brouillard persistant ou une pluie fine provoquent, sur une masse verte non complètement flétrie, de la pourriture. Elle entraîne, surtout sur sol lourd, par anaérobie, de sérieux troubles de croissance durables. Le sillon de semis qui va plus profond ouvre aux tendres racines germinales la voie pour pouvoir s'élancer strictement vers la profondeur. Il est saisissant de voir avec quelle rapidité, quelle rectitude et quelle profondeur elles fusionnent en automne avec la terre qui s'émiette. Comme les plantes au printemps, dans les jours qui s'allongent, se déprennent pour ainsi dire de la terre avec tige, feuille et fleur et s'élancent vers la lumière, de même, au cœur de l'arrière-automne, avec les premières gelées nocturnes et les nuits qui s'allongent, elles plaquent leurs feuilles contre le sol en rosette ramassée et enfoncent leurs racines verticalement dans la profondeur. La racine s'élance et croît vers ce qui est extérieurement sans lumière, et rencontre dans l'obscurité de la terre, par le rayonnement cosmique agissant dans le terrestre à travers la silice, le calcaire et l'argile, l'archétype des genres et familles végétaux, etc., qui forme l'image-reflet physico-sensible.

Le travail du sol approprié au processus automnal du dépérissement naturel ne se rapporte plus en premier lieu à la promotion et au maintien des processus vitaux, comme le travail cutané du sol au printemps pour activer la dégradation de l'humus, ou le travail en mulch en été pour favoriser l'édification de l'humus. Le retournement d'une parcelle d'engrais vert ou d'une parcelle fourragère introduit certes de l'humus nutritif dans le sol, mais celui-ci ne se transforme et ne contribue à la dynamique du sol en majeure partie qu'au printemps du cycle annuel suivant. Le travail du sol en automne ne tient à proprement parler aucun compte du passé, mais prépare le futur, le processus hivernal. Ce n'est plus vers le pôle métabolique, la couche d'humus, que se porte maintenant l'attention, mais vers le minéral de la terre, vers l'argile, le limon et le sable fin. L'automne, et surtout l'arrière-automne, permet un travail en profondeur ou un travail de l'argile, un labour d'automne/d'hiver (Illustration 13, p. 222). Il provoque une destruction — ou mieux : une chaotisation — de tout ce qui s'est si merveilleusement édifié au cours de l'année, en stricte ordonnance, comme vie du sol en train de se structurer. Il s'agit maintenant de chaotiser cela — conjointement avec les composantes minérales du sol — en préparation au

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aux processus de cristallisation de l'hiver qui approche et à la germination d'un nouveau développement du sol dans l'année suivante. L'adage ancien garde toute sa valeur : « Labouré avant l'hiver, c'est à moitié fumé. »[209]

L'instrument classique du travail en profondeur est la charrue à versoir (Illustration 13, p. 222). Elle est tombée en disgrâce dans l'agriculture écologique à plus d'un titre, ce qui a conduit çà et là à un retour vers le « travail du sol sans labour ». On lui reproche des défaillances qui ne tiennent pas à la charrue elle-même, mais sont la conséquence de constructions orientées principalement vers l'efficacité en termes de travail économique et technique. Les charrues d'aujourd'hui, en règle générale des charrues réversibles à plusieurs socs, sont conçues pour des profondeurs de labour de 25 à 35 cm et davantage, ainsi que pour des largeurs de coupe de 35 à 45 cm. « Selon la forme du corps de charrue et la vitesse de labour, le sol est transporté de 20 à 70 cm vers l'avant et de 40 à 70 cm latéralement. »[210] Ce fort déplacement impose une consommation d'énergie correspondamment élevée. Il s'ensuit qu'une bien plus grande quantité de sol minéral non vivant est ramenée vers le haut et que la couche arable vivifiée humifère est enfouie vers le bas — et inévitablement, il faut dégager la raie largement pour ménager la place aux roues larges du tracteur. On tente de remédier à ce problème par des charrues à plusieurs socs dépassant la largeur du tracteur, qui permettent de rouler hors de la raie, ou bien l'on remplace la charrue par le cultivateur lourd, la charrue à disques et autres.

La charrue dégage une bande de labour dans un rapport largeur (l) sur profondeur (p) de l:p = 1,2:1 à 1,4:1 — légèrement plus étroit en sol meuble, sans jamais descendre en dessous de 1:1.[211] Elle passe sous la motte par une prise par en dessous du soc, l'arrache du sous-sol, la fait glisser sur le versoir incurvé — par quoi la bande de labour se fragmente, sous l'effet de cisaillement, en morceaux selon les lignes de rupture naturelle —, puis la pose, décalée d'une largeur de coupe, avec une inclinaison d'environ 135° contre la motte précédente. La couche arable vivifiée humifère s'émiette alors soit de haut en bas, diminuant progressivement dans la fente qui s'ouvre un bref instant avant le dépôt de la motte, soit elle est, dans le cas de l'apport de fumier de ferme ou

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d'une culture fourragère principale pluriannuelle, jetée au fond de la raie par le pré-versoir. Avec la charrue à deux couches, on cherche à contrecarrer l'enfouissement du sol superficiel riche en humus nutritif. Par le contournement du versoir, le sous-sol riche en argile, en limon et en sable fin remonte en surface et constitue le dos de raie. Ses composants minéraux se trouvent ainsi directement et immédiatement exposés aux forces formatrices de cristaux du cosmos en hiver, à la fragmentation par le gel, et, l'année suivante, aux forces de l'altération. En élevant modérément ce matériau inorganique, il entre sous l'influence vivifiante des forces du pôle métabolique. Le travail de l'argile en profondeur mélange et chaotise dans le vertical. Il rajeunit le sol, ramène des profondeurs ce qui, par microérosion à travers les eaux d'infiltration, a été entraîné vers le bas sous forme de particules d'argile très fines.

En agriculture biodynamique, la profondeur de labour pour les façons d'automne ne devrait normalement pas dépasser 16 à 18 cm, respectivement 20 cm dans le cas du labour d'hiver. Cela représente, pour un rapport largeur-profondeur de 1,4:1 et une largeur de coupe d'environ 23 à 30 cm, un déplacement bien plus modéré. Le problème de la pression latérale des pneus reste cependant non résolu.

La «raie d'hiver grossière» avait l'avantage d'exposer le sol, avec une surface agrandie, aux «forces formatrices de cristaux du cosmos lointain», et l'inconvénient de devoir être nivelée par hersage au début du printemps. Cet inconvénient est pallié par les outils suiveurs de charrue — le rouleau sous-soleur pour les semis d'automne, entre autres pour prévenir le déchaussement par le gel des jeunes semis, ou, pour le labour d'hiver, la herse niveleuse et émiettante de la Notzonsegge, entre autres. En cas de compactages en sous-sol ou en semelle de labour, on peut travailler à un approfondissement progressif de la couche arable au moyen d'un ameublisseur en profondeur monté sous le soc.

La charrue a sa place à la fin du développement du sol dans le cours de l'année — là où les processus vitaux dans l'économie de la nature passent dans un mourir général. La charrue chaotise ce qui, dans le sol, a mûri à partir de la diversité du vivant. Elle conduit ce qui est mort pleinement dans l'état du physique et prépare ainsi la voie au processus hivernal, qui dépose dans cette mort du devenu-physique le germe spirituel d'une vie nouvelle — d'un nouveau cycle du développement du sol et de la plante dans l'année à venir.

Le cultivateur s'est développé en un complément précieux, voire en un substitut partiel de la charrue. Il se caractérise par un équipement très varié d'outils de travail — à socs étroits jusqu'à

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à socs en aile, un réglage précis de la profondeur de travail, ainsi que divers outils suiveurs émiettants. Il convient aussi bien au déchaumage superficiel qu'au travail plus profond en automne, par exemple du trèfle-gazon. En bien des endroits, le cultivateur est devenu, comme la charrue, un outil de travail en profondeur qui prépare les sols pour l'hiver.

L'agriculteur biodynamique a besoin, pour ses sols et ses cultures, des outils de travail adaptés. Une offre large est à sa disposition sur le marché. La recherche de décision fait de lui un expérimentateur ; il cherche des critères d'appréciation qu'il ne peut trouver lui-même que par l'observation et la réflexion dans la pratique active. Il reconnaît que la technique de travail du sol proposée ne correspond souvent pas à ses intuitions et à ses aspirations. Les façons culturales, qui devraient se succéder dans le temps selon leur fonction, sont regroupées par des outils combinés lourds — herse rotative et semoir, par exemple — ou, à haute efficience, sont surdimensionnées — les charrues, notamment. L'art du travail du sol, qui se déroule comme un processus dans le temps, se réduit à une simple exécution technique.

Il est donc inévitable que l'agriculteur biodynamique se voie aussi mis au défi, dans son esprit d'invention, sur le terrain de la technique du travail du sol. La compréhension des quatre processus saisonniers lui indique la direction.

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Deuxième pilier :

De la nature de l'assolement

L'assolement et l'organisation vitale de l'organisme agricole

Le deuxième pilier porteur de la culture des champs et du jardinage est l'assolement. Il est un organe de l'organisation vitale de la ferme ou — pour parler dans l'image de l'organisme agricole et de l'«individualité agricole en devenir» qui lui est inhérente — de son corps éthérique. En quoi se manifeste-t-il ? Il est tissé à partir d'un monde de forces agissant depuis le suprasensible. Rudolf Steiner les désigne comme des «forces universelles», qu'il oppose aux «forces centrales» de la manière suivante :[212]

Pour les phénomènes qui se déroulent dans l'inanimé, on pourra dire : «Ils se montrent dominés par des forces qui rayonnent à partir de la nature de la substance, du centre — relatif — vers la périphérie. Les phénomènes de vie montrent la substance dominée par des forces qui agissent de l'extérieur vers l'intérieur, en direction du centre relatif. Lors du passage à la vie, la substance doit se soustraire aux forces rayonnantes et se plier aux forces convergentes. […] Elle est intégrée aux forces qui rayonnent de partout de l'extra-terrestre vers la terre […] De toutes parts elles agissent, ces forces, comme si elles tendaient vers le centre de la terre.»[213]

Le corps éthérique appartient donc à toutes les créatures vivantes, mais il ne doit pas être représenté comme une structure dans l'espace. Ce ne sont pas les lois physiques agissant dans l'espace qui le délimitent, mais il se constitue en un «corps du temps» par des forces qui rayonnent depuis au-delà du temps et de l'espace, depuis la sphère supérieure de l'animique-astral. Les forces de l'éthérique sont de nature purement fonctionnelle.[214] Elles sont omniprésentes et forment, en nombre incommensurable, affluant de la périphérie, la substance fondamentale du cosmos pour ainsi dire. L'animique-astral leur communique la direction de leur action ; il en fait des forces formatrices, créatrices de forme, qui se rassemblent en une totalité, en un corps éthérique, et, dans le domaine substantiel du terrestre, allument la vie et la font pousser dans les formes physiques-sensibles. Le

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corps éthérique de la plante devient image perceptible dans sa forme (la Gestalt dans le temps). Il est le médium du devenir, de la succession relationnelle dans le temps — comme, par exemple, le devenir processuel de la plante qui se déploie du germe à la pousse jusqu'à la fleur. Ce qui est fonctionnel dans l'éthérique, dans le sens des forces formatrices, soulève les substances dominées par les forces centrales de la terre et les soustrait à leurs propriétés purement physiques. Il les compose en liaisons de substances organiques — protéines, hydrates de carbone, etc. — dont les contextes fonctionnels spécifiques font apparaître la forme de la plante. La vie devient phénomène dans les formes qu'elle crée à l'aide des substances terrestres.

Les forces universelles sont de quatre natures : elles se différencient en éther de chaleur, éther de lumière, éther chimique (également appelé éther sonore ou éther des nombres) ainsi qu'éther de vie.[215] Sous l'action du corps animique ou astral, elles s'unissent pour former le corps éthérique, et celui-ci se représente dans les formes à travers les substances qui agissent dans les éléments chaleur, air, eau, terre. Par les forces centrales, la plante se délimite dans sa forme terrestre ; par les forces universelles, elle est ouverte aux relations dans toutes les directions. Ainsi le hêtre se développe-t-il en arbre dans la relation d'accueil des rayonnements du cosmos, la chicorée sauvage en plante herbacée, la pâturin des prés en graminée. Mais en même temps, par l'action des substances dans le rapport aux quatre éléments, elles sont liées à un lieu terrestre déterminé. L'universel de l'éthérique ne peut se créer dans le terrestre qu'un reflet dans la multiplicité de l'individuel. La nature crée — partout où la vie peut se déployer, que ce soit dans la forêt vierge, dans la savane, dans la prairie, dans la tourbière, etc. — une diversité adaptée au lieu, une diversité des espèces de formes végétales. Elles se tiennent dans une coexistence spatiale, les plantes de même espèce alternant en règle générale avec d'autres espèces ; dans la forêt vierge intacte, par exemple, les arbres de même espèce ne se tiennent pas côte à côte. La diversité des espèces végétales en un lieu est le principe que la nature préfigure. Cette diversité forme, avec tous les organismes vivant dans et au-dessus du sol, un contexte supérieur de forces éthériques-astrales — ou, pour parler en termes écologiques, un milieu de vie (biotope) et un groupement d'êtres vivants caractéristique de ce milieu (biocénose). C'est cette diversité qui maintient la durabilité, la santé et la force de reproduction dans l'économie de la nature. Le purement physique-minéral tend vers la fragmentation — phénomène exemplaire

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— dont le sable est un exemple parfait —, tandis que le vif-éthérique, lui, édifie vers de plus hautes totalités.

Ce principe ur-écologique est rompu, dans certains membres de l'organisme agricole — avant tout dans la culture des champs et dans le jardinage —, par le principe de la monoculture. Le blé, les pommes de terre dans le champ, la laitue dans le jardin se tiennent en règle générale — exception faite des cultures mélangées — comme toute autre culture aussi, en peuplement pur. Cela conditionne une unilatéralisation qui entraîne nécessairement un affaiblissement de l'organisation vitale de la ferme. Elle agit comme un agent pathogène et conduit, dans la culture de la terre agro-industrielle où des assolements réglés ne jouent plus aucun rôle, au recours à un large spectre de moyens de production abiotiques, avec l'effet inévitable d'effets secondaires étendus et hostiles à la vie. Toute unilatéralisation réduit les conditions sous lesquelles les forces universelles du cosmos se manifestent dans le terrestre. Elles perdent la maîtrise sur les forces centrales. C'est ainsi qu'est simultanément abordé le cœur de la question de la qualité alimentaire.

L'art de la culture des champs et du jardinage consiste à compenser le manque de diversité des espèces, ou même à l'élever avec art à un niveau supérieur à celui que la nature donne. Assolement signifie : la somme des plantes alimentaires, fourragères et autres servant à l'usage général est cultivée chaque année séparément, répartie sur des parcelles de champs et de jardins individuelles. Les mêmes fruits se succèdent sur chacune de ces surfaces selon certains critères au fil des années. Ainsi toutes les plantes des champs cheminent-elles en une succession régie par des lois à travers le finage de la ferme. L'effet compensatoire de l'assolement peut être sensiblement accru par la culture mélangée ou en mélange — avoine et haricots ou pois, par exemple —, par des sous-semis de trèfles rouge, blanc ou suédois, par l'insertion de cultures intermédiaires ainsi que par la multiplication des cultures selon les besoins d'un marché régional.

Du système de l'assolement

Selon le climat, la nature du sol (sable, limon, argile, terre glaise), la configuration du paysage et la proximité des marchés, les assolements varient dans le cadre de l'agriculture biodynamique. Ils se fondent en dernier ressort sur le système de l'assolement triennal remontant aux temps celto-germaniques : culture d'hiver — culture de printemps — jachère. Ce système a maintenu les sols pendant des siècles au niveau d'une fertilité du sol liée au terroir. Un changement intervint au

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XVIIIVorlage:E siècle avec ce qu'on appelle l'«assolement amélioré» : la mise en valeur de la jachère par les trèfles, puis par les plantes sarclées (pommes de terre, betteraves, etc.). Au fil de l'intensification des cultures au XXVorlage:E siècle, s'est constitué le système de la rotation des cultures avec 50 % de plantes sarclées et 50 % de céréales à paille. Avec la technique montante et la possibilité de piloter presque arbitrairement la croissance des plantes par des moyens étrangers à l'exploitation, est né l'«assolement sauvage» — dépourvu de tout système, orienté vers le seul marché.

Les assolements dans l'agriculture biodynamique se sont développés, par l'insertion d'au moins deux années de trèfles et/ou de graminées à luzerne, en successions pluriannuelles dont la structure de base repose en règle générale encore toujours sur le système triennal.

Assolement et bilan humique

Dans la formation d'humus, le corps éthérique ou corps de vie de l'organisme agricole s'unit à son organisation physique-terrestre. Les formes multiples et les compositions de substances des résidus de récolte passent, dans l'élément du terreux-solide, à un état d'universelle vie — l'humus. La nature de cet humus témoigne encore de son origine. C'est manifeste pour ce qu'on appelle les formes d'humus «humus brut» et «moder». Le «mull», en revanche, est le produit d'une transformation complète. L'humus brut se forme en milieu acide, frais et humide ; le mull dans un sol actif, riche en bases, sous climat chaud-humide. L'humus brut et le moder présentent encore des structures végétales. Dans le mull, celles-ci ont disparu ; il constitue une néoformation. Et pourtant, dans sa composition substantielle vivante, la constellation des forces formatrices qui était propre au matériau organique de départ — racines, tiges et feuilles — s'y trouve pour ainsi dire inscrite. De la multiplicité des formes de croissance et des formations de substances naît la «puissance germinale universelle» du mull noir et friable.

Les différentes espèces de plantes des champs sollicitent la fertilité du sol — c'est-à-dire le bilan humique — chacune à sa manière. Elles exercent en conséquence sur la culture suivante un effet de précédent cultural spécifique, déterminé pour l'essentiel par la quantité de résidus de récolte, avant tout par la masse racinaire. Le moindre effet de précédent revient aux plantes sarclées, et parmi elles tout particulièrement aux cultures buttées comme la pomme de terre, etc. Elles sont réputées épuisantes pour l'humus et laissent pour l'assolement la plus faible masse de résidus de récolte humigènes : 13 dt/ha pour la pomme de terre, 8 dt/ha pour la betterave sucrière en matière sèche racinaire. Autrement il en va pour les céréales,

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dont la masse racinaire sèche atteint 30 dt/ha pour le seigle et en moyenne 23 dt/ha pour les autres céréales à paille. Elles occupent une position intermédiaire du point de vue de l'effet de précédent cultural, surtout si l'on tient compte des masses de paille qui servent en règle générale à la litière à l'étable et qui réintègrent l'assolement par le fumier de ferme. L'effet de précédent le plus élevé revient aux légumineuses, et parmi elles aux principales plantes fourragères : le trèfle rouge avec 42 dt/ha et la luzerne avec 52 dt/ha de masse racinaire sèche. Elles colonisent de surcroît, en profondeur comme en largeur, l'espace racinaire comparativement le plus vaste, avec les fibres racinaires individuelles les plus longues.[216][217] Les légumineuses fourragères, utilisées le plus souvent sur deux ans, sont réputées accroître l'humus. La mise en accord mesurée des cultures sarclées, des céréales à paille et des légumineuses fourragères constitue le cadre fondamental de tout assolement conçu pour le maintien du bilan humique — ou mieux encore, pour son enrichissement.

Assolement et cultures intermédiaires

Les cultures intermédiaires enrichissent la diversité des espèces de l'assolement et stimulent le renouvellement de l'humus. Par les semis sous couvert, les semis sur chaumes et les cultures intermédiaires d'hiver, l'organisation vitale de l'organisme agricole peut se manifester avec encore plus de vigueur et d'équilibre. Tandis que le produit des cultures marchandes — la nourriture des hommes — quitte la ferme, les cultures intermédiaires, tout comme les principales plantes fourragères de l'assolement, demeurent dans l'exploitation, comme une nourriture vivante pour le maintien et l'accroissement de la fertilité du sol, voire pour la guérison et le développement de l'organisme agricole dans son ensemble.

La culture des plantes intermédiaires s'insère dans l'assolement partout où des lacunes temporelles apparaissent entre la récolte et le nouveau semis des cultures principales. Lorsque ces lacunes sont courtes — par exemple entre une céréale à paille libérant le sol tardivement en été et le nouveau semis d'une culture d'hiver en automne —, seules des crucifères à croissance rapide peuvent être intercalées comme semis sur chaumes : colza de printemps, moutarde, radis oléagineux. Elles s'enfoncent en profondeur avec leur racine pivotante richement ramifiée, assurent la formation d'humus nutritif et l'activité des vers de terre jusque dans le sous-sol, et créent par leur ombrage un microclimat dans lequel les animaux du sol trouvent les conditions idéales pour leur activité

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Tätigkeit finden, et laissent un sol meuble, riche en racines et bien structuré, qui, après un paillage, promet un lit de semence finement grumeleux pour les semis d'automne.

Lorsque des intervalles plus longs sont disponibles entre la récolte et le nouveau semis — par exemple après la moisson des céréales à paille estivales et l'implantation d'une culture sarclée au printemps suivant —, on peut recourir à un mélange composé principalement de légumineuses à racine pivotante bien développée, telles que la fève (Vicia faba) et le lupin (Medicago), ainsi que la vesce de printemps au riche enracinement (Vicia angustifolia), le pois (Pisum sativa), le ray-grass anglais (Lolium perenne), la phacélie (Phacelia tanacetifolia) et, comme plante-support, le tournesol (Helianthus annuus). Semé si possible encore en juillet, ce mélange développe d'importantes masses fourragères — parfois pâturées directement comme pâture de plein champ —, un enracinement abondant, ainsi qu'à l'approche de l'automne une offre de nectar diversifiée pour les insectes floricoles. De tels mélanges peuvent — qu'ils soient semés en bandes fleuries subdivisant de grandes parcelles de cultures sarclées, ou en bandes marginales entre les cultures — devenir un pâturage pour les abeilles et, plus généralement, un lieu de rassemblement d'une vie insectale surabondante. Les légumineuses fourragères pluriannuelles, trèfle violet et luzerne avec des adjonctions de graminées et de plantes fourragères, sont en règle générale introduites comme semis sous couvert au printemps, de préférence dans des céréales d'hiver libérant tôt le sol (seigle, orge). De même, on peut semer en sous-couvert des cultures intermédiaires tolérantes à la plante-abri, telles que le trèfle rouge, blanc et jaune (espèces de Trifolium) en mélange avec du ray-grass (espèces de Lolium) ainsi que la séradelle (Ornithopus sativus).

Les cultures intermédiaires d'hiver — semées à la fin de l'été sous forme de colza (Brassica napus), à l'automne précoce sous forme de mélanges — couvrent le sol depuis la fin de l'automne et tout au long de l'hiver, s'enracinent profondément, développent au printemps en un laps de temps minimal une importante masse fourragère, et laissent dans le sol, comme excellente précédente culturale, une masse racinaire surabondante. Il s'agit là de mélanges tels que le mélange vesce-seigle (vesce velue et seigle) ainsi que le mélange de Landsberg (vesce velue [Vicea villosa], seigle, trèfle incarnat [Trifolium incarnatum]).

La culture des plantes intermédiaires doit nécessairement être gérée avec souplesse au sein de l'assolement. Les conditions météorologiques rendent les intervalles extraordinairement variables. Respecter la règle — un jour de semis en juillet vaut pour le développement des légumineuses intermédiaires autant qu'une semaine en août — relève souvent du hasard. Les périodes humides retardent les semis, les périodes sèches la levée. Quand la culture intermédiaire réussit, le sol reprend vie et le bétail à l'étable apprécie l'offre de fourrage frais ; quand elle échoue, l'effet positif de précédente culturale disparaît.

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Assolement et minéralisation, fixation de l'azote

La composition de l'assolement sert l'objectif d'un bilan humique stable — ou mieux encore positif — et, avec lui, d'un bilan azoté positif. Les plantes sarclées et les céréales à paille y contribuent peu ; les légumineuses, en revanche, y contribuent d'autant plus. Celles-ci vivent en symbiose avec des bactéries dans la zone racinaire, les *Rhizobium* ou bactéries nodulaires, et possèdent, en liaison avec la plante-mère, la capacité de fixer l'azote atmosphérique. La même capacité se rencontre notamment chez l'aulne (*Alnus glutinosa*), qui vit dans sa zone racinaire en symbiose avec des *Actinomycètes* apparentés aux champignons, ce que révèle le vert profond de son feuillage — semblable à celui des légumineuses. La capacité de formation d'azote, sans lien direct avec des plantes supérieures, se trouve chez des bactéries à vie libre, telles que *Azotobacter*, qui préfèrent un milieu édaphique riche en bases, à tendance plutôt alcaline, et *Amylobacter*, qui préfèrent un milieu édaphique plutôt acide.

Rudolf Steiner décrit la capacité de fixation de l'azote des légumineuses comme un processus d'« inspiration », tandis que toutes les autres plantes « sont proches de l'expiration ».[218] Cette inspiration azotée des légumineuses est un processus comparable à « ce qui se passe sur nos cellules épithéliales [du poumon ; insertion de l'auteur] ».[219] La symbiose avec les *Rhizobium* est endogène ; ils forment une unité physiologique avec la légumineuse-mère. Ils migrent depuis le sol vers la jeune plante et s'y multiplient en formant les nodosités racinaires. Ils sont donc, secondairement, un don de la terre à la plante légumineuse, par lequel celle-ci est mise en mesure de vivifier l'élément inorganique mort qu'est l'azote atmosphérique (N2), et d'unir ainsi intimement l'animique-astral — dont l'azote est le porteur —[220] au devenir vital. Les formes d'apparition des légumineuses témoignent, par de nombreux caractères jusque dans la configuration de la fleur, d'une intériorité tissée dans les processus vitaux à un degré plus élevé que ce n'est le cas pour les autres plantes à fleurs.

Au-delà de la relation particulière des légumineuses à l'azote, elles manifestent une affinité particulière avec le calcaire du sol. Non seulement on trouve ces plantes de préférence sur des sites riches en calcaire — les sols acides, elles les évitent,

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— en tête la luzerne —, mais ce sont elles qui mobilisent le calcaire en profondeur, l'incorporent à leurs processus physiologiques et le déposent dans leurs tissus et leurs cellules. De cette façon, elles chaulaient le sol superficiel par leurs résidus. C'est le cas à un degré plus élevé pour la luzerne, la reine des plantes fourragères, que pour le trèfle, et davantage encore lors d'une culture pluriannuelle. Une telle culture ne devrait manquer dans aucun assolement en agriculture et horticulture biodynamiques.

Chaque espèce végétale possède une capacité d'assimilation générale et, au-delà, une capacité spécifique pour les substances minérales. Générale signifie : l'ensemble du spectre des substances terrestres dont la plante a besoin pour prendre une forme d'apparition terrestre ; spécifique : les substances par lesquelles l'organisation éthérique d'une espèce végétale, conformément à son archétype spirituel, peut exprimer des propriétés particulières. Ces propriétés se configurent et s'individualisent selon la mesure du rapport quantitatif-qualitatif d'une substance terrestre déterminée à une constellation qualitative-quantitative de forces formatrices éthériques cosmiques. De tels rapports relationnels, Rudolf Steiner les caractérise en ce qui concerne les propriétés des plantes-préparations (cf. chap. « Les préparations du compost ou préparations biodynamiques », p. 360 sq.).

Ainsi, dans le cadre de l'assolement, chaque culture principale, et de même chaque herbe ou graminée de la flore compagne (mauvaises herbes et graminées adventices), apporte une contribution spécifique à la libération des minéraux par l'action acide et les exsudats racinaires ainsi que par les échanges actifs au niveau des racines, et par la restitution de ces substances minérales au sol, par la voie des résidus organiques. Outre la capacité de fixation de l'azote atmosphérique, les légumineuses possèdent encore une autre faculté : celle de leur haute aptitude à libérer les minéraux — calcaire, magnésium, phosphore et bore. Selon Paracelse, il n'est pas de plante qui n'ait une vertu thérapeutique. Elle repose sur la capacité du corps éthérique végétal à concentrer dans les plantes les substances de la terre et à les composer en composés organiques par lesquels elles acquièrent leur valeur pour la fertilité du sol, leur valeur médicinale et leur qualité nourricière.

Assolement et flore compagne : les mauvaises herbes

La réponse de la nature à l'isolement des plantes cultivées dans les champs et les jardins, ce sont les soi-disant « mauvaises herbes ou herbes compagnes » et les « graminées adventices ». Elles assurent la diversité des espèces, un équilibre qui reflète la configuration naturelle, liée au lieu, des forces formatrices éthériques. Sur un site humide, cette configuration est autre que sur un site sec, autre

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sur argile que sur sable, et différente encore sur des sols de différents degrés d'acidité, etc. Ainsi, parmi les 292 espèces de la flore compagne décrites pour l'Europe centrale, on trouve toujours, selon le site, des groupements caractéristiques, plus ou moins riches en espèces, de mauvaises herbes et de graminées adventices.[221]C'est dans ce mélange annuel d'une flore sauvage avec les plantes cultivées qu'interviennent l'agriculteur et le jardinier. Ils cherchent à réduire au minimum l'ampleur de l'enherbement et des graminées envahissantes par des mesures multiples et laborieuses. Le travail le plus astreignant et le plus pénible est ici le recours à la houe à main et le désherbage manuel. Quel soulagement, donc, quand dans les années 1960 apparurent les herbicides de synthèse. Depuis lors, il en existe à large spectre et de nombreux autres, sélectifs, visant l'élimination de certaines mauvaises herbes et graminées problématiques. Dans le sillage des modifications génétiques du génome des plantes cibles à cultiver vinrent s'ajouter les herbicides totaux, tels le « Roundup Ready », qui a entrepris sa marche triomphale à travers le monde avec la substance active *Glyphosate*. Les herbicides sont des inventions de l'esprit humain. Ils sont là pour tuer la vie, pour la détruire. Ils interviennent de manière systémique dans le contexte des processus vitaux et les conduisent vers le néant. Les forces formatrices éthériques qui constituent la Lebensorganisation des plantes perdent leur empire sur l'organisation du corps physique. À la place des forces astrales qui, par les rayonnements des forces de la périphérie cosmique, et celles qui montent de la terre, façonnent et configurent l'image phénoménale de la plante, viennent se substituer des forces qui déchirent les fils entre l'archétype spirituel et la forme d'apparition sensible-physique. Ce sont des forces astrales hostiles à la vie, issues de la sous-nature, de l'infra-physique, qui agissent au niveau du physique par des compositions de substances de synthèse. Les herbicides, tout comme l'ensemble des pesticides et autres produits phytosanitaires de synthèse, sont des créations humaines assemblées par des voies de pensée purement réductionnistes. Ce sont des substances porteuses de forces hostiles à la vie, isolées dans le contexte du monde. La démarche de la synthèse arbitraire des substances correspond, à l'inverse, à cette technologie qui force à la lumière du jour les forces infra-physiques emprisonnées dans la matière par ce qu'on appelle la fission nucléaire — les deux avec des conséquences évolutives imprévisibles.

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Le procédé de la vésication des semences adventices

Des décennies avant que les procédés susmentionnés de destruction des mauvaises herbes par réorientation de leurs processus vitaux ne deviennent une pratique mondiale, Rudolf Steiner, par la recherche de la supra-nature du cosmos et de sa participation à la formation de la graine, découvrit le procédé de la vésication des semences adventices, l'«expérience de combustion».[222]C'est une méthode de régulation des adventices qui agit à l'encontre de la germination des semences. La recommandation est de collecter des semences d'adventices, de les vésicater, «une flamme de bois est ce qu'il y a de mieux», et de répandre le «poivre» ainsi obtenu sur champs et jardins.[223]Cette démarche repose sur la connaissance que la croissance et son intensification jusqu'à la reproduction dans la formation de la graine se trouvent en relation directe avec l'action des planètes infra-solaires — Mercure, Vénus, mais avant tout la Lune. La Lune renvoie les rayons du Soleil, des planètes et du cosmos environnant plus éloigné. L'intensité de ce renvoi vers la Terre se règle selon les phases lunaires et atteint son maximum à la pleine lune. L'effet stimulant de la lune croissante sur la germination et la croissance, en direction de la pleine lune, est établi par de nombreuses expériences.[224][225]Les adventices à semences présentent en règle générale une force de reproduction élevée, qui peut atteindre par exemple chez la camomille (Anthemis nobilis) 10 000 à 200 000 semences par plante, chez le chardon des champs (Cirsium arvense) environ 4 500.[226]Avec un taux de mortalité allant jusqu'à 50 %, on trouve encore, pour un faible enherbement, entre 10 000 et 300 000 semences adventices viables par mètre carré, et jusqu'à 30 000 par mètre carré pour un fort enherbement.[227]Lorsque règnent à proximité de la surface du sol des conditions de germination favorables — chaleur du sol (> 9 °C) et humidité du sol —, les forces lunaires s'activent et accélèrent la germination et la croissance.

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La calcination de la graine s'accomplit durant le repos germinatif, dans l'état où le cosmique «vit comme forme de la plante dans la graine».[228]Lorsque la graine est conduite à travers le feu, elle est entièrement consumée par les flammes ; ne reste que la part terrestre, la cendre. Le feu en tant qu'élément se manifeste d'un côté sensiblement dans les phénomènes de la chaleur et de la lumière. L'autre côté du feu, le côté agissant intérieur, est suprasensible. Dans l'expérience humaine, ce suprasensible peut devenir perceptible comme phénomène au plan de l'âme, par exemple lorsqu'une impulsion spirituelle enflamme l'âme au feu de l'enthousiasme. Partout où un feu se manifeste, il consume ce qui est devenu physique, cela devient cendre. Du côté de l'efficace spirituel, la cendre témoigne d'un processus de purification — d'un processus qui implante dans l'être de nouveaux impulsions de devenir.

La tâche de la calcination de la graine est maintenant de créer dans le sol des conditions telles que, pour l'espèce adventice concernée, l'action stimulatrice des forces lunaires sur la germination soit entravée. La cendre qui naît de la destruction de la graine par l'élément feu agit à l'encontre des forces lunaires : «Il s'agit maintenant de traiter le sol de telle sorte — car on ne peut pas supprimer la lune —, que la terre devienne peu encline à accueillir les effets lunaires ; et non seulement la terre peut devenir peu encline à accueillir les effets lunaires, mais les plantes elles-mêmes, ces adventices, peuvent acquérir une certaine réticence à croître dans une terre traitée d'une certaine manière.»[229]Cette dernière assertion suggère la pensée que la calcination des graines d'adventices à reproduction si excessive les libère pour ainsi dire de leur emprise dans le cycle de reproduction terrestre, de sorte que leur apparition se maintient dorénavant dans certaines limites.

La compréhension des indications de science de l'esprit de Rudolf Steiner concernant la calcination des adventices exige un effort de connaissance sans relâche et, s'y rattachant, une disposition de chercheur qui accompagne chaque étape de la mise en pratique dans une attention consciente tournée à la fois vers l'intérieur et vers l'extérieur. D'autant plus que les efforts accomplis jusqu'ici ont certes apporté des succès partiels, mais pas encore de résultats décisifs. Cela tient avant tout à ce qui suit :

  • La calcination des graines d'adventices et l'action de ces cendres, comme aussi celles d'insectes nuisibles ainsi que celle de la dépouille d'animaux
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  • nuisibles à forte reproduction tels que le campagnol des champs, doit être pleinement intégrée dans la pratique de l'exploitation et cultivée de manière continue.
  • Il faut pour cela le concours de l'entourage social des exploitations — des personnes disposées et capables d'approfondir la connaissance de science de l'esprit qui fonde la méthodologie de calcination, et de la faire entrer dans une pratique durable.
  • Les techniques désormais affinées de lutte mécanique contre les adventices ont quelque peu repoussé à l'arrière-plan la recherche sur la calcination des graines et la pratique qui s'y rattache.

Die mechanische Unkrautregulierung

Là où les herbicides agissent pour ainsi dire de l'intérieur — de manière systémique et physiologique, égarant la fonction supérieure et organisatrice du corps éthérique à l'égard de l'organisation physique —, les procédés mécaniques de régulation du développement des adventices agissent de l'extérieur. Le désherbage à la main, l'étrillage, le hersage et le binage arrachent les plantes à leur enracinement ; la fauche les sépare du pied. Ces mesures ne sortent pas de la légalité du devenir et du périr. Cela vaut également pour le brûlage à la flamme, qui saisit les adventices à germination et à croissance rapides avant que la semence germinante de la plante cultivée n'ait percé la croûte du sol et verdi.

Chaque culture d'un maillon de la rotation des cultures est accompagnée d'une flore adventice particulière. Sa composition est déterminée avant tout par l'état du sol, par la date du semis, par les conditions météorologiques, ainsi que par la vitesse de croissance plus ou moins rapide des cultures et, par conséquent, par leur degré de couverture du sol.

Nombre d'espèces d'adventices sont des plantes indicatrices de la structure du sol — engorgement d'eau stagnante, compaction, maturité du sol, bilan azoté et acidité du sol.[230] Les maillons de la rotation des cultures se laissent répartir en trois groupes quant à l'apparition d'adventices et de graminées adventices spécifiques : céréales à paille, cultures sarclées, plantes fourragères pluriannuelles. Les rotations maraîchères sont, pour l'essentiel, des successions de cultures sarclées.

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Adventices et graminées adventices dans les céréales à paille

La flore compagne des cultures d'hiver se divise en germeurs d'automne et germeurs de printemps. Parmi les adventices et graminées adventices germant en automne, celles qui deviennent gênantes sont les résistantes à l'hiver, comme le vulpin des champs (Alopecurus myosuroides) et le jouet-du-vent (Apera spica venti), ainsi que des adventices comme la camomille des chiens (Anthemis spec.), la véronique (Veronica spec.) etc. En raison de sa faible couverture en automne et en hiver, le blé est plus menacé que le seigle et l'orge. Par leur tallage pré-hivernal, ces deux derniers devancent les graminées et adventices en croissance et en couverture du sol. Rarement l'état du sol en automne permet-il d'intervenir de manière régulatrice avec l'étrille ou la herse. Cela ne peut être que partiellement rattrapé au début du printemps. Le binage avec des socs en patte-d'oie étroits ne convient qu'au blé — il ne talle qu'au printemps —, pas au seigle ni à l'orge ; ceux-ci ont déjà développé en grande partie leurs racines coronaires à développement superficiel. Pour lutter contre les germeurs de printemps dans les cultures d'hiver, l'étrille et la herse légère rendent de bons services.

Les céréales de printemps, orge, blé et avoine, sont reconnaissantes d'un semis précoce ; elles sont donc, comme toute autre culture de printemps, soumises à une pression adventice accrue. Elles entrent en concurrence avec des adventices germant déjà à basses températures, comme la nielle des blés (Agrostemma githago), le coquelicot (Papaver rhoeas), le gaillet (Galium spec.), la renouée liseron (Polygonum convolvolus), et plus tard le mouron des oiseaux (Stellaria media), la galinsoge (Galinsoga parviflora) et l'arroche (Atriplex patula), ainsi que, comme graminée adventice, l'avoine folle (Avena fatua). Le laps de temps pour une intervention avant le semis est court, si bien qu'il faut plusieurs passages après semis avec l'étrille, la herse légère et la houe jusqu'à la montaison. Un passage avant levée est possible avec l'étrille-filet ; après la levée, il faut attendre d'autres mesures jusqu'au troisième feuille.

Avec la montaison, l'ombrage limite le développement végétatif des adventices à graines, mais pas celui des chardons ni celui des graminées adventices montant en même temps. Les germeurs tardifs comme l'arroche (Atriplex), le ravenelle (Raphanus), le chénopode (Chenopodium) et la galinsoge (Galinsoga) apparaissent en revanche moins fréquemment.

Les adventices à graines et graminées adventices croissant en même temps que les céréales parvenant à maturité des graines avant ou avec celles-ci, ce sont, comparées aux cultures d'hiver, surtout les céréales de printemps qui alimentent la réserve grainière du sol dans le cadre de la rotation des cultures. Le déchaumage immédiatement après la récolte doit

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fournir, par un lit de semences finement émietté, les conditions pour qu'une part aussi grande que possible des graines tombées parvienne à la germination. Une inquiétude particulière, dans les céréales à paille, tient au libre déploiement des mauvaises herbes et graminées à rhizomes comme le chiendent (Agropyron repens) et le chardon des champs (Cirsium arvense), ainsi que l'oseille à racine pivotante. Il faut les combattre après la récolte avec un grand investissement de travail et de temps. Les cultivateurs à lames sous-coupantes intégrales avec roues suiveuses font particulièrement leurs preuves : ils projettent les racines et fragments de racines à la surface du sol pour les faire sécher. Le chardon des champs (Cirsium arvense) et l'oseille (Rumex obtusifolius) dans le peuplement se trouvent fortement affaiblis par une extraction profonde avant la floraison.

Mauvaises herbes et graminées adventices dans les cultures sarclées

Comme leur nom l'indique déjà, les cultures sarclées exigent, outre une bonne aération de la couche arable, une maîtrise intensive du développement des mauvaises herbes et graminées. En termes de diversité des espèces et de pression concurrentielle, la charge en adventices y est la plus élevée dans le cadre de l'assolement. Du fait que les cultures sarclées sont semées plus tardivement que les céréales de printemps, le temps ne manque généralement pas pour y faire précéder le semis d'un à trois passages de herse, qui déracinent les adventices et graminées germant tôt et mi-tôt. Là où c'est possible — par exemple pour les betteraves fourragères (Beta vulgaris), les choux (Brassica) et d'autres — le repiquage depuis une pépinière permet de gagner encore davantage de temps pour bannir du champ des adventices à germination plus tardive comme la galinsoge (Galinsoga), l'arroche (Atriplex), le chénopode (Chenopodium) et d'autres. Les cultures sarclées ont en général une longue période juvénile et permettent de poursuivre la lutte mécanique contre les adventices — étrillage, binage et buttage — jusqu'à la fermeture des rangs. Le cas échéant, les rangs doivent encore être parcourus à la main une fois de plus.

Dans la culture de la betterave sucrière et fourragère ainsi que dans les légumes de plein champ, il existe, outre le désherbage thermique au stade pré-levée, des techniques mécaniques perfectionnées qui ne laissent plus qu'une bande extrêmement étroite le long des lignes de semis intacte. Malgré tout ce bon travail préparatoire, un désherbage manuel résiduel reste inévitable. Ce travail compte parmi les rares qui soient encore demeurés en partage au cultivateur et au jardinier, où il peut entrer en rapport direct avec le sol et les plantes sous un double aspect : d'un côté, il se livre avec peine à une tâche manuelle qui va d'autant plus légèrement et rapidement qu'on s'oublie soi-même davantage pour tourner un regard attentif vers les plantes qui doivent

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être dégagées afin de pouvoir se déployer librement jusqu'à la pleine formation du fruit. Cette attention agit de deux manières : elle est utilitaire — et c'est à cela seul qu'est orientée la machine — et, de manière polaire, elle éveille dans l'esprit un intérêt et dans l'âme un rapport vivant au regard de l'intimité du contexte vivant entre la plante et la terre. On devient conscient du défi de ne pas tomber dans la vacuité de la routine pure, qui rend le travail un fardeau. Le désherbage manuel peut être, parmi d'autres activités de ce genre, un champ d'exercice qui, en faisant le pont, éveille un sentiment moral à l'égard des choses et des êtres de la nature. D'un autre côté, la pensée contemplative plane sur le processus. On observe une abondance de phénomènes : comment les espèces de plantes les plus diverses s'associent avec la culture unique que l'on veut conduire, comment elles se configurent diversement en racine, feuille et fleur et donnent, dans leur reflet terrestre, des nouvelles de leur archétype qui existe dans le suprasensible. On identifie la mauvaise herbe ou la graminée comme appartenant à un genre et à une famille déterminés, et l'on prend conscience de combien d'entre elles ont un effet curatif significatif. On reconnaît comment cet effet curatif est étroitement apparenté à l'effet nourricier du fruit de la plante cultivée qui se développe peu à peu. C'est au bénéfice de cet effet nourricier que le « stock de plantes médicinales » doit dans une certaine mesure céder la place. Cela vaut tout particulièrement pour les cultures sarclées qui fructifient davantage dans le végétatif. C'est ainsi qu'il revient à la parcelle sarclée, dans le cadre de l'assolement, la fonction d'être une parcelle-nettoyage pour la culture suivante — le plus souvent une céréale. En même temps, c'est elle qui sollicite le plus fortement la fertilité du sol.

Mauvaises herbes et graminées adventices dans les cultures fourragères

Les principales plantes fourragères sont les légumineuses, le trèfle et la luzerne en mélange avec des graminées fourragères et, en faibles proportions, des herbes à effet diététique comme le plantain lancéolé (Plantago lanceolata), la pimprenelle (Pimpinella agna), la chicorée sauvage (Cichorium lupulina), la luzerne lupuline (Medicago lupulina), le lotier corniculé (Lotus corniculatus) et le mélilot (Melilotus spp.). Le mélange se maintient en règle générale deux années d'utilisation dans l'assolement. Il occupe de ce fait deux positions dans la rotation. La première coupe intervient suffisamment tôt pour que la repousse vienne à floraison en plein été, saison autrement pauvre en fleurs, et offre aux insectes volants une abondante source de nectar. Des bandes fleuries dans les parcelles de céréales à paille et de cultures sarclées apportent des sources de nectar supplémentaires.

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Dans des prairies fourragères bisannuelles denses et en pleine végétation, les adventices annuelles semencières n'ont aucune possibilité de se développer — en revanche, elles s'installent volontiers dans les peuplements lacunaires. Avec les fauches répétées, elles ne sont pas pour autant menaçantes. La culture fourragère en plein champ est avant tout un moyen éprouvé de maîtriser les mauvaises herbes vivaces problématiques, autrement difficiles à combattre, comme le chardon des champs (Cirsium arvense) et la patience crépue (Rumex crispus). Le chardon des champs (Cirsium arvense) est déjà affaibli par la première coupe, plus encore par la deuxième ou même la troisième. Après deux années d'utilisation de ce type, il est possible de maintenir la parcelle largement exempte de chardons pour la culture suivante — le plus souvent une céréale d'hiver. Quant à la patience, qui se trouve certes affaiblie après chaque fauche mais monte rapidement en graines, une réduction de la production semencière n'est généralement pas évitable. Concernant le chiendent (Agropyron repens), les fauches répétées compromettent la force germinative des rhizomes et entravent ainsi sa propagation ultérieure.

Dans le cadre de l'assolement, la culture fourragère en plein champ riche en légumineuses et les cultures intermédiaires accomplissent un véritable miracle écologique. Elles restituent au sol la fertilité perdue, créent une harmonie dans le vivant, ramènent la faune sauvage dans le paysage et offrent aux moutons et aux bovins un fourrage excellent, été comme hiver, ainsi qu'un pâturage en chaume à l'automne.

Rotation culturale, maladies et attaques de ravageurs

La question est de savoir si les plantes peuvent tomber malades dans le même sens que l'animal et l'homme. Une direction vers une réponse s'ouvre dès lors que l'on considère la structure des corps constituants dans les règnes de la nature et chez l'homme : le minéral est unimembre, doté d'un seul corps physique ; à la double organisation de la plante — corps physique et corps éthérique — s'ajoute chez l'animal un troisième membre, le corps astral, et chez l'homme un quatrième, l'organisation du Je. C'est le corps astral qui est à l'origine des maladies.[231] Un tel corps astral ne s'incarne pas dans la plante. Son corps d'âme demeure dans le suprasensible ; il rayonne ses forces depuis la périphérie dans le temps et dans l'espace, effleure les plantes seulement de l'extérieur et se crée un reflet dans leur forme. Dans la pureté de l'organisation éthérique de la plante, il se lie aux substances terrestres, les vivifie et les compose en son organisation physique. Dans cette union, la plante devient, dans ses formes, une

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forme sensiblement visible. Dans ces processus de formation vivants-éthériques, la plante est saine de part en part ; elle est porteuse de toutes les forces qui guérissent ; par sa propre organisation des forces formatrices, elle ne peut proprement pas tomber malade. Ce qui modifie la forme de son apparence en tant qu'image pure de son type, la déforme même ou la détruit entièrement, ce sont des influences extérieures. On les rassemble aujourd'hui sous la notion indéterminée d'effets de l'environnement. Dès que ces effets glissent dans les extrêmes, l'harmonie du rapport entre les actions cosmiques et les actions terrestres se perd ; des déséquilibres surgissent. Ceux-ci peuvent survenir naturellement par des incendies, des tempêtes, des inondations et des tremblements de terre, ou, de plus en plus, par des actes égoïstes de l'homme, par des prétentions à la possession et au pouvoir, une exploitation rigoureuse, etc. Les influences de l'homme se manifestent dans le réchauffement climatique, le changement climatique, la pollution de la terre, des mers et de la stratosphère. L'électrosmog enveloppe les plantes de toutes parts et les coupe des actions cosmiques. Dans la culture des plantes cultivées, cette influence extrême est encore amplifiée par des technologies de toutes sortes étrangères à la vie, comme la fertilisation excessive avec des sels d'azote synthétisés à partir de l'air, l'hydroponique (culture sur solutions de sels nutritifs), les pesticides, les herbicides, etc. Les plantes sont enveloppées de substances et de rayonnements étrangers qui affaiblissent leur organisation éthérique. Elle n'est plus en pleine mesure capable d'édifier ou de maintenir son organisation corporelle physique conformément à la prédisposition propre à son espèce. La conséquence physiologique est que les plantes contiennent un excès d'eau — cellules agrandies et espaces intercellulaires dilatés — et de sels qui y sont dissous, davantage qu'elles ne peuvent en intégrer dans l'édification de leurs tissus formatifs. Tout cela convoque un large spectre d'organismes végétaux et animaux : bactéries, champignons, acariens, insectes, qui rendent au bon endroit et au bon moment des services utiles dans l'économie de la nature, mais qui, au mauvais endroit, au mauvais moment, se multiplient de façon unilatérale et fulgurante et deviennent des organismes nuisibles. Un cas particulier dans ce tableau est celui des viroses. Les virus constituent une sorte de sous-nature du règne végétal, comme la radioactivité en est une pour le règne minéral. Les virus n'ont pas de métabolisme propre. Ils s'insèrent dans le métabolisme des organismes vivants — des bactéries vers le haut — et ne peuvent se développer et se multiplier qu'à travers lui. Tandis que tout le vivant se vit en manifestation dans des rythmes, le virus se comporte de façon arythmique. Les virus, avant tout, sont responsables dans le règne des plantes cultivées de la dégradation variétale qui s'accomplit à une cadence toujours plus rapide.

Les maladies parasitaires bactériennes et fongiques sont l'expression d'un excès d'actions des forces de la lune, qui, dans le sol, par l'intermédiaire

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par l'eau, une «vie lunaire» (*Mondenlebendigkeit*). Celle-ci agit, sous des conditions météorologiques équilibrées, à l'intérieur des plantes jusqu'à la formation de la graine.[232] Lorsque la lune agit trop fortement, cependant — dans un hiver doux avec de l'humidité prolongée jusqu'au printemps, renforcée encore par l'apport de sels nutritifs facilement solubles —, la pression fongique s'accroît. La vie lunaire excédentaire entre pour ainsi dire en concurrence avec les forces qui, depuis le cosmos, parviennent jusqu'aux plantes par l'intermédiaire de la silice, du calcaire et de l'argile, y imprimant leur action formatrice. Ces forces s'affaiblissent. Il se produit une sorte de fructification prématurée dans le végétatif, dans la zone foliaire. Au-dessus du niveau du sol — dont l'intérieur est pourtant la véritable demeure de l'armée des bactéries et des champignons —, il se forme, en haut dans la zone des pousses, un second niveau pédologique pour les parasites et les champignons. Sous l'emprise de forces lunaires trop intenses, la plante s'abandonne à une dégradation par ce même règne d'êtres vivants inférieurs qui lui rend, dans l'obscurité du sol, d'utiles services.

Le danger d'une action lunaire trop forte peut être prévenu par les mesures suivantes :

  • Une fumure favorisant la santé des plantes (en fortifiant leur organisation éthérique) (voir chap. «Du caractère essentiel de la fumure», p. 259 sq.).
  • La construction d'un sol actif à la manière de la terre, riche en formes d'humus stable (argile-humus).
  • Plusieurs pulvérisations dans le cours de l'année avec une décoction de prêle (action siliceuse).
  • La préservation et l'entretien des biotopes humides ainsi que des prairies permanentes proches des exutoires ou de la nappe phréatique. Ce sont là les sites naturels où les forces lunaires peuvent «se déployer» dans l'épanouissement d'une vie riche en champignons et en bactéries — ce qui est salutaire pour l'ensemble de l'organisme agricole.

Le travail du sol aide la plante, dans un premier temps, à atteindre la configuration typique des forces formatrices de son corps éthérique. Elle reçoit un renforcement supplémentaire grâce à la juste place dans l'assolement, et le degré le plus élevé d'une croissance saine, ainsi que de la formation et de la maturité du fruit, lui est conféré par la fumure (cf. chap. «Du caractère essentiel de la fumure», p. 259 sq.). Pour la configuration de l'assolement, trois moments principaux entrent en considération : la compatibilité avec soi-même, l'effet de la culture précédente et le maintien d'une haute dynamique humique. En cas de culture répétée sur la même parcelle, les cultures à multiplication végétative sont, à un degré bien plus élevé, compatibles avec elles-mêmes que

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lors de multiplication générative ; à moins que la génération parentale ne soit porteuse de virus — problème majeur dans le cas du nachbau de pommes de terre, de la multiplication des arbres fruitiers, etc. La nature elle-même nous donne l'exemple de la haute compatibilité avec soi-même de la multiplication végétative : chiendent (*Agropyron repens*), ortie (*Urtica dioica*), chardon des champs (*Cirsium arvense*), liseron des champs (*Polygonum convolvulus*), prêle des champs (*Equisetum arvense*), etc.

Dans le cas du nachbau génératif de variétés à graines stabilisées, une dégradation variétale à des degrés variables est la règle. L'incompatibilité avec soi-même est due à la multiplication unilatérale d'organismes nuisibles tels que bactéries, champignons, insectes et autres animaux du sol, ainsi qu'aux exsudats racinaires pathogènes des plantes cultivées elles-mêmes (*allélopathie*). On peut faire face aux organismes nuisibles de la manière suivante :

Par toutes les mesures qui renforcent la constitution, c'est-à-dire les forces formatrices de la plante. En fait partie la production semencière propre à la ferme par nachbau ciblé : «Lorsqu'on [dans les semailles ; ajout de l'auteur] est proche des mois d'hiver, on provoque une forte force de reproduction, lorsqu'on est plus éloigné des mois d'hiver, une forte qualité nourricière dans les plantes céréalières.»[233]

La prise en compte du moment des semailles selon les rythmes cosmiques, en particulier du cycle synodique ou des phases lunaires.

  • Un sol actif et fertile, qui digère rapidement toute sorte d'influences unilatérisantes venues de l'extérieur et les rend inoffensives pour les plantes.
  • Une distance spatiale par rapport à la culture de l'année précédente (par exemple le chou vis-à-vis de la hernie du chou [*Plasmodiophora brassicae*], les pommes de terre vis-à-vis du doryphore) ainsi qu'une distance temporelle qui, selon le degré de compatibilité avec soi-même, est de trois à six ans.

Maladies des céréales à paille liées à l'assolement

Dans tous les cas, le nachbau entraîne des baisses de rendement par accumulation d'agents pathogènes spécifiques. La compatibilité avec soi-même est donc limitée — le moins limitée chez le seigle. En raison de leur frugalité, l'avoine et le seigle viennent après la culture hivernale d'orge et de blé en tant que cultures épuisantes. L'avoine est considérée comme une culture assainissante. Sa valeur de précédent cultural est faible ; envisagées dans l'ensemble de l'assolement, les céréales assurent cependant un bilan humique équilibré. La formation racinaire du blé et de l'orge est par ailleurs nettement inférieure à

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celle du seigle et de l'avoine. Les premières sont des consommatrices d'humus de force moyenne et exigent donc des précédents de qualité — des plantes sarclées bien fumées. Le blé est incompatible avec l'orge comme précédent. Dans ce cas, comme plus généralement dans les assolements riches en céréales (>50 %) ainsi qu'avec des masses de paille mal décomposées, apparaissent des maladies du pied, des attaques fongiques à la base du chaume du blé, telles que le piétin-échaudage (Ophilus graminis) ou le piétin-verse (Cercosporella herpotrichoides). L'alternance régulière de cultures à feuilles et de céréales à paille y remédie. Le maïs occupe une place à part parmi les Graminées : il est compatible avec lui-même à un degré élevé. Des infections fongiques peuvent toucher le blé et l'orge, moins l'avoine et encore moins le seigle, sur toute la tige jusqu'à l'épi. Chez le blé, ce sont principalement dans la zone foliaire les rouilles (Puccinia) — rouille jaune, brune et noire — et les caries (Tilletia), dans l'épi (Helminthosporium gramineum) le faux carie nain et la carie commune ; chez l'orge, la rayure foliaire (Ustilago avenae) ainsi que l'oïdium (Erysiphe graminis), dans l'épi la charbon volant de l'orge ; chez l'avoine, le charbon volant de l'avoine ; chez le seigle, dans la zone foliaire la fusariose nivale (Fusarium nivale), dans les épis l'ergot (Claviceps purpurea). Le maïs s'insère sans problème dans les assolements riches en céréales ; les maladies du pied ne lui font rien.

Les dégâts liés à l'assolement causés par les insectes — tels que l'attaque de mouches des céréales (Oscinis frit), d'anguillules (Ditylenchus dipsaci) chez le seigle, de cécidomyie, de mouche des semis (Hylemya correlata) et autres chez le blé, de mouche des céréales (Oscinis frit) et de thrips (Thrips lini), de nématodes chez l'avoine, de mouche des chaumes (Chlorops taeniopus) chez l'orge et le blé — pèsent moins lourd que les attaques fongiques. En revanche, dans la culture du maïs, la pyrale (Pyrausta nubilalis) provoque le dommage prépondérant.

Maladies des plantes sarclées liées à l'assolement

Les nombreuses espèces de plantes sarclées en grande culture et en horticulture ont chacune leur propre profil d'attaque et de dégâts. Elles sont en règle générale incompatibles avec elles-mêmes et doivent être écartées en conséquence dans l'assolement. La pomme de terre constitue une certaine exception. La multiplication végétative par tubercules en fait la plus compatible avec elle-même de toutes les plantes cultivées. En zone de montagne, elle peut être recultivée pendant des décennies. En zones chaudes et humides, toutes sortes de viroses — transmises par le puceron du pêcher (Myzodes persicae) et propagées par les blessures des tubercules —, des infections fongiques, notamment la redoutable mildiou (Phytophtora infestans), ainsi que des attaques animales comme le doryphore (Leptinotarsa decemlineata), qui

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très vite la formation de rendement dès la première année de culture. Un recultivage est donc en règle générale impossible. Dans l'assolement, un intervalle de quatre ans doit être respecté. Les propriétés de précédent cultural de la pomme de terre sont excellentes pour toutes les céréales à paille et plantes sarclées.

Les betteraves (betteraves sucrières et fourragères, betteraves rouges) ne tolèrent que faiblement leur propre retour en raison de l'infestation par des nématodes dans la zone racinaire. Les nématodes (anguillules des racines et des tiges [Ditylenchus dipsaci]) comptent parmi les principaux responsables des maladies liées à l'assolement. Ils sont polymorphes raciales, infestent presque toutes les plantes cultivées ainsi que de nombreuses espèces de mauvaises herbes, sont longévifs, raison pour laquelle un intervalle de quatre à six ans doit être respecté dans l'assolement avant le retour d'une espèce de betterave. Les betteraves présentent un large spectre d'agents pathogènes : des viroses (entre autres la jaunisse de la betterave [Beta-Virus 4]), des champignons (entre autres la fonte des semis, différents champignons) ainsi que des nématodes, des pucerons (Phytophagus), la mouche de la betterave (Pegomya hyoscyami), le silphe à grains (Atomaria linearis) et autres. L'infestation est en partie liée aux variétés et aux conditions climatiques, mais elle est pour la plus grande part la conséquence d'une hygiène insuffisante du sol et d'un retour trop rapproché dans l'assolement.

Les précédents culturaux appropriés pour les betteraves sont de préférence les pommes de terre et les légumineuses fixatrices d'azote, ainsi que, avec une bonne fumure organique propre à l'exploitation, toutes les céréales. Les cultures suivantes sont en règle générale des formes hivernales ou de printemps de blé et d'orge.

Les crucifères (Kruziferen), parmi lesquelles toutes les espèces de choux, le colza ainsi que des représentants des cultures intermédiaires comme les dérivés du colza, la moutarde blanche (Sinapis alba), le radis oléagineux (Raphanus sativus var. oleiformis) et autres, enrichissent l'assolement de façon considérable. La floraison abondante du colza (Brassica napus) et des crucifères venues en fleur, des cultures intermédiaires ainsi que, involontairement, des mauvaises herbes moutarde et ravenelle (Raphanus raphanistrum), constitue une source de nectar qui attire une foule d'insectes volants.

Maladies des plantes fourragères liées à l'assolement

Mais les crucifères attirent en même temps un grand nombre d'insectes broyeurs, au premier rang desquels les altises (espèces Phyllotreta), la mouche du chou (Chortophila brassicae), le méligèthe du colza (Meligethes aeneus) et autres. Tout aussi dommageables sont une série de maladies fongiques, au premier rang la hernie des crucifères (Plasmodiophora brassicae), qui, en tant que maladie typique de l'assolement, détermine pour l'essentiel l'incompatibilité des brassicacées, du colza etc., mais aussi des mauvaises herbes crucifères entre elles. Le colza est en outre plante-hôte de nombreux

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d'espèces de nématodes qui causent des dégâts dans les cultures suivantes. Le colza a besoin de cultures précédentes qui libèrent le terrain tôt, comme l'orge d'hiver et le seigle d'hiver. Il laisse à la culture suivante un sol excellemment structuré, en bonne maturité, relativement exempt de mauvaises herbes. Pour les raisons énoncées, comme pour les choux, une pause culturale de trois à quatre ans s'impose. Lorsque l'on intègre des engrais verts à base de crucifères intensifs dans l'assolement, les intervalles doivent être encore plus étendus.

Au cœur de l'assolement, aux côtés des cultures de marché, se trouvent les plantes fourragères trèfle (Trifolium) et luzerne (Medicago), complétées d'un mélange de graminées fourragères et de plantes herbacées. Trèfle et luzerne, d'une part, en tant que plantes à enracinement profond, vivifient directement l'ensemble du profil du sol par fixation d'azote, solubilisation des minéraux et richesse en masse racinaire — d'autant plus lors de peuplements pluriannuels et vigoureux —, d'autre part, elles comptent indirectement, sur le plan végétal, parmi les grands promoteurs de la fertilité durable des sols. Cela s'accomplit par les masses fourragères qui, transformées et affinées par la digestion des ruminants, retournent sur la terre en tant que fumier. La culture des légumineuses fourragères est complétée par des légumineuses à graines, parmi lesquelles la fève des champs (Vicia faba), le lupin (Lupinus) et le pois (Pisum sativum). Elles figurent dans l'assolement soit en semis pur, soit en culture mixte avec l'avoine, de préférence avant culture sarclée. La priorité accordée au trèfle et à la luzerne dans l'assolement fixe des limites à la culture des légumineuses à graines. La cause en est le sitone du trèfle (Sithonia lineata), qui est capable d'endommager considérablement les légumineuses fourragères au stade juvénile précoce. Le problème central du trèfle rouge — moins de la luzerne — est le sclerotinia du trèfle (Sclerotinia trifolium). C'est une maladie typique de l'assolement. Les sclérotes noires (corps fructifères du champignon) adhèrent au collet, détruisent les vaisseaux conducteurs, et la plante de trèfle dépérit d'un jour à l'autre avec l'arrivée du printemps. Les formes persistantes du champignon peuvent se maintenir dans le sol jusqu'à huit ans. Un retour du trèfle rouge, et aussi de la luzerne, ne devrait donc intervenir qu'au plus tôt toutes les cinq à six ans. Avec une culture d'au moins deux ans, le problème des chardons pour la culture suivante est résolu et la population de nématodes s'est aussi considérablement réduite.

D'autres plantes à larges feuilles qui font en règle générale partie des assolements biodynamiques sont les betteraves fourragères (Beta vulgaris var. alba), utilisées comme diététique dans l'alimentation des vaches laitières, ainsi que les carottes (Daucus carota) et le lin oléagineux (Linum usitatissimum) dans l'élevage des veaux. Celles-ci, de même que les cultures maraîchères et les plantes médicinales destinées à la santé animale, sont cultivées en partie selon des méthodes horticoles, en partie intégrées aux parcelles de cultures sarclées à l'échelle du champ.

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La rotation des cultures en relation avec la fumure, le bilan humique et le travail à la charrue

Par la rotation des cultures, l'exploitation biodynamique se donne un cadre de production qui garantit une fertilité durable autochtone du sol adaptée aux conditions stationnelles. Ce cadre spatio-temporel pose un thème qui peut varier selon les conditions météorologiques et les besoins en fourrage et en marché. Ce thème doit vivre comme un contexte vivant d'idées dans la conscience de la communauté de la ferme et s'imprimer progressivement, année après année, dans l'organisme agricole. Chaque année à nouveau, cette image de la rotation des cultures devient, dans la configuration du processus naturel, une œuvre d'art perceptible. Dans l'exemple suivant (Dottenfelderhof), une rotation de douze parcelles est présentée, qui se subdivise en deux rotations de six parcelles, laissant à leur tour reconnaître le principe originel de l'assolement triennal :

Année Rotation des cultures Culture intermédiaire Fumure Bilan humique Labour d'automne
1 Luzerne - Graminées FL 100–200 dt de compost + -
2 Luzerne - Graminées FL Formation d'humus stable + la
3 Blé d'hiver - Orge CP ~ la
Crucifères
4 Seigle d'hiver CP ~ la
Légumineuses et autres
5 Cultures sarclées : pommes de terre, légumes de plein champ, betteraves fourragères et autres FL 300 dt de fumier de ferme profond - la
Crucifères en partie +~
6 Avoine, épeautre CP Sous-semis de trèfle -
7 Trèfle-graminées FL 100–200 dt de compost + -
8 Trèfle-graminées FL Formation d'humus stable + la
9 Blé d'hiver —

Multiplication de semences

CP ~ la
Crucifères
10 Seigle CP ~ la
Légumineuses et autres
11 Cultures sarclées : comme au point 5 FL 300 dt de fumier de ferme profond - la
Crucifères en partie +~
12 Avoine, épeautre,

Multiplication de semences

CP Sous-semis de luzerne ~ -
FL = fruit à larges feuilles ; CP = céréale à paille ; + = augmentation de l'humus ; ~ = maintien ; - = consommation ; la = labourer

La part des fruits à larges feuilles correspond avec 50 % au système de l'agriculture en rotation. Les cultures intermédiaires déplacent toutefois le rapport des

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de céréales à paille au profit des fruits à larges feuilles. Les cultures à enracinement profond avec la plus grande masse racinaire — la luzerne suivie du trèfle — l'emportent sur la part des plantes sarclées, pour la plupart à enracinement superficiel et à faible masse racinaire. Les céréales à paille occupent la position médiane sous ces deux rapports. Sans tenir compte de la contribution des cultures intermédiaires et de la fumure organique, on peut estimer que le bilan humique sur les douze années est légèrement positif. Le travail du sol, principalement au printemps et en automne, exerce sur lui une influence négative. Le fait que ce travail soit suspendu pendant un quart des douze années grâce aux cultures fourragères de plein champ atténue la perte d'humus, de même que la profondeur de travail modérée en automne et au début de l'hiver, à la charrue, au cultivateur, au disque, etc. La compensation de cette perte, ou même une remontée progressive vers un niveau durablement plus élevé des teneurs en humus, est alors la tâche des cultures intermédiaires pourvoyeuses d'humus, mais surtout de la fumure au fumier de ferme et aux composts.

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Troisième pilier :

De l'essence de la fumure

Ce que fumer signifie vraiment est une question d'énigme. Du point de vue des sciences agronomiques ordinaires, il ne semble plus valoir la peine de la creuser davantage ; elle paraît déchiffrée une fois pour toutes. En ce sens, fumer signifie : apporter au système sol-plante — pensé et calculé sous la forme isolée des éléments chimiques individuels — les substances qui permettent d'espérer des rendements maximaux, à l'approche de l'épuisement du potentiel génétique des variétés de plantes cultivées sélectionnées à cet effet, dans l'objectif d'une gestion nutritive harmonieusement équilibrée.

Cette pensée ponctuelle des relations de cause à effet extérieures se trouve en polarité avec l'affirmation de la recherche spirituelle anthroposophique, qui désigne «les mystères de la fumure» comme des «mystères extraordinairement réels».[234]«Certes, [la fumure ; note de l'auteur] se pratique par tradition instinctive depuis des temps anciens. Mais comprendre l'essence de la fumure, aujourd'hui personne ne le fait vraiment», «si ce n'est ceux qui peuvent le savoir à partir du spirituel».[235]Les trois chapitres qui suivent constituent une tentative de poser les bases d'une compréhension de cette affirmation radicale. Dans les développements qui viennent ensuite, consacrés aux degrés de la fumure, le mystère de l'essence de la fumure peut devenir quelque chose de plus révélé.

De la question de la substance et des forces

Pratiquer l'agriculture, c'est mettre en mouvement de grandes masses de matières, issues pour l'essentiel de la nature organique : le sol vivant à chaque façon culturale, les opérations de récolte du fourrage vert, du foin et de la paille, leur stockage et leur distribution quotidienne à la crèche, la litière à l'étable, l'évacuation du fumier et la conservation du fumier de ferme et du purin, leur épandage sur les champs et les prairies, les multiples passages des préparations à pulvériser sur l'ensemble du finage de la ferme, les masses récoltées de céréales à paille et de cultures sarclées, leur stockage, et enfin la mise à disposition de tous les produits de la récolte qui quittent la ferme en tant qu'aliments. L'agriculture est un commerce

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de transport malgré elle. C'est là un côté des choses ; l'autre côté, c'est qu'elle est un processus inscrit dans les rythmes du cours de l'année et qui se poursuit au-delà d'eux. Cela vaut avant tout pour la fumure. Les substances fertilisantes produites dans l'exploitation sont elles-mêmes le résultat de processus vitaux et, en même temps, la cause de leur maintien et de leur intensification.

Mais quelles sont donc ces matières qui se trouvent ainsi mises en mouvement sous les formes les plus diverses ? Qu'est-ce qu'une matière ? Les matières se manifestent dans les quatre éléments classiques : dans les états d'agrégation du solide (Terre), du liquide (Eau), du gazeux (Air). Pour l'élément Chaleur, la science naturelle n'a pas encore trouvé d'accès conceptuel qui le caractérise comme un quatrième élément autonome parmi les éléments classiques. Le principe méthodique de décomposition des phénomènes — qui remonte au fondateur de la physique expérimentale Francis Bacon (1561–1626) — prévaut encore aujourd'hui dans le fonctionnement ordinaire de la science. Cette méthode, qui cherche derrière les phénomènes le principe d'être causal dans des processus matériels, continue de dominer l'activité scientifique courante.

On cherche derrière l'apparence subjectivement perçue l'objet, quelque chose de matériellement concret. On ne le trouve pas dans la chaleur elle-même, mais de manière secondaire dans les états de chaleur qui apparaissent de façon mesurable dans les éléments du solide, du liquide et du gazeux. La chaleur demeurerait imperceptible sans ce rapport aux trois éléments ou états d'agrégation. Pour Francis Bacon, qui s'est constitué juge de la chaleur par des moyens juridiques, c'était là vraisemblablement la raison de dénier à la chaleur l'existence propre en tant qu'élément. Jusqu'à aujourd'hui, l'immatérialité de la chaleur, sa nature essentielle, reste conceptuellement dans l'obscurité. Elle n'incarne aucun état d'agrégation propre. Dans la période plus récente, des chercheurs tendent à qualifier l'état du plasma — hautement énergétique et extrêmement dilué — de quatrième état d'agrégation. Mais dans cet état phénoménal hautement complexe aussi, la chaleur apparaît sous une forme liée à la matière. Sa nature pure en tant qu'élément chaleur devient dans la perception le phénomène de la sensation thermique, dans ses gradations du froid au chaud, médiatisé par les éléments Terre, Eau, Air. Sa nature immatérielle pure se révèle encore dans la propriété qu'elle a, par sa présence et son absence, de faire passer les états élémentaires ou d'agrégation les uns dans les autres.

La question de la nature de la matière — qui est devenue peu à peu, à partir du XVIIe siècle, la question centrale de la connaissance dans les sciences naturelles — semble être résolue en principe par la physique et la chimie. Lorsqu'on décompose, selon les méthodes de l'analyse, des matières organiques ou inorganiques — abstraction faite

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de celles qui se trouvent à l'état élémentaire dans la nature, comme l'or, l'argent et d'autres, il se dégage une somme d'éléments physico-chimiques que l'on distingue selon leurs propriétés. On les conçoit comme construits à partir d'atomes (atome = indivisible).

Au XIXe et au XXe siècle, on a également décomposé le produit de cette décomposition, l'élément en tant qu'«atome indivisible», en ses particules élémentaires. Par cette démarche, le caractère qualitatif propre aux éléments chimiques perdit de sa pertinence pour la connaissance de la nature des substances. Avec ce pas, on franchissait un seuil depuis la nature vers la «sous-nature»[236] et l'on pénétrait dans le domaine subatomique des particules élémentaires (quanta). En ce domaine, le monde des sens se perd et un autre surgit : celui des effets énergétiques mesurables.

Ces derniers se distinguent des actions de forces cosmiques qui rayonnent vers l'intérieur et qui élèvent le monde substantiel terrestre à la constitution des degrés supérieurs d'existence — la vie du règne végétal, l'animique du règne animal, le spirituel de l'être humain. Les substances terrestres, au contraire, se révèlent rayonnantes vers l'extérieur,[237] formations de forces condensées, tels des processus parvenus à leur terme et fixés dans cet état.

On a vu dans les atomes des corps occupant l'espace, la matière qui serait seule à causer tout être supérieur sur Terre. Cette conception a fourni à la vision du monde matérialiste un fondement rationnel, apparemment inébranlable. La matière, selon cette conception, est le continuum qui était au commencement et qui sera à la fin. Tout être — ce qui est apparu entre ce commencement (Big Bang) et cette fin (*entropie finale*, mort thermique) et qui existe encore — se déduit de ce fond originaire matériel, et l'être humain également, qui en tant qu'objet matériel pense tout cela. En niant son propre être — en tant qu'être ressentant de manière animique, aspirant spirituellement et voulant dans l'amour —, il a élevé ce théorème au rang d'axiome. Le matérialisme est, en raison de son fondement apparemment sûr — le déchiffrement du mystère de la substance et de la technologie qui en a résulté — la vision du monde la moins réfléchie sur elle-même. Il voile le regard sur l'être humain, qui, en engageant les plus hautes capacités de l'entendement, se construit un monde dans lequel il se perd comme non-Je dans le néant. «L'entendement s'éloigne de la réalité, la raison nous y

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ramène à elle.» Le tableau du monde matérialiste a subi une certaine ébranlement par les découvertes de la physique quantique, qui démontre que la matière ne peut être différenciée en une somme de particules atomiques, mais en quanta d'action énergétiques. Mais qui en est l'auteur ? C'est ici que se pose la question de l'esprit, d'un monde d'entités créant depuis le suprasensible. «L'entendement nous éloigne de la réalité, la raison nous y ramène.»[238]

Lorsque l'être humain dirige toute la force de la raison sur lui-même en tant qu'être pensant, il trouve en lui-même les moyens et les chemins qui le conduisent hors de la statique du tableau du monde matérialiste. Il s'éveille à la conscience qu'il est lui-même, issu des origines spirituelles premières, l'appelé à être le porteur du développement et à le devenir toujours davantage ; qu'il peut, grâce aux forces de l'âme que sont la pensée, le sentiment et le vouloir, développer en lui les organes de connaissance animiques supérieurs et se former, à leur aide, à des contemplations intuitives plus élevées. Celles-ci lui permettent, en libre autodétermination, de prendre en main son avenir et l'avenir de sa co-création. Des signes de cette nature s'allument partout à l'horizon. Seulement : la question de l'être de la substance dans toutes ses formes de manifestation — dans la nature inanimée, dans la vie des plantes, dans l'être animé des animaux et dans l'organisation spirituelle ou du Je de l'être humain — n'est pas encore posée dans ce sens.

Pour gagner un accès à cet ensemble de questions, il faut retenir ceci : «Le tableau du monde sensible est la somme de contenus de perception se métamorphosant, sans matière sous-jacente.» Les perceptions que nous faisons à propos d'un objet sensible stimulent la pensée à former des concepts qui cherchent à saisir les propriétés de cet objet. C'est ainsi que les éléments de la substance du tableau périodique se caractérisent chacun par des propriétés spécifiques, qui sont l'expression de quelque chose qui ne devient pas phénomène, qui n'appartient donc pas au naître et au périr dans le temps et l'espace. La matière, quant à elle, est conçue comme le continuum, comme ce qui demeure dans le temps et l'espace, sans elle-même être une manifestation sensible et sans être soumise aux forces constructives et destructives qui agissent dans le temps et l'espace. Ce qui entre en manifestation, ce sont les propriétés saisissables conceptuellement. Elles sont des projections d'un supra-espacio-temporel, d'un suprasensible, de l'être de telle ou telle substance. Elles se constituent

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[239]

dans la conscience de l'être humain, elles se constituent à travers la perception et le concept en une somme de propriétés. Leur délimitation et leur attribution à telle ou telle substance est l'objet de la physique. Leur constellation est telle que chaque élément de substance possède une affinité spécifique envers d'autres substances. Elles peuvent réagir entre elles. Lorsque cela se produit, les substances de départ disparaissent du champ de vision et, comme une synthèse, naît une nouvelle substance, aux propriétés surprenantes et inédites. Le commencement et la fin sont reliés par un devenir discontinu. Hydrogène (H) et oxygène (O), par exemple, sont des gaz. Leur affinité réciproque est si puissante qu'ils réagissent ensemble de manière explosive. Ils disparaissent, et surgit l'eau — la substance la plus riche en propriétés, le fondement de toute vie. Il s'accomplit un saut d'un état d'agrégation peu dense vers un état plus densément condensé. Si l'eau est soumise à une électrolyse avec apport d'énergie, les éléments de départ réapparaissent sous forme gazeuse. Lors du passage de l'état gazeux à l'état liquide — comme dans toute réaction entre substances — le facteur temps entre en jeu. Il s'accomplit un processus. Ce devenir processuel dans le monde des substances est par excellence l'objet de la chimie. Il peut être suivi empiriquement dans les phénomènes réactifs qui l'accompagnent, mais il se soustrait comme tel à la perception. Dans le processus chimique, des forces sont à l'œuvre qui sont ancrées dans l'être de la substance et dans ses propriétés. Les forces en mouvement durant le processus demeurent, avant le début et à la fin de la réaction, dans un état de repos, de figement dans la forme. Dans la forme, la substance devient sensible et, dans ses propriétés physiques de mesurabilité, de numérabilité et de pesabilité, calculable.

Au cours de l'action des forces chimiques et processuelles, des phénomènes apparaissent — chaleur, lumière, couleurs, bruit, odeur et expériences gustatives — qui ne peuvent être déduits des propriétés des substances en réaction. Ils permettent à l'esprit chercheur de l'être humain de s'imprégner plus profondément du devenir processuel, et même, dans l'exercice actif, de développer avec lui un rapport personnel, dans lequel l'action des forces suprasensibles se reflète, dans le vécu personnel, avec une plus grande proximité à l'esprit. Dans le co-vécu des phénomènes chimiques, les substances révèlent, entrouvrant une fissure, leur nature de forces — et par là même leur nature essentielle.

Plus la physique avançait dans la recherche du mystère de l'élément matériel conçu comme tel — l'atome — dans le spatio-temporel, plus le phénomène s'évanouissait du champ de vision de l'expérimentateur. Il déroulait le fil rouge à l'aide de modèles représentés et au moyen de

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les mathématiques. Sans qu'on s'en aperçoive, il avait quitté la nature pour entrer dans un règne de «l'infra-sensoriel», dans la sous-nature, dans un règne de rapports de forces strictement soumis à des lois, fixés, privés de vie et d'âme — rapports de masse, d'électricité, de magnétisme et d'énergie de liaison nucléaire. Dans cette sous-nature, tout ce qui appartient au monde sensible des objets se trouve dissous en un système calculable de formes d'énergie figées en elles-mêmes et pourtant interagissantes. Là où elles agissent de manière isolée, elles sont au plus haut point hostiles à la vie. Les forces infra-sensorielles agissent dans «l'espace» et sont par là même nécessairement représentées comme des corps dans l'espace, comme une mécanique de quanta. On distingue, selon une délimitation spatiale et — selon leur mécanisme d'action — diverses particules élémentaires ou quanta d'énergie.

Au fil du développement de la physique quantique, il devint évident que ces représentations, adossées à l'expérience sensorielle, n'étaient pas tenables. Niels Bohr (1885–1962), le père de la physique quantique, en vint à cette conclusion : «Il n'existe pas de monde quantique.»[240] Ses collègues de même génie, Werner Heisenberg (1901–1976), Wolfgang Pauli (1900–1958) et d'autres, confirmèrent cette conviction. Heisenberg écrit : «Les plus petites unités de la matière ne sont pas, en réalité, des objets physiques au sens ordinaire du terme ; ce sont des formes, des idées, que l'on ne peut exprimer sans ambiguïté qu'en langage mathématique.»[241] — L'atome n'est donc pas une chose dans l'espace. Et il poursuit : «Lorsqu'on tente de pénétrer, derrière cette réalité [la réalité sinnfällige ; note de l'auteur], dans les détails du processus atomique, les contours de ce monde ‹objectivement réel› se dissolvent — non dans le brouillard d'une conception nouvelle et pourtant obscure de la réalité, mais dans la clarté transparente d'une mathématique qui relie selon des lois le possible, et non le factuel.»[242] Cette «clarté transparente» est cependant une abstraction. Si juste qu'elle puisse être quant à l'être et à l'action de la sous-nature, elle se heurte néanmoins à une limite à laquelle l'être humain qui connaît peut prendre conscience qu'on ne peut tirer de cette abstraction aucune étincelle d'impulsion éthique ou morale. La mathématique a affaire au physiquement-devenu, qui se révèle à la conscience pensante dans des rapports de nombres. Leur cohérence est saisissable dans la pensée, c'est-à-dire purement dans l'esprit. En eux, l'objectif et le subjectif coïncident en un seul et même point. Ils sont vrais dans le cas limité du

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de l'Anorganique-Physique. En ce sens, la mathématique est une science de l'esprit et non une science de la nature. On pense des pensées capables de transposer des lois physiques en fonctions technologiques. Si l'on demeure dans ces pensées et que l'on cherche, dans un renforcement intérieur de l'esprit, à porter leur rigueur logique et leurs rapports logiques jusqu'à l'expérience vécue, alors la mathématique ne se fige pas dans l'abstraction rigide et sans vie, mais peut devenir une étape préliminaire d'une véritable connaissance de l'esprit.

Les rapports numériques sont l'expression de rapports d'énergie et de forces. Ces derniers sont d'une part les porteurs de processus des réactions substantielles, d'autre part ils sont captifs dans la substance en tant que «processus retenus».[243][244]

La substance est soumise à la pesanteur. Cette propriété éprouvable, avant toute autre, fait d'elle le représentant du terrestre. Elle est une somme de formes d'énergie ou de forces, captive dans la forme sensible, qui s'expriment dans les propriétés. Elles rendent possibles des processus qui se déroulent selon des lois naturelles, qui sont reproductibles et abstractibles mathématiquement dans des formules.

Dans la nature vivante, ce devenir processuel n'est plus déductible des seules propriétés des éléments substantiels physiques. Bien au contraire, les processus vitaux les éloignent le plus possible de leur déterminabilité physique. La protéine, par exemple, se constitue à partir des cinq éléments carbone, oxygène, azote, hydrogène et soufre. Ceux-ci, avec leurs propriétés, deviennent les porteurs de forces dont l'origine est cosmique.[245] Ces forces cosmiques affluent de toutes parts depuis la périphérie planétaire et se configurent, selon la nature essentielle d'une plante ou d'un animal, en un corps éthérique ou corps de vie. Celui-ci est de part en part créateur de processus. Il devient l'architecte de l'organisation physique, extrait les substances physiques de leur captivité dans le terrestre, les met au service des processus vitaux et les maintient aussi longtemps dans le flux de la vie, jusqu'à ce que celui-ci s'éteigne dans la forme des formations organiques. Le corps éthérique se dissout alors dans l'éther du monde. Dans la décomposition bactérienne, la minéralisation, les éléments substantiels terrestres sont libérés des formations organiques ; ils retombent dans leurs propres lois physiques.

Ce que l'on désigne dans la nature organique comme composants constitutifs — protéines, hydrates de carbone, graisses, hormones, vitamines, etc. — sont

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des abstractions tirées de leurs contextes vitaux — des formations corporelles, mortes. Dans le flux des processus vitaux, elles sont des formations de forces qui, en des variantes et interactions quasi infinies, élèvent la matière terrestre au rang de compositions vivantes. Qui compose ces forces en cette symphonie résonnante, de sorte qu'un chêne, dans chacun de ses organes — dans les racines, le tronc, les ramures, les pousses, les feuilles, les fleurs et les fruits — soit reconnaissable comme un chêne, une rose comme une rose ? On cherche dans le règne végétal le type, l'être qui s'exprime formellement dans une espèce végétale déterminée. Ni les forces ni l'être plus profondément caché qui les fait jaillir de lui-même ne sont sensibles. Ils ne se révèlent qu'à la contemplation intuitive suprasensible.

Qu'est-ce qui se révèle à cet égard chez l'animal ? L'être, la source de toute formation, reste caché. Ce qui apparaît, ce ne sont pas l'âme et la force formatrice elles-mêmes, mais leurs manifestations et leurs actions des forces. Un cheval attelé à la charrue s'exprime animiquement dans ses mouvements, dans la docilité à la pression des rênes, à rester dans le sillon, et dans la façon dont il s'arc-boute vigoureusement dans l'attelage en avançant, etc. Toutes ces manifestations de forces ont incontestablement leur origine dans l'être du cheval. Nous les percevons dans la tension des muscles, des traits, dans le sol qui se fend, dans le glissement du soc sur le versoir jusqu'à la dépose latérale de la tranche. La force émanant du cheval se révèle dans la polarité du repos et du mouvement — et cela simultanément. C'est ce qui caractérise le rythme. Le rythme que le cheval manifeste dans tous ses mouvements — dans le pas, le trot et le galop, ou dans le balancement de tête en montée et en descente sous la traction de lourdes charges — procède de la nature animique de cet animal. Le rythme crée une économie dans l'action des forces ; il épargne la force. On prend conscience de tout cela en observateur ; le devenir qui en est le fondement — comment l'animique se convertit en force et celle-ci en une action extérieure — reste caché.

Comment se configure maintenant ce rapport entre l'être et l'apparence de l'homme dans l'agriculture ? Il est lui-même acteur déterminé et en même temps son propre observateur : cocher et cheval en un. L'être, la visée spirituelle et l'acte sont immédiatement liés entre eux dans la conscience de soi : si je prends une bêche et que je bêche, l'effet est analogue à celui de la charrue. Seulement, je suis à chaque instant donneur d'impulsion et participant conscient de l'événement. Mon être spirituel est l'auteur des idées qui me guident, et en même temps la source de la force qui les fait devenir acte. Je trouve en moi-même l'être qui a le pouvoir de se

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déterminer cette acte. L'animal, en revanche, demeure inconscient de son être ; il se vit purement de manière animique dans ses instincts. L'être et l'âme de la plante agissent depuis la «supra-nature» dans les processus vitaux et se créent dans les formes un reflet sensible. L'être du minéral-substantiel se révèle dans une structure de forces spatialement délimitée et fixée, qui dans le cristal s'est figée en formes géométriquement déterminées.

Ce rapport des êtres à leurs modes d'apparition dans les règnes de la nature s'exprime dans la manière dont les substances constitutives du corps reçoivent leur empreinte. Chez l'homme, la composition substantielle corporelle s'individualise selon son âme spirituelle, son Je. L'être arrache les substances à leur simple existence physique et les compose en configurations de forces qui correspondent au degré d'existence où elles apparaissent. Au premier degré, le plus bas, de la nature physico-anorganique, l'édification des substances suit les lois qui y règnent. Ces lois sont saisissables en termes chimico-physiques et se manifestent concrètement dans les créations de la technique. À un deuxième degré d'existence, celui du règne végétal, les substances se composent selon des lois plus élevées, non plus saisissables par le concept, du corps éthérique des forces formatrices. Par lui, l'action des forces terrestres est intégrée à l'action des forces cosmiques. Un troisième degré d'existence des compositions de substances constitue le règne animal. L'animal ne peut édifier son corps qu'en absorbant de la nourriture du dehors. Par le chemin de la digestion, il détruit les substances alimentaires par la force de son propre être animique et compose à partir de cette force animique même sa corporéité propre. Celle-ci est configurée de façon à être le porteur d'un animique habitant l'animal, lequel a son fondement essentiel au-delà de la sphère solaire, dans le lointain cosmos — d'où le nom justement donné : le zodiaque. Le quatrième degré d'existence du substantiel est incarné dans le corps de l'homme. En lui, l'empreinte physique, éthérique et astrale des substances est individualisée par le Je. C'est seulement parce que les substances dans le corps — par exemple l'ADN — sont ordonnées selon la source de force du Je qu'elles peuvent habiter le corps. Elles se créent dans le corps une organisation du Je. Par elle, l'homme se manifeste en tant qu'individualité.

Les quatre degrés des formes d'apparition du substantiel constituent l'existence terrestre et donc aussi la réalité de l'organisme agricole. Dans la fumure, il s'agit de mettre ces degrés d'existence dans un tel rapport les uns aux autres que le mort, le minéral s'ouvre aux forces du vivant, de l'animique et du spirituel : « Il faut directement vivifier la terre, et on ne peut pas le faire en procédant de manière minéralisante

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que par la voie de l'organique, que l'on met dans une disposition telle qu'il puisse agir de manière organisatrice, vivifiante sur le terreux-solide lui-même.»[246]Le concept de fumure n'est donc pas saisissable au niveau de l'inanimé, du «mort, du terreux», mais seulement lorsque l'on prend en considération les degrés à partir du vivant vers le haut.

De la question de l'esprit, de l'être et de l'individualité

Tout ce qui apparaît est forme — le vêtement du substantiel. La forme emplie de substance est désignée comme un corps dans l'espace. Comme la considération qui précède le montre clairement, cette matérialité figée dans la forme se révèle comme une composition de forces spécifique à chaque cas, processuellem­ent solidifiée — «Das Ende der Wege Gottes».[247]Les forces sont invisibles ; elles se manifestent dans leurs effets, par exemple dans les changements de forme. En principe, il n'y a pas d'expression de force sans cause, sans auteur. Ceux-ci sont encore plus cachés à la perception sensorielle que la force elle-même. L'auteur est, dans le jeu des forces, le grand inconnu — l'esprit. Il constitue, à travers tous les règnes de la nature jusqu'à l'homme, l'organisation corporelle physique, et se révèle dans sa forme d'apparition la plus pure dans les formes cristallines du règne minéral. L'esprit est le moteur dans les forces formatrices qui rayonnent depuis les lointains du cosmos. L'auteur de toutes les manifestations de la nature physico-anorganique, morte, est un esprit essentiel. De même, c'est l'esprit qui vit dans les courants des forces éthériques déferlant depuis les sphères du Soleil et des planètes, et qui les forme en corps éthériques des plantes, des animaux et, au-delà de l'homme, en corps éthériques d'êtres spirituels supérieurs.[248]L'auteur de toute vie est un esprit essentiel. De même, c'est l'esprit qui tisse dans les forces astrales rayonnant depuis le cosmos et qui, conformément à la nature des animaux, de l'homme et des entités qui lui sont supérieures, forme leur corps astral. Chez l'animal et chez l'homme, il transmet aux forces éthériques les impulsions formatrices qui édifient et entretiennent les organes corporels, ainsi que les organes supérieurs qui servent au vécu animique, au déploiement des impulsions morales et à l'activité propre à chaque être. Tout être d'âme est esprit ! Et c'est enfin l'esprit qui emplit l'être-du-Je des hommes et

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et éveille en lui la conscience de soi. Dans cette conscience de soi, il développe la force d'aspirer à la connaissance de soi, à la saisie de l'esprit réellement agissant en lui-même, ainsi que dans la nature et le cosmos. Dans la conscience de soi de l'homme, l'esprit s'illumine, clair dans la pensée et onirique dans le sentir ; dans le vouloir, il vit en dormant. La réalité de l'esprit lui devient d'autant plus un fait qu'il vit dans le sentir les idées saisies dans la pensée et qu'il les laisse devenir acte dans le vouloir. Dans cet effort, le Je travaille à la transformation des corps constituants : du corps physique et du corps éthérique. Il en devient le participant ; il se remplit du produit de cette transformation, de l'esprit, et entre avec lui dans un rapport libre.

Le Je de l'homme comprend que, pour élargir la science de la nature, il a nécessairement besoin d'une science de l'esprit, et il la trouve dans la science de l'esprit anthroposophique. Ses résultats se communiquent à l'homme pensant, consciemment, sous forme d'idées. Ils répandent de la lumière sur le monde des sens. Les faits sensibles saisis dans le concept s'élargissent et s'illuminent dans la conscience comme faits de l'esprit. On apprend à se connaître comme être spirituel fondé en lui-même, comme un être qui peut se déterminer librement à partir de sa propre nature essentielle, reconnue par lui-même. L'homme apprend à se reconnaître, dans l'expérience de soi, par la formation intérieure de ses activités de l'âme — penser, sentir et vouloir — comme un Je qui, en tant qu'être spirituel, s'enracine dans l'éternel, qui se crée dans l'espace et le temps une corporéité et qui s'y illumine, ombré, dans la conscience de soi. Par la science de l'esprit, on peut apprendre à devenir conscient de son origine dans l'esprit.

Par la pensée ordinaire liée aux sens, l'homme apprend à connaître le monde qui l'entoure comme un monde advenu, accompli, et à se connaître lui-même comme un être en devenir, inachevé. Il trouve en lui la force et la direction pour transformer en une accomplissement supérieur ce qui est inachevé dans ses corps constituants — le corps astral ou corps animique, le corps éthérique ou corps de vie, et le corps physique. Cette force d'auto-transformation est le propre de chaque homme ; elle constitue tout le fait d'être homme. Lorsqu'on prend conscience de ce fait, l'idée de développement devient vivante ; elle devient réalité spirituellement agissante. Elle place l'homme qui se fraie le chemin vers la connaissance de soi dans la position de s'élever au-dessus du simple être de nature, qui ne se manifeste à l'œil que dans des formes éteintes, et d'expérimenter et de configurer lui-même le processus qui, à partir de la transformation du passé, fait devenir futur dans le présent. Ce processus, le Je de l'homme l'ordonne et se perçoit lui-même dans cet acte.

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L'idée de développement vécue ouvre à la Wesenheit du Je un panorama spirituel illimité, dont elle tire la substance qui donne un contenu à sa propre nature et la fait croître. «Das Ich erhält Wesen und Bedeutung von dem, womit es verbunden ist.»[249]Le Je vit dans l'âme et est, par le corps, ouvert aux sens face au monde physique et ouvert à l'esprit face au monde des entités spirituelles qui se tiennent au-dessus de l'homme.

Dans ce champ de tension, l'homme se vit comme individualité. Ce concept, ainsi compris, ne peut s'appliquer aux choses et aux êtres de la nature. Ceux-ci sont, dans leur existence physique, sans Je, intégrés dans le monde des forces et des entités du cosmos. Par la prise de conscience de soi à travers le monde physico-sensible, l'homme s'est largement émancipé de ce lien. Il se tient, en tant qu'être en développement, face à un monde de formes figé en œuvre.

De cette disposition de sa conscience, l'homme risque de s'aliéner de la nature tout autant que de sa propre nature enracinée dans l'esprit. Il se vit de plus en plus comme encapsulé en lui-même et se construit mécaniquement et électroniquement un monde extérieur qui n'est plus nature, plus spiritualité vivante et agissante, mais un artefact d'une intellectualité sans âme. Mais si, depuis l'intérieur, depuis l'âme spirituelle renforcée dans ses forces, on tourne le regard vers la nature qui crée des formes à partir de la vie — si, depuis les idées de la connaissance de l'esprit, se révèle le principe inaugurant le développement qui crée ces formes ? L'homme qui se saisit ainsi, depuis la connaissance de l'esprit, comme individualité dans son être essentiel, trouve en lui l'esprit qui se convertit en forces de volonté portées par des idées. Ces forces de volonté illuminées par des idées interviennent de façon directrice dans le monde des forces de la nature. Pour préparer ce chemin, Goethe renvoie à l'art : «Wem die Natur ihr offenbares Geheimnis zu enthüllen anfängt, der empfindet eine unwiderstehliche Sehnsucht nach ihrer würdigsten Auslegerin, der Kunst.»[250]

Ces forces de volonté humaines élèvent l'organisme agricole comme une totalité hors de l'action naturelle générale et veillent à un flux de forces ordonné et mesuré dans l'interaction de ses organes. Cela s'accomplit avant tout et avec la plus grande portée par la fumure avec ces substances organiques qui sont excrétées dans la ferme par les processus vitaux. Ici, une activité passée de la substance, processuellemet transformée par des conversions, est appelée au présent.

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Voilà ce qui caractérise l'un des côtés, le côté naturel. L'autre côté est la performance spirituelle de l'homme. Elle indique, depuis la connaissance de l'esprit, au vouloir les chemins pour composer des substances fertilisantes qui ouvrent l'être présent, devenu œuvre, aux forces qui préparent les voies des possibilités de développement futures.

La clé d'une compréhension plus profonde de l'être et de la direction d'efficacité de ces deux formes de fumure polaires l'une par rapport à l'autre est le concept d'«Individualité agricole», que Rudolf Steiner dérive de la contemplation intuitive de l'être essentiel de l'homme.[251]

La question de la fumure et l'individualité agricole

Dans le chapitre «Le trimembrement de l'être humain et l'individualité agricole» (p. 88 sq.) a été abordé le concept d'«Individualité agricole» et sa dérivation de la trichotomie de l'homme selon le corps, l'âme et l'esprit. Le corps s'articule de telle façon qu'il aide l'esprit humain, dans la tête ou le système neuro-sensoriel, à accéder à la conscience de soi dans la pensée, qu'il laisse l'âme humaine s'éprouver dans le sentiment de soi au sein du système rythmique des organes thoraciques, et que la volonté humaine puisse s'exercer dans le système du métabolisme et des membres. Dans l'homme se rassemble ce qui se déploie autour de lui comme nature et ce qui lui fait face de façon objective par les sens. Nous avons donc affaire en agriculture d'abord à des reflets dont l'être essentiel producteur se dissimule en eux (ainsi l'être de la vache dans son apparence phénoménale). Mais à l'homme qui connaît avec conscience s'ouvre la possibilité de ne pas demeurer dans le domaine des reflets et, à partir de là, de postuler en une abstraction sans âme le fondement originaire de l'être dans la matière — mais de le trouver dans des idées qui s'illuminent dans une conscience contemplative et éveillent en l'homme des impulsions moral-spirituelles. Les idées cessent alors d'être des abstractions quand celui qui connaît avec conscience les produit lui-même en pensant, les vivifie lui-même dans un vécu sensible, et les plante dans sa propre volonté comme impulsions morales. Les idées, ainsi saisies, fondent seulement alors une créativité libre qui dépasse la nature. Celle-ci bâtit, à partir d'intuitions éthiques, un pont qui enjambe l'abîme entre le

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Le pont qui enjambe l'abîme entre le moral-spirituel de l'homme et le wesenhaft créateur dans la nature.

Les formes d'idées de la science de l'esprit anthroposophique ont ce caractère qu'elles libèrent, dans l'élucidation par la pensée, une vie qui incite à l'acte. Ainsi peut-on, comme il est décrit dans le chapitre «Le trimembrement de l'être humain et l'individualité agricole» (p. 88 sq.), comprendre directement, à partir du contexte idéel du trimembrement de l'être humain et d'une participation agissante dans un organisme agricole, comment d'une part l'élément chaleur-air au-dessus de la terre intègre les substances terrestres dans des processus vitaux et les soumet à une sorte de digestion,[252] à une transformation continue de leurs formes de manifestation — et comment d'autre part l'élément substantiel de la terre et de l'eau, dans les profondeurs, au-dessous du niveau du sol, est tombé hors de la vie et, dans le cristalliser, devient forme à travers et à travers. Une polarité puissante des hauteurs et des profondeurs, des processus substantiels et du durcissement dans la forme, du mouvement et du repos, s'ouvre. C'est précisément cette polarité qui se resserre microcosmiquement dans l'homme comme les pôles de son système du métabolisme et du système neuro-sensoriel. Comme ces pôles trouvent leur équilibre rythmique dans le cœur qui pulse et dans la respiration pulmonaire, ceux des hauteurs et des profondeurs le trouvent dans la dynamique rythmique du sol (Figure 14).

Le miracle du sol se dissimule dans son apparence modeste. Les substances et les forces se rendent sensibles dans les formes du sol terrestre ; leur action et leur être demeurent cachés et sont à chercher dans tous les domaines de l'être de la sous-nature, de la nature et de la supra-nature. Ce sont des êtres et des forces qui provoquent le déclin, la décomposition et la mort (sous-nature), d'autres qui agissent de façon physico-mécanique et constituent le corps physique chez la plante, l'animal et l'homme, d'autres encore qui insufflent la vie dans les règnes de la nature, et enfin d'autres qui, dans le règne animal, animent et portent l'âme. L'esprit qui s'éveille dans la conscience de soi de l'homme comme la supra-nature est répandu sur les règnes de la nature et se crée, dans toute formation de la forme, un reflet.

Dans la production de denrées alimentaires et leur consommation en dehors de l'organisme agricole, celui-ci ne perd pas seulement des substances, mais également des forces. Ce sont les forces qui rayonnent d'en haut depuis la supra-nature, les hauteurs cosmiques, et d'en bas depuis les profondeurs de la terre,

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Abbildung 14: Die landwirtschaftliche Individualität, die drei Stufen der Düngung aus interner Erzeugung und die zwei Stufen der Mineralanwendung externer Herkunft.

les forces nourricières et guérissantes au sens propre du terme. La tâche de la fumure est donc de compenser la perte des substances de la terre et de mettre le sol et la plante en mesure de devenir, de façon toujours renouvelée, sensibles et réceptifs aux forces et aux substances de la supra-nature. Il en résulte logiquement trois degrés auxquels le concept de « fumure » se remplit pleinement dans son contenu :

C'est la fumure

  1. avec des substances et des forces tirées de la nature végétale vivifiée,
  2. avec des substances et des forces tirées de la nature animale animée et
  3. avec des substances et des forces qui sont un produit de l'esprit humain. Par opposition, on désignera comme « degré zéro » la compensation des pertes en substances liées à la terre. Les sels synthétiques ou chimiquement décomposés, solubles dans l'eau, mis en œuvre dans l'agriculture industrialisée, franchissent le degré « -1 », le seuil de la nature vers la sous-nature (Figure 14).

Il s'agira dans ce qui suit d'aborder les aspects fondamentaux de l'utilité et de la problématique de l'application de substances minérales, puis les trois degrés de la fumure. Le chemin qui mène au déchiffrement du

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mystère de celle-ci est une sorte de synthèse des efforts de connaissance des sciences de la nature et de l'esprit, sur le fondement de l'acte accompli. On emprunte ici le chemin qui va de la science à l'art, un chemin de recherche dans le faire, où le sens du vrai — dans le petit comme dans le grand — se mesure à la prospérité naturelle et sociale reconnaissable et vécue de la ferme comme d'un tout, non au résultat quantitatif.

Niveau 0 : L'application de substances minérales

De la conception selon laquelle la matière serait l'unique réalité sous-jacente à toutes les manifestations du monde, s'est développée dans l'agriculture du XIXe/XXe siècle, conséquence logique, la notion de «fertilisation minérale» — et avec elle la conception d'une somme de «substances nutritives» dont la plante aurait besoin pour croître. Derrière cette théorie se dissimule l'hypothèse lourde de conséquences que la vie pourrait surgir d'une somme d'éléments substantiels inorganiques, morts, que l'on pourrait avec ceux-ci engendrer et multiplier la vie. Or la vie naît de la vie, de germes vivants ou de semences. On ne trouvera nulle part dans la nature, si attentive que soit l'observation, le moindre indice que la vie pourrait naître du minéral-mort — au contraire seulement : c'est la vie qui succombe à la mort. La notion de fumure se rapporte en revanche au fait que la vie comme telle, dans les processus de croissance de la plante, ainsi que l'action spirituel-animique venue du dehors dans la formation de la forme, soient favorisées d'une manière conforme à leur nature essentielle. Ce n'est pas sans raison que, de tout temps, la notion de fumier s'est déduite des effets significatifs des sécrétions issues de l'organisation animique et vitale des animaux domestiques. On parlait de l'«ancienne force» des sols ainsi fumés. Dans l'esprit de la disposition d'âme matérialiste dominante, on ne reconnaît aux engrais organiques, au-delà de leur composition minérale diverse et de leur effet stimulant sur la vie microbienne du sol, aucune valeur fertilisante spécifique.

Quels critères peut-on trouver pour évaluer les conséquences d'une notion de fumure qui ne conçoit les relations réciproques entre sol et plante que comme un processus matériel ? C'est à cette problématique que l'on s'attachera dans ce qui suit, à travers l'exemple du moteur de toute augmentation des rendements végétaux : l'azote synthétisé sous forme de sels d'azote.

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L'application des sels d'azote

L'azote (N), qui représente 79% de l'atmosphère, est le véritable porteur de l'élément air. Il enveloppe le feuillage vert de la plante qui s'élève vers l'atmosphère, sans toutefois participer directement à ses processus de croissance. En tant que substance aérienne, il est lié à lui-même comme l'oxygène (N2) et se trouve de ce fait dans un état quasi-inerte sur le plan réactionnel. Il ne parvient aux états plus denses de l'eau et de la terre que par deux voies : 1. par les décharges d'énergie des éclairs, à raison d'environ 6 kg/ha/an[253] ainsi que 2. par voie biologique, grâce à la fixation d'azote par des organismes végétaux qui en sont capables, en particulier la famille très diversifiée des légumineuses. Rompre cette barrière de l'apport naturel d'azote — qui fixe lui-même sa propre mesure — par des procédés à grande échelle industrielle, tel était l'objectif déclaré depuis la fin du XIXe siècle. La percée fut accomplie avec la synthèse de l'ammoniac selon le procédé Haber-Bosch. Sous un apport énergétique élevé, l'azote atmosphérique est converti en solution aqueuse en combinaison hydrogénée d'ammoniac (NH3). Par condensation supplémentaire se forment les composés solides avec l'oxygène, les nitrates, et avec l'hydrogène, les sels d'ammonium, qui passent eux aussi facilement en solution — les premiers plus rapidement, les seconds plus lentement. Les deux composés sont, en solution aqueuse, extrêmement réactifs, et les composés nitrés sous forme de sel solide sont hautement explosifs. Le procédé de synthèse permet de produire, en n'importe quel endroit de la terre, indépendamment des rythmes biologiques du jour ou de l'année, n'importe quelle quantité de sels d'azote. Outre leur utilité civile ou militaire comme explosifs, ils ont déclenché au cours du XXe siècle une révolution mondiale dans la production végétale. Ils constituent le capital de production pour la production agricole de masse et sont, conjointement avec l'emploi des herbicides et des pesticides, la cause du développement vers l'industrialisme agraire.

Face à l'augmentation considérable des rendements en agriculture, horticulture et arboriculture fruitière ainsi que dans toutes les autres cultures spécialisées, il faudrait chanter les louanges de ce côté lumineux de l'emploi des sels d'azote fabriqués industriellement — n'était-il pas ces côtés sombres de l'ombre. Les composés azotés, pour autant qu'ils ne sont pas liés sous forme d'ammonium (NH4) aux particules d'argile, ont la tendance à disparaître le plus rapidement possible de la région médiane du «sol-diaphragme» — soit sous forme de nitrate (NO3) vers le bas, dans la région des eaux souterraines du pôle céphalique, soit sous forme d'ammoniac (NH3), d'oxydes d'azote

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(protoxyde d'azote N2O) ou d'azote élémentaire (N2) vers le haut, dans le pôle métabolique. Ces pertes représentent, à parts à peu près égales, environ 25% chacune des apports de sels d'azote de synthèse. Ils contaminent d'une part les eaux souterraines et de puits ou eutrophisent les eaux de surface. D'autre part, leurs émissions contribuent dans une mesure considérable à la charge en oxydes d'azote de l'atmosphère et, par là, au changement climatique. Les 50% restants des apports d'azote provoquent une réduction ou une unilatéralisation de l'activité biologique des sols[254] ainsi qu'un forçage de la croissance des plantes accompagné d'un affaiblissement simultané de leurs forces d'organisation, de leur qualité nourricière et de leurs vertus curatives. Les sels d'azote de synthèse contribuent également à l'appauvrissement floristique et faunistique en espèces dans les paysages. Ce sont eux seuls qui rendent possible le rétrécissement des assolements jusqu'à la monoculture et, au-delà, la culture en solution nutritive (*Hydroculture*).

En phytoculture, tout apport d'azote de l'extérieur représente une sorte de contrainte de croissance par à-coups. Dans tous les cas, qu'il soit administré sous forme de composé nitrate à action rapide ou de composé ammonium à action plus lente, la concentration en azote dans la solution du sol s'élève — et la plante ne peut s'y soustraire. La contrainte à absorber un excès de sels d'azote affaiblit l'organisation éthérique de la plante dans l'ensemble de ses organes. Dans la racine, qui tend vers le bas en direction du pôle céphalique, cela se manifeste comme un abaissement paralysant de ses fonctions. L'une de ces fonctions est sa disposition à une sorte de capacité sensorielle — non seulement à l'égard des forces formatrices du cosmos et de l'élément aqueux, mais en particulier à l'égard de l'élément du terreux-solide. La subtilité de ces processus se révèle dans les phénomènes suivants :

La «prairie naturelle» classique a largement disparu de nos campagnes. On en tirait, en plusieurs coupes, le foin pour l'alimentation hivernale. Elle était, selon le lieu, d'une richesse extraordinaire en espèces : graminées supérieures et inférieures, mais surtout légumineuses et plantes herbacées.

Lorsqu'on en vient à y appliquer de manière continue des apports de sels d'azote de synthèse, dans le but d'en accroître la vigueur végétative, cela déclenche, en ce qui concerne la composition des espèces, une réaction en chaîne. Les premières à disparaître du peuplement sont les plantes herbacées, puis, au fil des années, les légumineuses telles que le trèfle rouge, le lotier corniculé et d'autres. C'est le trèfle blanc qui résiste le plus longtemps. Les graminées inférieures finissent également par céder sous la puissance des graminées supérieures,

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Abbildung 15: Die Funktionen der Wurzelhaare und deren Beeinträchtigung durch externe Zufuhr von Stickstoffsalzen.

qui finissent par fournir, au terme de cette succession, des rendements de masse quasi monospécifiques. Cet exemple illustre le phénomène originaire de l'apport externe d'azote : l'appauvrissement en espèces des communautés végétales associées.

À y regarder de plus près, cet effet se manifeste dans une multitude de détails au niveau racinaire. On peut observer, par exemple, chez le trèfle rouge, comment le nombre de nodosités sur les racines — nodosités qui résultent de la symbiose endogène du trèfle avec des rhizobiums, bactéries fixatrices d'azote — diminue sous l'effet d'apports répétés de sels d'azote. En conséquence de la forte concentration en azote dans la solution du sol, la capacité de fixation d'azote de la racine s'amoindrit ; elle perd graduellement son aptitude à la symbiose.

Ce qui vaut pour les symbioses endogènes des légumineuses vaut aussi pour les symbioses exogènes avec des bactéries et des champignons d'autres plantes. La figure 15 représente une coupe longitudinale à travers l'extrémité d'une racine.

L'apex racinaire est constitué d'un tissu vivant de cellules en division (méristème), avec, au-devant, la coiffe mucilagineuse (calyptra). Ces deux éléments forment le pôle vital de la racine, celui qui se renouvelle sans cesse. Un peu plus haut, en remontant le long de la racine, celle-ci s'éteint dans sa forme — s'éteint dans son pôle de forme ou de mort ; elle se lignifie. Entre les deux s'insère, de manière médiane et constituante, un troisième élément, tel que nous l'avons déjà décrit, dans lequel les deux pôles, vie et mort, se compénètrent dans les deux fonctions

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des poils absorbants (cf. chap. « Le processus printanier et le travail du sol », p. 213 sq.). Les poils absorbants se regroupent en disposition rythmique tout autour du corps racinaire. Ce sont des excroissances issues des cellules ne se divisant plus de la rhizoderme (épiderme racinaire). En tant que tels, ils sont d'une part métaboliquement actifs : par eux, les assimilats issus des organes aériens verdissants de la plante s'écoulent, via le flux descendant du phloème, dans le sol, où ils activent la vie microbienne et fongique de la rhizosphère et l'attirent à eux par symbiose. Les exsudats racinaires (exudates) représentent en moyenne, pour les différentes espèces de plantes cultivées, environ 30 % de leur production assimilatoire.[255] Ainsi le corps éthérique des plantes régit-il la vie du sol — selon les rythmes et les besoins de leur croissance, par le flux assimilatoire (phloème) : ce sont des protéines de faible poids moléculaire, des hydrates de carbone, des enzymes, des vitamines, des acides, des complexants, des coumarines, des phénols, des glycosides, des alcaloïdes, des huiles essentielles, de l'éthylène.[256] D'autre part, les poils absorbants sont senso-actifs. « La racine des plantes [...] : c'est un œil, mais un mauvais œil. »[257] Les poils absorbants perçoivent pour ainsi dire les sels qui se sont dissous, par leur propre activité métabolique (processus d'échange) ainsi que par leurs symbiotes, dans le milieu humide et aqueux du sol. Dans une simultanéité processuelle à contre-courant — propriété caractéristique du corps de vie — les poils absorbants excrètent les assimilats dans l'environnement racinaire, stimulent par ceux-ci les processus microbiens de dégradation, et absorbent leur produit terminal : le sel mort et minéralisé. Ce sel remonte, à contre-courant des assimilats, à travers le tissu cellulaire des racines et rejoint le flux ascendant du *xylème*. L'un, le flux minéral mort venant d'en bas, et l'autre, le flux vivant venant d'en haut, sont séparés l'un de l'autre par le cambium.

Cette activité subtile, à l'intérieur et autour des poils absorbants, ne peut être saisie par la seule pensée objectivante. Ces processus vitaux et sensoriels — accordés les uns aux autres en simultanéité, tissés pour ainsi dire les uns dans les autres — sont perturbés avec une sensibilité extrême, ou bloqués de manière graduelle, par l'emploi de sels d'azote de synthèse. Les racines des plantes ne possèdent aucun pouvoir de discrimination quant à l'origine des sels d'azote dissous. Lorsque leur concentration s'élève sous l'effet d'apports continus de l'extérieur, l'activité des poils absorbants s'affaiblit. Les racines s'appauvrissent métaboliquement et

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insensibles aux stimulations. Leur capacité à former des symbioses s'affaiblit, comme cela a déjà été illustré plus haut par l'exemple de la racine de trèfle porteuse de nodules. L'organisation éthérique de la plante, étendue à l'espace racinaire, se replie sur la racine elle-même ; la *rhizosphère* s'appauvrit. Elle est privée de la force formatrice du cosmique-astral, dont l'azote est le «porteur substantiel».[258] Le sol et la plante forment une unité de vie. C'est de leurs processus vitaux de dégradation de la substance organique que provient l'azote, qui passe, au travers de la forme morte du sel, directement dans les processus vitaux d'édification. Le corps de vie de la plante maîtrise le moment de mort de la forme saline. Avec l'apport massif de sels d'azote synthétisés, la plante se trouve en quelque sorte soumise à une contrainte de les absorber. Conformément à leur origine, ils sont porteurs de forces issues de la sous-nature, qui contrecarrent les forces formatrices de la supra-nature.

La problématique évoquée jette également une lumière sur la question de la validité de la loi de la constance des substances et des forces. Leur comportement et leur action dans la nature inanimée sont-ils, comparés à la nature vivante, continus ou discontinus ? L'observation enseigne que la substance et le mode de son action des forces tirent leur être et leur signification du contexte dans lequel tous deux apparaissent.

L'emploi des sels d'azote synthétisés à partir de l'air a le pouvoir de nier les contextes vivants au profit de son propre mécanisme d'action. Ils tendent à faire valoir, dans l'organisation vitale de la plante, le principe physique de la succession temporelle de la cause et de l'effet. C'est ce dont témoigne aussi le fait que, pour maintenir les rendements, il faut employer chaque année, à peu de chose près, les mêmes quantités de sels d'azote, voire des quantités croissantes. Par l'apport externe d'azote, les rendements deviennent presque calculables.

Mais tout cela signifie que la racine est aliénée, par la soi-disant «fertilisation minérale», de sa fonction évolutivement inscrite en elle. Le milieu rythmiquement garni de poils absorbants, entre le pôle de vie de l'apex racinaire et le pôle de mort de la racine lignifiée, perd peu à peu sa fonction métaboliquement et senso-activement agissante ; il devient passif. La plante tend à être renvoyée vers un état évolutif antérieur, dans lequel elle était une «née des eaux» à l'état pur, flottant librement comme les algues dans l'eau salée des océans. Mais à présent, après s'être développée en longues étapes vers une «née de la terre» pourvue de racines, se tenant librement

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développée en tige, en suite foliaire, en fleur et jusqu'à la graine, elle a besoin d'une fumure qui soit propice à son être en tant que plante terrestre et capable de maintenir cet être dans un développement continu.

Les sels d'azote synthétisés ne remplissent qu'en apparence le concept de fumure. Ils ne fertilisent pas, ils poussent et hypertrophient la plante reproductivement vers une succulence aqueuse et massive. L'étude des phénomènes qui apparaissent alors — du point de vue de la physiologie comme de la formation de la forme — est on ne peut plus instructive et invite expressément à reformuler le concept de fumure. «La plante vit […] directement avec la terre et l'eau.»[259]Dans un milieu purement aqueux se développe la vie végétale (et aussi animale) jusqu'aux stades évolutifs inférieurs ; dans la terre imprégnée d'humidité, elle déploie son activité racinaire. Elle croît activement vers le bas dans l'élément du «terreux-solide» et développe, dans la région des poils absorbants, une activité métabolique dans la mise en disponibilité des matériaux minéraux et dans la dégradation des matériaux organiques, ainsi qu'une activité sensorielle à l'égard de tout «ce qui est terre [sel ; note de l'auteur] et eau».[260]Fertiliser signifie donc vivifier la terre directement, «et cela, on ne peut le faire en procédant par minéralisation».[261]Une fumure qui vivifie la terre elle-même embrasse un triple :

  1. 1. La fourniture du sol en résidus organiques issus de la nature vivante et animée.
  2. 2. L'activation du métabolisme végétal dans son rapport aux actions des forces de la périphérie cosmique, ainsi qu'à celles qui s'exercent entre la racine et la terre.
  3. 3. Le développement de la disposition sensorielle germinale de la plante à l'égard des substances et des forces de la terre et du cosmos, vers une aptitude sensorielle plus haute.

Ce qui est déterminant pour juger la fumure selon sa valeur et son effet, c'est son origine. Les composés azotés synthétisés avec une dépense d'énergie considérable (env. 50 MJ/kg N) proviennent de l'azote atmosphérique inorganique-mort (N2). Ils deviennent de force porteurs d'une astralité qui remonte depuis la sous-nature et contrecarre celle qui rayonne depuis la supra-nature du cosmos. Les forces lunaires astrales, qui agissent par l'eau, prennent le dessus sur l'astralité solaire, qui agit par le «terreux-solide». C'est pour cette raison que dans la figure 14 (p. 273) l'application

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des sels d'azote synthétisés en agriculture est désignée par le niveau d'effet «-1». Seul l'azote qui provient de processus vitaux peut, au sens propre, se voir attribuer une action fertilisante. Il demeure dans l'organisation éthérique de la plante, reçoit par elle les forces formatrices grâce auxquelles il imprime l'archétype spirituel, par reflet, dans la forme sensible.

L'application des poudres de roche

Aussi erroné qu'est le concept de «fertilisation azotée», aussi peu approprié est celui de «fertilisation minérale», qui regroupe l'application de toutes sortes de substances minérales en agriculture et horticulture, quelle que soit leur origine dans l'économie de la nature ou le procédé technique par lequel elles ont été préparées. Les éléments minéraux rendent possibles des processus vitaux d'une haute différenciation, mais ils ne les produisent pas. Ils ne fertilisent pas la vie comme telle, mais veillent à son mode d'apparition physico-sensible. Dans la conception courante de la fertilisation minérale, on ne fait aucune distinction entre l'azote tiré de l'élément de l'air et les substances nées de la terre, comme le phosphore et les métaux alcalins et alcalino-terreux — potassium, calcium, magnésium et autres. L'azote est presque mort réactionnellement dans l'air et vivant réactionnellement dans la terre. Les substances de la terre sont mortes réactionnellement dans leurs profondeurs et deviennent actives au contact de l'air et de la chaleur. Cette mise au même niveau conceptuelle, dépourvue de toute qualité, a eu des conséquences fatales. Soit la «fertilisation minérale» fut propagée comme la dernière sagesse, comme la seule technologie capable d'assurer et d'accroître les rendements, soit des «hérétiques» apparurent, qui la rejetaient en bloc. Dans la pratique, les esprits se séparèrent et une connaissance plus profonde des faits resta en chemin. Aujourd'hui, on juge de ces choses avec plus de discernement. Ce n'est pas la pénétration de l'être des substances qui a produit ce changement, mais la prise au sérieux des contextes naturels dans la pratique. Au moment où l'on organise l'exploitation selon le principe de l'organisme, de façon à ce que la nature pourvoie elle-même à l'équilibre azoté nécessaire — soutenue par un travail du sol orienté vers le processus, un assolement riche en légumineuses et par des engrais animaux —, l'équilibre minéral se régule en règle générale de lui-même à partir des ressources du sol. Cette capacité du sol à se maintenir en bonne santé à un niveau de production plus élevé, il la doit à la main habile de l'homme.

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Les situations en matière de minéralisation naturelle du sol varient en général très considérablement d'un site à l'autre. Sur les loess, les alluvions, les moraines de fond glaciaires ainsi que sur les argiles et limons d'origine géologique ancienne, l'équilibre minéral est, selon les degrés d'érosion et d'altération, assez bien conservé. Sur des sites comme les sables glaciaires, les grès siliceux (Buntsandstein principal) ou les calcaires (Jurassique blanc), à l'abondance d'un élément répond parfois la carence totale d'un autre. Sur les sols sableux anciens, il s'agit le plus souvent d'un déficit en bases métalliques — calcium, magnésium et potassium — ainsi qu'en oligoéléments. Sur les sites calcaires d'une minceur extrême, c'est le phosphore qui manque en général. Sur les sites naturellement défavorisés, les carences en calcium, magnésium, potassium et phosphore pèsent le plus lourdement. Ces situations déficitaires deviennent encore plus précaires avec l'apport de sels d'azote et entraînent nécessairement le lessivage de sels minéraux facilement solubles en quantités plus élevées.

En agriculture et horticulture biodynamiques, on ne peut parler que de substitution des déficits minéraux existants. Il ne s'agit pas d'élever le niveau en substances au seuil des valeurs indicatives scientifiquement recommandées — le chaulage progressif en vue de rétablir un équilibre acido-basique peut avoir comme valeur indicative pH > 6 —, il s'agit bien plutôt, grâce aux poudres de roche, d'activer la «activité sensorielle» des racines évoquée plus haut en lien avec la vie du sol associée. Cette dualité d'activité métabolique périphérique et d'activité sensorielle des racines oriente la mise en dissolution des poudres de roche et, par là, la dissolution biogène ralentie des réserves minérales du sol. À cet égard, les poudres de roches-mères silicatées revêtent une importance particulière. Elles contiennent tout le spectre des éléments substantiels qui constituent le point de départ du développement des sols les plus fertiles. Lors du simple processus mécanique de broyage, la composition substantielle strictement géométrique des silicates est préservée. L'altération de la granulométrie fine se produit dans la couche arable vivifiée aérée, humifère et métaboliquement active — c'est donc un processus largement biogène. Il conduit à la genèse de minéraux argileux primaires et secondaires dans la zone des radicelles de la *rhizosphère*. De plus, des forces éthériques chimiques et vitales s'y libèrent, forces qui avaient jadis, aux temps primordiaux, lors du passage de l'état de l'aqueux-vivant à l'état formel mort du terreux-solide, été figées.

Les sols les plus fertiles de la planète doivent leur genèse aux poudres de roches silicatées. Ce sont les dépôts éoliens du «lœss» issus des

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des glaciers de la dernière période glaciaire dans les plaines libres de glace, de même que les sédiments annuels d'argile et de limon dans les zones d'inondation des fleuves (par exemple, le Nil avant la construction du barrage d'Assouan) ainsi que les retombées de cendres volcaniques. Ces dernières furent utilisées dans l'Antiquité, dans le pourtour méditerranéen, pour l'amélioration des sols à rendement marginal. La pratique du marnage pour le rajeunissement des sols vieillissants ou naturellement acides — c'est-à-dire l'apport de roches argileuses meubles, facilement altérables et riches en calcaire — est devenue courante au plus tard depuis l'édit de Charles le Chauve (823–877) de l'année 864[262], et cela malgré la portée limitée du transport de masses aussi lourdes.

Au cours du XIXVorlage:E et du XXVorlage:E siècle, on tenta à plusieurs reprises de réhabiliter les farines de roche. Mais on se trouva dans une concurrence sans issue face à l'essor foudroyant de la so-disant «économie des engrais de synthèse», c'est-à-dire l'application d'azote, de phosphore et de potassium sous forme hautement concentrée. On espérait des succès rapides ; ils ne vinrent pas — ce qui, à vrai dire, ne pouvait guère surprendre. Car l'application des farines de roche relève précisément d'une amélioration à long terme, d'un rajeunissement progressif des sols pauvres en bases. L'efficacité de ces farines s'accroît avec leur degré de finesse et se révèle plus grande encore en combinaison avec des matières organiques telles que fumier de ferme, purin et composts.

Les farines de roche se répartissent en celles issues de roches sédimentaires et celles issues de silicates. Dans les sédiments — moins dans les schistes argileux que dans les sols sur calcaire pur, par exemple le Jurassique blanc, ou sur grès quartzeux et quartzites — on relève des déficits substantiels considérables. Dans les deux cas, le développement pédologique est limité. Du côté alcalin apparaît une carence en phosphore ; du côté acide font défaut le calcium, le magnésium et le potassium. Seul l'équilibre entre les deux extrêmes assure une humification saine et un développement du sol dans son ensemble. Lorsqu'il s'agit d'abaisser le degré d'acidité, c'est-à-dire de relever le pH vers 6 à 7, les farines calcaires (CaCO3) constituent, en remplacement du marnage classique, le moyen approprié. Finement moulues, elles agissent sans délai. Pour éviter des pertes en potassium par phénomènes d'échange, la quantité requise devrait être répartie en dosages modérés sur plusieurs années. Des granulométries plus grossières, jusqu'au gravillon calcaire, assurent une efficacité durable et édificatrice du sol. Une forme particulière est constituée par l'emploi de la chaux vive (CaO). Hautement active, elle se transforme cependant au contact de l'humidité du sol progressivement

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en Kalk non agressif dit chaux éteinte — hydroxyde de calcium, Ca(OH)₂. La chaux vive est recommandée comme additif pour les matériaux de compost se décomposant rapidement.[263] Elle tempère «une vie trop exubérante dans l'éthérique» au profit des forces formatrices de l'astral dans le tas de compost.

Les sols lessivés en calcaire entraînent surtout sur sables pauvres en argile un déficit en magnésium. La farine de dolomite peut y remédier. Les dépôts calcaires contiennent en général de faibles teneurs en magnésium. Dans la dolomite (CaCo3 * MgCo3), celles-ci s'élèvent jusqu'à 50 %. Une autre farine de roche est le sulfate de magnésium, la kiésérite (MgSo4 * H2O). À la question de la correction d'une carence en potassium, Rudolf Steiner[264] répond par la kalimagnesie, le Patentkali (K2So4 * MgSo4), combinaison éprouvée qui renforce l'équilibre basique.

Une forme particulière de chaulage — surtout en horticulture — est l'emploi du calcaire d'algues. En lui se trouve réuni, dans toute sa diversité, l'ensemble du spectre des éléments substantiels que recèle la vie — on peut la nommer ainsi — minérale-végétale de l'origine dans les océans du monde.

Sur les sols acides d'âge avancé, il peut s'avérer nécessaire, dans des cas extrêmes, d'adjoindre à la amélioration de l'équilibre basique une amélioration des phosphates pour activer la vie du sol. Tandis que les composantes basiques du sol — calcium, magnésium, sodium et potassium — sont soumises au lessivage, ce n'est que dans une faible mesure le cas pour le phosphore. En milieu acide, il se lie à l'aluminium ; en milieu alcalin, au calcium. Les phosphates d'aluminium et de calcium sont peu solubles et sont mobilisés principalement par les exsudats racinaires, des bactéries symbiotiques et les mycorhizes (*hyphes fongiques*). En règle générale, dans un sol biologiquement actif, l'équilibre phosphaté se régule de lui-même.

Pour les mesures d'amélioration foncière entrent en ligne de compte les phosphates de calcium issus des gisements d'os tertiaires d'Afrique du Nord, ainsi que les phosphates des scories de hauts-fourneaux liés au silicium et au calcium. Leur mobilisation s'accomplit, dans le sens indiqué, sous la conduite de l'organisation éthérique des plantes qui s'étend dans l'espace du sol pénétré par les racines.

La mobilisation des farines de silicates — auxquelles appartiennent également les cendres volcaniques — s'accomplit elle aussi dans une large mesure de manière biogène. Leur importance pour l'amélioration des sols lessivés est encore à apprécier autrement

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que l'effet mélioratif ciblé des roches sédimentaires. Les farines silicatées s'altèrent lentement, selon leur degré de finesse. Un succès perceptible à court terme ne se manifeste pas, mais ici vaut la parole : «Le temps guérit.» Un développement prend son commencement ; il concerne la force racinaire de la plante aussi bien que la vie du sol symbiotique qui la déverrouille, ainsi qu'une formation d'argile pour ainsi dire homéopathique *in statu nascendi*. Un recommencement d'une dynamique propre autochtone a lieu. Mais ce ne sont que des apports répétés d'env. 2t/ha/an qui font apparaître des effets dans la capacité de maturité du sol et dans l'élargissement de l'espace racinaire.

La multitude d'éléments qui composent la composition substantielle des roches magmatiques plutoniques et effusives sont édificatrices de sol et en même temps, en grand nombre, essentielles pour le gedeihen des plantes. Ici, dans les sols et les roches-mères, comme là dans les plantes et les espèces végétales, la proportion de ces éléments varie. Ainsi les roches plutoniques de la série granitique présentent-elles, du granit avec env. 80 % de SiO2 en passant par le *syénite* (60 %), la *diorite* (55 %) et le *gabbro* (50-45 %), des teneurs en silice décroissantes. En sens inverse, les teneurs en oxydes de fer, de magnésium et de calcium augmentent jusqu'à plusieurs fois leur valeur. Dans la série porphyrique, du quartz-porphyre en passant par le porphyre, le porphyrite jusqu'au diabase ou mélaphyre, il en va de même, et il en est ainsi également pour la série des roches effusives, du *liparite* riche en quartz en passant par le *phonolithe*, l'*andésite* jusqu'au basalte. Sur les plateaux basaltiques se trouvent des sols particulièrement fertiles et riches en minéraux. En raison de sa présence répandue et de sa composition minérale plutôt basique avec 45 % de SiO2, 10 % de FeO, 7 % de MgO, 10 % de CaO++[265], le basalte fournit la farine de roche la plus couramment employée. Dans cela, à la dominance de la silice et de l'alumine (oxyde d'aluminium, Al2O3) dans la structure élémentaire à large éventail — soit au potentiel de forces que cette composition particulière a fait naître —, revient une grande importance. L'état formel rigide du cristal se transforme en l'état colloïdal, dans lequel la substance est maintenue en suspension entre le solide et le liquide.

Outre l'épandage en surface, moins pratiqué, les farines de roche sont de préférence conduites par le processus de compostage. La décomposition et l'intégration dans les processus vitaux s'accomplissent dans un devenir substantiel microbien. La quantité utilisée dans le compostage se limite à un simple saupoudrage du matériau de compost lors du montage.

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En résumé, insistons encore sur ce point : dans l'emploi des farines de roche de quelque nature que ce soit, il ne peut s'agir d'une fumure, mais d'une substitution de déficits minéraux donnés dans la nature inorganique-morte, que ce soit en raison de la composition minérale unilatérale de la roche-mère formant le sol, ou que ce soit en conséquence de sols profondément lessivés d'un âge avancé. Ce sont des sols malades, qui peuvent, par un apport substituant comparativement modeste, être traités en lien avec les mesures de fumure proprement dites — à décrire ci-après — et stimulés vers une nouvelle dynamique de développement. Des apports d'azote externes sous forme de sels réduisent en grande partie ou anéantissent entièrement ce devenir subtil, porté par la vie de la plante et du sol. Il s'ensuit que les substances liées à la terre aussi, mises sous forme facilement soluble et dosées annuellement aux besoins des cultures respectives, doivent être employées en quantités plus importantes.

Étape 1 : La fumure à partir du vivant de la nature végétale

La plante laisse après son dépérissement deux choses : la graine et tout ce qui est commun aux plantes supérieures, à savoir racine, tige, feuille et fleur. On peut l'appeler, par opposition à la graine individuelle, le végétal universel. Elle croît, développant sa forme, de graine en graine. Dans la graine qui se forme à nouveau, cependant, se grave chaque fois à neuf le cosmique, « ce qui vit dans la graine en tant que forme de la plante »[266] — cette empreinte s'imprime à nouveau. En germant, la graine s'éteint dans la forme ; le germe se déploie et se trouve maintenant soumis fortement à l'efficacité des forces terrestres. Mais la force de la graine continue d'agir sans relâche ; elle irradie la racine qui aspire vers la profondeur, de même la tige qui s'élance verticalement et les nervures des feuilles s'étendant latéralement vers la forme ; elle révèle enfin, dans la configuration et la fleur, en image, l'être qui a vécu spirituellement comme forme dans la graine. Caché dans la fleur, la pousse se résorbe jusqu'en l'ovaire qui, polaire à la fleur rayonnante, se clôt en enveloppe des ébauches séminales. Ici, dans l'ébauche séminale, la force de la graine s'unit à la « couronne » du végétal universel : le pollen. Dans le dépérissement de la plante, la double ébauche germinale mûrit jusqu'à la graine. Elle contient tout ce qui s'est accompli dans l'espace et le temps comme devenir terrestre-cosmique présent

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lui ont été imprimés, substantiellement comblés et façonnés. En même temps vit dans la graine un Éternel qui se rend présent à nouveau dans le terrestre. Il en va autrement de tout ce qui, de la graine germant et dépérissant, est devenu image phénoménale de la plante. Tous ses organes étaient traversés de rayonnement par la force de la graine. Par elle, l'apparition de la plante est devenue image de son type. La force de la graine a laissé ses traces dans tous ses organes, dans la racine, la pousse, la succession foliaire et la fleur. Ces traces sont d'autant plus prononcées que les tissus encore pénétrés de vie se figent dans la forme de la structure d'armature ou même se lignifient.

Dans les résidus des plantes, dans tout ce qui n'est pas devenu graine mais en est resté en arrière, se trouvent des produits du cours naturel spatio-temporel. Ils portent encore en eux, dans la composition de la matérialité, des traces de vie et de la force de la graine. Ils menacent de succomber entièrement à la mort, à la minéralisation. Et cela arrive aussi et doit arriver, puisque la plante a besoin des sels minéraux morts pour les éveiller à une vie nouvelle par la force de son organisation éthérique. Seulement cela doit se produire au moment juste et dans la juste mesure. Or la nature a le pouvoir de ralentir ce processus de minéralisation, voire de l'arrêter et de le réorienter vers quelque chose de nouveau. Ce qui se forme alors, c'est l'humus. Avec les résidus végétaux et les déjections animales qui retournent à la terre et se transforment en humus, la terre se fume elle-même. Elle se fume selon la maxime « la vie fume la vie ». Avec la formation d'humus naît une composition de substances qui mérite seule le nom d'être l'engrais le plus élémentaire dans l'économie de la nature.

Du caractère essentiel du compostage

Ce que la nature montre en exemple peut, entre les mains de l'homme, s'élever jusqu'à un véritable art. Composter est un art du travail dans lequel penser, vivre et faire se tiennent dans un dialogue permanent. On peut, selon Rudolf Steiner, « acquérir un rapport personnel au fumier et notamment au travail avec le fumier… »[267] On ne peut y parvenir que si l'on connaît toutes les circonstances de la nature et de la provenance du matériau, par exemple s'il s'agit de vert jeune, s'il est volumineux ou même lignifié, riche en protéines ou en silice, si ce sont avant tout des racines, des feuilles, des masses de paille, etc. Chacune de ces substances organiques a une

eigener Stoffkomposition. Il serait donc idéal que le tas de compost se constitue, dans sa totalité, à partir d'une diversité aussi grande que possible de déchets. En horticulture, cela est plus faisable qu'en agriculture. Là, selon les saisons, des masses unilatéralement importantes peuvent s'accumuler.

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Un chiffre de référence certes grossier, mais praticable, concernant la vitesse plus ou moins rapide de décomposition est fourni par le rapport C/N. Plus la teneur en azote est élevée par rapport au carbone structurant, plus la dégradation est rapide. La série allant des matériaux les plus difficiles aux plus facilement décomposables est la suivante :

Sciure de bois = 500 C:1 N
Copeaux de bois selon composition = 250-400:1
Paille de blé = 100:1
Paille de seigle = 65:1
Paille d'avoine = 50:1
Feuilles de chêne et de hêtre = 40-60:1
Paille de légumineuses = 50-30:1
Fumier de ferme frais = 20-25:1
Déchets de cuisine = 25:1
Fumier composté = 50-20:1
Bouse de vache = 14-16:1
Compost mûr = 10-12:1[268]

Tout ce que l'organisme agricole excrète à l'intérieur au cours de l'année en matière organique peut compter comme humus nutritif. Il s'agit, sur les terres de culture et de jardin, des résidus de chaume et du système racinaire, qui représente environ un tiers de la masse de l'ensemble de la végétation, ainsi que des fumiers issus de l'élevage (y compris la litière de paille) et du vieux foin, de la paille, des restes de fourrage de l'étable, des feuilles mortes, des tontes de gazon, des déchets de cuisine, des curages de fossés, etc.[269] Il s'agira ici avant tout d'aborder le devenir processuel depuis le montage jusqu'à la maturité. Le tas de compost est constitué dans un endroit aussi ombragé que possible, au-dessus du niveau du sol, dans la sphère d'action de l'air et de la chaleur, du pôle métabolique de l'agriculture, sur

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sur sol non stabilisé. Le rapport aux forces des profondeurs et des hauteurs doit être garanti. L'exigence légale de composter sur un support imperméable (dalle de béton) coupe l'action des forces dans le tas de compost des forces des profondeurs de la terre agissant par en dessous. Le tas de compost est un morceau de terre retournée,[270] comparable à un tronc d'arbre lignifié qui s'enracine dans la terre et s'élève au-dessus d'elle dans la périphérie aérienne. L'idée que des quantités notables de nitrates filtrent dans le sous-sol au cours du compostage est une théorie. Les substances mucilagineuses libérées lors de la décomposition obturent les pores du sol. Sur les sols sableux à macropores, il est recommandé de recouvrir la surface du sol d'une mince pellicule de bentonite (argile gonflante). Un risque éventuel de lessivage ponctuel et temporaire de nitrates, consécutif à un écoulement d'eau gravitaire après de fortes pluies, est en règle générale imputable à un montage inadéquat et à une couverture déficiente. Il est facile de remédier à ce défaut.

Sur l'aire de compostage, on veillera à disposer d'un stock suffisant de compost-mère pour inoculer le matériau en cours de montage, ainsi que de terre argileuse, de marne ou de lœss à intercaler entre les différentes couches et à employer pour recouvrir le tas ; du paillis de paille sera prévu pour la couverture finale. Pour resserrer le rapport C/N, on pourra incorporer également du fumier de ferme, de la corne broyée ou de la farine de sang. D'autres apports sont envisageables en faible dosage : poudre de roche, phosphate brut, farine d'os, chaux d'algues, etc. L'apport des préparations biodynamiques de compost sera traité séparément. Le montage et le mélange des matériaux peuvent s'effectuer au moyen d'un épandeur de fumier, mais la main reste sans doute le meilleur outil. Et c'est là que le bât blesse. Où sont les nombreuses mains, les êtres humains capables d'accomplir ce travail, qui n'est pas des plus légers, en temps voulu, avec intelligence et avec joie ? Ils font défaut, et c'est pourquoi la préparation du compost est soit devenue le parent pauvre des routines d'exploitation, soit réduite à une simple routine à gérer mécaniquement. Cette dernière se borne aux opérations purement mécaniques du mélange — et de manière très limitée —, du montage et du retournement répété, afin d'accélérer la maturation en vue d'obtenir un engrais utilisable, au prix de pertes élevées. On se défait ainsi, une fois de plus, d'un riche champ d'expérience — précisément celui-ci : acquérir «un rapport personnel au fumier et au travail avec le fumier». Comme tout ce qui est organique-vivant, le processus de compostage est soumis à la

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Zeit. Er entwickelt sich à partir d'un métabolisme chaotique, l'humus nutritif, jusqu'à l'état de forme accompli, l'humus stable. C'est un processus qui se déroule dans le rythme, dans le champ de tension entre le mouvement accentué du début (fort taux de transformation) et le repos accentué de la fin (formation d'une nouvelle substance). Ce devenir spatio-temporel veut être accompagné perceptivement dans toutes ses phases et médité avec esprit de recherche. Cela exige que l'on se mette soi-même activement en mouvement, puis que l'on s'arrête dans un repos intérieur au fil du déroulement, que l'on perçoive les odeurs, la consistance, etc., et que l'on demeure dans ce devenir, contemplant et pensant.

En ce sens, la préparation du compost est un champ de travail d'exercice conscient, qui sollicite et forme l'être humain tout entier. On prend la fourche à fumier et la pelle, et l'on monte le tas en couches sur une largeur d'environ 1,20 m, en plaçant par portions des matières facilement et difficilement décomposables les unes à côté des autres et les unes sur les autres, en intercalant le cas échéant des couches de fumier de ferme ainsi que de minces couches de sol argileux et, sur les bords, un peu de compost mûr, et l'on saupoudre chaque couche, selon l'appréciation du type de besoin, avec les apports mentionnés. Pour les matières encombrantes et sèches, la vieille règle reste valable : «Tasse-le fermement et garde-le humide.» Dans le montage du tas, on ne suit aucun schéma : chaque geste de travail est précédé d'une considération.

Le tas, monté jusqu'à environ un mètre de hauteur, devient en peu de temps un chaos vivant et foisonnant. Il a besoin d'une enveloppe délimitante, d'une peau protectrice et respirante. Cette fonction est remplie au mieux par une mince couverture de terre et, par-dessus, une couche de paille, de vieux foin ou de tourbe. Dans cet état, le tas de compost réunit toutes les conditions qui caractérisent un organisme clos sur lui-même. Il développe, avec l'aide de l'oxygène, porteur des forces éthériques, une vie propre, et, en lien avec l'azote, porteur des forces astrales, une vie intérieure. La toile synthétique comme seule couverture est certes imperméable à la pluie et perméable à l'air, mais n'est pourtant qu'un substitut. La peau extérieure a pour fonction de retenir les forces rayonnantes et de les renvoyer vers l'intérieur du tas. De l'extérieur, le tas est entouré par les forces et les rythmes de l'activité élémentaire dans le vent et les intempéries. Indépendamment de ce devenir extérieur, le tas de compost déploie un rythme et une dynamique propres en parcourant dans l'ordre les états des quatre éléments — chaleur, air, eau, terre — et les forces éthériques créatrices de vie qui agissent conjointement avec eux : l'éther de chaleur, l'éther de lumière, l'éther chimique et l'éther de vie.

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Dans ses études approfondies sur la vie du tas de compost, Bockemühl[271] a suivi, dans des essais de compostage (ci-après BKV) avec un mélange de fumier de vache et de cheval, une série de processus vitaux qui se déroulent dans le tas depuis le montage jusqu'à la maturité. Ils confirment dans le détail les quatre phases du développement du compost, familières au praticien attentif, à travers différentes mesures dans leur succession temporelle, mais surtout à travers l'apparition et la disparition successives de différents groupes d'organismes au cours de ces quatre phases. Comme représentant caractéristique des processus de décomposition et de transformation dans le tas, Bockemühl a choisi le groupe riche en espèces des collemboles (*Collembola*), qui, après le ver de compost rouge (*Eisenia foetida*), accomplissent l'essentiel du travail de conversion. Il faut cependant souligner dans ce contexte que leur activité, comme celle des vers annelés, des nématodes, des larves d'insectes et de la multitude proprement infinie de microbes, constitue à chaque fois le symptôme d'un tissu de relations à saisir comme une totalité. Les conditions permettant la formation de cette totalité sont créées par la main de l'homme. Que ces quatre phases se rassemblent de manière autonome en un organe dans l'organisme agricole exige continûment attention et soin de la main.

1. La phase de chaleur

Elle s'annonce dans les BKV après peu de temps par une montée brusque de la température (illustration 16, p. 292), qui retombe ensuite tout aussi rapidement. En cas de stockage lâche — c'est-à-dire avec accès non entravé à l'oxygène —, la température peut monter jusqu'à 70 °C ; avec un stockage plus dense et plus humide, elle atteint l'optimum de 55 °C à 60 °C et redescend ensuite très progressivement jusqu'à 30-25 °C. L'échauffement est une fonction de l'activité microbienne aérobie, qui libère la chaleur solaire liée dans la matière organique des années précédentes et crée ainsi le milieu vital élémentaire pour la vie microbienne relationnelle du tas. Le développement de la chaleur doit être régulé — selon le cas — par un montage plus dense ou plus lâche, par le maintien de l'humidité, et, si nécessaire, par un compactage ultérieur au pied. En cas de stockage trop dense et trop humide, le tas reste froid ; une pourriture s'installe par décomposition anaérobie. Un retournement est alors inévitable. En cas de forte chaleur atteignant 65 à 70 °C, les éléments présents dans le matériau de départ

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Abbildung 16: Die vier Phasen des Kompostierungsprozesses.

les petits animaux présents, les organismes nuisibles, etc. sont éliminés, et les graines de mauvaises herbes perdent également leur faculté germinative. Dans le BKV, la première phase a duré, en chevauchant avec la deuxième phase, environ deux semaines.

Avec l'apparition de l'élément chaleur perceptible aux sens, l'éther de chaleur lié dans la masse organique est lui aussi libéré. Il est le complément spirituel-suprasensible de la chaleur en tant qu'élément. Il maintient le processus en vie et le conduit, en temps voulu, vers l'étape processuelle suivante. La chaleur extérieure tend à se dissiper, tandis que l'éther de chaleur noue des relations — il est même le véritable initiateur de tout devenir processuel. C'est pourquoi il importe de veiller à ce que l'échauffement se déroule plutôt lentement et de manière durable. La chaleur doit rester dans le tas. L'éther de chaleur qui lui est lié inaugure alors un développement dans lequel le tas se referme sur lui-même en un tout, à la manière d'un organisme.

2. La phase de respiration aérienne et de dégazage

Parallèlement à la phase d'échauffement, une sorte de processus respiratoire prend naissance. L'oxygène, en tant que porteur d'une efficacité éthérique dans le physique, est pour ainsi dire inspiré ; il stimule l'activité bactérienne explosive de décomposition.

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Le dioxyde de carbone (CO2) ainsi libéré s'échappe sous forme de gaz à travers la peau du tas vers l'air extérieur (illustration 16). Dans le BKV, le maximum a été atteint après trois à quatre semaines, pour retomber ensuite rapidement après sept semaines, puis de façon régulière jusqu'à la fin de l'expérience au bout d'un an. Il en allait autrement du dégazage ammoniacal, qui s'est déclenché dès le début, a atteint sa valeur maximale à la deuxième et à la troisième semaine, et est retombé à quasi zéro après six semaines. Durant cette période d'émission ammoniacale — avec du sulfure d'hydrogène également pour les matériaux riches en protéines, comme les déchets de légumes — des nuages odorants s'échappent vers l'extérieur, alors qu'ils devraient autant que possible demeurer dans le tas : «un être organique est d'autant plus sain qu'il sent davantage en son intérieur et moins vers l'extérieur».[272] L'émanation d'odeurs est le signe d'un devenir encore proliférant et sans forme. Elle indique des pertes de substance irrémédiables. C'est la mycorhization (champignons à chapeau) qui survient dans la deuxième phase qui y met un terme. Elle assure, bien qu'elle-même proliférante et traversant l'ensemble du tas, une inhibition de la décomposition bactérienne dominante dans la première phase. Parallèlement à la mycorhization, il se forme désormais, au lieu d'ammoniaque, du nitrate, dont la teneur augmente régulièrement au cours des mois suivants et entre dans la formation d'humus par l'intermédiaire de stades préalables analogues aux protéines.

L'image caractéristique des nuées de vapeur d'eau s'élevant des tas dans la fraîcheur des matins témoigne, dans la deuxième phase, d'un dessèchement progressif et donc d'une aération croissante. Parallèlement, le rapport C/N commence à se resserrer, qui s'est établi dans le BKV à 12:1 en fin de compte. Le développement des collemboles (pour une espèce particulière de collemboles dans le BKV) bondit à la quatrième semaine, pour décroître à nouveau tout aussi rapidement jusqu'à la dixième semaine. D'autres espèces suivent et disparaissent à nouveau. Dans le BKV, la durée de la deuxième phase, en chevauchant avec la première et la troisième, a atteint déjà près de quatre semaines.

Avec la libération des gaz, l'éther de lumière est libéré ; il est le complément éthérique-suprasensible de l'élément de l'air. Il permet aux êtres vivants du tas de compost, en dépit de l'absence de rayonnement solaire direct, de mener une existence dans l'obscurité. C'est un éther de lumière conservé d'une vie supérieure éteinte, qui appelle à l'existence la vie végétale et animale inférieure remontant aux premiers stades évolutifs de la Terre. Quelle est alors la contribution de l'éther de lumière au développement du tas de compost ? Au commencement, le tas de compost est un mélange plutôt fortuit de déchets organiques. Leur décomposition microbienne n'est pas un devenir causal pour

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le fait que l'éther de lumière entre en activité, mais un fait simultané. L'éther de lumière agit d'un côté dans la croissance des organismes individuels ; de l'autre, il crée, par l'activité de tous ces innombrables êtres vivants végétaux et animaux, des contextes relationnels qui orientent la vie du tas de compost, dans sa totalité, vers la formation de l'humus stable. L'éther de lumière fait d'abord croître le tas de compost pour ainsi dire vers l'intérieur, et spatialise, par l'activité des petits animaux, le produit final dans la contiguïté uniforme et grumeleuse de l'humus.

3. La phase aqueuse ou de transformation

Elle s'annonce visiblement dans l'affaissement soudain du tas. Après la phase sèche précédente, celui-ci se tasse à présent plus densément et s'humidifie de lui-même, tandis que la décomposition des membranes cellulaires difficilement dégradables laisse s'écouler le liquide des vacuoles et des espaces intercellulaires (Figure 16, p. 292). Le tas se ferme davantage sur lui-même face au monde extérieur, il ne dégage plus d'odeur âcre, et dans ce milieu humide et aqueux s'accomplissent de multiples conversions, recompositions et néoformations de substances. Les petits animaux — au premier rang les *Collemboles* — prennent la direction ; ils fragmentent le matériau, mangent microbes et champignons et réduisent ainsi leur population. Le chaos proliférant des phases 1 et 2 commence, grâce à la multiplication massive des petits animaux, à s'ordonner et à s'articuler en espaces intérieurs aérés. Les conditions du milieu se modifient et, en conséquence, les Collemboles se métamorphosent de formes vermiformes, peu différenciées, vers des formes présentant des formations d'organes nettement marquées. Le BKV montre comment une espèce succède à une autre et disparaît à nouveau. Ainsi vit, dans l'obscurité du tas, le monde des petits animaux de manière évolutive, une existence encore inférieure, pour ainsi dire végétale-animale. Celle-ci est traversée de rayonnements, en partie de l'intérieur, en partie de l'extérieur, par les forces d'un animique-astral agissant de manière différenciée. Cette vie sensible fait du tas de compost un organisme. Dans la troisième phase s'accomplit en lui le passage de l'état encore informe de l'aqueux vers celui du terreux-solide pleinement formé — une seule grande transformation de substance.

Dans le BKV, la troisième phase aqueuse, chevauchant la deuxième et la quatrième, se développe sur sept semaines. Durant cette période, les *Collemboles* atteignent sur deux semaines un maximum de leur déploiement, soit un mois et demi à deux mois après le montage du tas.

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Avec le troisième stade, celui de l'humide-aqueux, c'est avant tout l'éther sonore ou chimique qui devient actif. Les espèces d'éther contrastent fonctionnellement avec les éléments dont ils partagent, du point de vue évolutif, la même origine. Tandis que dans le stade aqueux le tas prend une consistance plus dense et homogène, l'éther sonore ou chimique fragmente la vie du tas en une multiplicité innombrable de cellules singulières — non pas de manière aléatoire, mais selon un ordre en continuelle transformation. Il divise et relie en variations toujours nouvelles. L'essentiel n'est pas dans les bactéries, protozoaires, algues, champignons, vers, larves, etc. pris isolément, mais dans ce qui se passe entre eux : l'intervalle. Pour en donner une image, on peut comparer le devenir processuel du tas de compost à une symphonie. Dans une symphonie, les sons et les intervalles qui les séparent tout en les reliant engendrent rythme, mélodie et harmonie. Une symphonie comporte en règle générale quatre mouvements, chacun doté d'un thème propre qui résonne dans un flux mouvant de sons, se répète et se varie. C'est dans ce même sens qu'agit l'éther sonore ou chimique dans le tas de compost — non dans l'élément aérien des sons, mais dans l'élément terreux humide des substances. En ces dernières, il est le porteur processuel de tous les rythmes, répétitions et métamorphoses, jusqu'au point final où apparaît l'humus mûr. On peut ainsi considérer l'humus, dans les variations de ses compositions numériques de carbone (C), d'oxygène (O), d'azote (N), d'hydrogène (H) et de soufre (S), comme un miroir terrestre des harmonies sphériques.

4. La phase de terrification

Après les pertes de substance de la première et de la deuxième phase et la transformation de la matière dans la troisième, le volume du tas diminue progressivement. Il passe à l'état de terre solide ; il se consolide et se structure de manière uniforme dans une sorte de nouvelle formation substantielle, l'humus stable (figure 16, p. 292). Ce processus se manifeste non seulement par la coloration noire et la structure grumeleuse et meuble, mais aussi par des qualités olfactives et gustatives, des perceptions qui nous rapprochent donc plus profondément de la nature essentielle du substantiel. Le tas se remplit intérieurement d'une odeur douce et terreuse. Le qualitatif du goût est immanent au processus lui-même : le tas de compost est maintenant placé dans un état où un monde de petits animaux se multipliant en masse détermine le cours des événements. Ce monde est d'un genre évolutif inférieur, il vit dans l'obscurité et l'humidité

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et, avec une haute spécialisation, il exerce une activité de décomposition et de transformation. Chaque espèce animale trouve, préparée dans la chaîne alimentaire, la nourriture pour laquelle son sens du goût et son activité digestive sont organisés. En dernier lieu apparaît le ver de compost (Eisenia foetida), apparenté aux vers de terre, qui accomplit de loin la plus grande partie du travail de digestion et de nouvelle formation substantielle. Agissant dans une direction similaire, mais d'un poids moindre en qualité et en masse, on trouve actifs les annélides (Annelida), les myriapodes (Myriapoda), les cloportes (Isopoda), les larves d'insectes, etc.

Si l'on plonge la main dans un tas de compost au début de la phase de terrestration, on tient une substance brun foncé à noirâtre, qui contient encore les derniers restes de racines, de tiges et de feuilles colonisés par les microbes et qui est souvent traversée par de grands amas enchevêtrés des vers de compost mentionnés. Les vers et autres petits animaux meurent dès que le dernier reste de résidus organiques est digéré et, en symbiose endogène avec les bactéries intestinales, devient déjection. Celle-ci, en tant que substance animée par l'éthérique, est pour ainsi dire imprégnée de forces astrales que la masse en digestion a absorbées lors de son passage dans le tube digestif de l'animal. D'une part, elles provoquent la transformation de l'humus nutritif en humus stable et brident l'activité dégradante des microbes, voire la réorientent vers une activité constructive. D'autre part, ce sont les forces astrales transmises par l'animal qui permettent la liaison avec les minéraux argileux pour la formation de complexes argilo-humiques. On peut, dans cette phase finale, parler à juste titre d'une astralisation, d'une animation par l'âme du monticule de terre. Tout se forme et s'individualise de manière organismique en un tout unitaire.

Jusqu'à la terrestration complète, la quatrième phase prend le plus de temps. Elle dure d'autant plus longtemps que le matériau de départ est riche en fibres brutes. Dans l'expérimentation (fumier de bovins/chevaux), ce stade a été atteint après environ quatre mois. L'activité des vers a commencé à la 7e semaine et s'est terminée à la 13e. La température s'est maintenue à une valeur quasi constante d'environ 25 °C, avec en moyenne 4 à 5 °C de plus que les fluctuations de la température extérieure.

Le quatrième et dernier stade, la formation de l'humus ou, mieux, de l'humus argileux, est le plus mystérieux. C'est ici que le plus jeune, le plus caché, le plus fin et le plus puissant des quatre types d'éther, l'éther de vie, déploie son efficacité principale. L'éther de vie est l'autre pôle de l'élément solide-terrestre. L'éther de vie « forme la vie ». Ce qui sur terre apparaît comme pierre a sa vie

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dans le suprasensible.[273] Dans le tas de compost, l'éther de vie est le formateur de la vie d'une grande diversité d'êtres vivants. Cette vie est en même temps pleine de sens. Lorsque ce qui est empli de sens s'éteint dans la forme, l'éther de vie se libère pour composer à nouveau des substances dans un contexte de vie, et finalement dans l'humus. D'une part, sur la base de l'oxygène, l'humus devient conservateur de vie ; d'autre part, l'humus contient de l'azote qui, comme l'oxygène et d'autres éléments, est tissé dans une composition substantielle variée, semblable aux protéines. Sur le plan substantiel, l'azote forme le pont vers l'être astral essentiel, le dispensateur de sens. On peut en conclure que l'éther de vie est dans l'humus la véritable force formatrice, au service de laquelle se placent ses trois parents plus âgés, l'éther de chaleur, de lumière et l'éther chimique. Et ne devient-il pas la véritable force formatrice par le fait qu'il a, par le biais de l'azote, la capacité de rapprocher l'astral de l'éthérique et du physique ? Le compost (humus stable) ne devient-il pas ainsi l'engrais le plus élémentaire d'une fertilité durable autochtone du sol ? Et cet éther de vie, ainsi devenu force formatrice, ne confère-t-il pas au contexte de vie « sol et plante » le pouvoir de se former en totalités, de s'individualiser et de devenir le reflet fidèle de leur être enraciné dans le suprasensible ? Partout où nous reconnaissons dans le vivant des interconnexions pleines de sens ou de sagesse, nous suivons les traces de l'éther de vie.

Considéré dans son ensemble, on peut dire en résumé : les déchets organiques morts, issus d'un contexte de vie supérieur, subissent dans le tas de compost, par décomposition, une nouvelle animation, mais chaotique, puis, de manière constructive, une transformation successive et une nouvelle mort dans la forme terrestrée de l'humus. Mais celui-ci porte en lui le germe d'une vie nouvelle sur terre : la « semence universelle du végétal général ». En ce sens, l'humus est un engrais issu de la vie pour le déploiement de la vie supérieure, c'est-à-dire pour le développement végétatif des plantes cultivées. L'engrais de compost est – tel un fruit qui mûrit et nourrit l'homme et l'animal – un fruit nourrissant pour le sol et la plante. Par lui, le passé se rattache au présent et rend le futur possible.

Dans les quatre étapes menant à la terrestration de la matérialité qui appartenait autrefois à une plante ou à un animal, se reflète, discrètement à petite échelle et en succession temporelle, une sorte de répétition de l'évolution de la Terre et du

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cosmos. Au commencement, une pure chaleur (éther de chaleur – un acte sacrificiel de hauts êtres spirituels) emplissait l'« Ancien Saturne ». Cet état fut suivi, par la densification d'une partie de la chaleur, de la naissance de l'élément air et avec lui de l'éther de lumière sur l'« Ancien Soleil », puis par la densification d'une partie de l'air, de l'élément eau sur l'« Ancienne Lune » et avec lui de l'éther chimique ou sonore, et enfin, avec la densification d'une partie de l'élément liquide, de l'état de l'élément solide-terrestre, la Terre devenue œuvre, et avec elle de l'éther de vie.[274]

Ce qui se déroule dans le tas de compost, élevé au-dessus du niveau du sol, en tant que processus artificiel-artistique, la terrestration d'une vie autrefois supérieure en humus stable, a lieu de manière plus cachée dans tous les sols, de manière tout à fait naturelle dans les sols forestiers. Sur les sols agricoles et horticoles, ce processus, guidé par le travail du sol (voir p. 205 et suiv.), est porté à un niveau de fertilité supérieur. L'engrais vert sert également cet objectif, une culture de graminées à croissance rapide, de crucifères, de légumineuses, etc., spécifiquement destinée à l'approvisionnement en humus. Les masses vertes fanées du couvert végétal fournissent alors l'humus nutritif pour les étapes de décomposition 1 et 2, tandis que la masse racinaire restant dans le sol sert principalement à la formation d'humus stable dans les étapes de construction 3 et 4.

L'engrais vert est incorporé en paillis et prend le caractère d'un compostage de surface. Il s'agit de couvertures de sol avec des matériaux organiques allant de la jeune verdure aux copeaux de bois, disposées entre les plantations en horticulture. Un mélange de différents matériaux est également judicieux ici. Il convient de s'abstenir d'utiliser de la paille ou des feuilles pures ; la première est trop lâche et volumineuse, les secondes se tassent trop et toutes deux ne se décomposent donc que lentement.[275] Le couvert végétal protège de l'évaporation, du tassement, de la formation de croûtes, de l'érosion et des mauvaises herbes, il attire la vie des microbes et des vers vers la couche superficielle du sol et lui crée une source de nourriture continue, maintient la respiration du sol et vivifie sa maturité.

L'humification de la couverture organique du sol est assurée par un monde de microbes et de petits animaux qui est propre aux particularités du site. Cependant, ce qui est commun à tous les sols, c'est l'apparition, non pas du ver rouge de compost, mais du lombric commun (Lumbricus terrestris), le maître de la fertilité du sol. Toutefois, sur les sols sableux pauvres en calcaire et en argile, son nombre d'individus est

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et donc son activité bénéfique et stabilisatrice d'humus est très limitée. En agriculture, le compostage de surface est pratiqué si possible en combinaison avec l'engrais vert sur chaumes ; on incorpore dans la culture en croissance un voile de fumier frais ou à demi-décomposé.

L'application du compost

Le compost mûr est un produit végétal-animal. Il l'est non seulement parce qu'on y mélange des déjections animales et d'autres composantes des animaux domestiques, mais parce que le processus de l'humification comme tel ne pourrait s'accomplir sans l'activité astrale du petit monde animal du tas de compost. Les composantes principales sont d'ordre végétal ; leur transformation en humus relève pour l'essentiel de l'activité et de la force organisatrice des animaux. Le compost n'est donc pas non plus un fumier fermentescent qui force la croissance végétative. Son effet est configurant, formateur du végétatif. C'est ce qui en fait le fumier de toutes ces plantes cultivées qui fructifient principalement dans le végétatif — que ce soit graminées, plantes herbacées ou arbres. Cela concerne l'économie des prés et des pâturages, la culture maraîchère de jardin et de champ, ainsi que l'arboriculture fruitière. La formation du fruit, au sens élargi, désigne ici une formation de substance qui s'accumule et remplit l'espace dans des organes particuliers de la plante, dont la qualité nourricière est orientée vers les besoins de l'homme et de l'animal. Cette aptitude nourricière exige un fumier qui retienne la force de croissance et de reproduction poussant vers la formation de la graine, et la laisse se remodeler par les rayonnements actuels du soleil et du cosmos planétaire, se mettre en forme comme substance nutritive. Ce fumier s'insère de manière ordonnante et formatrice dans l'action des forces des plantes. C'est l'humus stable, noir et friable.

La fumure par compost des prés et des pâturages

Le pâturage permanent fournit le fourrage pour les ruminants et les chevaux. Celui-ci se compose des parties végétatives de la pousse, de la tige et de la feuille. Le couvert végétal est répétitivement pâturé du printemps jusqu'en automne, ou fauché en fourrage vert ou en foin. Sur les pâturages et plus encore sur les prairies riches en plantes herbacées, certaines de ces plantes arrivent à fleur au printemps. Après la floraison, elles se retirent dans le stade rosette, abondamment feuillu. Le gazon repousse toujours à nouveau depuis ses nœuds de tallage. Prés et pâturages restent verts hiver comme été. Le couvert végétal est en grande partie maintenu dans le pur

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Végétatif, de même que les processus du sol, qui sont réactivés après chaque passage de pâture ou coupe, pour s'engager dans de nouveaux cycles de transformation. Le sol et la plante ne trouvent pas le repos. La maturation générative leur est refusée. En cas d'utilisation intensive, cela conduit à un appauvrissement des espèces. C'est pourquoi prés et pâturages appellent une fumure qui compense ce manque — et c'est le compost. Au printemps, après le premier passage de pâture ou la première coupe de foin, ou mieux encore en automne, il transmet à la prairie et au sol une structure de forces mûrie et terrestre, qui configure la formation de substance dans la tige et la feuille, aussi bien du côté reproductif que du côté nourricier.

Une fumure par compost régulière des surfaces en herbe rend la prairie plus dense, le pâturage plus uniforme et plus ras, la composition floristique — surtout en plantes herbacées — plus variée, et le fourrage de meilleure qualité.

La fumure par compost en horticulture

Comme pour les prairies, le repos du sol qui conduit à maturation fait défaut en horticulture ; une culture suit l'autre. Le sol doit être maintenu la plus grande partie de l'année à un haut niveau de fertilité, dans cette disposition printanière propice à la croissance. La formation de la substance nourricière et fourragère ne s'accomplit pas dans la phase générative, mais dans la période de croissance la plus intense. D'importantes masses récoltées, fraîches, d'une vitalité substantielle, quittent le terrain et la ferme. Ce qui reste — principalement la masse racinaire — devient l'humus nutritif pour la culture suivante. En contrepartie, la force formatrice éthérique-biologique de l'humus stable astralié passe au second plan. Ce qui s'opère d'ordinaire aux champs dans les périodes de repos du sol, de lui-même — la transformation de l'humus nutritif en humus stable —, cela doit être apporté de l'extérieur au sol du jardin sous forme de compost mûri. Il agit, selon le type de culture, en aromatisant doucement et spécifiquement le goût et l'odorat, en affermissant les tissus, en préservant la fraîcheur, et en renforçant l'éclat et la coloration.

Les matériaux pour le compost en horticulture comprennent les résidus de récolte évacués, les déchets organiques de toutes sortes, le broyat de déchets verts, les cultures intermédiaires fanées, les poudres de roche, les copeaux de corne ainsi que, partout où c'est possible, le fumier de ferme. Les ordures ménagères et les boues d'épuration sont exclues. Pour les composts spéciaux, exempts de mauvaises herbes, destinés aux pépinières et aux cultures sous serre, conviennent toutes sortes de mélanges de légumineuses, de graminées, d'avoine et d'autres plantes. Un traitement à la vapeur chaude du compost, pour détruire les germes nuisibles et les graines de mauvaises herbes,

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— doit être évitée, sauf pour les terres à semis. Le compost en est ainsi largement réduit à un substrat sans vie.

L'application du compost se fait en règle générale de manière homogène sur la surface ; il est incorporé superficiellement. Sur les emplacements sableux, pierreux et secs, le procédé coûteux de la fumure en poquet a fait ses preuves.

Sous les conditions climatiques tropicales, les sols souffrent d'un déficit en humus ; la matière organique y est soumise à une minéralisation accélérée. La même chose se produit là-bas, sous l'effet des hautes températures et de l'humidité, dans le tas de compost. En revanche, on y réussit bien une compostage « sous terre » dans de grandes fosses creusées dans le sol, où l'on parque pendant la nuit un certain nombre de chèvres, de moutons ou de bovins. Ils tassent des matériaux en général volumineux, souvent lignifiés, les humectent et les enrichissent de leurs déjections. On obtient une bonne qualité d'humus. Une poignée de cet humus déposée dans un poquet, la semence nichée dans l'humus et légèrement recouverte de terre, produit un véritable miracle : les rendements montent à des hauteurs jusque-là inconnues et la prospérité de la population vivant dans la misère s'accroît.[276]

Un procédé analogue est l'aménagement de larges buttes-jardins au-dessus de fossés drainables, remplis de branchages et de broussailles. La décomposition fortement ralentie et la transformation en humus dans le sous-sol y engendrent dans la butte de terre un tel degré de vitalisation que, sur le plus petit espace, un mélange bigarré de légumes peut approvisionner en continu une ou plusieurs familles. Ce procédé-là aussi requiert de nombreuses mains ; il a un effet d'intégration sociale et assure une modeste prospérité.

Cela vaut pour le monde entier : une économie de l'humus conduite avec art libère des famines et ouvre la voie à un nouveau épanouissement culturel.

La fumure par compost en arboriculture fruitière

L'arboriculture fruitière a évolué, depuis le XXVorlage:E siècle, d'un verger extensif à hautes tiges, riche en variétés, vers des plantations à demi-tiges, et finalement, avec une durée d'utilisation plus courte, vers une arboriculture fruitière intensive à basses tiges, appauvrie en variétés. Dans ce mouvement, la formation du fruit s'est déplacée des couronnes d'arbres élevées, baignées de lumière et d'air, vers des couches d'air proches de la terre et, parallèlement, les besoins en fumure ont considérablement augmenté.

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L'arbre fruitier se lignifie et porte en même temps des fruits tendres et savoureux. Il maîtrise la polarité de la lumière et de l'obscurité, de la vie et de la mort, ainsi que l'action de l'éther et de l'astral. Cela s'exprime de façon particulièrement nette chez le haute-tige. En lui, la vitalité éthérique monte depuis le système racinaire qui s'étend en largeur et en profondeur, à travers le tronc et les branches, jusqu'aux pousses feuillées de la couronne. Cette vitalisation puissante dans l'air et la chaleur attire une vie insectile abondante : «Ce qui parcourt les arbres en tant qu'astralité riche, c'est de cela que vit et se meut l'insecte parvenu à maturité.»[277] En polarité avec cela, dans tout ce qui se lignifie et surtout dans le domaine racinaire, règne une «pauvreté éthérique». Dans ce milieu, plus fortement exposé aux forces de la minéralisation, se développent les larves des insectes. Le haute-tige greffé sur un porte-greffe à croissance lente incarne pour ainsi dire cette polarité ; il est sobre et n'a pas besoin de fumure, encore moins d'une fumure qui agisse de façon végétative.

Tout autre est son pôle opposé : le basse-tige, cultivé en monoculture dans des plantations closes sur un porte-greffe à croissance rapide. Il pousse davantage à la manière d'une pousse faiblement lignifiée sortant du sol et fructifie près de la terre, pour ainsi dire en pleine jeunesse. Le cambium, qui chez le haute-tige exerce un effet modérateur sur une vigueur végétative trop forte, a besoin chez le basse-tige d'une stimulation continue par un sol riche en humus et bien pénétrable aux racines. La force formatrice et la vitalité de l'humus se prolongent pour ainsi dire dans le cambium lui-même. Le basse-tige a besoin d'un fumier qui n'agisse en aucun cas de façon végétative, mais qui soit apparenté au cambium lui-même dans sa force formatrice, vivacement astralisée par les larves et les vers du tas de compost. Chez le haute-tige, la terre minéralisée se retourne vers le tronc et le branchage de la couronne. Chez le basse-tige à forte vigueur végétative, ce retournement est réduit au bénéfice d'une vitalité également élevée dans l'espace racinaire et dans la couronne. L'engrais vert intensif pratiqué en arboriculture fruitière à basses et demi-tiges agit dans le même sens.

L'arboriculture fruitière intensive n'est couronnée de succès que lorsque la teneur en humus du sol dépasse 3 % ; l'optimum se situe aux alentours de 6 %, avec simultanément un sol à forte teneur en minéraux.

Comme matériaux de compostage, outre les apports déjà mentionnés, ce sont avant tout toutes les formes de fumier de ferme qui entrent en considération. De par leur origine animale, celles-ci disposent de forces formatrices d'un ordre supérieur, qui canalisent vers une mesure harmonieuse la vigueur végétative des basses-tiges. Cette harmonisation se manifeste dans l'ensemble du processus de croissance en ce qui concerne un

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d'une pression infectieuse et parasitaire réduite, ainsi que dans la saveur et la conservation des fruits.

En résumé : le compost agit de manière assainissante et harmonisante sur le développement des plantes ; il crée dans le sol le fondement de sa fertilité durable. Il est recommandé, au sein d'un organisme agricole diversifié, d'établir séparément les composts pour les principaux domaines d'application : pour le compost de prairie permanente, ce sont, avec le fumier de ferme comme apport principal, tous les déchets qui entrent en considération, y compris ceux chargés de graines de mauvaises herbes ; en horticulture, ce sont essentiellement des déchets végétaux qui s'accumulent, lesquels devraient être aussi exempts que possible de graines de mauvaises herbes ; des apports de fumier de ferme sont toujours avantageux. Dans les vergers, il convient, aux côtés de l'engrais vert et avant tous autres déchets, de donner la priorité au fumier de ferme.

Cette recommandation fait appel à l'ensemble de la communauté de la ferme pour que, précisément à travers le compostage, le «rapport personnel au travail avec le fumier» mentionné — élargi par le maniement des préparations biodynamiques de compost (voir p. 344 sq.) — soit exercé jusqu'à la maîtrise et que, par les différents types de terre à compost, on réponde au besoin spécifique des espèces cultivées.

Étape 2 : La fumure issue de l'animique de la nature des animaux domestiques

L'animique-astral, qui ne touche la plante en tant qu'être purement vivant-éthérique que de l'extérieur, est devenu vie intérieure dans l'animal. L'animal se délimite en tant qu'organisme corporel vers l'extérieur et forme son corps en instrument de son déploiement essentiel. Par ses sens, l'animal vit son monde extérieur et déploie à partir de ce vécu son activité dans la chaleur, l'air, l'eau et la terre. En vertu de son être psychique, les substances se composent en l'œuvre admirable de ses organes, qui revêtent, conformément à leurs activités exécutrices, les configurations les plus étonnantes. Dans chacune de ces activités s'exprime une sagesse accomplie. Si l'on veut donc s'approcher par la connaissance de l'être d'un animal, il faut s'efforcer d'intérioriser ce qui est perçu par tous les sens et de le former en image-pensée vécue. Le contexte empli de sagesse qui s'y révèle fournit à la connaissance sensible l'inébranlable certitude que les forces qui composent les substances du corps animal et par lesquelles il peut se mettre en activité ont leur fondement essentiel dans le corps astral ou corps animique de l'animal

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Ce qui procède de l'activité digestive des animaux reçoit sa force fertilisante par la nature essentielle particulière de leur être psychique. Il a été dit des plantes : «le vivant fume le vivant» ; pour les animaux, cette loi se prolonge : «l'animique fume l'animique.» Ce fait a été traité en détail au chapitre «La organisation animique ou le corps astral de l'organisme agricole» (p. 111 sq.). La nature psychique des ruminants, et en particulier celle du bovin (voir chap. «Le bovin»), porte la force fertilisante à son maximum dans le domaine du pur agir naturel. Chercher à comprendre la force fertilisante comme l'effet sommaire de tel ou tel «nutriment» prétendu, c'est céder à une théorie qu'on ne soumet plus à aucun examen. Chercher au contraire la valeur fertilisante — ainsi qu'il a déjà été plusieurs fois souligné — dans le «compositeur» (la chèvre, le mouton ou le bovin), dans la nature essentielle duquel les substances s'ordonnent précisément de telle manière et d'aucune autre, c'est briser les barrières matérialistes et dégager le regard pour des questions qui visent la réalité de la vie, de l'âme et de l'esprit. Qui s'engage dans ces questions s'aperçoit que la valeur fertilisante est d'autant plus élevée que les animaux sont élevés, nourris, soignés et sélectionnés de manière plus conforme à leur nature essentielle. Tout cela met en mouvement, depuis le fond même de la nature des animaux domestiques, des forces qui fertilisent. La ferme constituée en organisme remplit ces conditions.

Le cheptel de la ferme est calculé de telle sorte qu'il puisse d'une part être nourri par la base fourragère propre à la ferme, et que d'autre part il tienne à disposition une quantité de fumier suffisante pour les surfaces de l'exploitation. La quantité et la qualité, c'est la nature qui les produit. Préserver le fumier, voire l'affiner jusqu'à son épandage, c'est l'affaire de l'homme.

La conservation des engrais du cheptel domestique

Lors de la mise au pâturage, bouses et purin fertilisent par voie directe. La distribution régulière des bouses évite les zones de végétation luxuriante. Le fumier issu de la stabulation, en revanche, doit être stocké dans l'attente de son emploi en limitant au maximum les pertes. Le meilleur procédé pour conserver la force fertilisante du fumier de ferme, purin inclus, est celui qui utilise la litière de paille ; le plus douteux, quoique le plus rationnel, est celui du fumier liquide ou de la lisier. Dans la lisier (purin + fumier), des processus de fermentation anaérobie s'accomplissent dans des conditions de quasi-exclusion d'air, au cours desquels les composés azotés organiques se minéralisent en ammoniaque, qui s'échappe dans l'atmosphère — principalement lors de l'épandage — sous forme gazeuse (nuisances olfactives). Un agitateur mécanique permet d'atténuer cet effet. La lisier agit sur la vivification

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de l'aqueux-lunaire et, par là, en court-circuitant l'élément du terreux-solide, directement sur la vigueur végétative de la plante — tendant ainsi, dans son orientation, vers une fertilisation minérale modérée. La litière de paille présente au contraire plusieurs avantages. La paille absorbe une partie du purin, se mêle entièrement au fumier lors du curage, et assure, par sa porosité naturelle, des conditions aérobies lors du stockage. À cela s'ajoute que la paille des céréales est pénétrée et configurée par ce même processus de fructification qui forme le grain dans l'épi. Le chaume est épaissi et renferme dans sa lumière un volume d'air plus grand que ne le font les graminées sauvages. On peut y reconnaître l'expression d'une action intérieure et astrale plus intense. De plus, après l'élaboration de sa pellicule de silice dans le processus de maturation, il resplendit et se colore de tons jaunes, rougeâtres jusqu'à dorés. Il s'entoure d'une enveloppe d'opale. La paille est un fruit du soleil et fait de la bouse de vache, à plus forte raison, un engrais solaire-terrestre, «l'or du paysan».

Le fumier de stabulation profonde

Le meilleur stockage, celui qui occasionne le moins de pertes, est le fumier de stabulation profonde. Bovins, moutons et chèvres urinent et fument sur la couche fraîche de paille ; le purin est absorbé en totalité par la paille. Sa teneur en azote accélère la décomposition aérobie de la paille, pauvre en azote. Les animaux eux-mêmes satisfont à l'exigence de « tiens-le humide et foule-le ferme ».

La stabulation profonde exige toutefois la plus grande quantité de paille : jusqu'à 15 kg par animal et par jour, contre 3 à 5 kg pour la stabulation sur fumier foulé et 0,5 à 1 kg pour la stabulation en logettes avec litière.[278] Dans un souci de production de fumier solide — et donc de réduction au minimum de la lisier — les quantités de litière épandues en stabulation sur fumier foulé et en stabulation en logettes peuvent être augmentées en conséquence. Une combinaison de stabulation entravée (pour l'alimentation et les soins) avec un séjour nocturne en stabulation profonde réduit les besoins en paille. Les couches supérieures de litière de la stabulation profonde — le matelas couchant — se réchauffent jusqu'à environ 30 °C et traversent, sous une dégradation modérée de la matière, la première phase du tas de compost, c'est-à-dire la phase thermique. Sous l'effet du piétinement des animaux, les couches de litière inférieures se compactent ; elles refroidissent et entrent dans des processus de fermentation ; soumises à un manque d'air croissant, elles se livrent de plus en plus à une fermentation. Par analogie à la phase 2 du tas de compost, la prolifération débordante des microbes est

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freiné. Les *collemboles* et autres petits animaux ne trouvent plus dans ce milieu les conditions d'existence qui leur sont nécessaires. Des ferments produits par autolyse ou excrétés par les bactéries amorcent la phase terminale de la fermentation : l'eau, les protéines, les glucides, les graisses, etc., se scindent. Les tissus organiques se désagrègent, à l'exception des résidus de paille friables et des parties lignifiées ; des arômes se forment, la masse devient homogène et prend une coloration brunâtre. Le fumier sent alors le pain — comme on a coutume de dire — lorsque la fermentation a pleinement réussi. Plusieurs fois enrichies de préparations biodynamiques et conservées sans perturbation tout l'été, les matières mûres sont « incorporées » à la terre de labour. Pour éviter une stagnation d'eau — et donc la pourriture — dans la couche de base de la stabulation profonde, le sol le plus approprié serait de la terre battue, de l'argile ou du kaolin. La même règle du contact direct avec la terre vaut ici comme pour le tas de compost. Par méconnaissance des actions de forces plus subtiles, la loi prescrit malheureusement ici aussi un sol de béton imperméabilisant. On peut parer au danger d'une accumulation d'humidité qu'il entraîne en disposant, avant la mise en stabulation à l'automne, une couche de copeaux de bois.

L'étable à stabulation profonde pour bovins doit être conçue de telle sorte que le matelas de fumier — avec dix mètres carrés d'espace de déplacement et de repos par animal — puisse s'élever sur toute sa hauteur pendant six mois jusqu'à la mise à l'herbe printanière ; les trois mois d'été suivants servent à la maturation complète. Un curage intermédiaire et un stockage provisoire en andains de champ entraînent des pertes de substance considérables. Il s'avère tout à fait praticable de maintenir des vaches d'un poids de 500 à 600 kg sur ce matelas de fumier en croissance tout au long de la saison froide et fraîche, sans qu'elles s'y enfoncent. Avec le réchauffement de mars et avril, la décomposition des couches supérieures de paille s'accélère, ce qui peut provoquer un affaissement des chemins de passage et des bombements latéraux. Ce ramollissement peut être retardé jusqu'à la mise à l'herbe en posant à temps une couche barrière d'argile, de kaolin ou de copeaux de bois.

Les moutons et les chèvres sont eux aussi hivernés en stabulation profonde en parquet. Le fumier et la litière se tassent très serré sous l'effet du purin et du piétinement, fermentent donc rapidement et peuvent, sans stockage intermédiaire coûteux en pertes, être appliqués directement comme fumure de grande valeur.

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Le fumier en meule

Dans l'étable à logettes, à déjections piétinées ou en stabulation entravée, l'écurage se fait quotidiennement, ou plusieurs fois par jour avec un racleur à câble. Une partie du purin est collectée séparément. Le reste parvient en mélange fumier-litière-purin sur un dépôt intermédiaire proche de l'étable. Là commencent, dès un bref séjour, les phases 1 et 2 — échauffement et aération —, et avec elles des processus de dégradation incontrôlés entraînant des pertes de substance. Du dépôt intermédiaire, le fumier solide est soit acheminé vers des andains de champ pour compostage ultérieur, soit directement composté. Dans les deux cas, les phases 1 et 2 reprennent, avec de nouvelles pertes de substance. Pour les réduire au minimum, il convient de repenser et de remettre en œuvre la méthode éprouvée du fumier en andains. Une dalle imperméable avec des rigoles d'écoulement tout autour pour le purin et l'eau de pluie y est cependant inévitable. Le fumier frais produit quotidiennement dans une fosse est repris aussitôt que possible au chargeur frontal et à la fourche à fumier, puis déposé par portions côte à côte sur la largeur de la plateforme à fumier. Un travail précis s'impose ici. Devant cette première rangée vient une deuxième, une troisième et ainsi de suite. Pendant ce temps, la première rangée, la deuxième et les suivantes s'échauffent, de sorte que dans le même ordre la deuxième couche peut être placée par portions, puis une troisième et une quatrième jusqu'à la hauteur maximale techniquement réalisable. Celle-ci atteinte avec la première rangée, on peut commencer la première couche de la partie suivante. L'andain se constitue ainsi progressivement en largeur et sur toute sa longueur. Sous la pression des couches superposées, les phases d'échauffement, de dégazage et d'humidification se parcourent rapidement et incomplètement, pour s'achever dans la fermentation. En ce sens, les mêmes processus se déroulent dans un andain correctement constitué que dans l'étable à litière profonde. Les pertes de substance y sont néanmoins plus élevées (env. 20 %) en raison de l'exposition de toutes les faces à l'air extérieur. La décomposition progresse plus vite sur les faces latérales presque verticales et sur la surface, ce qui se manifeste notamment par l'apparition de champignons à chapeau.

Le compost de fumier

En agriculture biodynamique, on distingue le « fumier » qui vient des animaux et le compost, d'origine principalement végétale. Ce sont deux compositions de forces différentes qui fertilisent.

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Dans la compostage du fumier de ferme, les mêmes processus se déroulent que ceux décrits pour le compost végétal. Parvenu à sa forme mûrie et affinée, il se constitue un humus stable d'une nature particulière. La constellation de forces qu'il porte conserve l'astralité des animaux domestiques transmise au fumier. Ce sont leurs forces d'âme qui confèrent à l'engrais son effet durable extraordinaire. Cela vaut tout particulièrement pour le compost issu de fumier de vache pur ou mêlé en partie à d'autres matières animales. Il transmet à la vie de la plante des forces qui dépassent l'animique-astral et qui ont été évoquées au chapitre «Le bovin» sous le nom de «disposition du Je». Par cette désignation, on renvoie à un contexte de forces d'ordre supérieur qui non seulement fait des plantes cultivées l'image de leur être suprasensible, mais crée en elles la disposition pour que cet être puisse entrer à nouveau en relation avec ce qui, dans une évolution passée, s'en est figé dans l'espace-temps en œuvre réalisée — à savoir la forme végétale telle qu'elle apparaît — et inaugurer de nouvelles possibilités de développement. Il apparaît ainsi clairement que la vraie fumure issue de la nature vivifiée et animée a et doit avoir une valeur sélective, une valeur de développement pour les plantes cultivées.

Il est recommandé d'adjoindre au compost de fumier, outre le fumier de vache, toutes les autres sortes de fumiers des moutons, chèvres, chevaux, porcs et volailles élevés sur la ferme. Chacune de ces espèces animales effectue, comme résultat de son activité digestive, une «analyse cosmique-qualitative» de la nourriture qui correspond à sa nature essentielle (voir chapitre «Le bovin — Analyse cosmique-qualitative et disposition du Je», p. 156 s.). Le résultat de cette analyse s'imprime pour ainsi dire comme motif dans la composition de forces du fumier. Lorsque différents de ces motifs se réunissent dans le tas de compost, il en résulte un engrais universel qui — comme décrit plus haut — stimule et pénètre ce qui est fructifiant au stade de la croissance végétative, telle qu'elle est particulièrement nécessaire dans les prairies et pâturages, en arboriculture fruitière intensive et en horticulture.

Il n'y a pas lieu de composter la totalité du fumier animal disponible. C'est trop contraignant et entraîne des pertes au stockage de 50% et davantage. L'utilisation en culture des champs est indiquée dès lors que le fumier solide a perdu l'âcreté de son odeur, ou dans le cas du fumier de porc, sa puanteur. C'est le cas lorsqu'il a parcouru, comme dans la stabulation en tas ou en litière profonde, la phase de fermentation 1 et partiellement la 2. La suite du processus de fermentation se poursuit alors dans le sol, sous la conduite éminente du ver de terre ainsi que de l'activité vitale et sensorielle des racines en rapport avec les microbes. Lors du compostage d'un fumier de ferme trop humide — souvent conséquence d'une litière trop peu abondante

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— dans les litières insuffisantes (fumier de porc) —, il peut se former des noyaux humides qui nécessitent un retournement à temps.

La jauche

La jauche et le fumier ont, du fait des processus physiologiques dont ils sont issus, des qualités fertilisantes polaires. Comme il a été exposé à l'exemple du bovin (chap. «Le bovin», p. 146 ss.), le fumier provient du système digestif, dans lequel la nourriture étrangère au corps, ingérée de l'extérieur, est dégradée par étapes — au cours de la rumination, de l'activité du rumen, de la caillette, de l'intestin grêle et du gros intestin — et triée dans son passage à travers les parois muqueuses. Les substances digestives minéralisées, dépouillées de leur étrangeté, parviennent de là dans la circulation veineuse, puis dans le foie. L'urine, en revanche, est une excrétion provenant de l'intérieur du corps : elle transite par la circulation artérielle jusqu'au rein, puis de la vessie vers le monde extérieur. Le rein trie les substances propres au corps et élimine sous forme liquide, en tant qu'urine, celles qui sont devenues inutilisables. Un composant essentiel de l'urine est l'urée, produit de dégradation du métabolisme des protéines. Cette substance azotée porte encore l'empreinte de l'activité du corps d'âme et du corps éthérique des animaux. Avec l'urine, ils portent vers l'extérieur les forces de ces deux corps constituants — et ce sont ces forces qui fertilisent. Autre chose dans le cas de la bouse de vache : celle-ci est constituée de résidus alimentaires non digestibles, traversés de mucosités dégradées des organes digestifs et imprégnés du résultat de l'«analyse cosmique-qualitative» (cf. chap. «Analyse cosmique-qualitative et disposition du Je», p. 156 s.). Si les forces fertilisantes de la jauche émanent de l'astralité lunaire du bovin, agissant depuis le passé, le fumier de bovin y ajoute les forces que le soleil rayonne dans le présent. Ce sont les forces que le bovin, précisément, imprime dans le fumier — à partir de sa relation sensorielle particulière au fourrage, dans l'accomplissement de l'«analyse cosmique-qualitative» depuis la rumination à travers le tube digestif jusqu'à la fonction réfléchissante des cornes en tant qu'«disposition du Je».

La jauche est stockée dans des fosses ou des réservoirs ouverts en hauteur ; elle est soumise, dans des conditions largement anaérobies, à une fermentation. Il est donc recommandé de disposer d'au moins deux récipients pour un stockage en alternance, afin que, après le remplissage, suffisamment de temps soit disponible pour l'après-maturation. L'affinage de la jauche s'effectue par voie mécanique — par brassage et aération — et par voie biologique, respectivement

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par voie biodynamique par adjonctions. La première favorise les processus aérobies de décomposition et de transformation ; la seconde agit en orientant l'ensemble du déroulement du processus jusqu'à la maturité. Des adjonctions éprouvées, qui réintègrent biologiquement l'ammoniac issu de la décomposition de l'urée, sont des composts de fumier de ferme affinés en petites quantités, ainsi que de l'ortie hachée, de la sciure et des copeaux de bois. Les préparations biodynamiques du compost (voir chap. «Les préparations de compost ou de fumure», p. 360 s.) sont immergées dans la jauche et le lisier dans des sachets perméables, suspendus à un flotteur. Pour éviter les pertes d'azote, on peut aussi, dans des chambres de fermentation ouvertes, utiliser des couvertures flottantes de paille, d'ortie etc. avec du phosphate brut et de la farine de basalte incorporés.

Dans les stabulations actuelles sans litière, courantes pour les porcs et les bovins, il se produit du fumier en suspension, du lisier. Ce mélange d'eau, de jauche et de fumier fermente, sans traitement ultérieur, en un engrais nauséabond à action rapide. La minéralisation des substances est très avancée. En agriculture biodynamique, on devrait — dans la mesure du possible — viser la production de fumier solide plutôt que la liséification. Par manque de litière dans les régions de pur herbager, il n'y a souvent pas d'autre choix. Il est alors d'autant plus important de prendre toutes les mesures d'affinage du lisier, telles qu'elles valent aussi pour la jauche. En règle générale, le lisier brut issu des élevages industriels est épandu sans traitement sur les champs. Abstraction faite de leurs soi-disant teneurs en substances nutritives, il est considéré comme un déchet à éliminer — avec toutes les conséquences que cela entraîne : nuisances olfactives, dégazage en oxydes d'azote (protoxyde d'azote, N2O), charge en nitrates des eaux souterraines, obturation des pores du sol par des mucosités, appauvrissement de la flore et de la faune du sol, et diminution de la qualité nourricière des aliments du bétail par des composés protéiques à faible poids moléculaire surtout. La haute considération dont l'engrais animal jouissait autrefois a été sacrifiée à la pensée en substances nutritives. Grâce à un affinage soigneux — avant tout par les préparations biodynamiques — et à un stockage suffisamment long, on peut parvenir graduellement à produire aussi du lisier un engrais durablement efficace, qui s'intègre de manière édifiante dans les processus du sol.

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L'application des engrais animaux propres à la ferme

Pour toutes les cultures, la fumure au fumier de ferme est un bienfait : en fumier frais pour les solanacées, pommes de terre et tomates, à l'état semi-décomposé pour les plantes sarclées et les céréales, et en fumier terreauté pour les cultures fourragères pluriannuelles ainsi que pour les prairies, les jardins et l'arboriculture fruitière. En raison de sa haute et durable force fertilisante, une fumure annuelle n'est pas nécessaire pour toutes les cultures ; dans le cadre d'un assolement bien composé en grandes cultures, elle intervient tous les trois ans, à l'occasion des plantes sarclées. Pour une bonne formation du rendement, le besoin des plantes sarclées est couvert par environ 300 dt/ha. Quant au volume total d'engrais de la ferme, une quantité annuelle d'une unité gros bétail (UGB) par ha est idéale (1 UGB correspondant à 500 kg de poids vif). En moyenne, on peut compter sur une UGB par tête dans un troupeau de vaches avec leur suite. Une UGB bovine produit, selon la quantité de litière, 80 à 100 dt de fumier solide. En incluant les engrais des autres animaux domestiques, le chargement d'une UGB par ha est atteint dans les exploitations petites et moyennes, souvent même dépassé ; dans le cas des grandes exploitations à dominante grandes cultures, le nombre d'UGB par ha descend à la limite de 0,4 à 0,3. Le fumier bovin constitue la masse principale, à laquelle sont mélangés, dans toute la mesure du possible, les types de fumier produits en moindres quantités par le reste du cheptel domestique. Les quantités d'engrais excédentaires sont utilisées dans le cadre de l'assolement, à hauteur d'environ 100 dt, pour la culture de printemps productive précédant la principale culture fourragère.

L'épandage du fumier solide pour les plantes sarclées se fait en règle générale l'année précédente, sur les chaumes de la culture précédente. Après un léger mulchage, suit une culture intermédiaire qui, grâce au fumier solide, forme une masse racinaire aussi riche que la masse verte, constituant ainsi un lit de semences en bon état structural pour le semis de printemps des plantes sarclées.

Le purin bien mûri et, au besoin, le lisier sont des engrais bienvenus lorsqu'il s'agit de donner aux semis d'hiver une impulsion de développement au printemps. Les dégâts d'hiver et les peuplements éclaircis, consécutifs aux alternances de gel et dégel printaniers, peuvent être stimulés vers un tallage plus intense. C'est l'urée qui y contribue. Ce composé azoté, minéralisé à partir du métabolisme des protéines, tient son efficacité spécifique des forces astrales qui émanent du corps animique des animaux et qui configurent la composition substantielle de l'urine dans laquelle l'azote est lié. Un autre champ d'application est la fumure des chaumes en vue du développement rapide d'une culture intermédiaire en engrais vert. Sur le pâturage,

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sur les pâturages en rotation, l'épandage de purin en début de printemps est utile et, le cas échéant, après chaque rotation. L'application de purin ou de lisier sur des peuplements en pleine croissance (notamment les plantes sarclées) est à éviter.

La wirksamkeit des engrais animaux de la ferme

Pour chacun de ces engrais, il faut s'interroger sur l'être, sur le potentiel de forces animiques-astrales qui, à travers le corps vital et le corps physique, ordonne les substances et les maintient en mouvement de telle sorte qu'elles puissent se manifester physiquement et sensiblement dans leur reflet et agir conformément à leur être. Certains traits essentiels de la faune sauvage et des animaux domestiques ont été abordés dans le chapitre «L'organisation animique ou le corps astral de l'organisme agricole» (p. 111 sqq.). On y a établi que chaque espèce animale apporte, par son activité corporelle, une contribution pour ainsi dire fertilisante à l'ensemble de la nature. Par l'activité du monde animal animé se tisse un réseau de relations empli de sagesse qui traverse toute la nature en lui conférant un sens. Parmi les mammifères herbivores, ce sont les ruminants dont l'activité organique est organisée de manière à préparer un fumier capable de vivifier et d'animer à un degré supérieur l'«organe-diaphragme», le sol. Cela ne peut être déduit de la seule composition quantitative des substances. Il s'agit bien plutôt d'une question du rapport qualitatif des substances entre elles. Ce rapport porte l'empreinte de l'être de la vache, du mouton, de la chèvre, etc. Le bovin atteint le degré de perfection le plus élevé. Dans le chapitre «Le bovin» (p. 146 sqq.), on a tenté de caractériser le processus digestif pénétré et vécu par son entité, ainsi que son activité sensorielle et son intelligence liées au métabolisme. Si l'on cherche à partir de là à comprendre l'action durable et bienfaisante du fumier bovin en particulier sur le sol et les plantes, la considération suivante peut peut-être ouvrir une voie : La plante croît dans l'axe Terre-Soleil. La racine s'enfonce dans les profondeurs en direction du centre de la Terre, la tige, le stipe ou le tronc s'élève verticalement vers le soleil. De cet axe vertical croissent feuilles et rameaux, s'étendant en largeur et en étendue. Le feuillage qui se déploie en surface dans l'horizontale reçoit directement les influences du soleil et des planètes qui s'y déversent et les transforme en substance vivante, soutenu par la «sève terrestre» (*Xylem*) qui monte dans la tige, à l'intérieur du cambium. Celle-ci transmet d'un côté à la croissance tendant vers l'horizontale la vitalité de l'humus nutritif et la force formatrice du

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de l'humus stable en lien avec le calcaire, soit donc les forces fertilisantes propres au compost végétal. Cela vaut également pour le système de fines racines qui se ramifient en largeur. Il en va autrement de la racine pivotante, du chaume, de la tige et du tronc. Leur impulsion verticale n'est pas fondée, sur le plan substantiel, dans l'humus en tant que fumier, mais dans le cristallin du quartz, des silicates et des minéraux argileux (cf. chap. «La formation des minéraux argileux et leur néoformation», p. 209 sqq.). Ces minéraux siliceux transmettent de manière indirecte les forces rayonnantes du soleil, des planètes et des étoiles fixes. Celles-ci se concentrent, par l'action des argiles, en un «courant cosmique ascendant» dans les plantes.[279] Le Je de l'être humain, son être spirituel, lui confère la force de la verticalité ; l'animal est animal parce qu'il n'a pas cette force pour se redresser pleinement ; il possède toutefois, comme le bovin d'une manière particulière, «le Je à l'état de disposition». La plante, solidement enracinée dans la terre, se donne, dans un «courant cosmique ascendant», sa forme verticale comme image de son être spirituel suprasensible. Le fumier animal est à même — c'est du moins ce qu'on peut supposer — de rendre l'être végétal plus indépendant à l'égard de son engagement dans les conditions locales des hauteurs et des profondeurs, grâce à la «disposition du Je» tissée en lui par l'intermédiaire du corps astral et du corps éthérique de l'animal. Par le fumier, la disposition est transmise à la plante de s'individualiser jusqu'en sa formation extérieure de la forme, de se relier plus fortement, selon sa nature propre, aux effets de la terre et du cosmos. Ainsi envisagé, on doit, comme on l'a déjà indiqué, attribuer avant tout au fumier bovin, au regard du contexte vivant du sol et des plantes, une capacité «éducatrice».

Les fumiers des animaux domestiques — avant tout ceux des ruminants — agissent sur le devenir substantiel et sur l'empreinte typologique de la forme végétale. Ils renforcent les forces par lesquelles l'être suprasensible de la plante se manifeste dans le sensible. Cela se révèle dans son orientation verticale selon l'axe racine-pousse-fleur, et par là, dans les transformations de forme des feuilles de la base vers la fleur.

L'essai lumière-ombre

Dans un essai de terrain pluriannuel aux variantes multiples, on a étudié les effets d'une fumure au fumier de ferme composté, comparés à une application de sels minéraux, azote, acide phosphorique, potassium (NPK), ainsi qu'à un traitement avec la préparation biodynamique dite de silice de corne

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(cf. chap. «La préparation de silice de corne», p. 348 sq.) — sous plein ensoleillement, en demi-ombre et en ombre profonde — sur seigle, blé, avoine, pommes de terre, épinards et radis. Le programme d'investigation comprenait des phénomènes morphologiques, une série de paramètres analytiques ainsi que des évaluations à l'aide de la méthode des formes formatrices de la cristallisation au chlorure de cuivre.[280]

On ne mettra ici en relief que la partie de l'essai qui se rapporte à l'effet de la fumure au fumier de ferme en comparaison à l'application de NPK.

Évaluations par les résultats morphologiques

L'essai a confirmé les expériences relatives aux effets positifs à tous égards du fumier animal sous forme de fumier bovin composté, que le praticien attentif et observateur connaît de longue date :

  • La racine conquiert un espace sol plus grand ;
  • elle se développe de manière idéal-typique selon la disposition spécifique de l'espèce ;
  • la racine pivotante (type cosmique) — carotte, betterave rouge, radis, épinard — manifeste une forte pénétration en profondeur et est accompagnée latéralement d'un enracinement fin s'effilant en pyramide vers le bas (figure 17).
  • Chez le radis, les corps fructifères tendent à un épaississement de l'hypocotyle — vers le développement d'une forme sphérique accomplie, dont la racine se détache nettement. Avec NPK, ce passage était davantage marqué en forme de navet ; la racine pivotante se perdait et se ramifiait près de la surface.
  • De même, pour le type de racine qui se développe naturellement de façon sphérique, fortement divisée (type racinaire terrestre) — haricot nain, oignon, céréales —, ce phénomène de désorientation de la racine par rapport à la disposition spécifique de l'espèce apparaissait plus nettement avec NPK.
  • En ce qui concerne la structure de la tige (longueurs des entre-nœuds), on n'observait guère de différences ; en revanche, avec la fumure au fumier composté, un allongement de l'entre-nœud supérieur porteur d'épi était systématiquement remarquable. Cette poussée de vitalité se manifestait aussi à la base de la tige par un tallage plus élevé, c'est-à-dire par un nombre accru de tiges portant épi par plante individuelle.
  • En ce qui concerne le développement foliaire, en plein ensoleillement diurne, l'image phénoménale des feuilles se rapproche — spatialement par la forme, la couleur, la dentition, la pilosité, la structure du limbe foliaire, la fermeté de la cuticule — de l'idéal-type xéromorphe de l'espèce, et de même temporellement, dans la succession foliaire depuis
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Abbildung 17: Wurzelbilder von Spinat bei Mistkompostdüngung und NPK-Anwendung im Licht-Schatten-Versuch.
  • … les feuilles basilaires lobées, pennées et à grand développement, jusqu'aux petites feuilles acuminées proches de la tige, dans le passage vers la fleur. Cette manière d'apparaître, fortement rythmique, s'exprime de façon plus prononcée dans les variantes au fumier composté que dans les variantes NPK (figure 18, p. 316). Chez les céréales monocotylédones, la même tendance se manifeste. Avec la fumure au fumier composté, les feuilles sont plus étroites, à structure plus ferme, et plus fortement silicifiées aux bords et aux pointes. Les plantes NPK contrastent par leur tendance à l'hydromorphie, à l'instar des plantes d'ombre.
  • De même que chez les plantes monocotylédones (à une seule feuille germinale) la succession des entre-nœuds de nœud en nœud est caractéristique — elle s'allonge progressivement vers le haut —, de même chez les plantes à fleurs dicotylédones la…
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Abbildung 18: Blattfolgen von Radies bei Mistkompostdüngung im Vergleich zu NPK im Licht-Schatten-Versuch.

métamorphose foliaire.[281] Elle figure dans l'espace la dynamique de la croissance qui se déroule dans le temps.

  • La métamorphose foliaire des feuilles basilaires jusqu'aux abords de la fleur est illustrée pour le radis dans la figure 18.
  • Les formes basilaires présentent, dans leur partie inférieure, des limbes pennés, et dans leur partie supérieure des limbes arrondis, peu découpés et crénelés. Chez les feuilles suivantes, le limbe se réduit de plus en plus à la partie supérieure. Il devient alors fortement crénelé et progressivement lancéolé-acuminé. Cette configuration foliaire polaire — feuilles primaires contre feuilles suivantes — s'exprime le plus nettement à la lumière. Elle s'efface vers l'ombre profonde,
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dans laquelle les feuilles suivantes conservent plus longtemps l'habitus des feuilles primaires (crénelure moindre, limbe plus arrondi).

  • La même différence apparaît dans la comparaison entre fumure au fumier composté et NPK. La première va de pair avec l'influence de la lumière ; chez la seconde, la transformation foliaire est inhibée de façon analogue à ce qui s'observe chez les plantes sous ombrage.

Évaluations à partir des données analytiques

L'évaluation fondée sur des comparaisons quantitatives de composants substantiels n'est que conditionnellement possible sans prise en compte du facteur temps. Que dit une grande quantité d'une substance, que dit une petite ? Le point de référence de l'évaluation doit être cherché dans le devenir processuel à l'intérieur de la plante, en vue d'un point terminal. Ce point terminal, du point de vue de la valeur nutritive, c'est la maturité. Vers elle conduisent, dans une transformation continue des compositions de substances, les processus d'édification ; à partir d'elle s'éloignent les processus de décomposition. Suivre les deux fournit seulement alors des critères pour une appréciation qualitative tant soit peu assurée. Par l'analyse des processus d'édification, la notion de «physiologie de la maturité» acquiert un contenu. Lorsque les processus vitaux s'apaisent dans la maturité — les activités enzymatiques se réduisent à un minimum —, le degré optimal de qualité est atteint et une aptitude naturelle à la conservation, accordée pour un certain temps, est assurée. Mais si les enzymes restent actifs à pleine maturité, le fruit demeure physiologiquement dans un état d'immaturité et se trouve rapidement exposé à la décomposition ; sa valeur nutritive doit en conséquence être jugée inférieure.

Dans l'essai lumière-ombre, la dynamique de l'édification substantielle a été déterminée au moyen de rapports numériques, depuis des stades préliminaires signalant l'immaturité jusqu'à ceux qui caractérisent l'état de pleine maturité. Il est apparu que, chez les fruits fumés au fumier composté, le degré de transformation des compositions de substances caractéristiques de la pleine maturité augmente :

  • Ainsi la teneur relative en acide ascorbique, qui résulte du rapport entre l'acide déhydroascorbique (stade préliminaire) et l'acide ascorbique (vitamine C) ;
  • ainsi une teneur plus élevée en disaccharides par rapport aux monosaccharides ; ces derniers sont le signe d'une activité d'assimilation encore en cours ;
  • ainsi la teneur relative plus élevée en protéines ; celle-ci caractérise le rapport entre protéine totale (protéine brute) et protéine pure, hautement structurée. La protéine brute, qui contient, outre la protéine pure, des composés protéiques de faible poids moléculaire allant jusqu'aux acides aminés et aux sels d'azote tels que les nitrates,
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présente, notamment chez les légumes-feuilles à croissance vigoureuse, des augmentations parfois abruptes lors de l'application de sels NPK.

  • Ainsi les très faibles activités enzymatiques de la déshydrase oxydante et de la saccharase hydrolysant le saccharose dans la récolte de blé, de pommes de terre, de légumes. Lors d'applications NPK, elles s'élevaient brusquement, à l'instar des plantes sous ombrage, jusqu'à un niveau signalant l'immaturité.
  • Des résultats analogues en faveur de la fumure au fumier composté se sont manifestés dans les teneurs en silice et en cendres de la paille de céréales ; pour les grains, aucune différence de teneur n'était à constater à cet égard.

L'analytique de routine courante se rapporte en règle générale à la détermination de quantités — comme les analyses de résidus de substances nocives, qui conduisent à la fixation de valeurs-limites douteuses sans cesse à réviser —, ou à ce que l'on appelle les substances constitutives porteuses de valeur. Pour l'interprétation des données, il manque ici le point de référence conceptuel : par exemple, dans le cas de l'essai lumière-ombre, la comparaison sous des conditions définies ; ou l'état de repos physiologique relatif de la maturité ; ou encore la composition spécifique dans laquelle une substance apparaît et remplit une fonction déterminée. Un énoncé fiable n'est possible — et cela n'est pas sans exiger un effort considérable — que lorsque les données analytiques fournissent une confirmation pour des concepts que l'on a obtenus par la contemplation intuitive pensante des manifestations du vivant.

Évaluation par la méthode cristallodiagnostique de la cristallisation au chlorure de cuivre

À la différence de l'analytique causale, qui se limite à l'exploration des parties d'un système vivant, la «cristallisation sensible au chlorure de cuivre» selon Ehrenfried Pfeiffer[282] permet, par voie morphologique-diagnostique, de former un jugement sur l'«organisme vivant de la plante» en tant que totalité, qui se représente sur le plan anorganique comme un système physico-chimique défini. La cristallisation au chlorure de cuivre est donc apte à,

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de rendre sensible l'organisation des forces formatrices de la plante dans son image morte. Le principe repose sur la modification de la texture des aiguilles de chlorure de cuivre en voie de cristallisation lors de l'adjonction de divers extraits de plantes en tant que co-solvants. Du fait de cette réalité, la cristallisation sur des plaques de verre planes en chambres climatisées donne naissance à des réseaux d'aiguilles et à des complexes de réseaux (texture ou faciès) reproductibles et caractéristiques de l'additif, susceptibles d'être évalués par comparaison.

La méthode de Pfeiffer a été développée par de nombreux expérimentateurs, notamment en vue de la cristallodiagnostique : sur le terrain de la médecine humaine par Selawry,[283] sur le terrain des aliments par v. Hahn,[284] sur le terrain des plantes par Krüger,[285] sur le terrain de la qualité des produits végétaux par Enquist,[286] Petterson[287] et, pour l'état actuel des recherches, par Doesburg.[288]

La diagnostique de la texture cristalline des images de chlorure de cuivre repose sur la comparaison de l'image cristalline de l'extrait frais avec celles issues des stades de vieillissement de ce même extrait. Cette démarche repose sur la considération que la vitesse à laquelle le jus frais se décompose (vieillit) dans des conditions définies est une fonction de la valeur de cet extrait de jus frais. On constate que les extraits de plantes vieillissants — c'est-à-dire en cours de dégradation autolytique et microbienne — s'impriment dans l'image cristalline sous la forme d'une succession de types d'images cristallines reproductibles, dits stades de vieillissement (Abbildung 19, S. 320).

Ceux-ci se distinguent en ce que l'extrait végétal frais produit une texture cristalline propre à la plante, tandis que l'extrait en décomposition fait apparaître dans une mesure croissante des éléments de texture atypiques, qui ressemblent, en résultat final, à ceux du chlorure de cuivre cristallisant à l'état pur. Il en résulte comme mesure de

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Abbildung 19: Kristallbilder einer Alterungsreihe von Kartoffeln im Licht-Schatten-Versuch (Var. 9).

la mesure de la qualité : la vitesse à laquelle la substance examinée, lorsqu'elle est soumise à la décomposition, parcourt lors de la cristallisation les stades successifs de la série de dégradation. Une décomposition rapide est le signe d'une qualité inférieure. Il en va de même lorsqu'un extrait frais d'un échantillon présente déjà les caractères d'une image de vieillissement de la série de référence.

Dans l'essai lumière-ombre, un autre point de référence pour l'évaluation de la qualité est venu s'ajouter : la variation entre pleine lumière, demi-ombre et ombre profonde. La question était notamment : peut-on, sur le fond de la polarité entre plantes cultivées en plein soleil et plantes cultivées à l'ombre, différencier qualitativement, au moyen des images de cristallisation, l'action des forces du compost de fumier et du NPK ? Chaque espèce végétale laisse dans l'image cristalline une

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Abbildung 20: Typische Kristalltexturen von Kartoffeln im Licht-Schatten-Versuch.

empreinte caractéristique de sa forces formatrices. Lorsque celle-ci peut se déployer librement, sans influences perturbatrices, il en résulte une image cristalline correspondamment fine et reproductible. Pour toutes les cultures examinées (seigle, blé, avoine et quelques espèces maraîchères), les résultats cristallomorphologiques révèlent dans leur tendance une concordance frappante. Les différences entre la fumure au compost de fumier et l'application de NPK se manifestent avec une intensité presque aussi grande que celles entre lumière et ombre.

Les textures cristallines typiques, illustrées à partir de l'exemple des pommes de terre dans l'essai lumière-ombre, sont présentées à l'Abbildung 20.

En ce qui concerne le compost de fumier par rapport au NPK, on comparera « à la lumière » les variantes 9 et 12 respectivement 10 et 11, et « à l'ombre profonde » les variantes 1 et 4 respectivement 2 et 3. Sous « W.Z. » sont indiquées des « valeurs cristallines » relatives. Elles abstraient la comparaison visuelle. Selon une clé de lecture, la somme des phénomènes texturaux cristallins particuliers est saisie en un chiffre : optimum = 100, pessimum = 0. Pour l'œil exercé, l'image cristalline livre elle-même le texte à l'évidence conceptuelle.

Pour toutes les plantes examinées, y compris la pomme de terre (Abbildung 20), l'image cristalline s'approche, sous irradiation solaire directe, de l'optimum de texture propre à chaque espèce. Chaque espèce végétale imprime figurativement l'image cristalline conforme à son organisation éthérique. Chez les « plantes de lumière », celle-ci présente une bonne coordination des éléments structuraux, des transitions glissantes entre troncs d'aiguilles et ramifications fines, ainsi que de fines,

Dans l'ombre profonde, la mise en ordre propre à chaque espèce se dissout progressivement dans une orientation radiale générale. Les bras d'aiguilles s'élargissent par l'adjonction de ramifications fines ; ils s'insèrent irrégulièrement et dans les zones de stagnation des troncs d'aiguilles. Le même tableau présente le stade 2 et, plus accentué, le stade 3 de la série de vieillissement de la variante 9 dans l'Abbildung 19 (p. 320).

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Le type d'images cristallines dans l'Abbildung 20 (p. 321) correspond, pour la fumure au compost de fumier, aux variantes lumineuses, et, pour les applications de NPK, tendanciellement aux variantes d'ombre. Chez ces dernières, les caractéristiques texturales suivantes se distinguent avec une netteté particulière : formation de centres germinatifs secondaires lors de la cristallisation, ramifications dans les zones de stagnation, troncs d'aiguilles larges, à orientation radiale, sans ordre, moins ramifiés, ramifications fines inégalement longues et en éventail. La coordination des réseaux d'aiguilles est soumise dans une moindre mesure à un principe formateur unitaire (cf. var. 11). Dans la majorité des cas, les valeurs cristallines des « plantes de lumière » des parcelles NPK ne se distinguent pas de celles des « plantes d'ombre » des membres d'essai à fumure organique. La concordance particulièrement frappante des images cristallines NPK des variantes lumineuses avec celles des membres d'essai à l'ombre témoigne d'un degré de vitalité et d'une qualité nourricière substantiellement diminués (Abbildung 19, var. 2 et 11, p. 320).

Tout bien considéré, le vieux savoir paysan, l'ensemble des expériences pratiques, les essais de fumure à long terme[289] ainsi que l'essai lumière-ombre ici présenté dans ses grandes lignes signalent tous la signification unique de la fumure par les animaux domestiques, et au premier chef des ruminants. Ils couronnent l'œuvre de la nature en dispensant une triple bénédiction : par leur seule présence et par leur fumier, ils confèrent

  • à la milieu entre les « hauteurs et les profondeurs », au « diaphragme sol », la fertilité durable,
  • aux plantes leur forme d'apparition proche de l'archétype et une fructification substantiellement formée de part en part,
  • à eux-mêmes, par la base fourragère propre à la ferme, l'édification d'une corporéité qui, en surplus — tel un sacrifice —, accomplit des prestations de toute nature au service et au bienfait de l'être humain.
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Étape 3 : La fumure née de l'esprit de l'homme

Les excrétions du métabolisme

Dans les roches se manifeste l'élément du « terreux-solide ». Elles sont devenues « œuvre » au sein des formes cristallines, à partir d'un devenir substantiel ancien de nature métabolique dans le développement de la Terre. Ce n'est que par les processus d'altération, par la décomposition des formes cristallines, que les substances peuvent être à nouveau élevées jusqu'aux processus de la nature vivante. En tant que telles, elles n'ont aucune valeur fertilisante. Les plantes ne se reproduisent pas seulement par la graine, mais simultanément par les résidus de « l'Universel-Végétal », qui déclenchent dans le sol des processus métaboliques. La vie passée se transforme en humus, « semence universelle » qui fertilise la vie à venir. Les animaux enfin fertilisent à partir des forces de leur vitalité et de leur animation. Cela se révèle extérieurement dans la quasi-infinie richesse des variantes de leurs activités d'existence, et intérieurement dans l'activité de la digestion et de la préparation d'un fumier vivifié et animé.

De la hiérarchie ainsi dégagée, on pourrait aisément conclure que les excrétions de l'être humain produiraient une nouvelle élévation de la force fertilisante. Mais c'est l'inverse qui est vrai ! Un regard porté sur le tissu des corps constituants de l'homme et sur l'activité digestive qui en résulte éclaire la chose. Le noyau essentiel de l'être de l'homme, qui repose dans l'esprit pur, irradie les corps constituants et s'y consolide dans l'organisation du Je. Il travaille sur ces corps constituants et les transforme vers des degrés supérieurs de leur développement. C'est en cela que consiste le développement ultérieur de l'être humain — un développement qui doit être conquis par lui-même, jusqu'dans le plus lointain avenir. C'est sur la transformation du corps astral encore en partie lié au corps — pour en faire le soi spirituel libéré du corps — que la âme spirituelle de l'homme travaille le plus intensément à l'époque présente.[290] Ce travail du Je sur les corps constituants — donc aussi sur le corps de vie ou corps éthérique et sur le corps physique — exige des forces. Le Je les puise par l'organisation du Je : par l'âme, au moyen des perceptions des sens, et par le corps, au moyen de la nourriture. Les substances et les forces de la terre nourrissent le corps, afin que l'âme spirituelle de l'homme puisse, dans ce corps, se déployer dans les activités de l'âme

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du penser, du sentir et du vouloir. Dans le cas de l'homme, le processus digestif de la nourriture est exclusivement à son service, non en même temps à celui de la terre. Il extrait de la nourriture ingérée toutes les forces pour lui-même. Il est, en comparaison avec l'animal et la plante, un égoïste. Ce que l'homme excrète par le processus rénal-vésical sous forme de liquide, et par la digestion intestinale sous forme de substances plus solides, est dépouillé de toute force nourricière — c'est une scorie sans vie, sans âme et sans esprit. Ses substances sont entièrement « décomposées » hors de tout contexte vivant et animique ; elles sont renvoyées, en tant que N, P, K, Si, Ca, etc., à l'état du purement minéral, et ne peuvent agir qu'en tant que tel.

Ainsi les excrétions humaines — par exemple sous forme de boues de station d'épuration utilisées comme fumier — sont impropres à la production de nourriture humaine. Employées de manière ciblée, elles sont des « anti-engrais », comparables à l'azote synthétisé à partir de l'air.

En raison de la conception matérialiste — la substance est, indépendamment de son origine, une seule et même substance — on est enclin à chercher sans cesse des procédés permettant d'utiliser quand même les « précieux nutriments » N, P, K des fèces humaines au bénéfice de la culture végétale. On a renoncé à la production maraîchère sur les soi-disant « champs d'épandage » à proximité des grandes villes. Le séchage et le compostage des boues d'épuration sont pratiqués avec succès. Mais le produit devrait être employé exclusivement en dehors de l'agriculture, à des fins de renaturation dans le cadre de la construction de routes et de l'aménagement paysager.

Ce que l'homme laisse derrière lui corporellement, sous la conduite de l'âme spirituelle, en est épuisé au plan des forces ; il ne rend rien à la nature. Où donc l'esprit de l'homme devient-il efficace comme engrais ? C'est la partie non liée au corps de son être — l'âme spirituelle — qui, dans le penser, le sentir et le vouloir, se tourne vers les choses et les êtres de la nature.

L'activité de l'esprit dans le travail

L'animal étend son être dans l'espace vital au sein duquel il est actif. Dans cette activité règne une vie instinctive emplie de sagesse, qui crée un tissu de contextes vivants. Entendu en ce sens, il fertilise par son action dans l'économie de la nature. Ce qui se produit obéit à une nécessité d'airain. Grâce à son Selbstbewusstsein qui s'éveille, la capacité à la liberté dans l'agir est innée à l'homme. Il peut se décider pour ceci ou pour cela, pour le bien ou le mal, pour la vérité ou le mensonge.

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Ce qui en décide, c'est la conscience, dans laquelle entrent en fin de compte toutes les pensées, tous les sentiments et tous les impulsions de volonté, et de laquelle toutes les actions reçoivent leur empreinte morale et éthique particulière. Dans l'ancien Bauerntum, la maxime était : « Le pas du paysan fertilise. » On marchait bride en main derrière la charrue, ou comme semeur sur le champ, ou lors de la promenade dominicale à travers les champs. Aussi vraie qu'était jadis cette maxime, aussi vraie elle l'est aujourd'hui en métamorphose. Autrefois, ce que la terre dit à celui qui la parcourt, ce qui parle dans les atmosphères de l'entour, ce que le sol inspire, ce qu'il expire — tout cela était encore, directement, une expérience instinctive issue du vécu populaire. On savait alors ce qu'il convenait logiquement de faire ensuite. Aujourd'hui, la certitude de « faire la bonne chose au bon moment, de la bonne façon » doit être nouvellement acquise par la force de l'âme de conscience. En parcourant le champ, après le travail accompli — on est rempli des nombreuses impressions de la journée —, on sent s'élever depuis des profondeurs d'âme inconnues une certitude qui ne provient pas de la pensée liée aux sens. De l'élan de la totalité de la ferme et de tous ses liens de vie actuels, on sait soudain ce qu'il faudra faire le lendemain — qu'il s'agisse d'attirer l'attention sur des zones de la ferme qui sont passées inaperçues, ou que telle ou telle culture ait urgemment besoin d'un soin, comme l'étrillage ou une pulvérisation de préparations. Des Intuitions surgissent, qui s'élèvent sourdement, pressenties depuis la sphère de la volonté, jusque dans la conscience. On se sait debout dans un courant vivant-spirituel allant d'hier à aujourd'hui et d'aujourd'hui à demain. Laisser ainsi couler les idées dans le travail en les pensant, de sorte qu'elles saisissent la volonté en le sentant dans le travail — c'est ce qui ouvre la voie aux Intuitions conduisant à un nouvel art de la fumure issu de l'esprit, à un tel art de la vivification de la matière, du « solide-terrestre lui-même ».[291]

L'individualité agricole et les préparations biodynamiques

De ses recherches en science de l'esprit sur la nature des substances et des forces, ainsi que sur la nature de la fumure, Rudolf Steiner développa

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une sorte de technologie dans le domaine du vivant. Il donna des indications pour la fabrication et l'application des préparations biodynamiques. Il s'agit des deux préparations à pulvériser, ou préparations de champ, et des six préparations pour le fumier ou le compost. Elles sont fabriquées, selon certains principes sur lesquels on reviendra plus loin, le plus souvent dans les fermes elles-mêmes, et appliquées en dosages très faibles.[292] Pour ce qui est de la pratique de fabrication et d'application, on se reportera à la littérature spécialisée.[293][294][295] Ce que l'on tentera ici, c'est de dégager, à partir d'une vue d'ensemble des résultats de la recherche spirituelle anthroposophique, des expériences d'une pratique vécue et des faits saisissables par les sciences naturelles, des voies de recherche et des bases de jugement pour la compréhension d'un mode de fumure qui doit nécessairement demeurer incompréhensible à la conception matérialiste courante du monde.

L'arrière-plan qui seul rend reconnaissable et vivable la signification plus profonde de la ronde des préparations biodynamiques, c'est l'idée-noyau englobante de l'« individualité agricole », son organisme corporel et les contextes d'idées qui constituent une ferme biodynamique en une totalité largement close sur elle-même. De même que, d'un côté, le travail avec les préparations crée, comme par en bas depuis la sphère de la volonté, une base d'expérience, de même, de l'autre côté, en s'appuyant sur cela, le travail de connaissance sur la réalité de l'être suprasensible est le complément nécessaire venant d'en haut. Connaissance de l'esprit et connaissance de la nature doivent confluer dans le faire ; c'est seulement dans le commerce concret qu'elles engendrent des images vraies, par lesquelles chaque particularité s'insère dans un tout supérieur. Ce qui s'allume ainsi dans l'âme comme image vraie de l'esprit prend dans les préparations singulières une forme extérieure substantielle et se prolonge en une action des forces spécifique dans le contexte naturel.

Dans l'organisme d'une ferme, s'individualisent les forces des hauteurs ou forces universelles rayonnant depuis la périphérie des étoiles fixes, les sphères des planètes et du soleil, et les forces des profondeurs ou forces centrales rayonnant depuis la terre.

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Abbildung 21: Die Präparate als Mittler der Höhen- und Tiefenkräfte im Organismus der landwirtschaftlichen Individualität.

Cette individuation s'accomplit dans le sol, dans la milieu équilibrant des hauteurs et des profondeurs, dans le sens d'une sorte de fonction cardiaque et pulmonaire. Elle se manifeste dans la forme de la plante en la pousse s'élançant verticalement et la racine pivotante croissant vers la profondeur, ainsi qu'en la frondaison et le chevelu racinaire se déployant horizontalement. Sur la voie de l'individuation, chaque lieu terrestre se développe d'abord en « organisme dans la croissance naturelle ». En celui-ci également, la triplicité du pôle céphalique sous la terre, du pôle métabolique au-dessus de la terre et du sol s'articulant entre eux est déjà inscrite. Par l'idée et la volonté — c'est-à-dire par la main habile de l'homme — cette individuation progresse vers la mise en forme de l'« individualité agricole ». L'homme, lui-même un être en devenir, en fait un être en devenir. Ce but — inscrire le principe de développement dans le sol, dans la milieu de l'individualité agricole — sera désormais la tâche de l'agriculture. Le moyen pour y parvenir, c'est la fumure, et précisément celle dont l'origine réside dans l'esprit de l'homme. On entend par là les préparations biodynamiques, porteurs substantiels du développement,

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pour ainsi dire. Elles rassemblent les forces du Haut et du Bas dans le diaphragme qu'est le sol, spiritualisent, animent et vivifient cette milieu rythmique et assurent une transsubstantiation du physique-minéral. Outre la préparation de silice de corne, qui stimule dans le pôle métabolique, au-dessus, à travers l'air et la chaleur dans le ventre de l'organisme agricole, les processus vitaux, de fructification et de maturité des plantes, la préparation bouse de corne et les préparations du compost déploient leur efficacité à travers le pôle céphalique ainsi qu'à travers la milieu rythmique. Elles favorisent et rassemblent tous ces processus du sol qui font croître la plante depuis le pôle céphalique — dans le sens du « courant cosmique ascendant » évoqué, un courant de sel, d'eau et de forces — verticalement vers la profondeur et vers la hauteur. La forme accomplie est l'image de cette action des forces (Abbildung 21, S. 327).

Les préparations biodynamiques sont des inventions de l'esprit humain, un savoir-faire efficace dont l'origine réside dans l'exploration du monde de l'être suprasensible essentiel. Elles ne sont saisissables que spirituellement et de façon suprasensible, c'est-à-dire par une voie sur laquelle l'âme spirituelle de l'homme se rend capable, par une longue et sévère formation, d'une connaissance libre du corps. Libre du corps signifie que celui qui connaît n'a plus besoin des sens corporels pour avoir des pensées, mais que le monde des êtres se représente de lui-même, au premier degré supérieur de la connaissance, en images-pensées : en Imaginations. Celles-ci sont des reflets de la réalité spirituelle créatrice de vie, tandis que les pensées liées aux sens et à l'entendement s'appuient sur le monde des apparences ; dans ce cas, la forme extérieure est le phénomène. Dans une contemplation intuitive libre du corps, le chercheur spirituel reconnaît le spirituel-essentiel qui, dans l'être terrestre, crée ces formes. Il reconnaît comment ces formes, qui constituent notre monde des apparences, sont des points finaux éteints d'un développement antérieur mené depuis l'esprit sur de longues durées. Il contemple dans chaque manifestation de forme dans le contexte naturel — par exemple une rose, un lis ou un cristal — un « résultat évolutif », une œuvre d'art morte dans la forme. Il contemple la fin, mais en connaissant son commencement. Et ainsi se pose au chercheur spirituel la question : La fin, l'œuvre de la création, recèle-t-elle le germe d'un nouveau devenir universel ? Ce résultat évolutif caché peut-il — oui, doit-il — être reconnu et saisi par l'esprit, le cœur et la main de l'homme prenant conscience de ses tâches futures, et conduit à son déploiement ? N'y a-t-il pas dans ce germe l'étincelle déclenchante recherchée d'une nouvelle culture agraire ? Et les contenus d'idées du « Cours aux agriculteurs », et en lui l'élan artistique relevant de la science de l'esprit qu'est l'invention des

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préparations biodynamiques, la réponse à la question posée plus haut ? Rudolf Steiner explora, dans une connaissance de l'être libre du corps, le caractère germinal caché dans les règnes minéral, végétal et animal, et créa, à partir de ces connaissances, un principe méthodique grâce auquel les acquis évolutifs dans le champ de tension entre cosmos et terre peuvent être mis dans un rapport entièrement nouveau. Les fruits des lignées évolutives du passé entrent, par la main de l'homme, dans des rapports relationnels d'un genre entièrement nouveau, qui inaugurent un nouveau devenir transformant ce qui est advenu. Ce processus de transformation est différent pour chacune des préparations ; la démarche méthodique qui est au fondement de la fabrication des préparations est en principe la même pour toutes, ou semblable ; c'est un thème avec variations. Pour parvenir à une compréhension plus profonde de ce thème, trois voies de recherche doivent être parcourues.

Le chemin de recherche de la science de l'esprit

De même que la recherche naturelle a pour objet les phénomènes des sens, la recherche spirituelle a pour objet les révélations d'un monde spirituel d'êtres essentiels. Les résultats de cette dernière se présentent à la conscience pensante sous forme d'idées. Ils apparaissent revêtus d'un libellé déterminé, adéquat à l'idée. Ce libellé est le phénomène. Plus on l'étudie avec précision et sans préjugés, plus le contenu spirituel de l'idée resplendit clairement dans la pensée. Le premier pas vers la compréhension des résultats de la science de l'esprit dans les huit conférences du « Cours aux agriculteurs » est donc l'étude du libellé exact. Dans une lecture superficielle, on s'égare aisément et, au lieu de l'aigle, on ne trouve que quelques plumes. Dans ce cours, devant un auditoire avant tout familier de l'agriculture, les plus hautes connaissances spirituelles pénétrant les règnes de la nature sont examinées, à partir de la science de l'esprit anthroposophique, en lien avec la pratique agricole concrète. Si l'on s'efforce, dans l'étude du texte, d'atteindre la plus grande impartialité possible, alors le libellé dans lequel les résultats suprasensibles sont décrits ainsi et non autrement est une donnée de fait tout aussi bien établie que n'importe quel phénomène des sens.

Les exposés de Rudolf Steiner concernant les préparations renvoient à des relations qui sont en partie naturellement données (par exemple, chez les plantes médicinales, le contexte relationnel de certaines substances terrestres et de leurs effets thérapeutiques), en partie à des relations qui n'existent que par l'esprit et la main de

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l'homme, créées originellement (par exemple, l'établissement d'une relation entre des substances végétales et des organes-enveloppes issus du règne animal).

Ici s'accomplit un deuxième pas dans la recherche : on doit amener à l'expérience le contexte relationnel que l'on a soi-même institué, c'est-à-dire qu'on doit soi-même le mettre en œuvre. Dans le faire, on devient soi-même partie du cours des choses. Pour éclairer davantage ce deuxième pas, il est recommandé, comme un pont jeté entre les rives, d'élargir l'étude à d'autres domaines de la recherche spirituelle, et tout centralement aux écrits fondamentaux de Rudolf Steiner[296] [297][298]ainsi qu'aux cycles de conférences sur la pédagogie, la médecine, les sciences de la nature, l'art, la question sociale, etc. Si éloignés que ces sujets semblent être de l'agriculture, ils élargissent, soutiennent et approfondissent, dans une étude approfondie et de manière insoupçonnée, la compréhension des contenus du « Cours aux agriculteurs ».

Comme troisième pas d'un approfondissement qui soit soi-même cherchant, vient s'y joindre la pratique méditative. On doit s'efforcer d'intérioriser par la pensée les contenus du « Cours aux agriculteurs », de les avoir constamment présents dans tout travail et de les laisser devenir la substance vivante de l'âme de conscience. Cette substance d'idées a le pouvoir d'impulser immédiatement vers l'action. Sa véritable nature ne se révèle que dans l'accomplissement et dans ses suites. Les préparations biodynamiques ne reçoivent leur signification que dans le faire sans condition. Car c'est seulement dans le faire qu'elles deviennent réelles en tant qu'êtres. Elles ne le sont pas encore dans la forme d'idée — celle-ci ne s'emplit d'être, comme depuis l'avenir, que lorsqu'elle devient acte libre. Le chemin qui y mène ouvre la vue sur les degrés supérieurs de connaissance de l'Imagination, de l'Inspiration et de l'Intuition, dont la conquête se dresse comme but futur devant l'humanité. Le chercheur spirituel a parcouru ce chemin en avant. Nous nous tenons humblement au commencement. Mais en vertu des résultats de la recherche spirituelle, nous pouvons, depuis la force de l'âme de conscience, acquérir la certitude spirituelle que nous sommes sur le juste chemin. Sur ce chemin, nous nous exerçons à un art nouveau, qui « transforme l'intérieur de la nature ».[299]

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Le chemin de recherche goethéen des sciences naturelles

Les moyens servant à la fabrication des préparations biodynamiques sont tirés des règnes minéral, végétal et animal, et exposés aux états du physique du monde — les éléments de la terre, de l'eau, de l'air et de la chaleur — ainsi qu'aux rythmes saisonniers qui y déploient leur efficacité. La recherche spirituelle anthroposophique dirige ainsi le regard sur le «quoi» et le «comment» du monde sensible : sur le quoi, par exemple certaines plantes médicinales et certaines enveloppes organiques animales ; sur le comment, par exemple l'exposition aux forces de l'été au-dessus de la terre, dans l'air et la chaleur, et aux forces de l'hiver sous la terre, dans le domaine du terreux-aqueux. Ce faisant, sous l'angle de la recherche spirituelle, la nature sensible elle-même devient dans la plus grande mesure l'objet de questionnements scientifiques, par exemple : quel indice le pissenlit (Taraxacum officinalis) fournit-il, dans sa dimension morphologique et physiologique, sur sa relation au potassium de la terre et à la silice en distribution la plus fine dans la périphérie de la terre — et quelles particularités et fonctions du péritoine du bœuf font précisément de cet organe un enveloppant approprié pour les fleurs de pissenlit dans le cadre de la préparation ? Il va de soi que l'approche scientifique visée ici ne peut pas être quantifiante, mais doit être celle qui, à partir de la perception des faits sensibles, forme des concepts susceptibles, dans la connaissance ordinaire, de soutenir la compréhension de la contemplation intuitive du suprasensible.

Le chemin de recherche des sciences naturelles affûte le regard pour l'apparition sensible singulière et cherche le lien avec cette totalité à laquelle la science de l'esprit renvoie comme résultat de sa recherche. Science naturelle goethéenne et science de l'esprit anthroposophique entrent dans un dialogue qui s'éclaire mutuellement.

Dans la session de questions d'une conférence à la Technische Hochschule de Stuttgart, le 17 juin 1920, Rudolf Steiner déclare : «C'est pourquoi ce que la science de l'esprit veut être au fond n'est rien d'autre que phénoménologie ; mais phénoménologie qui ne s'arrête pas à contempler les phénomènes isolés, mais à lire dans le contexte des phénomènes. […] Mais on comprend aussi, quand quelqu'un conçoit ainsi la phénoménologie comme Goethe — et la science de l'esprit n'est que goethéanisme avancé.»[300]

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Le chemin de recherche de l'expérience de la volonté

Sur les deux chemins de recherche précités, on commence à se représenter de façon imagée le contexte de chacune des préparations. Mais cet ensemble d'idées ne devient pleinement saturé d'expérience vécue que lorsqu'on le laisse soi-même devenir acte dans une répétition exercée. Dans l'expérience du pouvoir fondateur de réalité de l'idée dans la fabrication des préparations, des couches de compréhension toujours plus profondes s'ouvrent. On s'éprouve soi-même — à l'image de l'artiste — comme le médiateur qui implante dans la matière quelque chose qui, résultant de la recherche spirituelle, prend vie dans le sentiment animique. Le contenu spirituel de l'idée qui s'illumine ainsi de plus en plus dans le soi propre est la garantie que l'action qui en procède n'est pas un simple acte arbitraire. Car l'action dans le processus de fabrication des préparations crée des relations entre des objets naturels — par exemple les fleurs de pissenlit et le péritoine enveloppant du bœuf — qui ne sont pas l'émanation d'une loi naturelle en acte. Elle ne réside pas dans la nature, dans aucune force (volonté) qui lui serait inhérente, mais dans la connaissance de l'esprit, qui, par la volonté de l'être humain, s'implante dans le cours de la nature comme agens efficace.

Ainsi, dans le travail avec les préparations, la volonté portée par l'idée devient le fond originaire de l'expérience vécue ; on crée soi-même les phénomènes, qui certes restent d'abord pour l'essentiel largement inconscients, ou qui remontent depuis des couches profondes de l'âme comme sentiments, dispositions d'âme, dans la conscience pensante. C'est sur ceux-là qu'il s'agit de diriger l'attention à chaque étape de la préparation ou lors de l'application des préparations. Le regard, vu du côté du chercheur, va alors dans deux directions : l'une mène de l'extérieur vers l'intérieur, l'autre de l'intérieur vers l'extérieur.

Dans le cas de la direction du regard de l'extérieur vers l'intérieur, nous plongeons, dans l'activité de la volonté — dans le travail donc — dans la réalité spirituelle du monde. Ce qui s'accomplit là dans l'intérieur demeure largement inconscient ; par exemple lorsque, dans le cas de la fabrication de la préparation d'achillée millefeuille, nous bourrons des fleurs d'achillée dans une vessie de cerf. Nous ne le ferions pas si la volonté n'était pas impulsée par l'esprit qui est immanent à cette idée, dont nous nous sommes approchés dans la compréhension sur les deux chemins de recherche précités. Ainsi, dans le faire — qui n'est d'abord vécu que comme déroulement extérieur —, le contenu idéatif qui s'illumine dans la conscience pensante se met à l'épreuve. Il s'éprouve comme déroulement intérieur à l'aune de la réalité spirituelle cachée dans laquelle ce contenu idéatif crée créativement, dans le faire, une nouvelle relation. Ce chemin de l'extérieur vers l'intérieur est un chemin de l'exercice, c'est-à-dire d'un approfondissement d'année en année

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du wiederholten Tuns. On ne parvient pas sur ce chemin d'exercice consciemment choisi à une connaissance abstraite, qui se laisserait formuler comme une loi de la nature. Ce qui peut naître d'un tel effort de connaissance, c'est un approfondissement progressif de la disposition d'âme. Elle devient le fondement spirituel objectif dans lequel peut se former un rapport personnel, par exemple aux étapes de la préparation. L'idée de science de l'esprit, saisie d'abord dans la pensée, transforme le vouloir vers l'intérieur en force du don de soi, de l'amour, qui fait de ce travail un acte libre.

La direction du regard de l'intérieur vers l'extérieur oriente l'attention sur le contexte naturel dans lequel nous pénétrons, avec les idées de la recherche spirituelle, lors de la fabrication et de l'application des préparations. Là, nous accomplissons une transformation dans notre propre intérieur — au sens d'un approfondissement de la compréhension — et de même une transformation de l'«intérieur de la nature».[301] Les deux transformations sont en relation spirituellement réelle l'une avec l'autre par le vouloir guidé par des idées, c'est-à-dire par le pont du travail. Ainsi peut-on accompagner chaque étape de la préparation de la question : quel processus de transformation s'accomplit là ? — par exemple dans le cas de la préparation de camomille, lorsque les fleurs de camomille, enveloppées par l'intestin grêle du bovin, sont enterrées dans le sol pour l'hiver. Dans le processus de fabrication de toutes les préparations s'accomplissent des étapes de transformation qui conduisent à de nouvelles créations de substances aux propriétés nouvelles. Chacune de ces nouvelles compositions de substances possède un potentiel de propriétés qui, comme action fertilisante, provoque des transformations spécifiques dans le vivant. La direction est donnée à notre attention investigatrice concernant ces actions fertilisantes par Rudolf Steiner lui-même. Il indique qu'en tant qu'effet des préparations, certaines transformations de substances s'accomplissent dans le vivant, et caractérise leurs effets sur le sol et les plantes par exemple comme «vivifiants», «assainissants», «qui traversent de raison», «qui rendent sensibles».[302]

Ces qualités ainsi désignées — résultats de nouvelles créations fertilisantes de substances issues de la recherche spirituelle au niveau du vivant et de l'animique — peuvent devenir progressivement expérience intérieure, lorsqu'on tente, à travers le fond-d'expérience originel de l'acte, de suivre par le sentir les forces de la transformation dans l'intérieur de la nature.

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Fabrication, application et efficacité des préparations au fil du cours de l'année

Les voies de recherche évoquées ci-dessus ouvrent trois niveaux d'expérience de la réalité dans le commerce avec les préparations. Ils se conditionnent mutuellement. Aucun ne peut être abandonné dans la quête sérieuse de compréhension. Il y a deux points de culmination dans le cours de l'année, auxquels cela peut être porté tout particulièrement à la conscience et prendre ainsi un caractère de fête. Ce sont, au temps du printemps, les jours après Pâques, et à l'automne, les jours autour de la Saint-Michel. Aux deux périodes, certaines préparations sont retirées de la terre et soigneusement conservées, et d'autres sont préparées et exposées aux forces agissant selon le rythme de l'année — celles de l'été, au-dessus ou en dessous de la terre, et celles de l'hiver, sous la terre. En certains endroits, on cherche à faire de ces deux événements des journées de fête éminentes dans le cours de l'année — avant tout le jour de la Saint-Michel, le 29 septembre, auquel peuvent prendre part non seulement toutes les personnes actives sur la ferme, mais aussi des personnes intéressées venues du milieu social environnant. Dans le sens des trois voies de recherche, une telle journée peut être ordonnée de façon que l'on lise d'abord, dans le Cours aux agriculteurs, les passages qui se rapportent aux préparations à fabriquer ce jour-là ; une contemplation peut alors suivre, qui cherche à caractériser telle ou telle plante des préparations ou enveloppe organique animale dans ses propriétés particulières ; et la suite de la journée est enfin consacrée à l'activité de la fabrication elle-même, ainsi qu'aux observations et expériences qui peuvent y être faites.

Tous les efforts devraient tendre non pas à assurer le caractère de fête en premier lieu par des «ajouts extérieurs», mais à laisser croître la juste atmosphère à partir du sérieux des contemplations et de la sérénité de l'activité commune. Si cela réussit, il n'est pas difficile de remarquer, en de tels jours, que le travail avec les préparations — individuellement et en communauté — recèle en lui un élément de libre création.

Entre ces deux points de culmination dans le cours de l'année, ce sont les différentes étapes de fabrication des préparations qui, au fil du travail de la ferme, créent des heures éminentes tout au long de grandes parties de l'année : au printemps et en été, la cueillette des plantes des préparations ; au printemps et à l'automne, l'obtention des enveloppes organiques animales ; et en hiver et au début du printemps, la fabrication de la farine de silice. Vivre consciemment avec chacune de ces étapes renforce

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de garder en soi l'ensemble du déroulement de la fabrication, de faire les choses en temps voulu et de demeurer intérieurement relié à ce qui se passe, même lorsque les préparations sont exposées dans la terre et au-dessus d'elle aux forces de la terre et du cosmos. La logique de travail du quotidien n'y invite pas. Il faut se l'arracher à soi-même — ou le vouloir ensemble.

Lorsque nous prélevons quelque chose de la nature dans le processus de fabrication des préparations, nous lui ajoutons par leur application quelque chose de nouveau. Comme avec un tissu de «mesures individualisantes», nous pénétrons par l'application des préparations l'organisme agricole — articulé dans l'espace, vivant dans les rythmes du temps et progressant d'année en année. Que l'on cherche à se représenter comment, au sein de cet organisme, chaque culture, selon son espèce et son temps de croissance — les plantes des champs en grande culture et en maraîchage, les prairies et les pâturages, les arbres fruitiers — bénéficie des effets des préparations : qu'il s'agisse des préparations de champ depuis la semaille jusqu'à la maturité, ou des autres préparations qui, par le compost ou le fumier, accordent la fertilité du sol sur le rapport propice à la plante entre cosmos et terre. Nous percevons directement comment chaque mesure d'application est bien ciblée sur tel champ ou telle culture en particulier, mais comment, à partir de là, elle agit sur l'ensemble de l'organisme agricole. Chaque plante, chaque culture s'ouvre à l'environnement cosmo-terrestre et devient elle-même, jusque dans sa configuration substantielle, l'image de celui-ci.

En y participant intérieurement, nous pouvons prendre conscience de la façon dont une agriculture ne se referme en un tout organique que par ce tissu d'activités et ses effets — et ce d'autant plus que l'exploitation se différencie vers l'intérieur en une multiplicité de fonctions organiques se rapportant les unes aux autres. Nous pouvons nous faire une image de la façon dont la coexistence spatiale des cultures se tisse en un réseau de relations tout aussi signifiant que leur succession dans l'assolement.

En portant le regard sur l'ensemble du rayonnement des préparations au fil du cours de l'année, nous pouvons remarquer comment des idées puisées à la recherche spirituelle, qui autrement ne vivent qu'en nous, deviennent actives vers l'extérieur, dans le contexte naturel de l'exploitation, par notre activité, et élèvent celui-ci à ce que Rudolf Steiner nomme «une individualité véritablement close sur elle-même».[303]

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Aspects fondamentaux de la méthode de fabrication et d'application des préparations

En introduction aux préparations biodynamiques, Rudolf Steiner renvoie au fait que l'agriculture pratique nécessairement le «pillage des ressources». Avec le flux de marchandises de la production primaire qui quitte la ferme, le pôle céphalique et le pôle métabolique de l'individualité agricole s'appauvrissent en substances et en forces.[304] La tâche de la fumure est ici, dans un premier temps, de créer un équilibre. Pour ce qui est des substances et des forces, les engrais de premier niveau, issus de la nature vivante des plantes, et ceux de deuxième niveau, issus de la nature animée des animaux, y pourvoient. Pour les substances et les forces qui vivifient la terre en un sens supérieur et dont l'être humain a besoin, dans la progression de son développement spirituel-animique, comme nourriture, des forces cosmiques doivent devenir actives — forces pour lesquelles la terre doit d'abord être rendue réceptive. Pour cela, il faut de nouvelles compositions de substances, absentes dans la nature, capables de vivifier l'être sans vie de la matière et de la réouvrir à son origine spirituelle. «La matière» — tel est le résultat de la recherche spirituelle de Rudolf Steiner — «est structurée dans le sens où le Christ l'a progressivement ordonnée.»[305] Cet agencement rigoureusement régi par des lois, nous le trouvons devant nous comme résultat de l'évolution. Il est, dans les sciences naturelles, par excellence l'objet de la chimie. La troisième étape de la fumure consiste donc à créer des compositions de substances et de forces qui détachent des règnes de la nature certains fruits de l'évolution et les placent dans de nouvelles relations réciproques. C'est là que la recherche spirituelle anthroposophique indique la voie par laquelle il est donné à la liberté de l'être humain de se relier à l'agir christique évolutif. C'est dans cette perspective que peut être saisi le sens et la portée des préparations biodynamiques. L'armature méthodique fondamentale de leur mode de fabrication se déduit de la trichotomie de l'être humain — selon le corps, l'âme et l'esprit — et, regardée dans la nature, des «Tria Principia» de Paracelse, du Sal, du Mercure et du Soufre, mode de contemplation des alchimistes médiévaux qui renoue avec un ancien savoir des Mystères. Cette triade dans l'unité réapparaît à l'époque moderne chez les Rose-Croix, philosophiquement chez Hegel comme «thèse, antithèse et synthèse», et dans la contemplation de la nature chez Goethe

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dans le principe de «Polarité, Métamorphose et Steigerung». La triplicité dans l'unité — ou la trimembrement — est immanente à tout être : dans le passé, le présent et l'avenir, ou, pour parler trinitairement, dans «le Père, le Fils et le Saint-Esprit».

La pensée en polarités est une clé pour comprendre l'évolution. Elle constitue proprement le mode de contemplation de la nature chez Goethe ; il le déploie de manière exemplaire dans sa «Métamorphose des plantes».[306] Homme du regard, Goethe a rattaché ses recherches à ce qui, de la plante, se donne à voir comme forme aérienne — sa forme souterraine, la racine, restait hors de vue. Dès lors qu'on l'inclut — il faut, dans un acte d'abstraction, rendre visible l'invisible en dégageant la racine de la terre —, la polarité racine-fleur devient contemplable. L'unité primordiale de la plante est, dans le terrestre, scindée en deux pôles. Ce qui les relie de manière mercurielle, c'est la succession foliaire portée vers le haut par la tige. La feuille rend sensible la mitte entre les pôles. Steigerung de cette triplicité, la forme végétale apparaît comme une totalité qui, dans la fleur, devient le plus purement l'image de son être.

La triplicité est disposée dans le germe de la graine — ténue et solidaire. Depuis la mitte, le bourgeon germinal, la racine se différencie et se sépare vers le bas, la pousse vers le haut. On trouvera partout, dans l'œuvre de la création de la nature, une mitte entre deux pôles, déterminée cependant dans ses fonctions mercurielles. Dans la triplicité de la racine, de la fleur et de la feuille qui forme la mitte, la plante est une œuvre d'art accomplie. Cela vaut aussi pour ce qui, dans l'être humain, est nature — son corps et ses organes. L'organe cutané, par exemple, qui s'articule en un épiderme innervé et senso-actif (*Epidermis*), un derme irrigué de sang (*Corium*) et un hypoderme métaboliquement actif (*Subcutis*). Il en va de même pour l'organisme agricole : la fonction sensorielle des roches dans les profondeurs, l'activité digestive dans les vents et les intempéries dans les hauteurs, et, comme membre de la mitte, le sol.

Il en va autrement pour l'être humain dès lors qu'il commence, en libre autodétermination, à prendre la régence sur son âme. Il apprend alors, comme Goethe l'exprime, «à enseigner ses organes».[307] Il apprend à conduire son âme — qui transmet rythmiquement entre esprit et corps — vers des degrés toujours plus élevés

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de l'autonomie. Dans la mesure où il y tend, à laquelle il est prédestiné, il sort pas à pas de son assujettissement au corps et, en même temps, de sa dépendance sensorielle à l'être naturel. Il s'élève au-dessus de la nature et y est enraciné à la fois. Ne doit-il pas se sentir appelé à offrir à l'être naturel de la terre quelque chose que celle-ci ne peut avoir d'elle-même, dont elle devrait se passer à jamais ? Certes, toute forme d'attention portée par l'amour est ici requise. Mais peut-elle se limiter à la seule protection, à la seule conservation de l'existant — ou bien faut-il planter dans la terre devenue Œuvre, et avec elle dans le cosmos, un nouveau principe évolutif au sens d'une «création à partir de rien», qui n'est causée par aucune nécessité extérieure, mais qui jaillit en acte libre du spirituel-animique de l'être humain ?[308] En réponse à cette question — c'est ce qu'on peut supposer — Rudolf Steiner a conçu, depuis la connaissance du courant des temps venant du futur, les préparations biodynamiques, comme une sorte d'«engrais» pour le courant des temps venu du passé, qui est devenu l'œuvre d'art de la création. Peut-être est-ce là une pensée trop vaste. Mais quiconque cultive en connaissance du cœur le rapport pratique avec les préparations peut acquérir, dans un sentiment plus profond, une certitude de jugement : leur maniement marque un tout premier commencement dans la direction indiquée. Leur mode de fabrication suit strictement le principe de la triplicité — mais d'une façon nouvelle ; il ne s'articule pas selon l'unité primordiale donnée, mais se construit à partir des produits de lignes évolutives passées. Ces produits — le physique-minéral (silice) de la terre, le vivant du règne végétal (fleurs) et l'animique du règne animal (organes) — forment les pôles d'une polarité qui n'est pas donnée par la nature. Ce qui rapporte ces produits finaux de l'évolution les uns aux autres, et fait ainsi naître une nouvelle polarité, et ce qui l'élève à la synthèse d'une nouvelle triplicité, c'est la volonté conduite par l'idée chez l'être humain. L'idée et la volonté sont les formateurs d'une nouvelle mitte (voir illustrations 23, 24, 25), de nouvelles compositions de substances, qui sont les porteurs de forces d'ordre physique, éthérique-vivant, astral-animique et spirituel. Par le chemin de la recherche spirituelle, un bien de sagesse spirituel a été déposé — des idées — dans les cœurs et les mains des êtres humains, qui peuvent, en transformation, poursuivre en acte libre l'«Œuvre» de l'ordonnancement des substances par le «Christ». Les nouveaux agencements de substances des préparations sont des inventions de la recherche spirituelle issues de la supra-nature, comme la synthèse de l'ammoniac est un résultat de l'exploration de la

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de la nature anorganique-physique, et la technologie atomique une telle de la sous-nature. Dans le premier cas, il s'agit d'un maniement élevé au rang d'art des compositions de substances issues de la sphère de la vie, de l'animique et de l'esprit, pour vivifier la matière vouée à la mort, le «solide-terrestre». Dans les deux derniers cas, c'est la force génératrice de vie de la nature végétale qui risque de dépérir, ou bien l'existence de toute créature sur terre d'être anéantie.

Approche d'une compréhension des matières premières pour la préparation

Comme représentant du règne minéral, c'est le cristal de quartz, et aussi l'orthoclase (feldspath potassique) ; du règne végétal, ce sont l'achillée millefeuille (Achillea millefolium), la camomille (Matricaria recutita), la grande ortie (Urtica dioica), l'écorce de chêne (Quercus robur), le pissenlit (Taraxacum officinalis) et la valériane (Valeriana officinalis) ; du règne animal entrent en ligne de compte la bouse de vache ainsi que certains organes, principalement de la vache, dans un cas du grand gibier noble. Toutes ces matières premières sont des produits finaux de l'évolution, dotés de propriétés qui ne peuvent pas être déduites des éléments individuels ni des propriétés de ces éléments participant à la composition des matières premières. Comme on l'a déjà indiqué à plusieurs reprises, le cristal de montagne (SiO2) remplit dans l'économie de la nature une sorte de fonction sensorielle à l'égard des forces qui irradient comme forces formatrices depuis le cosmos le plus lointain et aident chaque année, par répétition, les plantes à acquérir la forme qu'elles ont adoptée de manière évolutive. Cette fonction sensorielle du quartz, qui entre en activité sous terre dans l'espace radiculaire, peut-elle être repolarisée de façon à capter, en surface dans le feuillage, les influences planétaires de manière métaboliquement active ?

À l'inverse, la vie qui s'éteint dans la forme de la plante peut-elle être soumise à un tel processus de transformation qu'elle éveille sous terre, dans la racine, des processus sensoriels à l'égard du simplement minéral dans le solide-liquide ? Ces questions sont traitées séparément dans le chapitre suivant.

Pour la préparation des préparations de compost ou de fumure, la question de départ est la suivante : comment le «solide-terrestre», c'est-à-dire l'anorganique-mort, le désintégré au simple état d'élément (K, Ca, Fe, Si, P), peut-il être revivifié d'une manière nouvelle ? Les matières premières à cet effet sont fournies par les plantes de préparation mentionnées ci-dessus ainsi que par certains animaux (organes-enveloppes). Ce qui est propre à toutes les plantes — la capacité de vivifier le minéral par leur organisation vitale — se trouve

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chez les plantes de préparation comme un pouvoir chaque fois spécifique. Vivifier signifie ici que les matières physiques-terrestres sont élevées dans le flux vivant de la plante et, ce faisant, se trouvent aliénées de leurs propriétés physiques. Le potassium, par exemple, qui présente des propriétés nettement délimitées du point de vue physique, révèle désormais une force qui devient visible et active par le jeu «supérieur» du vivant dans la plante — une force que l'«inférieur» ne peut faire apparaître de lui-même. Lorsque le potassium entre ainsi dans un tel processus vivant, d'autres propriétés se manifestent, comme par exemple le maintien de la pression des sucs (turgescence), la stabilisation des tissus, ou, dans le cas du calcium, les nouvelles propriétés de multiplication et d'élongation cellulaires, de croissance racinaire et d'édification des tissus. Cette libération des matières de leur assujettissement aux propriétés purement physiques progresse dans la mesure même où l'organisation vitale suprasensible de la plante se sensibilise dans la forme extérieure — c'est-à-dire s'éteint dans la forme en même temps. Dans le domaine de la racine, les propriétés salines restent encore prépondérantes. Elles se perdent dans les processus de croissance des feuilles qui verdissent, et progressivement dans la succession foliaire du bas vers la fleur. Ce processus caché, qui se déroule d'abord dans le domaine de l'aqueux, s'exprime de façon ascendante dans les sphères d'action de l'air et de la chaleur — dans la mise en forme croissante des feuilles, dans l'élaboration de la fleur, et substantiellement dans la formation de substances protéiques, aromatiques et odorantes d'une haute complexité. Les propriétés que les matières ont acquises dans le domaine de la croissance végétative des feuilles se perdent à nouveau en direction de la formation de la fleur. Dans la fleur, l'image originelle de la plante se manifeste au grand jour. En elle, dans le domaine de l'action de la chaleur, l'aliénation de la matière par rapport à ses propriétés physiques — et donc le degré de son ouverture aux forces formatrices de l'organisation vitale de la plante — atteint son point culminant. La signature extérieure de ce processus, ce sont la fleur qui rayonne, le pollen qui se disperse en poussière et les parfums qui se répandent. Sur le chemin de la vivification et du raffinement progressifs, le processus substantiel terrestre s'ouvre dans la fleur aux effets de la périphérie cosmique. Cela peut se révéler à la contemplation intuitive lorsqu'on s'imprègne du geste de la fleur qui aspire sans volonté vers le haut, qui se tourne vers le cosmos. Ce raffinement des sucs[309] — on peut aussi parler dans le sens de Goethe d'une épuration ascendante de la sève terrestre, du courant ascendant de sel et d'eau du *xylème* — ou bien aliénation du flux substantiel

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de sa simple nature physique trouve dans la fleur, dans le domaine de l'image originelle de la plante qui se révèle, son point culminant et son achèvement. Au-delà de la fleur, la plante ne peut plus se dépasser. Mais la fleur se fane à peine éclose. La plante retourne à la terre, soit sous forme de graine, soit sous la forme de ses formations organiques qui se transforment en humus dans le sol.

Dans ses processus organiques, l'organisation vitale de la plante maintient en flux la substance inerte absorbée depuis l'entour : « Ce qui est sans vie se transforme en ce qui est vivant. »[310] Mais ce vivant s'éteint dans la forme des organes végétaux — par exemple de la feuille, de la fleur. La question se pose alors de savoir si le flux substantiel qui a été maintenu en mouvement jusqu'à la fleur, mais qui là s'achève, ouvert au cosmos, peut être préservé — oui, revivifié à une étape supérieure. On peut supposer que telle était la question initiale de Rudolf Steiner dans sa recherche de substances fertilisantes capables de « vivifier elles-mêmes le terreux, le solide ». La réponse issue de la recherche spirituelle ne pouvait être que celle-ci : élever le flux substantiel terrestre vivifié par la plante dans une sphère appartenant en propre à la nature supérieure de l'animal. Car dans l'animal, la substance vivante reste en flux grâce à son organisation astrale, qui forme les organes à l'intérieur de la vie en mouvement.[311]

Dans l'activité organique de l'animal, la vie qui s'éteint dans la forme au sein de la plante est maintenue en flux ; la simple substance vivante de la plante devient dans l'animal substance sensible. Y a-t-il donc — la question se pose à nouveau — une voie pour élever la substance terrestre vivifiée par la plante au-dessus du fossé qui sépare le règne végétal du règne animal, et la porter dans le domaine des forces d'intériorisation de l'animique ? Ce fossé n'est pas absolu — le prouvent les effets curatifs de certaines plantes sur des organes malades chez l'homme et l'animal : ainsi l'effet curatif de la camomille sur les maladies intestinales, de l'achillée millefeuille sur le renforcement de la force épuratrice du sang dans le processus rein-vessie. Cet effet curatif repose sur la manière dont l'organisation vitale de la plante médicinale en question vivifie des substances terrestres spécifiques. C'est cette vivification spécifique de processus substantiels terrestres que Rudolf Steiner a en vue lorsqu'il s'agit de préparer une substance fertilisante dans laquelle ce processus substantiel peut être maintenu durablement en flux. La réflexion qui précède montre qu'une voie s'ouvre à cela dès lors qu'il est possible d'établir un rapport direct avec le

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organe correspondant et, par là, à l'organisation astrale d'une espèce animale déterminée. De telles relations, Rudolf Steiner les a ouvertes par la voie de la recherche spirituelle. Il s'agit d'enveloppes d'organes qui, conjointement avec les substances végétales et l'action des forces de la terre et du cosmos, forment le fondement de la préparation.

La portée de cette invention issue de la recherche spirituelle peut être éclairée, sur le fond du développement technologico-scientifique contemporain, par la réflexion suivante : comme cela a déjà été indiqué à plusieurs reprises, les règnes de la nature se sont, au cours de l'évolution et par la voie de l'hominisation, différenciés d'un état originel autrefois spirituel, englobant l'homme et la terre.[312] Ce devenir s'est figé dans l'œuvre de la création sensible : le minéral inerte se trouve séparé du monde végétal vivant, et celui-ci du règne animal animé. À la contemplation de la nature, on peut parler pour chaque apparition sensible d'un état final advenu, figé dans la perfection. Le cristal en est un, de même que la plante en fleur et l'animal vivant pleinement sa nature propre. Le cristal de roche peut-il être plus parfait qu'il n'est — de même un pissenlit, un ver de terre, un poisson, un oiseau, un insecte ou un mammifère ? Ce qui se présente à nous de manière sensible dans les règnes de la nature, c'est l'œuvre de la création de l'évolution, figée dans la perfection.

Cette œuvre de la création est aujourd'hui le point de départ de toute espèce de technologie. Cela vaut tout particulièrement pour la nature inerte, saisissable dans de strictes lois de la nature. On cherche à percer le secret de la matière physique et on en tire, par exemple, une technologie qui vise à libérer l'énergie enchaînée dans la matière — pensée comme atome, donc comme état final évolutif — par la désintégration ciblée de celle-ci. Cette énergie, ainsi libérée de la matière inerte, se révèle être au plus haut point hostile à la vie. Elle a le pouvoir d'effacer l'évolution figée en œuvre.

Le processus de désintégration atomique provoqué arbitrairement représente l'opposé polaire de l'approche qui est à la base de la préparation des préparations de pulvérisation et de fumure. Dans leur élaboration, ce qui est séparé dans la nature n'est pas davantage divisé — c'est l'état final évolutif, par exemple la fleur de la plante, l'organe animal, qui est mis en rapport relationnel, lequel ne fournit aucun indice à la simple contemplation de la nature. La nature met à disposition, en tant qu'« aboutissement » spatio-temporel, le matériau : plantes médicinales, organes animaux ainsi que les conditions du sol dans les rythmes des saisons ; le concret

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rapport relationnel de ces derniers entre eux, c'est la recherche spirituelle qui l'ouvre, et il devient réalité par l'acte de l'homme.

La nouvelle composition des trois règnes de la nature signifie une reconfiguration artistique. Mais ce qui est essentiellement nouveau et vivant surgit de l'activité de l'esprit, du Je humain, qui devient réceptacle pour la conscience divine créatrice, la « force du Christ ».[313] Ceci est, en lien avec le développement animique de l'être humain conduit par l'esprit, le chemin qui, depuis des impulsions de liberté, encourage la création artistique sur la Terre, le chemin par lequel la création peut être poursuivie, puisque le divin paternel n'agit plus directement depuis l'extérieur dans la nature.

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Fabrication et manipulation des préparations biodynamiques

La préparation de bouse de corne et la préparation de silice de corne – fabrication, application et efficacité[314]

La préparation de bouse de corne

Dans l'arc ascendant et descendant du semestre d'été, le temps de l'expiration terrestre, la plante en croissance devient l'image des forces actives dans la périphérie de lumière, d'air et de chaleur. Cette croissance donne la nourriture pour l'homme et l'animal. C'est surtout le ruminant, le bœuf, qui absorbe la croissance des prairies, des pâturages et des champs fourragers. Ce fourrage est élevé au niveau de l'expérience animique dans l'acte de rumination et la digestion des pré-estomacs. Dans la décomposition substantielle de la matière végétale, la vache goûte les forces cosmiques constitutives de la substance végétale. Elle accomplit une « analyse cosmique-qualitative » (cf. chap. « Le bœuf », p. 146 sq.). Dans cette activité sensorielle goûtante et analysante dans la transformation du fourrage, la vache éprouve la qualité de l'environnement d'où provient le fourrage, la particularité des conditions stationnelles du sol et du climat. En ruminant, elle perçoit tout cela comme de puissantes configurations de forces. Dans cet état — intérieurement éveillé et concentré, extérieurement onirique — son corps astral s'unit entièrement au corps éthérique, et celui-ci lui réfléchit les processus digestifs physico-chimiques. Avec un bien-être infini, l'âme de la vache prend part à ce qui se passe dans le corps : « C'est tout un monde que voit la vache. »[315] Elle ne peut retenir cette vitalité animique agissante ni la revendiquer pour elle-même, car elle n'a pas d'être propre, pas de Je. Elle doit excréter cette vitalité agissante dont elle a pénétré son être animique. C'est ce qui confère au fumier de vache la force fertilisante unique, la plus haute et la plus harmonieuse à laquelle la nature puisse parvenir.

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Au fil de l'été, sous l'action directe du rayonnement solaire, la composition substantielle du fourrage en croissance s'intensifie. Le troupeau de vaches au pâturage le perçoit progressivement dans l'acte de digérer. À l'automne, ce processus — maturation du fourrage et analyse cosmique-qualitative qu'en accomplit la vache — atteint son apogée. Dans l'observation participante, nous pouvons nous en faire une représentation vivante. De là naît une compréhension de l'indication de Rudolf Steiner : ramasser en automne des bouses de vache sur le pâturage, destinées à la préparation qui suit. Dans cette bouse de vache, nous avons devant nous une masse largement amorphe, un produit terminal du métabolisme qui contient quelque chose appartenant par essence à la vache — car son être animique l'a traversée, mais sans se l'approprier. En l'excrétant, la vache accomplit pour ainsi dire un renoncement. Le fumier de vache, livré à lui-même, se fondrait dans le processus naturel général de formation d'humus. Nous opérons à la place un retournement du cours normal du devenir naturel avec la première étape de préparation qui s'ensuit maintenant (voir figure 23, p. 347) :

Nous nous procurons des cornes de vache — les cornes de taureau ne conviennent pas — aussi exclusivement que possible de notre propre troupeau, et nous tassons la bouse dans leur cavité. La corne de vache est une formation polaire à la bouse de vache. Elle est posée sur la tête, sur le pôle neurosensoriel de l'animal, et constitue une formation cutanée hautement condensée, figée dans la forme pure. La corne s'emboîte sur un ergot osseux qui pousse latéralement hors de l'os frontal et communique, par sa cavité remplie d'air, avec le sinus frontal. L'ergot osseux est parcouru d'un fin réseau vasculaire qui irrigue le derme et l'épiderme assurant la croissance de la corne. Grâce à cette circulation sanguine intense, la corne est frappante de chaleur au toucher. Dans la corne ainsi animée par la vie pulsante, les quatre éléments physiques du solide, du liquide, de l'air et de la chaleur se concentrent en une sorte d'organe sensoriel ouvert non vers l'extérieur mais vers l'intérieur ; c'est un organe de reflux et de concentration (figure 22, p. 346).

Dense enveloppe de forme, elle rayonne en retour dans l'organisme digestif ce qui monte de celui-ci vers la tête par le courant sanguin. On peut dire que le bovin a besoin de la fonction réfléchissante des cornes pour configurer en force fertilisante adéquate les configurations de forces issues du processus digestif — sont-ce des Imaginations inconscientes ?[316]

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Abbildung 22: Der physische Bau des Kuhhorns und das Zusammenwirken der vier Elemente zur Funktion eines nach innen gerichteten Sinnesorgans.

En bouchant les cornes, on accomplit le premier étape de la préparation et, avec elle, le premier pas d'émancipation du cours naturel du processus naturel (figure 23).

Il représente un retournement du processus naturel. Ce qui avait été excrété vers l'extérieur remplit à présent un espace intérieur. La corne, condensée en forme pure, donne enveloppe à la substance amorphe. Nous nous plaçons nous-mêmes entre le pôle neurosensoriel et le pôle métabolique du bovin et créons, guidés par les résultats de la recherche spirituelle, une nouvelle relation entre les produits terminaux des deux pôles — la corne et la bouse. Ce qui, dans la vie du bovin, est parvenu à son terme en deux directions opposées, forme dans son union le point de départ d'une nouvelle voie de développement. Si l'on veut mesurer la portée de ce processus — comme de chacune des étapes de préparation qui suivent —, il faut porter l'attention sur les trois voies de recherche mentionnées : selon le contexte d'idées directrices, selon l'expérience de la volonté dans l'activité elle-même, et — les médiatisant l'une et l'autre — selon les états de fait observables qui nous éclairent, dans la connaissance des manifestations vitales du bovin, sur la signification de la bouse de vache et des cornes.

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Abbildung 23: Umstülpungs- und Emanzipationsschritte bei der Präparation des Hornmistes.

Dans le deuxième étape de la préparation, les cornes, immédiatement après leur remplissage, sont enfouies dans la terre et y reposent tout l'hiver. La végétation s'est retirée dans des états germinaux, la terre vit spirituellement en un état de conscience sensoriellement éveillée dans l'inspiration, et est, dans les éléments de l'aqueux et du solide, le plus fortement exposée aux forces cristallisantes de la sphère des étoiles fixes.[317] À nouveau, nous retournons le processus naturel — un deuxième pas d'émancipation du cours naturel — en ce que la substance amorphe de la bouse, qui naturellement se fond dans les processus d'humification de l'été, se trouve à présent exposée aux forces cristallisantes de l'hiver. Au retournement spatial s'en ajoute un dans le temps. La bouse de vache devient matrice réceptive pour les forces qui, transmises par les états élémentaires physiques du solide et du liquide, rayonnent dans la terre à l'intérieur de la cavité de la corne et, refluant sur elles-mêmes, se concentrent dans la masse de la bouse comme force fertilisante formatrice.

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Préparation dans le rythme du cours de l'année

Abbildung 24: Umstülpungs- und Emanzipationsschritte bei der Präparation des Hornkiesels.

Au printemps, nous retirons les cornes de la terre — un troisième pas d'émancipation —, nous en frappons le contenu et tenons entre les mains une nouvelle substance aux propriétés nouvelles. Cette création de substance nouvelle tire sa signification et son efficacité du processus de devenir décrit, qu'elle traverse. La préparation achevée est, par les forces actives en hiver sous la terre, une nouvelle substance «traversée et tissée d'esprit»[318] (Figure 23, p. 347).

La préparation de silice de corne

Le processus de fabrication de la préparation de silice de corne se déroule de manière polaire aux deux premières étapes de la préparation de la bouse de corne (Figure 24).

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Contrairement à la bouse, qui est un produit métabolique de l'été, le quartz cristallin est un représentant du devenir hivernal de la terre : le «silex» (quartz, cristal de roche) est le «sens extérieur dans le terrestre».[319] Il résiste au plus fort aux forces de l'altération. Dans la première étape, nous émancipons le quartz de son être-cristal naturel, brisons sa structure cristalline, le broyons aussi finement que possible en poussière, le rendons donc amorphe. Nous délayons ensuite la farine de quartz avec un peu d'eau et la versons dans des cornes de vache. Là encore, dans cette première étape de la préparation, s'accomplit un retournement : un extérieur devient un intérieur (Figure 24). Et il en va de même dans la deuxième étape, un deuxième degré d'émancipation. Le quartz, proche des forces hivernales, devient une substance estivale, en ce que les cornes remplies sont enfouies au printemps et y reposent tout l'été dans la terre. Le quartz, ainsi rapproché de l'état amorphe, devient matrice réceptive pour les forces métaboliques prédominantes durant l'été dans la chaleur et l'air. Captées et renvoyées par la cavité intérieure de la corne de vache, ces forces se concentrent dans la farine de quartz rendue réceptive à cet effet. Celle-ci se trouve ainsi en mesure de retenir et de conserver les forces de l'activité estivale, tout comme la bouse de corne retient les forces de l'activité hivernale.

La question se pose naturellement de savoir pourquoi les cornes de silice sont enfouies en été dans la terre et non exposées directement au-dessus de la terre aux forces agissant dans la chaleur, la lumière et l'air. Ma réflexion là-dessus est que ce qui importe n'est pas la concentration des forces dans la corne de vache de la façon dont elles agissent directement au-dessus de la terre, mais bien ces mêmes forces en tant qu'elles sont absorbées par le calcaire sous la terre et deviennent ainsi actives indirectement, transmises par l'argile, dans la croissance végétale par la racine.[320]

Lorsque nous retirons ensuite les cornes en automne, à la Saint-Michel — un troisième pas d'émancipation —, nous obtenons avec leur contenu une nouvelle substance aux propriétés nouvelles : la silice de corne. Sa nature et sa signification découlent des trois étapes d'émancipation décrites hors du pur cours naturel par l'idée et la volonté de l'homme. La préparation achevée est marquée par l'activité substantielle dans

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Abbildung 25: Fortsetzung von Abbildung 23 und 24: Der Rührvorgang, die Anwendung und die Bereiche der Wirksamkeit des Hornmist- und Hornkieselpräparates.

la terre pendant l'été ; c'est un concentré de « matière traversée par l'esprit ».[321]

Bouse de corne et silice de corne naissent l'une et l'autre, en tant que compositions de substances, non comme un prolongement de la légalité inhérente à la nature. Celle-ci s'épuise dans ce que la nature produit comme formations au fil du cours saisonnier — sol, fumier, quartz, corne. Toutes deux naissent par un triple retournement hors de l'espace dans le temps et de nouveau dans l'espace. Si nous cherchons à revivre intérieurement ce processus, méditativement, dans le sens des trois voies de recherche

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en le parcourant nous-mêmes, le sens caché de cette opération peut se dévoiler toujours davantage.

Le brassage

Immédiatement avant l'application, pour les deux préparations mais chacune séparément, suit de la même façon la quatrième étape de la préparation — et avec elle le quatrième degré d'émancipation —, le brassage, c'est-à-dire le passage du sol-terreux-solide des préparations à l'état liquide (figure 25).

Une quantité à chaque fois faible de substance (bouse de corne : au maximum quatre contenus de corne par hectare ; silice de corne : une pointe de couteau = 3 à 4 g/ha) est brassée pendant une heure dans de l'eau à température de la main, en alternance rythmique. Le mieux est de procéder avec une baguette de brassage fixée de manière mobile au plafond ou à une poutre transversale, plongeant par son fouet dans un tonneau rempli d'eau. On commence par mettre lentement la masse d'eau en mouvement par un brassage circulaire en périphérie. Par une accélération continue, le fouet migre vers l'axe central en direction de l'entonnoir tourbillonnaire qui se forme. Là, la vitesse de l'eau en rotation atteint un maximum ; vers la paroi du tonneau, elle ralentit. Dans un tourbillon règne la tendance à une vitesse illimitée vers le centre — d'où la force aspirante — ; vers la périphérie, la vitesse tend vers zéro. Entre les deux pôles naissent, par les différences de vitesse, des couches tourbillonnaires enroulées qui s'approchent de la bidimensionnalité, de l'idée de la surface. Le corps homogène de l'eau se structure en surfaces glissant les unes contre les autres, aussi bien dans le rapport spatial entre centre et périphérie que temporellement, s'amplifiant depuis l'état de repos de l'eau jusqu'au déploiement maximal de l'entonnoir de rotation.[322] Lorsque ce dernier atteint son déploiement maximal — on arrive aux limites de ses forces pour pouvoir accélérer encore la masse d'eau —, un brusque contre-mouvement du fouet détruit l'entonnoir : la masse d'eau structurée s'effondre, retombe dans l'état d'un chaos informe et s'approche pour un instant de l'état de repos homogène, avant d'être accélérée dans le sens inverse vers la formation d'un nouvel entonnoir. Le liquide est ainsi maintenu en alternance rythmique dans les polarités du repos et du mouvement, de l'homogénéité et de la mise en forme surfacique dans la construction de l'entonnoir tourbillonnaire.

Cette masse d'eau, sans cesse renouvelée, qui se résout en surfaces par les différences de vitesse, devient ainsi simultanément une matrice réceptive pour une triple empreinte :

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  • du potentiel de forces concentré de la substance des préparations,
  • des constellations de forces cosmiques actuellement actives,
  • de l'âme spirituelle individuelle de l'homme, qui, agissant par le vouloir, inaugure le processus, le dirige et le maintient.

Le brassage dure une heure. Cette mesure du temps est-elle choisie arbitrairement — pour s'assurer, par exemple, que l'action de la préparation s'est unie à l'eau — ou bien où réside le sens ? La réponse ne peut être cherchée dans le cours de la nature, mais doit l'être dans les rythmes cosmiques qui agissent de manière essentielle dans l'homme et y ont conservé leur origine. Sur le plan macrocosmique, c'est le rythme jour-nuit de vingt-quatre heures. Dans ce rythme Terre-Soleil vit le Je, l'âme spirituelle de l'homme, dans les états de sommeil et de veille. Par l'organisation du Je du système neuro-sensoriel, du système rythmique et du système du métabolisme et du mouvement, il individualise les rythmes macrocosmiques et les imprime dans le corps physique, par exemple comme les rythmes de la respiration et de la pulsation du cœur. Les longueurs d'onde de ces rythmes se meuvent dans le domaine des secondes et des minutes. Dans les processus neurosensoriels, les fréquences se raccourcissent jusqu'à des fractions de secondes, tandis que, dans leur pôle opposé, les activités du métabolisme, elles s'élargissent à la mesure du temps de l'heure ou des heures.[323] Or dans le pôle métabolique-membres vit le vouloir, dont l'activation et la désactivation s'accomplit dans le domaine de l'heure — d'où, par exemple, l'«heure de cours». Cela, joint à l'expérience de soi, autorise la certitude que la mesure du temps d'une heure de brassage est rapportée au rythme du vouloir de l'homme métabolique-moteur. C'est lui en effet qui met en marche le processus de brassage et le maintient.

Dans les fonds inconscients du vouloir vit à nouveau le Je ; il agit par le vouloir dans le monde, ici dans l'eau à mouvoir. Quiconque est familier avec le brassage des préparations sait qu'on peut accomplir la mesure du temps d'une heure dans une activité de vouloir constante. Chaque homme remplit cet intervalle de temps dans un rythme qui lui est propre, selon son Je vivant dans le vouloir. Chaque homme imprime, par son vouloir, son rythme à l'eau dynamisée dans les couches tourbillonnaires en mouvement. Ce

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ce rythme de volonté humain est, face à tous les rythmes de la nature d'origine macrocosmique, le seul et tout premier rythme que l'homme, en tant que microcosme, inscrit dans le cours naturel au terme de cette troisième étape de la préparation.

Il vaut encore la peine de considérer ce qui suit : on peut voir dans le brassage, à l'échelle microcosmique, la transposition technologique d'un événement macrocosmique. Chacune des planètes possède son inclinaison axiale propre par rapport au Soleil, et sa vitesse de rotation propre. S'y exprime la signature individuelle de chaque planète, l'action des «esprits des planètes». Une note de carnet de Rudolf Steiner est libellée ainsi : «Dans la sphère se dissout l'univers / Dans l'axe il se forme / Avec le Soleil.»[324] De cela on peut conclure, en ce qui concerne le brassage : c'est l'«esprit de l'homme» qui détermine la vitesse de rotation et, de même, l'«axe», c'est-à-dire l'inclinaison par rapport à la verticale selon laquelle le bâton de brassage est guidé.

Sur ce fond peut grandir la compréhension du fait que Rudolf Steiner, dans sa manière d'exposer la science de l'esprit, attache du prix au brassage à la main. Non seulement quelque chose de l'être spirituel individuel de l'homme s'imprime ainsi, par le vouloir, dans le liquide dynamisé — mais en retour, ce même être reçoit de ce processus, qu'il génère lui-même, quelque chose qui se lie à lui de manière essentielle. Le brassage à la main offre donc une occasion, comme nulle part ailleurs dans l'ensemble du processus de préparation, de pénétrer par la connaissance dans les processus, selon les trois voies de recherche mentionnées.

À cette occasion de plonger, avec une conscience éveillée, dans le devenir processuel du brassage, on se dérobe dès lors qu'on délègue le brassage à une machine. On prive ainsi son propre effort de connaissance du terrain d'expérience. La question de savoir pourquoi l'on brasse pendant une heure perd son point de référence en raison de l'élimination du vouloir humain, et devient sans signification. Si seul importait un mélange optimal, cela serait réalisable en une fraction d'heure avec des machines construites à cet effet, comme par exemple la Turbula de Paul Schatz,[325] qui fonctionne selon le mouvement du cube retourné. Mais là n'est pas la question. Que l'on brasse avec des machines, de quelque type qu'elles soient, ou

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avec des cascades à coquilles tourbillonnantes selon John Wilkes (*flow forms*),[326] entre en ligne de compte l'indication de Rudolf Steiner selon laquelle «on peut aussi se résoudre à glisser progressivement dans le domaine des succédanés».[327] Le problème n'est pas qu'une machine pourrait imiter le brassage à la main et produire des entonnoirs tourbillonnants tournant dans les deux sens — le succédané, c'est qu'à la place du vouloir individuel guidé par l'esprit, générateur de rythme, c'est un processus régi par des règles techniques qui gouverne l'événement depuis l'extérieur, selon une cadence imposée. Le rythme ouvre l'un à l'autre le cosmos, la terre et l'homme ; la cadence les aliène l'un de l'autre.

Le brassage des préparations crée, dans le meilleur sens du terme, des heures élevées au sein des déroulements de travail prédéterminés de la journée. Ces heures, il s'agit de les façonner. Cela peut se faire en brassant si possible à deux, à trois ou à plusieurs, et en invitant des personnes du cercle d'amis de la ferme à y prendre part. De cette mise en commun active dans la configuration individuelle d'un processus rythmique peut naître l'atmosphère de détente, de sérénité et du sentiment de liberté dans une activité autodéterminée — une atmosphère qui enveloppe le sérieux dans lequel les couches plus profondes de son propre être-vouloir se lient au devenir du brassage.

L'unicité du brassage des préparations ouvre aux trois voies de recherche, une nouvelle fois, de nouvelles dimensions vers une compréhension qui s'approfondit. Outre les indications de la science de l'esprit de Rudolf Steiner sur la manière de brasser, ainsi que le vaste champ des faits observables concernant la formation et la dissolution des tourbillons, etc., c'est tout particulièrement l'auto-expérience dans les activités de l'âme du penser, du sentir et du vouloir qui peut gagner en signification. On peut prendre conscience à ce propos de l'expérience suivante : l'auto-observation montre que le devenir rythmique du processus de brassage se reflète dans les rapports selon lesquels, dans les phases individuelles, les activités de l'âme du penser, du sentir et du vouloir se tiennent les uns envers les autres. Avant que je me décide à mettre la masse d'eau en mouvement, ces trois forces de l'âme forment en moi une unité indivise. Je suis entièrement moi-même, et je me tiens face à un dehors. À l'instant où, dans une activité de pensée consciente, je me décide à mettre le fouet en mouvement, le vouloir commence à s'extérioriser dans l'activité. Cette extériorisation s'intensifie de plus en plus — ma volonté doit continûment, sans un seul instant

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sans jamais se relâcher, devancer l'eau à mettre en mouvement, jusqu'à ce que ma force de volonté atteigne ses limites, c'est-à-dire jusqu'au moment où je ne puis plus intensifier l'impulsion de mouvement pour la formation du tourbillon. Parallèlement, ma conscience pensante se détache en moi de plus en plus de l'activité volitionnelle et s'intériorise à un tel degré qu'elle contemple dans un calme parfait et une conscience de soi élevée sa propre activité de volonté. Mon vécu d'âme se dissocie en quiétude de la pensée et en mouvement de la volonté. Dans ce champ de tension qui se construit avec la formation progressive du tourbillon, mon sentir peut se déployer, indépendamment du penser et du vouloir, dans une pureté animique et une ouverture à l'esprit. Des moments de présence d'esprit intensifiée peuvent alors se produire. Je puis alors me sentir, entre repos et mouvement, un avec l'événement extérieur. Je suis au milieu de lui. Ici, dans ce sentir exempt de sensorialité que la propre activité elle-même a suscité, réside sans doute la source la plus profonde à laquelle je puis puiser une certitude inspirative quant à la vérité du chemin emprunté.

Lorsque la volonté perd la force d'accélérer davantage l'eau, la conscience pensante reprend pied et incite la volonté à faire s'effondrer le tourbillon en entonnoir par un brassage inversé et abrupt. L'eau forme ainsi à nouveau, à l'instant du point de basculement, une unité homogène — et de même le penser, le sentir et le vouloir qui, lors de cet acte, « s'effondrent » de la séparation en une unité, se réunissent de nouveau. De cet acte d'unification mûrit alors la résolution d'une nouvelle formation d'entonnoir en direction opposée, et à nouveau les forces de l'âme se séparent les unes des autres. Ainsi l'âme tisse-t-elle pendant une heure, dans le processus de brassage, rythmiquement entre rapport à soi et rapport au monde. Par cette porte, le Je s'incorpore rythmiquement au monde, et dans le même rythme le monde s'absorbe de manière essentielle dans le Je.

« L'entonnoir devient ici, lors du brassage, l'image réelle du lien entre monde et Je. Dans la force aspirante de l'entonnoir — engendrée, ou plutôt portée à la manifestation, par la volonté humaine —, le substrat (et l'être humain) reçoit au point final, par l'intermédiaire de l'infini, la connexion avec la périphérie, depuis laquelle les forces cosmiques qui entretiennent leur cohérence avec le matériau devenu œuvre peuvent rayonner de l'extérieur et s'unir au substrat dans le tourbillonnement. »[328]

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L'application

Une fois les deux préparations transférées de l'état solide à l'état liquide, elles sont immédiatement pulvérisées dans l'air — la bouse de corne en gouttes plus grossières sur le sol, la silice de corne en brume de gouttelettes fines sur les plantes (Illustration 25, p. 350). On utilise à cet effet des appareils appropriés travaillant à faible pression et faible débit (40 à 60 litres par hectare, voire moins). Il est tentant de ne voir dans ce processus que l'aspect de la distribution nécessaire. Mais ce qui se passe réellement et ce qui est accessible à la contemplation intuitive, c'est la dissolution du liquide mis en mouvement par l'alternance rythmique en un état qui s'ouvre à l'élément de l'air — c'est-à-dire une surface qui s'étend à l'infini dans la forme de la goutte. La constellation de forces qui, au moment de l'application — différente par exemple le matin et le soir —, règne sur champs, prés, jardins et vergers dans l'air, la chaleur et la lumière, et qui peut être ressentie comme une atmosphère, s'imprime dans cette constellation de forces qui, dans le cours du temps des étapes de préparation précédentes, s'est concentrée dans chaque gouttelette. Par la dissolution de l'eau brassée en gouttelettes très fines naît une multitude de centres et, vers l'air, de surfaces-limites périphériques dont la totalité s'agrandit jusqu'à l'incommensurable. La membrane cutanée de chaque gouttelette scintille dans la lumière qui l'irradie en toutes les couleurs et est, polaire à la force aspirante du tourbillon de brassage, ouverte en toutes ses faces aux forces de la périphérie actives dans l'élément de l'air, aux surfaces-limites de sa forme sphérique.

L'application de la bouse de corne s'effectue à l'ensemencement sur le sol travaillé, de préférence simultanément et en combinaison directe avec le semis, éventuellement une deuxième fois en lien avec le travail de la peau du sol au printemps. Sur les prairies, les moments opportuns se situent en automne et au printemps, respectivement après le pâturage et la fauche, en arboriculture fruitière avant le débourrement et après la récolte. Dans le cours du jour, c'est en suivant le rythme de l'inspiration de la Terre que l'on préfère les heures de fin d'après-midi pour brasser et pulvériser — surtout lorsque le ciel est couvert.

Polaire à la bouse de corne, la préparation de silice de corne est appliquée en règle générale deux fois ou davantage, durant la période de croissance et de maturité. Les moments s'obtiennent par une vie intérieure dans les rythmes de croissance des cultures particulières. Comme règle fondamentale pour le choix du moment, on peut retenir que la préparation de silice de corne soutient de manière harmonisante la phase de croissance et de maturité dans laquelle se trouve précisément la culture concernée. Dans le cours du jour

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on suivra, en accord avec le processus d'expiration de la Terre et donc avec la sève montante, les premières heures du matin pour brasser et pulvériser sur les cultures encore humides de rosée. En revanche, pour la phase de maturité des cultures dont le végétatif est le fruit — les plantes sarclées etc. — on préférera une pulvérisation agissant sur la sève descendante, en fin d'après-midi jusqu'au soir. Les moments d'application des deux préparations ne relèvent d'aucune règle générale, mais du rapport personnel que l'on entretient avec ses cultures dans leur rapport à l'ensemble du domaine. Ils se dégagent — souvent avec une grande netteté — de la force de l'Intuition, lorsque par exemple on s'arrête dans le travail — que ce soit le soir, que ce soit au cours d'une marche à travers les champs — et que l'on réfléchit, en demeurant dans l'observation, à ce qui a été vécu.

Die Wirksamkeit

Les deux préparations ont parcouru à rebours, sur le chemin accompli jusqu'ici, les états élémentaires du terreux-solide, de l'eau et de l'air, et se résolvent dans la chaleur au moment et à l'endroit où elles arrivent sous forme de gouttelettes (Illustration 25, p. 350). En un laps de temps très bref, ce qui est saisissable en tant que substance, le pondérable, est soit absorbé par le sol, soit évaporé. C'est à travers l'état de chaleur que devient efficace ce qui est pure action de forces d'un spirituel, ce qui s'est concentré au cours de la préparation dans le creux de la corne — dans le fumier respectivement dans la silice. Il faut accompagner, en contemplation intuitive extérieure et intérieure, ce chemin en quatre étapes, pour accueillir avec la compréhension juste la formulation du chercheur spirituel concernant l'efficacité : «comme la bouse de corne pousse du bas vers le haut, l'autre (la silice de corne) tire d'en haut».[329] Ce sont des actions de forces pures dans le vivant qui sont évoquées ici, lesquelles ont émergé dans le passage à travers un devenir spatio-temporel. Elles agissent désormais en retour dans les conditions terrestres d'espace et de temps de telle manière que la plante — du germe, à travers la croissance du spross, jusqu'à la maturité du fruit et de la graine — peut s'ordonner selon son type, selon les conditions du lieu, et s'intégrer dans l'axe Terre-Soleil. Le wesenhaft vit dans la chaleur et se révèle à travers la chaleur.

La préparation bouse de corne déploie son action sous la terre — pour parler en image : dans la tête de l'individualité agricole, dans l'espace racinaire. Elle est en ce sens un «Kopfdünger». Elle fertilise les processus sous la terre,

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qui sont apparentés aux processus neuro-sensoriels dans la tête de l'être humain (Figure 25, p. 350). Il a absorbé ces forces fertilisantes pendant le repos des cornes dans la terre d'hiver, au temps où elles agissent naturellement avec le plus d'intensité à l'intérieur de la terre. Nous disposons ainsi dans la bouse de corne d'un «Winterkräftedünger» — d'un engrais des forces hivernales — qui, polar à la saison d'hiver, peut être utilisé librement selon les périodes de semis des plantes cultivées, du printemps à travers l'été jusqu'à l'automne. Le fumier de vache métaboliquement actif s'est transformé en un engrais senso-actif qui renforce l'activité propre de la racine face au simple minéral du sol. Il «éduque» la faculté sensorielle de la racine, qui s'exprime par exemple dans la capacité d'ouverture aux minéraux — «la racine des plantes [...] : c'est un œil, mais un mauvais œil.»[330] Ce fait se reflète dans des investigations expérimentales qui montrent que la racine croît de façon plus conforme au type de l'espèce, se ramifie plus finement, pénètre verticalement plus profond dans le sol et s'ouvre ainsi un volume de sol plus grand.

La préparation de silice de corne déploie son efficacité au-dessus de la terre, dans la zone du spross et des feuilles. Ici, dans le «ventre» de l'individualité agricole, règne, en échange avec l'air, la chaleur et la lumière, une intense activité métabolique (Figure 25, p. 350). Dans cette relation réciproque entre les forces de la périphérie d'une part et les sucs végétaux ascendants et descendants d'autre part, la préparation de silice de corne agit de manière harmonisante. Elle est en ce sens un «Stoffwechseldünger» — un engrais métabolique — pour la plante. Elle a absorbé cette force fertilisante pendant le repos des cornes dans la terre d'été, au temps où ces forces estivales du métabolisme agissent avec le plus d'intensité. Le quartz cristallin, senso-actif — un représentant de la terre d'hiver — s'est transformé, au fil des étapes d'émancipation décrites, en un engrais des forces estivales métaboliquement actif. À son aide, nous pouvons à nouveau librement individualiser le grand rythme macrocosmique du cours de l'année en direction de la culture que nous cultivons précisément. Il ouvre la plante à son environnement et de même à son type, à son archétype spirituel. Celui-ci ressort aussi bien dans l'image phénoménale de la plante de façon plus nette — par exemple dans la formation des feuilles, dans la métamorphose foliaire — que dans la composition des substances à tous les stades de la vitalisation, de la croissance et de la dévitalisation, de la floraison, de la maturité et de la formation de la graine. En jeu conjugué avec la préparation bouse de corne, il harmonise les processus de la formation du fruit, veille — comme le montrent des investigations expérimentales —

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— pour la quiétude physiologique dans la maturation et ainsi pour la consistance, la couleur, l'odorat et le goût — pour des propriétés qualitatives qui, dépassant le seuil du simplement végétal, constituent la valeur nutritive pour l'animal et l'homme.[331][332][333]

La bouse de corne et la silice de corne se conditionnent mutuellement. Elles agissent dans l'axe Terre-Soleil, qui se rend sensible dans la verticalité de la racine et de la pousse. Elles ouvrent de surcroît la plante aux forces de la périphérie, ce qui se manifeste dans le ramification intensive de la racine et la pénétration formelle du feuillage. Avec l'une nous fertilisons avec des forces hivernales, avec l'autre avec des forces estivales. Nous fertilisons la vie par ce qui porte toute vie. Ce sont des substances maintenues dans le vivant, qui libèrent des forces qui individualisent de manière stationnel le rapport rythmogène Terre-Cosmos.

Il existe de nombreuses investigations expérimentales sur les préparations à pulvériser.[334] Elles fournissent, dans telle ou telle direction, une confirmation de leur efficacité. Pour celui qui interroge leur être et leur signification, la compréhension croîtra dans la mesure où l'on parvient, sur les trois voies de recherche mentionnées, à s'ouvrir au fondement idéel de la science de l'esprit, à se représenter cognitivement le contexte naturel qui s'y rapporte dans l'ensemble de l'organisme agricole, et à se laisser instruire par l'expérience de la volonté dans le faire.

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Les préparations de compost ou préparations biodynamiques

La consonance des deux degrés de fumure mentionnés, issus de la nature vivifiée et animée, sous la conduite du troisième — le travail humain porté par l'idée —, est l'héritage de la culture agraire chrétienne-occidentale. Maintenant que les instincts emplis de sagesse de cet héritage sont perdus, les impulsions morales dans la pratique de la fumure doivent être gagnées à partir d'une contemplation intuitive de la sagesse agissant à l'état latent dans la nature. Celle-ci est l'expression du macrocosme agissant depuis le passé. La nature elle-même veille à l'ordonnancement des substances dans le fumier de vache, dans le compost végétal et dans les cristaux de la terre. Cet ordonnancement se répète selon les lois de sagesse du passé cosmique. Qu'un cristal de sel se dissolve dans l'eau, et par une évaporation, il se reforme des cristaux de sel de la même espèce. Du germe de la camomille naît à nouveau une camomille. Cet ordonnancement des substances figé en une «Œuvre»[335] peut-il être vivifié en ce sens qu'il s'ouvre aux forces d'un cosmos en devenir ? Y a-t-il à voir dans l'élément chrétien d'une agriculture à venir que l'ordonnancement des substances, parvenu à son terme dans le développement macrocosmique, peut à l'avenir se transformer par l'acte libre de l'être humain ? Le thème fondamental du Cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner est la vivification de la terre elle-même. À ce but servent les deux préparations à pulvériser — bouse de corne et silice de corne — déjà décrites. Vient ensuite la ronde des six préparations de compost ou préparations biodynamiques, qui s'emploient elles aussi en dose homéopathique comme additifs aux fumures végétales et animales. Rudolf Steiner ouvre cette ronde par la description de la préparation d'achillée millefeuille, où le thème méthodique-compositeur résonne pour ainsi dire à sa perfection. C'est pourquoi il convient de le décrire de manière plus approfondie à l'exemple de la préparation d'achillée. Les écarts par rapport au thème fondamental dans la fabrication des autres préparations font d'autant mieux ressortir leur caractère propre.

Le principe de la fabrication répète celui de la manière de procéder et de la consonance des modes de fumure issus de la nature — mais maintenant à un degré qui se détache de la conditionnalité de la nature. La fumure disposée par la nature demeure dans la liaison à l'«Œuvre» advenue. Le point de départ de la préparation des préparations sont des ordonnancements de substances de cette Œuvre, des «matériaux de l'Œuvre» issus des trois règnes de la nature, que la main

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des Menschen zusammengefügt werden, jetzt aber aus Idées de la connaissance de l'esprit. Ces idées contiennent la relation de l'Œuvre advenue à son fondement essentiel ; dans leur mise en œuvre pratique, elles inaugurent un nouveau développement.

Des descriptions détaillées sur les matériaux de départ de la préparation et sur celle-ci se trouvent chez les auteurs suivants, à savoir concernant :

  • les plantes des préparations, chez Jochen Bockemühl et Kari Järvinen[336] — une étude qui guide le lecteur de la contemplation intuitive vers la connaissance de l'être essentiel.
  • «Eine vertiefte Verständnis du Wesens der biologisch-dynamischen Präparate aus goetheanistischer, christologischer und geisteswissenschaftlicher Sicht» d'Erdmuth-M. W. Hoerner.[337]
  • Le maniement pratique dans la fabrication et l'application des préparations biodynamiques, un panorama exhaustif de Walter Stappung.[338]

La composition de la préparation d'achillée millefeuille

L'achillée millefeuille est caractérisée par Rudolf Steiner comme «une œuvre miraculeuse tout à fait particulière».[339] «Cette achillée se présente dans la nature comme si quelque créateur de plantes avait eu, pour cette achillée, un modèle afin de mettre le soufre dans le juste rapport avec les autres substances végétales.»[340] Et encore : «L'achillée développe sa force du soufre de manière préférentielle dans le processus de formation du potassium. C'est pourquoi elle contient le soufre exactement dans la mesure nécessaire pour élaborer le potassium.»[341] «Dans l'achillée, le soufre élabore la teneur en potassium de telle sorte «qu'il se comporte de la bonne manière dans le processus organique, en regard de ce qui constitue le véritable corps, la partie albumineuse de la plante.»[342]

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Le soufre relie le spirituel-cosmique aux substances terrestres. Celles-ci s'ordonnent selon les forces de l'archétype spirituel, par exemple celui de l'achillée millefeuille, et portent cet archétype à la manifestation dans la forme ou la configuration de cette plante. Dans le vivant, le soufre peut être désigné comme le porteur du principe créateur issu de l'esprit, qui s'exprime dans la forme, dans la formation de la forme. Le potassium, en tant que formateur de sel, est le porteur du principe substantiel et représente ainsi le terrestre. Dans l'interaction de ces deux principes polaires, la formation de protéines s'accomplit dans la plante par steigerung. À chaque degré de son apparition — de la graine jusqu'à la fleur — la plante, et l'achillée en particulier, est l'image de cette polarité. Elle s'offre à nous de manière purement objective lorsque nous déposons une graine dans la terre. Dans la graine se concentre l'archétype de la plante. En elle vit le cosmique «comme forme de la plante».[343] La graine est entourée d'humus, le configurateur dans le terrestre[344], et des constituants minéraux du sol — silice, calcaire, argile et sels dissous dans l'eau. Elle est donc enveloppée d'une matérialité terrestre qui perd toutefois son caractère dans la mesure où les composants minéraux sont davantage cristallisés et donc insolubles dans l'eau — comme la silice. Dans le cristal, l'archétype cosmique du minéral apparaît comme forme. Dans la matérialité dissoute, ce sont les lois physico-terrestres qui règnent.

Avec le gonflement de la graine, celle-ci absorbe l'eau et les sels qui y sont dissous depuis le sol. La forme cosmique de la plante entre en relation avec la substance terrestre. À partir de cette relation, le germe se développe de manière mercurielle. Ce qui vit dans la graine comme forme cosmique de la plante se transforme en la forme terrestre de la plante telle qu'elle se manifeste sensuellement et physiquement. Au moment de l'absorption de substance terrestre — par exemple le potassium — celle-ci s'éloigne déjà, dans un premier pas, de sa légalité physico-terrestre. Dans le champ de tension entre la terrestrisation de la forme de la plante d'un côté, et le potassium qui, dans le cours de l'événement organique, s'aliène progressivement de sa nature terrestre de l'autre, la protéine se forme. Dans la substance originelle de toute vie, la forme cosmique et la substance terrestre se compénètrent. Dans la formation de protéines — par exemple au point végétatif —, le processus du potassium pousse et gonfle de bas en haut, et l'esprit, se servant du soufre comme de son médiateur, édifie à partir de la protéine la configuration de la plante. Dans la formation de la protéine végétale, on peut voir le point tournant auquel la forme cosmique de la plante se resserre dans la forme terrestre et où le représentant du terrestre, le potassium, s'éloigne de son

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Abbildung 26: Metamorphosen der Stoffanordnung in den drei Schritten der Präparation der Schafgarbe.

originel. Plus l'achillée millefeuille manifeste sa forme terrestre extérieure, plus le potassium s'affranchit du conditionnement de ses propriétés physiques. À chaque degré de ce rapport changeant entre forme et substance, entre terrestrisation et cosmisation, la protéine est différente dans son agencement de matière et de forme. Dans la jeune plante et vers la racine, elle est davantage apparentée au potassium, c'est-à-dire au sel (nitrates, acides aminés libres) ; dans la plante adulte et vers la fleur et le fruit parvenu à maturité, elle se structure de manière toujours plus complexe. Elle devient apparentée au soufre, c'est-à-dire à la forme (figure 26, p. 363).

Dans la fleur apparaît en perfection de forme terrestre ce qui vivait dans la graine comme forme cosmique. Tout ce qui était disposé dans la graine comme possibilité de devenir forme s'est déversé dans cette configuration précise. L'être de la plante ne peut se révéler au-delà de ce qui se révèle jusqu'à la fleur dans l'image. D'un autre côté, le potassium — substance terrestre — est dans la fleur le plus éloigné de son caractère terrestre. Il se fond dans la fleur dans la formation substantielle la plus délicate, la plus affinée cosmiquement : dans le pétale coloré, dans le nectar, dans le parfum qui se répand. L'une, la forme,

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entre entièrement dans la manifestation terrestre. Dans sa forme, nous reconnaissons sans équivoque l'achillée millefeuille : à la robustesse de sa tige, à la dissolution du limbe foliaire en une multiplicité ordonnée de découpures pennées se divisant à la manière de lances, et aux corymbes floraux rayonnant de blanc et de rose, où se rassemblent sur le réceptacle légèrement bombé les petites fleurs sèches, fermes et concentrées de la composée. L'autre, la substance, qui apparaît dans la terre comme potassium aux propriétés physiquement saisissables avec précision, disparaît dans le processus organique, lui imprime certaines propriétés, puis — montant de feuille en feuille, approchée dans la fleur du cosmos — passe dans une sorte d'état germinal. Que l'on contemple l'inflorescence de l'achillée millefeuille : on aperçoit un haut degré de différenciation de forme physico-terrestre et, en même temps, ce geste qui s'ouvre au cosmos avec une telle absence de volonté. C'est avant tout ce geste délicat et plein d'offrande, mais aussi la couleur, le parfum et la saveur, qui peuvent indiquer que dans la fleur le processus substantiel s'approche, dans un affinement éthérique, d'états cosmiques.

Ainsi se reflète dans la fleur le rapport du cosmique au terrestre — en forme et en substance — de manière polaire par rapport à la graine en germination dans la terre. La plante révèle son être en ce que, dans la fleur, elle s'éteint dans la forme, et en ce que simultanément le processus substantiel marqué par son être aboutit dans la fleur à une sorte d'état germinal cosmique. Si achevée et parfaite que puisse paraître la fleur, elle est en même temps ouverte et germinal. Cet état d'offrande ouverte au cosmos ne dure qu'un instant. Puis survient d'un côté le déclic conduisant à la formation de la graine individuelle, et de l'autre la forme végétale — jusqu'à la fleur — se fane et tombe sous l'action de l'humification, de la formation de l'humus comme « semence universelle ». Comment conserver cet état nascendi de la révélation de forme et de la substance éthérique maintenue en flux dans la fleur ? Comment peut-on, pour ainsi dire en passant entre la formation de la graine et celle de l'humus, conduire l'acquis de la formation végétale dans la fleur au-delà du seuil d'airain que pose la nature ? Comment donner durée à l'instant de la fleur ?

On peut imaginer que Rudolf Steiner, cherchant en esprit et portant son regard sur l'achillée millefeuille, se trouvait face à de telles questions. Une réponse à ces questions, la simple contemplation intuitive de l'achillée ne peut la donner. Ce qui ouvre un chemin plus loin, c'est de suivre l'action de l'achillée dans l'organisme animal et humain. Elle s'y révèle comme un remède de premier ordre, capable de remédier à « ce qui souffre d'une faiblesse

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du corps astral».[345] Le processus de floraison de l'achillée se prolonge, dans son usage comme remède, jusqu'au règne supérieur de l'animal à sang chaud et jusqu'au règne de l'homme, et déploie là, par-delà son champ d'apparition extérieur, une action bienfaisante et guérissante. C'est sur ce rapport de l'achillée à quelque chose qui, en tant que réalité animique et spirituelle, se trouve par-delà le seuil de son apparence, que le chercheur spirituel attire l'attention. Mais cela ne donne encore aucune réponse à la question de savoir comment conserver en tant que tel le processus de forme et de substance de la fleur. Pour y parvenir, Rudolf Steiner tourne son regard de chercheur vers le règne animal, qui, dans son monde d'organes, confère durée à l'instant par la force de l'âme liée au corps. L'organisme animal renferme un monde intérieur qui, chez la plante à fleurs, apparaît retourné vers l'extérieur à la manière d'une image. Du niveau de l'animalité, le chercheur spirituel tourne son regard vers l'achillée avec la question de savoir quel processus organique peut conserver «ce qui est dans l'achillée».[346] Ce pouvoir appartient au «processus qui se déroule entre le rein et la vessie, et ce processus dépend à son tour de la constitution substantielle de la vessie».[347] Ces conditions sont remplies dans la vessie du grand gibier noble mâle — c'est-à-dire du porteur de bois. On utilise en règle générale la vessie du cerf.

Le métabolisme des liquides s'achève dans la vessie. Elle absorbe, concentre et rejette vers le monde extérieur ce que le rein, dans sa perception de l'organisme liquidien animé par l'âme, congédie de l'intérieur comme inutilisable. L'activité des reins et de la vessie entretient, avec son pôle opposé — l'activité neurosensorielle tournée vers l'extérieur —, une relation remarquable. Cela vaut avant tout pour l'œil, et chez le cerf pour le bois, qui, après son extinction, devient pendant quelques mois jusqu'au velours une sorte d'organe sensoriel tâtonnant. L'œil apparaît, dans sa structure quasi entièrement régie par des lois physiques, comme un fragment du monde extérieur qui s'enfonce «en forme de golfe» dans l'organisme.[348] Le bois croît comme un os de membre par-delà la tête et s'éteint dans la forme pour devenir proprement un objet du monde extérieur.

Ainsi le grand gibier noble vit-il, avec son bois hautement porté et son regard aux aguets, dans une nervosité légère et continue, percevant son entour. Le

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L'œil se trouve à l'opposé polaire de la vessie. De même que celle-ci capte et concentre un flux de substance matérielle issu de l'être intérieur animé par l'âme, l'œil fait l'inverse : il capte ce qu'il y a de spirituel dans le monde extérieur et le concentre dans l'image perceptive. Et de même que la vessie s'ouvre vers le monde extérieur en excrétant, l'œil communique à l'être intérieur, par rayonnement, le contenu de l'image. À quel point perception et excrétion sont liées, celui-là le sait qui entre de manière remarquée, et de préférence à contre-temps, dans l'étable. Les vaches dressent brièvement l'oreille — et déjà le métabolisme s'anime ; un bruissement commence. Chez le grand gibier noble, ce lien est davantage polarisé vers le côté neurosensoriel. Dans une ouverture sensorielle liée au corps, il vit avec le cosmique de son entour, et celui-ci s'imprime dans son organisation corporelle. C'est à cette empreinte que la vessie du grand gibier noble doit sa «constitution substantielle» particulière.[349] Ce que le cerf vit comme présence cosmique s'imprime dans la disposition matérielle de la membrane ultrafine de la vessie. Elle est, dans son empreinte substantielle par les forces du cosmos, «presque une image du cosmos».[350] D'autre part, la vessie du grand gibier noble présente une forme quasi sphérique. En tant qu'organe-enveloppe, elle enclôt un espace intérieur et préserve, par cette configuration de la force de l'enveloppe transformante, le cours continu des processus qui s'y déroulent. Comme tous les organes, la vessie porte en elle, dans sa forme et sa fonction conservatrice, l'héritage du macrocosme passé. Ce qui rend la vessie du grand gibier noble si éminente par rapport à celle d'autres ruminants, par exemple, et si apte à la préparation de l'achillée millefeuille, c'est la dualité de sa fonction. Dans sa constitution substantielle, elle est en rapport, chez le porteur de bois, avec les forces du macrocosme agissant dans le présent ; dans sa forme en revanche, avec les forces conservatrices du macrocosme agissant depuis le passé.

Ce qui, dans la nature, se déploie en deux lignes évolutives entièrement séparées — d'un côté le processus soufre-potassium, culminant dans la fleur d'achillée, de l'autre le processus vessie-reins, culminant dans le grand gibier noble —, ce sont des points finaux évolutifs. Le chercheur spirituel contemple l'aboutissement d'un chemin de développement dans la forme et la disposition matérielle, et contemple les puissances créatrices du commencement ainsi que leur développement ultérieur. De la vision conjointe de ces deux mondes s'ouvre la première étape de la préparation : les fleurs d'achillée millefeuille, légèrement tassées, sont introduites dans la vessie du cerf, de sorte qu'elles en soient entourées de toutes parts (Illustration 26, I, p. 363).

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Ce qui, dans les fleurs d'achillée, s'était auparavant ouvert vers l'extérieur, en abandon sans volonté face au cosmos, remplit maintenant un espace intérieur. Ce qui était auparavant, en tant que vessie, entièrement au service d'un organisme intérieur — dans sa forme une création du cosmos passé, dans sa substance un reflet du cosmos présent —, est maintenant objet du monde extérieur. La vessie est une formation du corps astral du cerf. Arrachée au cerf, le corps astral lui fait défaut. À sa place interviennent, dans l'exposition de la préparation face à la périphérie, les rayonnements du «corps astral cosmique» (cosmos). Avec cette première étape de la préparation s'accomplit un premier retournement de la fonction de la vessie. Par nature, la vessie est un organe du processus métabolique ; désormais, en tant qu'objet dans l'espace et le temps, elle devient dans sa constitution substantielle une sorte d'organe sensoriel face au cosmos. D'un autre côté, les fleurs, qui par nature s'ouvrent sans volonté vers l'extérieur, pénètrent dans la sphère intérieure d'un organe que l'organisme animal a façonné de telle sorte qu'il imprègne son contenu avec volonté de forces conservatrices.

À la deuxième étape de la préparation commence de s'accomplir ce qui a été disposé par le retournement de la première étape (Abbildung 26, II, S. 363). La vessie du cerf avec son contenu floral est suspendue «en un lieu aussi ensoleillé que possible».[351] Elle y est exposée aux forces du corps physique de la terre dans les éléments air et chaleur, et à ce qui agit de manière essentielle verticalement dans l'axe centre de la Terre-Soleil. Nous pouvons supposer que c'est maintenant sa constitution substantielle — celle que lui a conférée l'expérience cosmique du cerf — qui rend la membrane de la vessie senso-activement réceptive à ce qui l'environne spatialement comme action de forces physiques. Cette signature de forces de l'espace traversé par le soleil, dans l'air et la chaleur, transmise par la substance de la vessie, se communique à la substance florale enfermée. Et c'est l'enveloppe formelle de la vessie qui retient et conserve dans les fleurs d'achillée ce qui a ainsi été reçu. Dans les processus de retournement de cette première et deuxième étape de la préparation, l'action de la périphérie s'imprime dans l'action du potassium éthérisé des fleurs d'achillée. Elle maintient, c'est ainsi qu'on peut le comprendre, le processus potassique éthérisé en mouvement et le transforme, par les forces supérieures de l'astral, en une «force formatrice».

À la troisième étape de la préparation, nous enterrons les sphères d'achillée «pas très profondément dans la terre»,[352] de sorte qu'elles soient exposées là aux forces du physique

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du corps physique de la Terre dans les éléments du liquide et du solide, et à ce qui agit de manière essentielle en direction verticale (Abbildung 26, III, S. 363). C'est encore la constitution substantielle de la vessie qui transmet senso-activement à la masse d'achillée ce qui vit physiquement dans l'espace, en obscurité, dans la terre et dans l'eau, et c'est l'enveloppe formelle qui l'imprime durablement dans l'état substantiel germinal des fleurs.

Dans les deuxième et troisième étapes de la préparation, la masse florale d'achillée est exposée aux forces du corps physique de la Terre. Celui-ci a son fondement dans les quatre éléments, qui dans la nature se mêlent et se séparent de multiples façons, mais se déploient dans le grand, en se distinguant : air et chaleur au-dessus de la Terre, liquide et solide en dessous. Dans ces deux qualités spatiales du «Haut» et du «Bas», de la lumière et de l'obscurité, les sphères d'achillée plongent comme des germes de semences. Ces qualités spatiales de l'«Irdischen» s'y conservent. Le «Supérieur», en se conservant, pénètre le «Inférieur», et réciproquement. Condensée pour ainsi dire en un point, la polarité mondiale des hauteurs et des profondeurs, la juxtaposition dans l'espace et la concrétisation du corps physique de la Terre, se résorbe.

La deuxième étape de la préparation n'a été considérée jusqu'ici que sous l'aspect physico-spatial. S'y ajoute l'aspect temporel. Les sphères d'achillée demeurent, suspendues au-dessus de la Terre et exposées là aux forces de la chaleur et de l'air ainsi qu'à la lumière du soleil, du printemps à travers l'été jusqu'à l'automne (Abbildung 26, II, S. 363). Durant cette période, avant tout en été, l'air et la chaleur et l'enveloppe humide de la Terre sont pénétrés de forces éthériques et astrales qui rayonnent directement du soleil et de la périphérie planétaire, en particulier celle des planètes infra-solaires. Ce qui vit spirituellement dans ces forces fait croître les plantes ; elles se configurent dans leur inépuisable plénitude de formes. Ce jeu de forces qui règne pour ainsi dire horizontalement dans la chaleur, l'air et l'humidité, la masse florale le reçoit à l'intérieur de l'enveloppe. C'est encore la constitution substantielle de la vessie qui transmettra ce qui vit dans la succession du temps, et c'est sa forme organique qui conservera l'empreinte de chaque instant.

Dans la troisième étape de la préparation, les sphères d'achillée demeurent de l'automne à travers l'hiver jusqu'au printemps dans la Terre (Abbildung 26, III, S. 363). Là, la Terre imprégnée d'humidité est traversée de forces éthériques et astrales qui agissent sur la croissance des plantes indirectement à partir du soleil et de la périphérie planétaire, avant tout celle des planètes supra-solaires. Ce qui vit spirituellement dans ces forces entre en relation avec

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aux représentants de la nature minérale-cristalline de la Terre, au quartz (silice), au calcaire et à la substance argileuse. En tant qu'action indirecte, cela est médiatisé dans le monde végétal par une «courant cosmique ascendant»[353] et se configure dans celui-ci, par exemple dans les couleurs des feuilles et des fleurs et dans la subtilisation substantielle des fruits en voie de maturation. Plongées dans cette action des forces, les sphères d'achillée reposent dans la Terre durant tout le semestre d'hiver. Ce sera encore la substance de l'enveloppe organique qui, dans une sorte d'activité sensorielle, transmettra ce qui progresse dans le temps au germinal de la masse florale, et c'est la forme qui le conservera dans ce germinal.

Dans la deuxième et la troisième étape de la préparation, la masse d'achillée est enchâssée verticalement — dans sa relation spatiale au corps physique de la Terre — et horizontalement, dans sa relation au cours du temps, à la répétition rythmique du naître et du périr, dans le corps éthérique et le corps astral de la Terre. Ces derniers se différencient en une multiplicité d'êtres qui produisent les phénomènes dans le cours de l'année et la succession rythmique des saisons. L'hiver et l'été se font face de manière polaire, et les transitions sont le printemps et l'automne. Pour un lieu terrestre donné, il ne peut y avoir simultanément hiver et été. Ils se succèdent dans le flux du temps. Dans l'exposition des sphères d'achillée aux processus du semestre d'été dans l'air et la chaleur, puis à ceux du semestre d'hiver dans l'eau et la Terre, le germinal de la substance florale s'est vu imprimer — médiatisé et conservé par la vessie de cerf — un cours de l'année entier. Dans le contenu de la fleur, toutes les qualités de la succession temporelle du cours de l'année se compénètrent dans la simultanéité. Le semestre d'été, en se conservant, compénètre le semestre d'hiver, et réciproquement. Dans l'achillée ainsi préparée, l'action périphérique d'un cours de l'année entier se condense en un point dans la simultanéité, et par là en une puissance de nouvelles possibilités de développement.

Dans la suite de la préparation de l'achillée, le flux de substance qui aboutit dans la fleur à l'état de germinal est conduit au-delà du seuil de l'assujettissement à l'espace et au temps. Ce qui dans la fleur de l'achillée se vivait l'espace d'un instant en geste sans volonté, comme une simple puissance, s'ouvre en franchissant ce seuil à une nature de forces supérieure. Le germinal substantiel ne retombe pas dans le devenir naturel de la formation de la graine et de l'humus, mais il germe, fécondé par les forces du corps physique, du corps éthérique et du corps astral de la Terre.

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Considérons en résumé les trois étapes de la préparation de l'achillée du point de vue de l'être humain qui les accomplit. Dans l'achillée, comme dans la vessie du grand gibier noble, un développement macrocosmique arrive à son terme. Là règne l'accomplissement, là le mouvement ne se poursuit plus. Mais l'esprit de l'être humain est capable, dans le renforcement intérieur de sa faculté de connaissance, de pénétrer jusqu'aux fondements spirituels de l'être et du devenir. Ceux-ci sont ouverts à la conscience du présent dans les résultats de la recherche spirituelle anthroposophique. De tels résultats se trouvent dans le Cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner et conduisent à unir, dans la première étape de la préparation, ce qui dans la nature est séparé, mais qui dans son origine est pourtant porteur de rapport. Ainsi s'accomplit, dans le devenir substantiel extérieur, à partir de l'esprit de l'être humain, et à travers les trois étapes de la préparation, une sorte de triple franchissement du seuil. Partout où la nature, dans le cours de la préparation, parvient en s'accomplissant elle-même à un seuil, nous pouvons, à partir des intuitions de la recherche spirituelle, la guider de manière créatrice au-delà.

Degrés de l'efficacité

La préparation achevée représente, mesurée à la masse des fumiers naturels de la ferme, une quantité qui paraît presque négligeable. En elle, la disposition de la substance n'est précisément pas une œuvre d'art, mais un germe. Elle paraît extérieurement apparentée à l'humus, et pourtant elle lui est diamétralement opposée en nature essentielle et en efficacité. L'humus «produit une action sans lumière».[354] «Il forme le bas à travers la Terre».[355] Mais le sens de la préparation d'achillée — comme sous une forme modifiée celui des autres préparations du compost — est précisément de conférer aux fumiers organiques de la ferme, voués à la décomposition, une «action lumineuse», de transmettre aux fumures naturelles la capacité de se rendre réceptives aux archétypes spirituels du cosmos, demeurant hors de l'espace et du temps.

La nature essentielle et la signification de la préparation d'achillée sont liées à la nature essentielle et à la signification du potassium dans l'économie de la nature. Dans sa nature physique, le potassium se révèle dans ses propriétés déterminées. Le chimiste ne compte avec elles que comme avec le seul réel. Dans le processus vital de la plante, et de manière archétypale dans l'achillée, il s'étrangle

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le potassium de cette déterminité figée dans l'œuvre et, par la teneur particulière en soufre de l'achillée dans le processus de floraison, il est rapproché d'un premier degré de son être originel cosmique. On peut appeler cela le degré de l'«efficacité»,[356] celui du vivant agissant. Dans le champ de tension avec le soufre, le potassium déploie dans le vivant son efficacité, qui conduit, depuis le pôle terrestre, vers la formation de protéines dans le domaine foliaire. Dans la fleur, la formation de protéines recule presque entièrement. Elle se poursuit dans la formation de la graine. Ainsi, dans la fleur, le processus du potassium est pour ainsi dire libéré de son efficacité dans le vivant. Il se raffine jusqu'à l'état du germinal, jusqu'à ce que l'on peut ressentir en image comme le geste de la fleur s'ouvrant sans volonté. Cet état ne dure qu'un instant, et déjà le germinal de ce devenir substantiel retombe, avec le dépérissement de la plante, dans la minéralisation, dans l'état de déterminité des propriétés physiques. Mais au moment du floraison, la préparation intervient. Par l'enveloppement dans la vessie de grand gibier noble et les étapes suivantes de la préparation, le potassium, qui a atteint dans la fleur le degré le plus élevé de sa transformation dans le vivant, est détaché de la plante-support, maintenu en efficacité. Cela indique que le potassium, maintenant dans le flux de sa vivification, devient réceptif à une sphère supérieure, à celle de la révélation de son être. Par là, la substance terrestre potassium est élevée non seulement dans la sphère de la vie, mais dans celle de la vie porteuse de sentiment. Il devient le porteur d'une vie pénétrée d'intériorité.

Cette vivification et astralisierung de la substance s'accomplit aussi dans l'animal par son être d'âme ou astral. Cela s'exprime dans la force fertilisante extraordinaire des sécrétions des ruminants, au premier rang desquels le bovin.

Le fumier de vache en est un exemple éloquent. Chez l'homme, la substance se spiritualise au-delà des degrés mentionnés, sous la souveraineté du Je, et devient son porteur. Ce qui est extraordinaire dans la préparation, c'est que des substances y sont mises dans une disposition par laquelle elles peuvent devenir, en dehors de l'organisme corporel fermé de l'homme et de l'animal, dans le sol, porteuses de la vie cosmique et de l'astralité cosmique.

La préparation achevée d'achillée millefeuille, une création issue de l'esprit de l'homme, représente le troisième degré de la fumure. Elle déploie son action en étant ajoutée en quantités homéopathiquement infimes à ce qui

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ce qui, dans l'exploitation agricole, s'accumule au cours de l'année en masses organiques provenant du monde végétal et animal. Il déploie son action dans le compost et le tas de fumier. Le moment venu, ces fumures sont épandues sur le sol. Or le sol n'est qu'une peau d'une minceur de souffle. Il forme, en tant que «diaphragme»[357] la milieu entre le «Haut» et le «Bas», les hauteurs et les profondeurs, la lumière et les ténèbres. Lorsque nous incorporons la fumure dans cette «milieu» semblable à une peau, celle-ci est fécondée par ce nouvel agencement de substances qui est l'essence d'une consonance de la nature minérale, végétale et animale, des rythmes de l'année solaire et de la force créatrice spirituelle de l'homme. Cette fumure ennoblit et transcende les modes d'action des trois règnes de la nature — ceux de la nature sensorielle cristalline de la terre, du compost végétal et du fumier animal. Elle ne se contente pas de compenser ce que le sol s'est vu ravir par le pillage, elle donne à la terre, à l'«Œuvre», la capacité que ce qui est sans vie se vivifie, que ce qui est vivifié devienne porteur de sentiment, et que ce-ci s'individualise par l'esprit rayonnant depuis l'avenir.

La signification du troisième degré de la fumure peut être vue en ceci que nous conduisons, dans une perspective lointaine vers l'avenir, là où l'on travaille ainsi, l'existence naturelle au-delà du seuil de l'espace et du temps, et la rattachons à nouveau au développement progressif de l'âme spirituelle de l'homme et, avec elle, du cosmos.

La composition de la préparation de camomille

La préparation suit les mêmes étapes que la préparation d'achillée millefeuille, avec une incertitude : dans le texte du Cours, la deuxième étape, la suspension des intestins de bovin remplis, n'est pas mentionnée ; en revanche, on trouve dans les notes relatives au Cours une indication correspondante à ce sujet. Cette problématique sera abordée plus tard.

Dans son apparence, la camomille (Matricaria recutita ou Chamomilla officinalis) est polaire à l'achillée millefeuille, bien qu'en tant que composée (astéracée) elle lui soit très apparentée. En revanche, elle montre une proximité de parenté dans le champ de tension fonctionnel de la polarité entre racine et fleur. Sa proximité et en même temps son éloignement fondent sa position de deuxième dans la ronde des préparations pour la fumure.

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La recherche spirituelle enseigne que la préparation de camomille a la faculté de « rendre le fumier apte à accueillir en lui autant de vie, et à transmettre cette vie à la terre », de sorte que le fumier devient capable de « lier encore davantage les substances qui sont nécessaires à la croissance végétale, outre le potassium, également le calcium, les composés calciques ». Dans l'achillée millefeuille, nous avons affaire de préférence aux actions du potassium. « Si nous voulons aussi capter les actions du calcium, il nous faut alors une autre plante, […] qui, […] répartie en dose homéopathique, contient du soufre, et qui, à partir du soufre, attire les autres substances nécessaires à la plante. » « La camomille transforme [à côté du potassium ; note de l'auteur] le calcium pour cela. » Elle contribue à « exclure de la plante ces effets de fructification nocifs, à maintenir la plante en bonne santé ».[358]

Ces indications de Rudolf Steiner éclairent en même temps l'apparence si caractéristique de la camomille par rapport à l'achillée millefeuille. Cette dernière, en raison de son activité soufrée dans la sphère de la chaleur et de l'air en interaction avec le sel terrestre qu'est le potassium, dans un affinement progressif du processus du potassium depuis la racine vers le haut, en passant par la tige, la succession des feuilles jusqu'à la fleur, est entièrement l'expression de la maîtrise du terrestre et de l'aqueux. Tout en elle montre la tendance à la forme stricte et à la retenue des processus vitaux, comme par exemple la forte succulence du feuillage finement découpé et en même temps dense, et les fleurons tubulés cachés comme derrière les murs des involucres. En revanche, la camomille apparaît comme soulevée hors du terrestre. Son lien avec le potassium se manifeste encore dans une légère succulence des feuilles.[359] Mais son activité soufrée semble se concentrer avant tout sur la transformation et la sublimation de la substance terrestre qu'est le calcium. Tout en elle tend à une division lâche et forte de ses organes végétatifs. Depuis la racine pivotante prononcée, qui s'épaissit légèrement en forme de navet vers le haut, les racines latérales rayonnent en partie horizontalement en succession dense en largeur et en profondeur. La pousse primaire s'élève verticalement, mais bientôt elle se divise à la base en un certain nombre de branches latérales qui, en se ramifiant peu, rayonnent en largeur et en hauteur et tendent globalement à donner à la plante une sorte de forme sphérique. Les feuilles se décomposent en un pennage lâche et peu ordonné ; les folioles sont

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Abbildung 27: Metamorphosen der Stoffanordnung in den drei Schritten der Präparation der Kamille.

de fines formations filiformes qui, à leur tour, ne se ramifient que peu (Figure 27). Ces gestes du rayonnant et de l'arrondi indiquent des caractéristiques typiques de la richesse des formes d'apparition du calcaire minéral (CaCO3), comme par exemple l'aspect rayonnant de l'aragonite ou les formes sphériques ou arrondies des calcaires cristallins, des poupées de lœss, des stalactites, etc.

La forme de la tige de la camomille donne l'impression d'une division et d'une dissolution rayonnantes dans la lumière, la chaleur et l'air. Ce qui l'empêche de se dissoudre complètement, ce sont les fleurs terminales, dans lesquelles le geste formateur de la plante entière se répète encore à un niveau supérieur et se tourne vers l'intérieur. La tige se congestionne et s'élargit pour former le réceptacle floral, sur lequel apparaissent discrètement les fleurons tubulés, bordés en périphérie par les fleurons ligulés blancs. Lors de la floraison, le réceptacle floral se bombe en un cône arrondi et resplendit du jaune d'or chaud des fleurons tubulés. Sous le bombement du réceptacle floral se forme une cavité remplie d'air, signe infaillible qu'il s'agit de la vraie camomille. Un signe particulier de la mobilité de la camomille

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contrairement à l'achillée millefeuille, est le redressement des fleurons ligulés blancs à l'aube et leur abaissement le soir.[360]

Dans les fleurs, qui enveloppent et parachèvent la forme sphérique de la camomille isolée, son être pénétré de lumière, de chaleur et d'air apparaît encore à un niveau supérieur. Le processus du soufre, par rapport à l'achillée millefeuille, pénètre d'une autre manière la plante entière jusqu'à la racine. Et au lieu de maintenir, comme celle-ci, le potassium vivant dans le terrestre-aqueux, la camomille éthérise le potassium-calcium qui monte dans le champ d'action de la chaleur et de l'air, culminant dans la fleur qui exhale un parfum intense. Ce qui, dans la fleur, arrive processuellement à un terme, constitue dans la préparation de la camomille le début de quelque chose de nouveau. Cette inversion est initiée par le bourrage des fleurs de camomille récoltées dans une enveloppe animale, un morceau de l'intestin grêle de la vache (Figure 27). L'intestin grêle (Infestum tenue) fait suite au duodénum (Duodenum) venant de l'estomac, se prolonge par l'iléon (Ilium) qui débouche dans le cæcum (Caecum). La longue partie intermédiaire est formée par le jéjunum (Jejunum), qui entoure en guirlande ou en couronne le disque du côlon (Colon) disposé en spirale. Celui-ci forme la partie centrale du gros intestin entre le cæcum (Caecum) et le rectum (Rectum). Pour la préparation, c'est le jéjunum qui est utilisé. C'est en lui que se déroule le principal processus de digestion, initié par les sécrétions qui se déversent dans le duodénum (foie, bile, pancréas) et par les glandes propres à l'intestin. La paroi de l'intestin grêle est considérablement agrandie par les villosités intestinales très rapprochées. Protégés par la puissante muqueuse (Mucosa), les vaisseaux sanguins et lymphatiques s'étendent dans les villosités loin à l'intérieur du canal intestinal. Dans celui-ci, par les sécrétions glandulaires et la décomposition bactérienne, a lieu la minéralisation presque complète de la nourriture ingérée. C'est un processus métabolique intense, accompagné de mouvements rythmiques de relâchement et de redressement des villosités intestinales, ainsi que du péristaltisme des parois intestinales par une couche musculaire, qui à son tour est délimitée de l'intérieur de la cavité abdominale par une peau presque transparente, la séreuse, fortement traversée de tissu nerveux. Cette structure en trois membranes et la triade de leurs fonctions se retrouvent également dans la vessie de cerf. Et pourtant, ces deux systèmes d'organes sont polairement opposés. La vessie centre et stocke le liquide

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sécrété par le rein et le libère dans le monde extérieur ; l'intestin grêle, en revanche, meut le solide-liquide de la nourriture absorbée de l'extérieur, le décompose, le trie lors de son passage à travers la paroi intestinale et libère ce qui a été trié dans le monde intérieur du corps. La vessie et le rein sont des organes du corps astral dans l'organisme liquide ; la vessie excrète de l'intérieur du corps ce qui a été trié par le rein et est devenu inutilisable. L'intestin grêle est un organe qui filtre ce qui est utilisable à partir du solide de la nourriture et l'incorpore au corps. Chez l'homme, dans le subconscient profond, l'organisation du Je participe à ce processus. Elle intervient profondément dans le processus digestif et assure la destruction de la substantialité étrangère jusqu'au niveau du physico-inorganique.

Le premier pas de la préparation est celui d'une inversion et d'une émancipation du cours naturel. La question est : comment le processus potassium-calcium, qui était maintenu en flux dans la croissance de la camomille et a atteint dans la fleur le plus haut degré de plasticité éthérique, peut-il, au-delà de la mort de la fleur, être élevé hors de la limitation spatio-temporelle, de sorte que ce qui est prédisposé dans la fleur puisse être maintenu en flux à un niveau supérieur ? Cette tâche est accomplie par l'intestin grêle ou le jéjunum de la vache. Nous nous en procurons un, idéalement d'une vache qui, toute sa vie, a effectué l'« analyse qualitative cosmique » dans son système digestif avec le fourrage de la ferme. Nous coupons le jéjunum en sections d'environ 25 à 50 cm de long, nous les lions à une extrémité et, à l'aide d'un entonnoir, nous bourrons les capitules de camomille dans l'enveloppe intestinale, nous la lions à l'ouverture de remplissage et obtenons ainsi des saucisses bien remplies et de belle apparence (Figure 27, p. 374).

Ce qui était auparavant fleur de camomille, tournée vers les étendues du cosmos, vers le soleil, remplit maintenant, densément tassé, l'espace intérieur de l'intestin grêle ou du jéjunum d'une vache. Cette inversion de l'extérieur vers l'intérieur s'applique également à la nouvelle fonction de l'intestin grêle lui-même. Il a un contenu qu'il ne digère plus, ne décompose plus enzymatiquement et ne meut plus, mais au contraire, il en préserve la consistance et le rend réceptif à des forces qui rayonnent depuis l'entourage planétaire à travers la lumière du soleil. La fonction habituelle de l'intestin et de sa paroi consiste à transmettre le contenu intestinal transformé de la nourriture terrestre, physiquement par la voie lymphatique et sanguine et spirituellement par la peau neuro-sensorielle de la séreuse, à l'intérieur du corps de la vache. De manière polaire à cela, la peau extérieure de l'intestin (séreuse) est maintenant tournée vers les forces du cosmos et de la terre. Détachée de l'organisme de la vache, la substance de la paroi intestinale, imprégnée de sensibilité, transmet

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aux fleurs de camomille les forces de la terre et du soleil. La question est : ne sont-ce pas elles qui maintiennent en flux le potassium et le calcium éthérisés des fleurs au-delà du seuil fixé par la nature ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit finalement pour toutes les préparations pour la fumure ! Avec le premier pas de la préparation, celui de l'inversion de processus polaires, s'accomplit une intensification qui, on peut le comprendre ainsi, a le potentiel d'ouvrir l'« œuvre » de ce qui est advenu à un nouveau stade de développement de son efficacité. Cette puissance se réalise finalement dans une deuxième, mais surtout dans une troisième étape d'inversion et d'émancipation (Figure 27, p. 374).

Concernant la deuxième étape, l'incertitude mentionnée au début surgit quant à l'indication de Rudolf Steiner dans le Cours aux agriculteurs et celle dans les notes qu'il avait prises en préparation de celui-ci. Celles-ci sont imprimées en annexe du Cours aux agriculteurs. Sur la feuille 30 de ces notes, on trouve la remarque : « Intestins – suspendre ». Il n'en est pas question dans la cinquième conférence du Cours, c'est-à-dire dans la présentation publique de ce fait. Au contraire, la troisième étape, l'exposition dans la terre face aux forces de l'hiver, est soulignée avec insistance : laisser agir là comme « effet de la nature […] un vivant aussi apparenté que possible au terrestre ». La nature du lieu où la préparation de camomille doit être enterrée est également décrite plus précisément : « Exposer de nouveau ces précieuses […] petites saucisses tout l'hiver, à une profondeur pas trop grande, dans une terre aussi riche que possible en humus, et choisir aussi des endroits […] où la neige reste longtemps, et où le soleil éclaire bien la […] neige, de sorte que les effets cosmiques-astraux puissent y pénétrer le plus possible. »[361]

C'est manifestement à cette troisième étape de la préparation, par rapport à l'achillée millefeuille, que revient la signification véritable. La deuxième étape, l'exposition aux rayonnements du cosmos par l'air et la chaleur, reste non mentionnée. Récemment, par analogie avec la préparation de l'achillée millefeuille, on pratique de plus en plus la suspension des intestins pendant l'été. Les capitules de la camomille, qui fleurit de fin mai à juin, sont récoltés, légèrement séchés, bourrés dans les intestins et, avant la Saint-Jean ou le solstice d'été, exposés aux forces de l'été dans l'air et la chaleur.[362]

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Si l'on cherche à pondérer les affirmations divergentes concernant l'action de l'été et de l'hiver dans le cas de la camomille à partir de l'esprit même du Cours aux agriculteurs, la réflexion suivante peut aider : comme le montre la procédure pour les plantes à préparations suivantes, celle-ci est adaptée à leur particularité caractéristique dans leur manière de traiter les forces cosmiques et les substances terrestres. Comme décrit, la croissance de la camomille est l'expression de la prédominance d'une astralité intense dans la lumière, la chaleur et l'air. Celle-ci s'intensifie encore dans la fleur et s'exprime dans la cavité remplie d'air sous le réceptacle floral qui se bombe – cette cavité peut être comprise en même temps, sans contradiction, comme l'expression de la formation d'un espace intérieur (animique) propre, non encore rempli par l'être –, dans la rythmique du mouvement des fleurons ligulés, dans le parfum chaud et aérien et dans son haut pouvoir curatif. Tout cela indique que la camomille, déjà dans son processus de croissance, est exposée à une action astrale estivale-cosmique si forte que la deuxième étape de la préparation semble superflue ; elle anticipe pour ainsi dire cette étape. Néanmoins, une suspension des saucisses intestinales pendant l'été ne peut certainement pas nuire.

Après l'hivernage dans la terre – une protection contre les renards et les chiens est nécessaire – suit, comme autre étape de la préparation et de l'émancipation, le déterrement au printemps, vers la période de Pâques. Une nouvelle substance aux propriétés nouvelles est née, qui, en raison de sa force formatrice astrale, « est plus résistante à l'azote que d'autres fumiers, mais qui a en outre la particularité de vivifier la terre de telle sorte qu'elle peut agir de manière extraordinairement stimulante sur la croissance des plantes. Et l'on produira avant tout des plantes plus saines […]. »[363]

La « force rafraîchissante et vivifiante » de la préparation de camomille peut être attribuée au potassium éthérisé, la force salutaire au calcium éthérisé. Ce dernier devient réceptif aux forces astrales ordonnatrices qui émanent de l'être suprasensible de la camomille. En « liant ensemble » ces substances terrestres, le potassium et le calcium, le corps éthérique ou corps de vie des plantes devient plus riche en forces formatrices ; il peut ainsi « exclure les effets de fructification nocifs ».[364] On peut comprendre ici la « fructification » comme le bon processus au mauvais endroit : dans le sol, les bactéries, champignons, etc. fructifient et assurent des processus de décomposition jusqu'à la minéralisation, mais aussi, en lien avec les animaux du sol, des processus de transformation et

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d'édification. Là, dans le sol, est le bon endroit ; le mauvais est lorsque ce processus commence à proliférer un étage plus haut, dans la pousse au-dessus du sol, par exemple sous forme de viroses ou de maladies bactériennes et fongiques. Le fumier organique traité avec la préparation de camomille contrecarre cette action destructrice du terrestre du sol qui remonte dans la zone de la tige et des feuilles.

Comme les autres préparations pour la fumure, la préparation de camomille est conservée dans un local à température constante, plutôt obscur, dans des récipients en terre cuite entourés de tourbe de tous côtés. La tourbe isole contre le rayonnement. L'application se fait en portions de l'ordre d'une prise à trois doigts, deux à trois grammes pour 2 m³ en horticulture, et en agriculture pour 10 à 12 m³ de fumier ou de compost, c'est-à-dire selon la taille du tas. Le rapport personnel que l'on établit en travaillant avec le fumier fixe la juste mesure.

La composition de la préparation d'ortie

Troisième dans ce trio avec l'achillée millefeuille et la camomille, l'ortie présente dans son apparence caractérisée peu de traits de parenté avec elles, mais bien dans sa façon de traiter le potassium, le calcium et, en outre, le fer. Le processus du soufre pénètre puissamment toute la plante du haut vers le bas. Il confère à l'ortie la faculté d'arracher ces substances à leur nature terrestre-inorganique et de les incorporer à ses processus vitaux. Rudolf Steiner la désigne comme «die größte Wohltäterin des Pflanzenwachstums […] Die Brennnessel ist wirklich ein Allerweltskerl, die kann ungeheuer viel […] außerdem, dass die Brennnessel Kali und Kalzium in ihren Strahlungen und Strömungen fortführt, außerdem hat die Brennnessel noch eine Art Eisenstrahlungen, die fast so günstig sind dem Laufe der Natur wie unsere eigenen Eisenstrahlungen im Blute. Die Brennnessel verdient es eigentlich durch ihre Güte gar nicht, dass sie da draußen oftmals so verachtet in der Natur wächst. Sie müsste eigentlich dem Menschen ums Herz herum wachsen, denn sie ist wirklich in der Natur draußen in ihrer großartigen Innenwirkung, ihrer inneren Organisation eigentlich ähnlich demjenigen, was das Herz im menschlichen Organismus ist» (la plus grande bienfaitrice de la croissance végétale [...] L'ortie est vraiment un être universel, elle peut énormément [...] au-delà du fait que l'ortie conduit le potassium et le calcium dans ses rayonnements et ses courants, elle possède encore une sorte de rayonnements ferriques, presque aussi favorables au cours de la nature que nos propres rayonnements ferriques dans le sang. L'ortie ne mérite pas vraiment, par sa bonté, de pousser là dehors si souvent méprisée dans la nature. Elle devrait en réalité pousser autour du cœur de l'homme, car elle est vraiment dans la nature, par son action intérieure grandiose, par son organisation intérieure, semblable à ce qu'est le cœur dans l'organisme humain)[365] (Figure 28, S. 383).

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Toute la croissance de l'ortie, son penchant à pousser modestement partout où la main humaine a mis quelque chose en désordre — là où règne la pourriture, là où s'élèvent des tas de décombres, sur des pâturages abandonnés ou là où de vieilles machines rouillent dans les broussailles, sur des sols dont la nappe phréatique ferrugineuse affleure la surface, et encore dans les zones de transition que forme le paysage, comme sur les accotements des chemins, les talus de cours d'eau, les lisières de haies et de forêts —, tout cela, ainsi que le vert intense de ses feuilles — effet de l'azote, mais surtout du fer, sans lequel la chlorophylle magnésifère ne pourrait se former — et de même l'ordre rigoureux de sa forme dressée et défensive, tout cela indique qu'elle maîtrise le processus ferrique, expression d'une force du Je élevée. Là où elle pousse, elle crée, par son «action intérieure grandiose», un ordre au milieu entre le «Haut et le Bas». Elle instaure un équilibre harmonieux des processus du sol unilatéralisés, en formant un humus doux stable et friable d'une extraordinaire tenue.

Il est remarquable que l'accentuation tranchée de la polarité racine-fleur, caractéristique des Composées que sont l'achillée et la camomille, fasse défaut à l'ortie, qui appartient à l'ordre des Urticales. Avec ses inflorescences discrètes, elle s'enfonce dans le feuillage du tiers supérieur de la tige. Les fleurs croissent à partir des aisselles des feuilles strictement décussées et disposées par étages les unes au-dessus des autres (Figure 28, S. 383). Les plantes portant le pollen présentent un limbe foliaire plus allongé et une dentelure arrondie du bord foliaire, tandis que celles portant les fruits ont un limbe foliaire plus ramassé en forme de cœur et une dentelure nettement acérée. La métamorphose foliaire ne s'ébauche que faiblement : dès la feuille la plus basse s'y révèle déjà le type de la plante, avec une dentelure encore quelque peu arrondie et un revêtement de poils urticants ; oui, même les cotylédons en portent déjà. En montant vers la partie médiane de la pousse, le limbe foliaire s'épanouit en une forme cordée accentuée, puis, vers la pointe de la tige, il se resserre à nouveau en des formes lancéolées, finement et acutément dentées.

Ce qui couronne les plantes à fleurs, leur révélation essentielle dans la fleur, s'efface totalement. Les fleurs ne portent pas de pétales. Les fleurs polliniques jaune-verdâtre s'allongent en panicules plus longues et retombent à l'intérieur du feuillage supérieur ; les fleurs fructifères sont blanc-verdâtre et se tiennent plus serrées, ramassées près de la tige.

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L'ensemble du feuillage, la tige quadrangulaire et creuse intérieurement ainsi que la fleur sont couverts de poils urticants. Ce sont des protubérances unicellulaires de l'épiderme, renforcées à la base par des dépôts calcaires. Ils portent à leur pointe un petit renflement silicifié qui se brise au contact. Le poil urticant pique comme une aiguille hypodermique dans la peau et libère un suc cellulaire toxique, l'urticine, qui provoque la brûlure. Celle-ci contient notamment des substances (histamine, sérotonine, acétylcholine) qui normalement ne se rencontrent que chez l'homme et l'animal.[366] Dans les poils urticants, un processus physiologique s'éteint dans la forme vers la périphérie de la plante, exactement comme cela est caractéristique de la fleur. On peut donc dire à bon droit : non seulement les fleurs de l'ortie sont tirées vers le bas dans le feuillage, mais encore sa pousse aérienne est enveloppée, dès la plus tendre jeunesse, d'une sorte de processus de floraison à travers les poils urticants.

Les orties se développent en colonies de un à deux mètres de hauteur par des stolons souterrains (rhizomes). Ces stolons sont de couleur jaunâtre, courent à faible profondeur sous la surface — plus rarement au-dessus — et envoient depuis leurs nœuds des cordons racinaires coriaces, également jaunâtres, vers la profondeur, à partir desquels un chevelu racinaire blanchâtre, richement ramifié, parcourt l'horizon de surface. De chaque nœud du rhizome poussent vers le haut deux jeunes plants. Ils s'élèvent avec une force de redressement décidée et un ordre géométrique strictement harmonieux. Les pousses se rassemblent en îlots et se délimitent vers l'extérieur en une enveloppe défensive qui, dans le dense feuillage ombrageux, enserre un espace intérieur. L'ortie possède en propre une «action intérieure» qui se concentre dans cet espace intérieur, se prolonge dans l'espace racinaire et harmonise ainsi la vie désordonnée du sol en la convertissant en un humus stable et fertile.

Dans l'ortie s'accomplit ce prodige qu'elle élève en elle-même la polarité de la racine et de la fleur vers une unité supérieure. Le processus soufré de haut en bas et le processus salin-substantiel de bas en haut demeurent à un degré plus élevé en mouvement ; tous deux se compénètrent, en un mouvement de Steigerung, de manière mercurielle dans la feuille. Ce processus est comparable, à un stade de développement supérieur, à la circulation du sang. En son centre — le cœur, qui est aussi la mitte entre le Haut et le Bas — le flux sanguin veineux et le flux sanguin artériel se rencontrent. Le passé et l'avenir se rencontrent dans le présent : le sang qui, à la périphérie, sacrifie d'un côté des forces dans l'activité physique du corps, mais se charge de l'autre côté du

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courant d'expérience des actes accomplis, parvient comme flux sanguin veineux au centre. Là s'opère une synthèse, un sentir du cœur qui monte de l'infra-conscient jusqu'à la conscience. Le sang veineux se transforme et se renouvelle dans le cœur — par la respiration pulmonaire — en flux sanguin artériel, qui, en s'écoulant, impulse vers une nouvelle activité. Ainsi en est-il, au niveau du végétal, de l'ortie : elle «fleurit» depuis sa mitte, la feuille, jusqu'à la périphérie de toute la plante. Les substances liées à la terre — potassium, calcium et fer — vivent leur «élévation purificatrice», leur éthérisation, non seulement dans l'état final de l'épanouissement, de l'extinction dans la forme, mais les forces astrales agissent par le soufre de telle sorte qu'elles imprègnent le processus de floraison dans l'ensemble du devenir de la croissance et le maintiennent en mouvement. Par là l'ortie accomplit son «action intérieure grandiose», qui la rend «semblable à ce qu'est le cœur dans l'organisme humain».[367]

C'est là sans doute la raison pour laquelle Rudolf Steiner n'indique pour l'ortie aucun organe animal destiné à garantir le maintien en mouvement de l'éthérique au-delà de la fleur. L'organe qui entrerait en ligne de compte serait le cœur. Mais le cœur n'est pas un organe cutané — c'est un organe musculaire doté d'une activité propre. En lui s'unissent dans le rythme du battement du pouls le processus métabolique et le processus sensoriel ; ils ne font qu'un. Le cœur incarne la synthèse issue de la polarité des deux processus. Il est à la fois intériorité agissante et enveloppe organique. L'ortie remplit une fonction analogue au niveau de la nature simplement vivifiée. Son corps de forces formatrices entièrement pénétré d'astralité la rend capable de transformer en rayonnements salutaires, ordonnateurs du vivant, la nature de forces emprisonnée dans le terreux-solide des substances terrestres — potassium, calcium et fer.

En ce qui concerne la préparation, la question est la suivante : comment cette faculté singulière peut-elle être élevée à un engrais de forces qui confère au sol et aux plantes à cultiver la faculté propre à l'ortie ? Comment les engrais organiques de la ferme peuvent-ils, par l'adjonction de cet engrais de forces — oui, comment le sol lui-même peut-il finalement «devenir intérieurement sensible», de sorte que les processus de construction et de décomposition se déroulent «raisonnablement» dans ce sens supérieur, que le sol s'individualise en direction des plantes que l'on veut justement cultiver ? «Es ist wirklich etwas wie eine ‹Durchvernünftigung› des Bodens, was man mit diesem Zusatz von Urtica dioica wird bewirken können.» (C'est vraiment quelque chose comme une ‹rationalisation intérieure› du sol, ce que l'on pourra effectuer avec cet apport d'Urtica dioica.)[368]

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Abbildung 28: Die Stoffkomposition des Brennnesselpräparates im Durchgang eines Jahreslaufes.

On peut y parvenir en exposant la pousse aérienne de l'ortie — d'un vert profond dans sa tige et ses feuilles, parvenue à floraison — à une polarité qui l'élève au-delà de son propre devenir lié à la nature, propre à la formation de sa forme typique. Il en résulte une Steigerung supplémentaire, la synthèse d'une nouvelle substance dans le vivant : la préparation d'ortie. On fauche les orties, on les plie en les cassant ou, mieux, on les hache grossièrement et on les «laisse légèrement se flétrir» (Figure 28).

On creuse dans la couche arable fertile une fosse peu profonde, on y dépose la masse, on l'entoure d'un peu de tourbe et on la recouvre à nouveau de terre. Elle y demeure une année entière et se trouve ainsi exposée aussi bien aux forces hivernales qu'aux forces estivales. Après un an, on déterres la masse fortement réduite par la décomposition et l'humification avancée, et l'on tient entre les mains la préparation achevée — une nouvelle matérialité, astraliquement rayonnante. La mise en œuvre pratique exige une grande vigilance quant au juste état de flétrissure ; lors du flétrissage, l'exposition directe au soleil devrait également être évitée. Si la masse d'ortie est encore trop humide, des fermentations indésirables surviennent facilement, et sous un ensoleillement trop intense, elle noircit. Elle doit être séchée à l'ombre,

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de préférence avec un apport d'air chaud, jusqu'à un état légèrement desséché. Pour la retrouver dans le sol après une année, on utilise fréquemment de vieux sacs de toile, des caisses à légumes plates et à parois minces, ou des tuyaux de drainage en terre cuite dans lesquels on la tasse. Dans ce dernier cas, on obtient une masse noire largement humifiée.

Ce qui vaut pour les autres préparations à enfouir en terre vaut tout particulièrement pour l'ortie : le jugement sur la réussite plus ou moins grande d'une préparation ne dépend pas du degré d'humification, mais de la structure meuble de la préparation, de son odeur agréable, et surtout du fait que le sol environnant se trouve dans un état aéré, vivant et friable. Ce qui est déterminant, c'est que les forces de la périphérie transmises par la terre puissent entrer en relation avec les substances des plantes préparatives élevées dans l'éthérique et y être conservées.

Toutes les préparations biodynamiques, à l'exception de la préparation de valériane, sont introduites séparément dans les tas de compost et de fumier, dans des trous de 30 à 50 cm de profondeur, à une distance de 50 cm à 3 m selon la taille ou la longueur des tas. La préparation d'ortie, si proche de la fonction cardiaque, est habituellement introduite au centre, sur le dos du tas ; les quatre frères et sœurs ont chacun leur place, en quinconce, sur les flancs. Leur efficacité est une efficacité astraliquement rayonnante — c'est-à-dire une efficacité qui se qualifie dans l'apparence sensible sans pour autant se quantifier de manière mesurable.

Sur la question de la transformation des substances

Trois qualités distinctes de transformation des substances entrent en considération :

1 Lorsqu'on brûle une matière organique, comme le charbon ou le bois, on observe comment sa composition substantielle disparaît et comment, à sa place, apparaissent comme produits de transformation toute une série d'autres compositions de substances — des gaz et des cendres, par exemple. Inversement, toute une série de substances qui réagissent entre elles se transforment en une nouvelle composition (combinaison) — par exemple le carbone, l'oxygène, l'azote, l'hydrogène ainsi que le soufre, qui donnent naissance à la protéine. L'ensemble du cours de la nature révèle, dans toutes ses manifestations, un incessant devenir substantiel.

2 Certains éléments inorganiques, comme l'uranium, le thorium et d'autres, ainsi que certains sels naturels de potassium — le ⁴⁰K radioactif est présent dans le potassium à raison d'environ 0,12 % — émettent en séquence non rythmique des rayonnements mesurables ; il se forme au fil d'une série de désintégration des produits de transformation

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(isotopes ainsi qu'éléments de masse atomique plus faible). Ces processus de rayonnement se soustraient à la perception immédiate ; ils agissent en quelque sorte depuis le bas, depuis la sous-nature, jusque dans le cours de la nature. Ils déclenchent des maladies et agissent en définitive de façon mortelle.

3 De la graine jusqu'au plein déploiement des formes végétales, de l'embryon jusqu'à la configuration corporelle de l'animal et de l'être humain, des processus d'édification, de réduction et de transformation s'accomplissent dans un incessant devenir substantiel. Ici est à l'œuvre un principe créateur de vie, un être spirituel-essentiel suprasensible qui se crée dans l'existence naturelle un reflet sensible. Ici, le monde des êtres d'une supra-nature exerce sa puissance dans la nature.

Les préparations biodynamiques sont des compositions de substances qui, chacune à sa manière, «fertilisent» le rapport relationnel mentionné au point 3 entre la supra-nature (cosmos) et la nature (Terre). En cela, la triplicité de la préparation d'achillée millefeuille, de la préparation de camomille et de la préparation d'ortie revêt une signification particulière. Elles opèrent une transformation particulière des substances : les éléments liés à la terre — le potassium et le calcium — ne sont pas seulement éthérisés dans le contexte vivant des plantes, ils acquièrent des propriétés qui les rapprochent du mode d'action de l'azote. Ils deviennent porteurs de forces astrales ou se transforment finalement tout à fait en azote. Rudolf Steiner donne à ce sujet les indications suivantes : «parce qu'en effet dans le processus organique réside une alchimie secrète, qui transforme réellement le potassium, lorsqu'il n'œuvre que de la bonne manière, en azote, et même la chaux, lorsqu'elle œuvre correctement, en azote».[369] Et en outre : «il existe un rapport qualitatif réciproque entre la chaux et l'hydrogène, qui est analogue au rapport qualitatif entre l'oxygène et l'azote dans l'air. […] Sous l'influence de l'hydrogène, la chaux et le potassium sont en effet continuellement transformés en quelque chose d'azoté, et finalement en azote véritable. […] celui-là est précisément d'une utilité immense pour la croissance des plantes, mais il faut le faire se produire justement par de telles méthodes que celles que j'ai décrites»[370] — c'est-à-dire par un façonnement artistique des processus substantiels en devenir dans l'organisme agricole. De même que pour le peintre la toile, la couleur et le pinceau sont les moyens de sa création artistique, de même pour le paysan ce sont la terre et sa vivification par la fabrication et l'application des préparations.

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Dans les citations qui précèdent, la recherche spirituelle a mis en lumière l'énigme de la transsubstantiation. Comment peut-on s'approcher de la solution de ce problème ? Certainement pas avec le même mode de pensée que celui avec lequel on cherche à déchiffrer les énigmes de la nature anorganique. Les deux rapports de qualité cités plus haut se trouvent l'un par rapport à l'autre en polarité. Celui de l'oxygène à l'azote dans l'air est déterminant pour la respiration chez l'animal et chez l'homme. Les deux substances constituent dans une large mesure l'élément de l'air ; toutes deux s'y trouvent dans un état gazeux, anorganique-inactif. Elles enveloppent la pousse de la plante de l'extérieur. Il en va autrement des substances terrestres que sont le potassium et le calcium. Celles-ci sont élevées, par l'organisation vitale de la plante, hors de leur bannissement dans la forme physique des substances — le «matériau brut» — et introduites dans la sphère de l'activité vivante. On peut le comprendre ainsi : certaines plantes, des plantes médicinales, comme justement l'achillée millefeuille, la camomille et l'ortie, ont la capacité, par la vertu de leur corps éthérique, de mettre en mouvement l'organisation des substances potassium et calcium, figée dans le physique, hors de son emprisonnement dans la forme. Dans leur forme phénoménale et dans leurs propriétés, elles sont une empreinte de leur état encore pénétré de vie lors de stades évolutifs anciens. Puisque la forme minérale se fond dans le processus vital de ces plantes, l'idée s'impose que le potassium et le calcium deviennent, d'une manière nouvelle, réceptifs à l'action du membre constitutif immédiatement supérieur — leur corps éthérique. La réalité de l'être de celui-ci, le chercheur spirituel la trouve dans le monde suprasensible de l'esprit, qui borde comme la région la plus basse le monde physico-sensible. Des impulsions de développement nouvelles, animiques-astrales, agissant depuis l'avenir, peuvent alors rendre ces substances — dotées de leur propre corps éthérique — capables de s'ouvrir à leurs membres constitutifs résidant dans une région spirituelle encore plus élevée. Les substances terrestres potassium et calcium deviennent par cette voie «de nature azotée», en devenant elles-mêmes porteuses de forces animiques-astrales. Elles acquièrent des propriétés de l'azote, lequel est par nature, dans tous les processus vitaux, le porteur du monde astral révélateur du type. «L'azote est en vérité celui qui est le porteur de la sensation.»[371] Il rend présente dans la nature vivante, par la formation de protéines, des processus vitaux qui remontent à un lointain passé terrestre, qui ont traversé des stades de développement et sont maintenant devenus l'«Œuvre» de la création.

C'est leur rapport de qualité particulier avec l'hydrogène qui assure le retour du potassium et du calcium à leur état éthérique. De même que ces

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substances se sont abaissées le plus profondément dans l'état du purement terrestre en tant que formatrices de sels, l'hydrogène est celui qui est «aussi près qu'il est seulement possible, apparenté au physique, et de même, aussi près qu'il est seulement possible, apparenté au spirituel».[372] Dans son activité édifiante dans l'organique, il fait appel au soufre, et de même dans son activité dissolvante. «Il porte tout ce qui est en quelque manière astral, formé et vivifié, à nouveau vers les lointains de l'univers […] L'hydrogène dissout en vérité tout.»[373]

Or, c'est bien ce rapport de qualité mentionné chez l'achillée millefeuille, la camomille et l'ortie, par lequel l'hydrogène libère le potassium et le calcium de leur enchaînement dans la forme et conduit l'astralité qui s'est figée dans cette forme vers «l'indéterminé, le chaotique de l'univers».[374] Par là, dans ces plantes, le corps éthérique du potassium et du calcium peut se remettre en mouvement à un tel degré que, médiatisé par le soufre, il peut devenir le porteur d'un monde de forces nouvelles rayonnant depuis l'avenir. Le potassium et le calcium se transforment en azote, dans la mesure où ils deviennent dans ce sens porteurs de cette nouvelle astralité. On peut alors dire que l'azote de l'air répète dans le présent ce qui appartient au passé. En revanche, les substances terrestres potassium et calcium — elles aussi transformées pour devenir porteuses de forces astrales — rendent possible ce qui appartient à l'avenir dans le présent.

Mais comment peut-on attribuer à une seule et même substance, l'azote, deux qualités d'action aussi polaires l'une de l'autre? D'après la conception scientifique actuelle, il n'en existe qu'une seule, celle qui se déduit de ses propriétés anorganiques, physico-chimiques. Si l'on ne laisse valoir que le seul mode de pensée qui fonde cette conception, la question est légitime: pourquoi produire de cette manière si compliquée des quantités aussi infimes d'azote, alors que celui-ci est présent en abondance dans l'air? Il suffirait d'aménager la rotation des cultures en y intégrant suffisamment de légumineuses, d'avoir en outre assez de fumier organique à disposition, pour assurer les besoins en azote d'une croissance reproductive. C'est là une vision qui n'ouvre à l'expérience pensante qu'une section partielle de la réalité. Lorsque les forces captives dans le physique sont vivifiées dans la plante par son organisation éthérique, et animées dans l'animal par son corps astral, elles se mettent en mouvement; elles

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soumises désormais non plus à leurs lois purement physiques, mais à celles, plus élevées, de l'éthérique vivifiant et de l'astral formateur.

La transformation de la matière morte et anorganique ainsi opérée permet à la plante, à l'animal et à l'être humain de pouvoir s'incarner sur terre. Ces incarnations sont des répétitions d'un développement venu d'un passé primordial ; ce sont des processus d'une nécessité d'airain. L'être humain seul peut, en vertu de son âme spirituelle incarnée, déterminer librement son agir comme un développement vers l'avenir. Cela signifie qu'il transsubstantie, par la puissance de son Je, les forces et les substances qui édifient le corps, les spiritualisant sans relâche. C'est là ce qui caractérise la véritable évolution de l'avenir de l'humanité.

De la recherche spirituelle se dégage, dans le «Cours aux agriculteurs» de Rudolf Steiner, une description du chemin par lequel il est possible — dans l'acte libre que constitue la préparation des préparations biodynamiques — de produire des substances de fumure qui rendent les murailles de la nécessité d'airain du macrocosme figé en «Œuvre» perméables aux impulsions de développement, qui font donc valoir dans le présent des forces venues de l'avenir.

Le fait que, dans le cas de la triplicité des préparations d'achillée millefeuille, de camomille et d'ortie, la triplicité des substances terrestres ou Sal — les métaux terrestres potassium, calcium et le fer — soit soumise à une préparation par laquelle ils deviennent eux-mêmes, par la participation de l'hydrogène et de l'azote, porteurs de forces astrales, est un processus de transsubstantiation. Par là est franchie la frontière que pose la nature. La qualité d'action de cette sorte d'azote doit être comprise, vue sous cet angle, comme polaire à celle qui constitue la force formatrice évolutive déterminante de l'azote ordinaire dans l'économie de la nature. L'azote produit par la préparation de l'achillée millefeuille, de la camomille et de l'ortie est un azote «qui est justement si prodigieusement utile à la croissance des plantes».[375] Les préparations d'achillée millefeuille, de camomille et d'ortie visent, en tant que fumure, en lien avec le développement animique de l'être humain, à créer dans le monde devenu «Œuvre» un nouveau potentiel de forces. L'utilisation des préparations est une réponse à la remarque de Rudolf Steiner : «Nous nous trouvons [depuis le début du XXe s. ; note de l'auteur] devant une grande transformation de l'intérieur de la nature.»[376] Elle ne peut se tourner vers le bien que si elle va de pair avec une grande transformation de la formation animique des êtres humains. Là où celle-ci n'a pas lieu, la destruction advient.

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La composition du préparation d'écorce de chêne

Le chêne, son écorce et sa borke

Parmi les plantes des préparations, le chêne, le chêne pédonculé (Quercus robur), est la plante ligneuse pérenne la plus représentative de nos latitudes. C'est son écorce et sa borke qui sont utilisées pour la préparation. Cela surprend d'autant plus que, chez toutes les autres plantes des préparations, ce sont les capitules floraux — ou, comme chez l'ortie, en raison de sa nature florale, la totalité du spross — qui sont utilisés pour la préparation. La fleur du chêne est monoïque et encore plus discrète que celle de l'ortie. Ce n'est que dans la forme de ses feuilles et dans son fructifère niché dans une cupule, le gland, que s'exprime sans équivoque le type de cet arbre. Si l'on veut, dans une contemplation intuitive en images, approcher l'unicité de la nature arborescente du chêne, il faut porter le regard sur le devenir lent, progressif, de sa puissante forme trapue et noueuse qui s'affirme elle-même — et, sur ce fond, sur le processus substantiel qui se manifeste d'une part dans la formation de l'écorce et de la borke, d'autre part dans le bois de cœur dur et résistant. Ce processus substantiel rayonne depuis la zone cambiale vivante vers l'intérieur et vers l'extérieur, et se rapproche à chaque fois, comme produit final du devenir végétal, à nouveau du minéral. La recherche spirituelle indique à ce propos la signification du processus calcaire dans l'écorce de chêne, et comment celui-ci maintient les plantes en bonne santé : il «crée de l'ordre, lorsque le corps éthérique agit avec trop d'intensité».[377] Dans la zone vitale, le liber de l'écorce, il se forme — à côté d'acides tanniques et d'autres substances aromatiques — dans des cellules isolées un composé calcaire organique, l'oxalate de calcium, qui cristallise dans les vacuoles cellulaires et, dans la borke, se configure en géodes cristallines et, comme il est peu soluble dans l'eau, s'y conserve longtemps.

Après la germination, le chêne envoie sa racine pivotante en profondeur, suivie de racines latérales ou cardines qui s'enfoncent elles aussi dans de grandes profondeurs. À celles-ci se rattachent de puissantes racines latérales qui s'étendent horizontalement sur de grandes distances, lesquelles à leur tour poussent périphériquement des racines dites plongeantes dans la profondeur.[378] Adulte, le chêne forme, en miroir de son vaste houppier, une sorte de «couronne racinaire» tout aussi puissante dans les profondeurs de la terre. Son

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toute sa croissance, et avec elle ses processus substantiels, attestent de cet enracinement dans la terre.

La pousse du jeune chêne croît verticalement en hauteur, avec des ramifications s'insérant en verticilles, et ressemble dans ce type de port à celui d'autres feuillus. Mais l'image originelle du chêne se révèle dès la jeunesse de façon inconfondable dans ce feuillage si caractéristique, aux lobes sinués et découpés dans le limbe. Ce n'est qu'après environ vingt ans de jeunesse que le port du chêne pédonculé se transforme en cette forme de croissance qui lui est propre : une couronne large et étalée, irrégulière, plus aérée et traversée de lumière (Abbildung 29, S. 401). Ce qui s'était déjà annoncé dès le début dans la forme des feuilles saisit, dans les décennies qui suivent, l'arbre tout entier avec puissance. La force de croissance prodigieuse, qui peut se poursuivre jusque dans un chêne millénaire, agit dans tous ses membres comme retenue — visible au fait que les pousses conductrices de l'année précédente restent en arrière et se laissent dépasser par des rameaux latéraux, d'où résulte le tracé irrégulier des branches latérales qui se développent à la manière de troncs. De même, les feuilles se tassent en bouquets à l'extrémité des rameaux ; le tronc « se retient » vers l'intérieur pour former un bois d'une grande dureté, vers l'extérieur en une écorce qui se densifie et adhère durablement.

Avec la progression de la croissance en épaisseur, après environ vingt ans disparaît ce qu'on appelle l'écorce lisse — dite ainsi en raison de son poli et de son éclat — et à sa place s'établit l'écorce caractéristique, crevassée.

Se référant à la structure calcaire particulièrement idéale[379] Rudolf Steiner parle de l'écorce du chêne ; la notion, distincte en botanique, de borke reste inmentionnée. Cela a conduit à des opinions différentes quant à savoir laquelle des deux — l'écorce lisse ou la borke — est à employer pour la préparation. Hoerner plaide dans sa présentation approfondie et exhaustive résolument pour l'écorce lisse de l'arbre jeune, celle que l'on utilisait jadis comme tan pour tanner les peaux.[380]

C'est, au sens botanique, l'écorce — le tissu vivant du liber, enveloppé par l'épiderme. Mais dans le présent ouvrage, c'est la borke qui aura la parole. Cela sera justifié plus longuement dans ce qui suit. L'écorce disparaît au regard dès que le chêne croît jusqu'à sa forme propre à son être. Elle s'élargit en borke, à mesure que le tissu libérien qui se renouvelle chaque année s'éteint dans la forme vers la périphérie. La transition vers la borke est formée désormais par

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un tissu méristématique secondaire, le cambium subéreux, dont les cellules protègent le liber contre les influences extérieures et subérifient en borke le tissu libérien qui se meurt. La borke s'édifie de l'intérieur vers l'extérieur à partir des couches subérifiées qui meurent chaque année dans le tissu de l'écorce, ces couches demeurant adhérentes les unes aux autres.[381]

Sous l'effet de la croissance en épaisseur du tronc et des branches maîtresses qui s'élancent, la borke se fend en crevasses profondes. Les cellules subéreuses protègent le tissu libérien mort de la décomposition — et avec lui l'oxalate de calcium, ainsi qu'une partie des huiles essentielles les moins volatiles et des composés aromatiques avec leurs dérivés, qui se sont formés dans l'écorce. Ces composés aromatiques sont des hydrocarbures dont le produit terminal est la résine hautement polymérisée. Lorsque Rudolf Steiner dit que « la résine du chêne devrait être encore assez efficace »[382] — comme tel sécrét, le chêne n'en possède pas —, il vise assurément les stades intermédiaires faiblement polymérisés menant vers la résine. Ce sont entre autres les substances odorantes légèrement volatiles, apparentées aux sécrétions florales, ou bien les hydrocarbures aromatiques contenus dans les huiles végétales. Ceux-ci se forment durant la phase de dévitalisation de la plante en direction de la floraison. Ils « s'évaporent dans le parfum » — en partie par la puissance de l'hydrogène devenu « souverain unique » au sens processuel — dans l'indistinction du cosmos ;[383] ou bien ils sont, comme dans le cas de la borke, moins volatils et se conservent plus longtemps grâce à l'enveloppe subéreuse. Ces substances « proches de la fleur » doivent leur composition aux forces formatrices de l'écorce et à sa dévitalisation vers la forme astralisée de la borke. De la borke, la vie s'est retirée, comme c'est aussi le cas dans le processus orienté vers la floraison. Les forces de l'astral demeurent conservées dans la « structure » organique de la borke du chêne, qui enclot les formations substantielles aromatiques apparentées à la fleur ainsi que l'oxalate de calcium cristallisé. C'est donc seulement dans la borke que le chêne crée la structure qui confère au calcium sa puissance salutaire pour les plantes — puissance qui peut être rendue utilisable pour le sol et les plantes par la voie des étapes de préparation qui suivent.

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Les chênes ne fleurissent qu'une fois la couronne pleinement formée.[384] C'est le cas aux alentours de soixante ans. On remarque à peine la floraison ; ce n'est que lorsque, à cet âge avancé, les glands tombent en septembre-octobre qu'on prend conscience du changement profond survenu dans la biographie de l'arbre. En lien avec la considération qui précède, la question se pose : le chêne ne fleurit-il pas et ne porte-t-il pas des fruits bien avant de fleurir et de porter des fruits visiblement ? Dans toute la nature des arbres, et de manière particulièrement représentative dans le chêne, la terre se retourne sur elle-même.[385] Ce mouvement de retournement ne constitue-t-il pas déjà une sorte de processus de floraison et de fructification, simplement refoulé dans le tronc et les ramifications, resté pour ainsi dire en chemin à mi-parcours ? Si l'on considère une coupe transversale d'un tronc de chêne, on peut retrouver, dans la disposition horizontale, les Tria Prinzipia de Paracelse dans la formation du tronc. Dans la zone périphérique du tronc apparaît, à peine visible à l'œil nu, la couche vivante du cambium qui, cachée sous l'écorce, enveloppe l'arbre à la manière d'une feuille verte. De cette couche croît vers l'intérieur le tissu conducteur du xylème, qui élève l'eau et les sels et qui — considéré horizontalement — s'enracine pour ainsi dire dans l'aubier vivant. Dans celui-ci, comme dans le complexe de sorption du sol, les assimilats sont stockés et remobilisés. C'est la zone du processus « Sal ». En direction du cœur du tronc, l'aubier dépérit ; il se minéralise en quelque sorte en bois de cœur par dépôt de substances ligneuses — lignines et dérivés tanniques — en guise de protection contre la pourriture.

Vers l'extérieur, le cambium donne naissance au tissu cellulaire des tubes criblés (phloème). Celui-ci conduit les assimilats vers toutes les parties non chlorophylliennes de l'arbre. À ce tissu s'adjoint le tissu cortical ou le liber. L'épiderme enfin offre une protection contre le vent et les intempéries. Il fait apparaître la forme de la plante. L'écorce abrite des tissus cellulaires variés, qui contiennent en partie de la chlorophylle et absorbent donc la lumière, ainsi que des cellules isolées qui forment dans leurs vacuoles des cristaux d'oxalate de calcium. Dans l'ensemble, l'écorce est le siège d'une activité métabolique intense, refoulée et tendant vers la forme. Des substances apparentées à la fleur, des composés aromatiques — acides tanniques et leurs dérivés — s'y forment. Dans l'image de la triade Sal, Mercure et Soufre, on peut reconnaître, dans la coupe transversale du tronc, dans la mince enveloppe, infiniment vivante, de l'écorce, une croissance en pousse mercurielle, condensée, refoulée, qui ne se déploie pas en bourgeon et

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Blatt differenziert. Ce caractère de l'écorce comme pousse foliaire est corroboré par le fait que les bourgeons foliaires croissent hors de l'écorce, et que les bourgeons de pousse communiquent à travers l'écorce avec le cambium. Les inclusions minérales et la formation d'hydrocarbures — une sulfurisation — indiquent un processus de floraison retenu, encore dominé par les forces de croissance. L'écorce est en relation avec le corps ligneux, à travers le cambium, par l'intermédiaire des rayons médullaires mercuriels.

De même que tige et feuille de la plante se transforment en fleur, l'écorce se prolonge pour ainsi dire, par métamorphose, en borke. Cette transformation s'accomplit par la formation, en lieu et place de l'épiderme, d'un cambium secondaire, le cambium subéreux (*Phellogen*). Le tissu cellulaire de liège qui en résulte unit et enveloppe la couche externe de l'écorce qui dépérit d'année en année, et avec elle les inclusions minérales qu'elle contient ainsi que les composés aromatiques moins volatils.

De même que la fleur pleinement formée s'éteint dans la forme et dans la couleur et dans les substances odorantes qui se volatilisent, de même le croissance foliaire-poussante du chêne s'éteint dans la borke. En elle, tout ce qui avait été traversé vivant devient forme rigide et morte ; ce qui était vert devient brun couleur de terre et rougeâtre, et ce qui était lié à des substances aromatiques facilement volatiles s'est évaporé. Ainsi compris, c'est dans la borke que s'achève un processus de floraison — ou de sulfurisation — encore proche de la terre et inachevé. Les substances ne sont pas encore entièrement soustraites à leur légalité physique. Le calcium, cependant, élevé dans la vie de la plante, entre en liaison avec l'acide oxalique sulfurique issu de cette vie. Il se cristallise en oxalate de calcium sous diverses formes cristallines : rhomboédrique, en bâtonnets et en aiguilles, ou octaédrique en doubles pyramides. On distingue sable cristallin, cristaux isolés, macles, druses et sphérites.[386] L'oxalate de calcium prend naissance dans le plasma cellulaire. Les cristaux sont, au stade juvénile, toujours entourés d'une enveloppe plasmatique qui, en mûrissant dans la borke, s'éteint. Ce qui subsiste dans la borke des multiples compositions de substances de l'écorce, ce sont des hydrocarbures difficilement volatils et les cristaux d'oxalate de calcium. Dans ces derniers, le calcium se présente dans une structure qui a reçu son empreinte du contexte vivant du chêne. La vie s'est retirée de la borke, mais l'astralique — lui qui a créé cette structure (cette forme) — demeure lié au physique-substantiel, et donc aussi aux

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hydrocarbures moins hautement polymérisés, ainsi qu'aux oxalates de calcium enchâssés dans ce contexte vivant. La borke reste fermement liée à l'écorce. Le processus qui s'achève dans la borke est comparable à l'effet fertilisant du compost : il communique au sol quelque chose «qui a la tendance à pénétrer très fortement l'astralique dans le terreux sans passer par le détour de l'éthérique».[387] Ce processus s'accomplit à son plus haut degré dans la fleur. Sous la prédominance du processus de sulfurisation — équivalent à l'action astrale —, elle s'épanouit, révélant son être en image, et s'éteint dans cette image même de forme et de couleur. Dans la fleur s'accomplit une transformation complète du physique, des substances terrestres. Dans la borke s'accomplit de même une sorte de processus de floraison, mais qui demeure à mi-chemin, à un niveau plus bas. Il ne se produit pas de transformation de la substance, mais une préservation sulfurique-astrale de la composition organo-minérale de substances — tombée hors de la vie de l'écorce, imprimée dans une «structure» organique déterminée.

Lorsqu'on porte le regard sur les arbres formant de la borke, comme le chêne, on peut se dire : la borke est l'expression d'un processus de floraison proche de la terre qui perdure à travers les saisons et qui — simultanément avec l'écorce, le cambium, l'aubier et le bois de cœur — confère à l'arbre sa durabilité dans l'alternance des saisons. Vu sous cet angle, la matière de départ pour la préparation d'écorce de chêne est elle aussi une matérialité issue d'un processus de nature florale. Cela confirme la réponse de Rudolf Steiner à la question d'un auditeur : «Toute l'écorce entre-t-elle en considération ?» «En réalité seulement la couche d'écorce extérieure, celle qui s'effrite quand on la détache.»[388]

Ce qui est propre en général à la nature des arbres — une forte densification de l'astralité dans la couronne de l'arbre — caractérise le chêne tout particulièrement. Il est en cela apparenté à l'ortie, mais en sens inverse. Chez cette dernière, c'est son extraordinaire «action intérieure» qui est caractéristique. Chez le chêne en revanche, c'est une sorte d'action extérieure, une forte force d'attraction sur le monde des insectes, quasi un berceau pour de nombreuses espèces. Dans la zone racinaire, ce sont les larves d'une foule d'espèces de coléoptères avant tout ; dans le terreau du vieux tronc creux, entre autres la larve du cerf-volant ; dans la zone foliaire, les cynips. Leur demeure, la galle, est symptomatique de l'action de l'astralique de l'animal. Le cynips veille à ce que, par

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l'action hormonale, la bidimensionnalité de la feuille de chêne s'élargit, à partir du point de ponte, en une galle médullaire, c'est-à-dire dans la tridimensionnalité. Dans la galle qui héberge la larve, la feuille se forme en une sorte d'organe cutané sphérique, un intérieur riche en tissu nourricier qui se clôt à l'égard d'un extérieur. Des formations de galles apparaissent aussi sur d'autres ligneux. Le chêne est cependant capable, en tant que plante hôte unique, de produire plus de 100 sortes de galles différentes.[389] Remarquable est la haute teneur des galles en acides tanniques et en colorants, ce qui indique à nouveau une sulfurisation prématurée dans la zone foliaire, semblable à ce qui se passe dans l'écorce et la borke.

Ce n'est qu'en portant le regard sur l'image phénoménale du chêne pédonculé, sur ses processus substantiels particuliers, sur sa relation au monde des insectes et aux forces de la périphérie, que l'on s'approche de la compréhension de ce qu'affirme le chercheur spirituel : que «ce qui existe comme structure calcaire dans l'écorce de chêne est le plus idéal possible» pour produire, par le biais d'une préparation approfondie, un fumier capable de «combattre prophylactiquement les maladies des plantes».[390]

Le crâne d'animal domestique

Aussi singulier que le chêne parmi les plantes des préparations, aussi apparemment isolé est l'organe-enveloppe du règne animal qui sert à la préparation de l'écorce-borke de chêne, le crâne d'animal domestique : «C'est presque sans importance de quel animal domestique il s'agit.»[391] Cette affirmation de la recherche spirituelle recèle à nouveau de grandes énigmes. Pour les autres préparations, l'organe-enveloppe est strictement attribué à une famille animale particulière, comme le grand gibier noble, ou à une espèce animale, le bovin en tant qu'animal domestique ; ici en revanche, dans le cas de la préparation de l'écorce de chêne, l'espèce animale ne joue aucun rôle, mais seulement le fait que l'animal satisfait à la qualité essentielle du fait d'être animal domestique. Les particularités spécifiques de la constitution corporelle et des comportements animiques ont été abordées dans le chapitre «Les animaux domestiques — organes dans l'organisme de la ferme et du paysage» (p. 126 ss.). Celles-ci sont hautement variables et se distinguent dans leur configuration et leur orientation de manière essentielle de leurs congénères vivant en nature sauvage. Mais justement : qu'est-ce qui fait d'un animal un animal domestique, par-delà les frontières d'espèce, de famille et d'ordre ? Depuis que celui-ci a été dégradé au rang de simple bête de production dans l'élevage industriel, le concept d'animal domestique est devenu vide de contenu. Il reçoit

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son plein poids que lorsqu'on prend conscience du fait que chez les animaux domestiques, leur origine, leur ouverture d'âme envers l'homme, leur aptitude à lui rendre des services, sont des créations de l'homme. La domesticité de l'animal doit son être et aura son avenir par l'attention et l'amour de l'homme. Ce sont eux qui donnent continuellement à l'animal quelque chose qu'il n'a pas de nature. Et c'est ce don qui s'est inscrit dans la formation corporelle de l'animal domestique jusqu'à la configuration physique du système osseux. Comme le chêne confère au calcium dans l'écorce-borke une structure idéale, ainsi le calcium et ses composés dans l'os crânien quasi mort par l'animal domestique. À cela se rattache la question : qu'en est-il à cet égard des animaux d'élevage hybridisés ou génétiquement manipulés et élevés en numérique ? Peut-on encore attribuer à un tel crâne d'animal d'élevage la qualité d'un crâne d'animal domestique ? L'animal domestique doit être reconnu à nouveau dans son être singulier. Par l'esprit et la main de l'homme, il doit être continuellement élevé, au moins en partie, au-delà de son simple état animal. Ce n'est pas seulement une question d'élevage au sens où on l'entend aujourd'hui, mais une question d'éducation. L'animal domestique a besoin d'une éducation pour devenir animal domestique, comme l'homme en a besoin pour devenir homme. Pratiquer cette éducation de l'animal à la domesticité de manière consciente et conforme à son être est un art qui élève l'animal au-delà de ses instincts hérités de la nature. L'animal domestique renonce en quelque sorte aux instincts emplis de sagesse de sa forme sauvage. Il appartient à la responsabilité de l'homme de compenser plus que amplement cette perte. Parce que l'animal n'a pas de Je, il a besoin de la conduite éducatrice du Je par l'homme. Cela exige aujourd'hui, après que les pratiques traditionnelles de la relation paysanne homme-animal ont dépéri, une connaissance de l'être animal à travers laquelle l'utilisation elle-même regagne une valeur éducative. C'est cette approche qui sous-tend l'élevage biodynamique. Là où l'on travaille dans ce sens d'une compréhension approfondie de l'être et du devenir de l'animal domestique, on peut s'attendre à trouver des crânes qui accomplissent la tâche qui leur est destinée pour la préparation de la préparation d'écorce de chêne. L'identité de l'utilisation et de l'éducation était autrefois manifeste dans l'élevage du cheval, par exemple dans les chevaux de travail attelés à la voiture ou à la charrue. Après avoir accompli leur travail toute leur vie de cheval sous la bride, on aimait utiliser dans l'agriculture biodynamique leurs crânes pour la préparation. Le cheval de travail a (provisoirement ?) fait son temps. C'est aujourd'hui en général le crâne de la vache qui est en usage, laquelle, lors d'un abattage en temps opportun à l'automne, fournit également les enveloppes organiques pour

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le préparation de camomille et de pissenlit. Le cas échéant, on utilise aussi des crânes de mouton ou de chèvre.

Le crâne se subdivise en crâne facial et en crâne cérébral. Chez les animaux nouveau-nés, les deux forment encore une forme unitaire, approximativement arrondie, telle que l'homme la conserve toute sa vie. Le crâne facial s'allonge ensuite pendant la courte période de jeunesse de l'animal et domine désormais la forme de la tête. La tête risque là d'être pour ainsi dire envahie par les forces métaboliques. Ce phénomène et sa maîtrise se manifestent de façon particulièrement saisissante chez les porteurs de bois et, différemment, chez les bovins. Le cerf mâle, par exemple, accomplit chaque année une prodigieuse performance métabolique : du crâne cérébral émerge le bois, richement irrigué, recouvert d'une peau veloutée. Cela se passe dans la première moitié de l'année. Au début du second semestre, la puissance des forces métaboliques qui affluent vers la tête est bannie du bois ; celui-ci s'éteint dans la forme osseuse, délimitant un espace intérieur, des andouillers ramifiés, et devient un puissant organe sensoriel qui tâte le périphérie de chaleur, de lumière et d'air. En hiver, il est jeté. Il n'en va pas autrement, mais de façon polaire, pour les appendices céphaliques chez le bovin — les cornes qui croissent d'année en année et s'éteignent en même temps dans l'enveloppe cornée. Par ces cornes — un organe sensoriel tourné vers l'intérieur — l'activité métabolique puissante qui pousse contre l'organisation neuro-sensorielle est renvoyée dans le corps par l'enveloppe cornée morte. Ainsi le bovin préserve à sa manière, différente de celle du cerf, les forces neuro-sensorielles de la tête de la puissance envahissante des forces métaboliques.[392]

La structure anatomique de la corporéité et du crâne est chez les animaux domestiques identique à celle des formes sauvages. Et pourtant il existe une différence significative dans la manière de la mise en forme : celle-ci est hautement variable ; le crâne facial reste quelque peu raccourci, les performances sensorielles sont moindres, les performances métaboliques plus élevées, le volume de la cavité crânienne est parfois considérablement réduit (voir le chapitre «Les animaux domestiques — organes dans l'organisme de la ferme et du paysage», p. 126 sq.). Mais ce sont là des symptômes d'un développement retenu chez les animaux domestiques, d'une préservation de leur juvénilité, d'un statut pour ainsi dire plus embryonnaire. Cette préservée

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C'est cette jeunesse préservée qui caractérise la nature du Wesen de l'animal domestique. Sur le plan évolutif, il doit sa nature plus juvénile à l'être humain. Ce fait lui impose l'obligation, dans la Wesenserkenntnis et l'amour, d'orienter l'éducation — dans la détention, l'alimentation et les soins — en conséquence.

L'organe-enveloppe animal pour l'écorce de chêne émiettée est la cavité crânienne dans le crâne d'un des plus grands animaux domestiques. Celle-ci est entourée d'une mosaïque d'os du crâne supérieur, préformés en partie à partir du tissu conjonctif — comme la voûte crânienne (avec l'os frontal, les os temporaux et pariétaux) —, en partie à partir du cartilage — comme les os de la base du crâne, en partie l'occiput, ainsi que les os qui délimitent la cavité crânienne du côté du crâne facial. L'ossification naît de cellules osseuses qui rayonnent à partir de centres individuels dans les tissus conjonctifs et les cartilages, et qui font se figer la mobilité du tissu de base par des dépôts de phosphates de calcium et de magnésium, de carbonates de calcium et de fluorure de calcium. Il en résulte les os plats en forme de plaques, reliés par des ponts de tissu conjonctif ou de cartilage. En vieillissant, ils s'ossifient finalement — dans le cas des cartilages en os plus fortement formés, partiellement soudés entre eux, qui délimitent la cavité crânienne du côté du crâne facial. L'ossification (ossification) est une mort progressive dans la forme. De manière comparable, l'écorce s'éteint dans la forme du rhytidome. Et pourtant, parce qu'il s'agit d'un animal, ce processus de dépérissement est retenu par le corps des forces formatrices. Les processus vitaux restent graduellement en mouvement ; une décomposition, transformation et reconstruction continuelles des substances osseuses ont toujours lieu. À quel point les os restent encore pénétrés par des processus vitaux, c'est ce qu'éclaire le fait qu'un tiers des os est constitué de substance organique de base, l'*osseine*, et deux tiers des sels minéraux susnommés (P, Ca, Mg et F).[393] Les forces formatrices vivifient et irradient les os à partir du périoste — la membrane osseuse innervée et vascularisée reposant à l'extérieur.

Des considérations qui précèdent, y compris des particularités morphologiques mentionnées, on ne trouvera aucune indication concluante qui rapprocherait de la compréhension la déclaration du chercheur spirituel, selon laquelle pour la préparation de l'écorce de chêne entre en ligne de compte un crâne : «À peu près indifféremment lequel de nos animaux domestiques.»[394] Une réponse ne se trouvera vraisemblablement que si l'on examine la relation homme–animal depuis les époques glaciaires

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et des hautes civilisations qui les ont suivies. L'humanité vivait alors encore dans une conscience onirique. On peut l'appeler aussi une conscience mythologique. D'elle ont jailli les mythes des peuples, inspirations venues d'un monde perçu comme spirituellement réel et suprasensible. Elle se trouvait sous la conduite du sacerdoce inspiré des Mystères. C'est dans ces arrière-plans spirituels que doit être cherchée la domestication des animaux (cf. chap. «Les animaux domestiques — organes dans l'organisme de la ferme et du paysage», p. 126 sq.). Celle-ci consistait en ce que la vie instinctive évolutive des animaux fut graduellement remplacée par la conduite de l'homme. Ce pas de transformation, accompli depuis la constitution de conscience spirituelle-animique de l'humanité d'alors, s'est imprimé dans le corps éthérique des animaux, et par lui dans le corps physique et ainsi également dans le courant héréditaire. Cela a aidé l'animal domestique à conserver sa juvénilité, à maintenir variable sa constitution corporelle. En dernière conséquence, on peut admettre que le mystère de la domestication a trouvé son dépôt dans le corps physique, dans l'agencement spécifique des substances, dans leur «structure» — là où la vie se fige entièrement dans la forme. La forme une fois créée, la vie se retire d'elle, elle tombe sous l'empire de la mort. Cet agencement des substances, créé par les forces formatrices de l'animal domestique, est à chaque fois différent dans les os tubulaires des membres, dans les os du bassin, de la colonne vertébrale, et différent encore dans les os du crâne qui enveloppent le centre du système neurosensoriel. La substance prédominante qui édifie ces derniers, c'est le calcium ; il se présente en diverses compositions avec le phosphore, le carbone, l'oxygène et le fluor. Ses forces orientées pour ainsi dire vers un point central confèrent à la boîte crânienne sa forme qui s'approche de la sphère. L'agencement compositionnel du calcium dans les os de la boîte crânienne est — on peut le conclure — l'expression du jeu de forces animiques juvénile du l'animal domestique, maintenu dans sa juvénilité par l'action de l'homme. C'est, au niveau animal, une manière plus haute d'agencer les substances du calcium que celle qui se présente au niveau végétal, par exemple dans l'écorce-rhytidome du chêne. Vu sous cet angle, le crâne de l'animal domestique conserve dans ses compositions de calcium des forces astrales qui ont afflué à l'animal domestique par l'attention active de l'homme et ont pris la place des instincts perdus. Elles ont, en un sens supérieur, la faculté d'agir de manière purificatrice, épuratrice et curative sur les processus vitaux envahissants.

Cette tentative de conduire la pensée vers la compréhension des matériaux de départ de la préparation d'écorce de chêne et du crâne d'animal domestique doit être approfondie davantage. Mais ce faisant, l'énigme de la

préparation en tant que telle. Celle-ci doit être accomplie de main d'homme — un acte artistique !

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Le chêne pousse dans nos paysages, de même qu'on y trouve toutes les plantes des préparations et aussi les animaux domestiques ; mais dans quelles conditions de vie et d'environnement ? Tout ce qui est en notre pouvoir, nous devons le faire pour favoriser, dans la configuration de l'organisme de la ferme et du paysage, leur épanouissement conforme à leur nature essentielle. Cela inclut, partout où c'est possible, la fumure des préparations. Dans son élaboration, celle-ci est une synthèse des substances et des forces qui composent le paysage, et dans son application, elle est, prise dans sa totalité, un remède pour leur harmonisation.

La préparation de l'écorce-rhytidome du chêne

Nous nous procurons en septembre l'écorce-rhytidome d'un chêne ayant poussé, si possible, dans le finage de la ferme, ainsi qu'un crâne, si possible d'un animal élevé sur la ferme (Illustration 29). Dans le cas de vieux chênes à rhytidome profondément fissuré, il est recommandé de racler la couche la plus externe, souvent légèrement recouverte de mousse, avec un tire-fer, et de n'utiliser que les couches de rhytidome sous-jacentes, plus jeunes. La masse qui s'effrite déjà un peu au décollage est alors entièrement hachée jusqu'à obtenir une structure grumeleuse. Une fois l'animal abattu, on retire du crâne le cerveau par le trou occipital, ainsi que les restes de chair et de peau encore adhérents à l'extérieur. On utilise ensuite la partie supérieure du crâne et l'on remplit — par cette même ouverture de l'os occipital par laquelle le faisceau nerveux de la moelle épinière passe dans le cervelet — la masse d'écorce-rhytidome dans la cavité crânienne. L'ouverture est fermée par un fragment d'os du crâne et scellée à l'argile.

Dans cette première étape de préparation s'accomplit un premier retournement : quelque chose d'extérieur, l'écorce-rhytidome, devient quelque chose d'intérieur, enveloppé par une coque osseuse qui, déjà dans la vie de l'animal domestique, était plus proche de la mort que de la vie. Après le cerveau, c'est elle qui avait servi à la prise de conscience des perceptions sensorielles guidées par l'instinct (Illustration 29).

Dans la deuxième étape de la préparation s'accomplit un second retournement d'un processus naturel, conduit par l'esprit et la main de l'homme. Les crânes, aussitôt après leur remplissage avec la substance végétale, sont enterrés à plat, en un endroit peu profond où il y a beaucoup de boue végétale et où affluent les eaux atmosphériques — pluie et eau de fonte des neiges. Dans ce milieu terreux, lunaire et aqueux, ils reposent et y sont soumis aux

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Abbildung 29: Die Stoffkomposition des Eichenrindenpräparates im Durchgang durch das Winterhalbjahr.

forces hivernales. La difficulté de remplir ces conditions de manière optimale a conduit à toutes sortes d'approches et de solutions.[395] Une démarche souple est facilitée par l'indication suivante de Rudolf Steiner : on « enfouit maintenant [le crâne ; note de l'auteur] dans la terre et l'on met […] par-dessus de la tourbe et l'on essaie, en aménageant une rigole quelconque, de faire affluer le plus possible d'eau de pluie à cet endroit. On pourrait même procéder ainsi […] dans un bac dans lequel de l'eau de pluie s'écoulerait continuellement et s'écoulerait à nouveau […] y placer des substances végétales qui font fortement en sorte qu'il y ait toujours de la boue végétale. »[396] Les deux méthodes sont pratiquées.

Au printemps a lieu le troisième pas de la préparation : les crânes sont retirés de leur milieu terreux et aqueux. Une nouvelle retournement s'accomplit : l'intérieur, les remplissages d'écorce-rhytidome, a absorbé et concentré le Kräftewirken venant de l'extérieur. Ce qui se manifeste alors est une nouvelle substance, d'une coloration extérieurement un peu plus sombre et d'une consistance légèrement terrifiée, mais encore grumeleuse. C'est une substance nouvelle

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en ce qu'elle est dotée d'une nouvelle propriété : une action astrale rayonnante, qui « confère réellement aux engrais de compost et de fumier les forces pour combattre prophylactiquement, pour enrayer les maladies végétales nuisibles ».[397]

Comment suivre par la pensée ce processus qui se déroule, au cours du semestre d'hiver dans le terrestre, entre la boue végétale, l'enveloppe osseuse crânienne et l'écorce-rhytidome du chêne ? Voici une tentative d'interprétation. La question est la suivante : comment rendre utilisable la propriété du calcium de contracter les forces de l'éthérique ? Il arrive trop souvent qu'après un hiver et un printemps humides, suivis d'une période chaude et ensoleillée s'installant brusquement, des organismes étrangers nuisibles comme les pucerons apparaissent en masse, en colonies. Ils sont le signe d'une croissance éthérique-proliférante. Les forces cosmiques-astrales sont trop faibles pour configurer l'excès de force de croissance dans la forme. La force contractante du calcium peut ici intervenir — non pas le composé calcaire ordinaire, lié au résidu acide de l'acide carbonique (CaCO3), mais un calcium doté d'une « structure » telle qu'elle est présente dans l'écorce-rhytidome du chêne. Cet oxalate de calcium, élevé par les processus vitaux du chêne et sécrété par lui dans l'écorce-rhytidome, doit être conduit, par le chemin des étapes de préparation, jusqu'au point où il est en mesure de maintenir, en tant qu'additif aux engrais organiques, l'équilibre sain entre le contexte vivant sol-plante et les forces astrales rayonnantes des planètes infra-solaires Vénus, Mercure, Lune. Cela peut être atteint de la manière suivante : en produisant un état d'éthéricité chaotiquement proliférante. Cet état est présent dans la boue végétale. Il doit être continuellement maintenu par l'afflux d'eau de pluie et de fonte des neiges. L'eau atmosphérique contient de l'oxygène, qui veille à ce que les processus de décomposition se déroulant de façon anaérobie ne basculent pas dans la pourriture. Polaire à l'aquosité de la boue végétale est la nature de l'eau de pluie et de neige qui afflue, traversée de forces cosmiques. Celle-ci se condense dans l'atmosphère hivernale de la forme gazeuse de l'air en forme de goutte, ou cristallise en cristal de neige. Dans ces deux états, l'eau a son propre centre. C'est à ce centre que les forces du macrocosme entrent en rapport, se concentrent dans l'enveloppe aqueuse et la délimitent en forme de goutte ou en cristal de neige. Lorsque ces gouttes d'eau s'unissent alors pour former une masse d'eau homogène dans le terrestre, elles abandonnent leur propre centre au centre du cœur de la Terre.

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Les forces cosmiques concentrées dans les gouttes se dissolvent dans le terrestre et, dans le cas présent, dans l'urchaos du limon végétal. Il se produit une sorte de synthèse qui amène l'équilibre : le devenir substantiel de décomposition microbien de nature lunaire est mis en équilibre par les forces du cosmos agissant dans le présent. On peut admettre qu'il s'agit dans cet équilibre de la jonction du planetarisme infra-solaire et supra-solaire.

Dans ce milieu de limon végétal chaotiquement informe et de l'eau de pluie ou de neige qui y afflue par-dessus, sont immergés les crânes d'animaux domestiques remplis d'écorce de chêne dans la cavité crânienne. Les forces éthériques qui se rejoignent enveloppent continûment le crâne et pénètrent la voûte osseuse du crâne. Celle-ci présente une structure calcaire formée par les forces astrales supérieures des animaux domestiques en service de l'homme. Depuis le cœur, qui est en relation avec le Soleil, agissent dans l'animal en direction de la tête les forces des planètes supra-solaires, Mars et Jupiter, tandis que dans la tête elle-même dominent les forces de Saturne, formatrices de formes et de structures.[398] C'est-à-dire que les forces éthériques chaotisées dans le limon végétal, amenées à une sorte d'équilibre par l'eau de pluie, se transforment, dans le passage à travers la voûte crânienne, par l'intermédiaire des forces astrales des animaux domestiques — moins liées à l'instinct — en forces formatrices. Le calcium de la voûte crânienne, structuré par le corps astral des animaux domestiques, resserre les forces éthériques et les dote d'un pouvoir d'action édifiant, ordonnant. Dans l'écorce-rhytidome, préparé de cette façon par le chêne, le calcium se présente d'une part dans une telle composition substantielle qu'il devient réceptif aux courants éthériques du limon végétal, transformés en forces formatrices par l'entremise du crâne d'animal domestique. D'autre part, il est dans la nature du calcium de concentrer et de conserver ces forces formatrices reçues dans le contexte actif de l'écorce-rhytidome du chêne.

Les crânes d'animaux domestiques avec leur remplissage demeurent pendant le semestre d'hiver exposés aux forces terrestres-cosmiques qui irradient dans le terreux-aqueux. On peut interpréter cette façon de procéder comme suit : d'une part, l'action planétaire infra-solaire — et en particulier celle de la Lune — est de toute façon la plus forte en cette période dans l'aqueux du limon végétal ; d'autre part, les forces formatrices de la périphérie plus lointaine des étoiles fixes, qui agissent par le truchement du terreux-solide, déploient leur plus grande efficacité dans le crâne d'animal domestique dur, figé dans la forme.

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La préparation terminée est introduite, comme les autres décrites, dans les tas de compost et de fumier à raison d'une pincée de trois doigts pour 1 à 2 m3 dans le domaine maraîcher, et pour 8 à 15 m3 dans le domaine agricole. Ce qui compte, ce n'est pas la substance, c'est le rayonnement des forces. Ici aussi, le jugement devrait se former à partir de ce qu'enseignent la contemplation intuitive et l'expérience personnelles.

À l'opposé de la silice, Rudolf Steiner décrit le calcaire comme celui qui veut «tout attirer à lui». «Ce que le calcaire veut avoir vit dans le végétal.» «Le calcaire est le désir extérieur général dans le terrestre.»[399] C'est dans cette qualité de «nature désirante» que le calcaire inorganique et mort s'exprime conformément à sa nature. Par les processus vitaux des plantes — et tout particulièrement du chêne — il est libéré graduellement de cet enchaînement au terrestre. De cet état vivifié, il est excrété dans l'écorce-rhytidome en un état qui se rapproche certes du minéral, mais qui, dans sa «structure», imprime au sein du tissu de l'écorce-rhytidome la marque de la forces formatrices de l'organisation du chêne — à travers l'oxalate de calcium qui y est enchâssé. Ne peut-on pas y voir le sens des trois étapes de retournement de la préparation décrites plus haut, à savoir que la «nature désirante» du calcaire mort se renverse en son contraire ? Il se transforme dans sa trame de forces en un état où il ne veut plus rien pour lui-même, mais communique aux plantes des forces par lesquelles elles peuvent se défendre contre les influences pathogènes et nocives venues de l'extérieur. Le calcium dans le calcaire est extrait, par les étapes processuelles de la préparation, de ses états fixés évolutivement ; d'un preneur, il devient un donneur, un guérisseur dans la vie des plantes.

En résumé, on peut dire : comme pour toutes les préparations, les différentes étapes de la composition n'agissent pas de manière additive, mais multiplikative. Il se forme des substances qui ne sont pas des variations de propriétés fixées par les lois de la nature et provenant du passé, mais des propriétés qui, dans des contextes vivants, rendent possible le développement. Dans le cas de la préparation d'écorce de chêne, c'est la propriété nouvellement acquise de renforcer la trame des corps constituants de la plante et d'agir ainsi profilactiquement contre les maladies des plantes.

Les substances naturelles et les forces qui, dans une composition inédite, produisent une substance fertilisante dotée d'une telle propriété, sont les suivantes :

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4. L'écorce de chêne : le chêne accomplit le processus de floraison dans un geste d'ouverture vers le cosmos — mais à travers son être, de manière plus «terrestre», ce qui s'exprime ensuite substantiellement dans l'écorce sous forme d'oxalate de calcium.

5. Le crâne d'animal domestique : il est métamorphosé par la conduite de l'homme. Dans l'animal sauvage, c'est l'esprit de l'âme de groupe qui configure ; dans l'animal domestique, l'esprit de l'homme vient s'y joindre.

6. La cavité crânienne, qui abrite le cerveau et est baignée de liquide cérébral, est un espace soustrait au contact immédiat avec le terrestre — un espace qui est un reflet microcosmique du macrocosme.

7. En hiver, la terre, spirituellement éveillée, se consacre à elle-même.

Dans ces quatre qualités s'exprime une tendance d'action centripète, orientée vers la terre. Elles se présentent séparées à l'état naturel. Lorsqu'on les met en rapport, à la fois spatialement et temporellement, sur la base de la boue végétale et des eaux atmosphériques affluant pendant le semestre d'hiver, le processus calcique se trouve doté de la propriété nouvelle de compenser thérapeutiquement les unilatéralisations dans le terrestre.

La composition du préparation de pissenlit

À la recherche d'une plante qui, par ses propres processus vitaux, soit capable de faire naître en elle «l'interaction juste entre la silice et le potassium, non le calcium», la recherche spirituelle trouve le pissenlit (Taraxacum officinale).[400] «Le modeste pissenlit jaune, là où il pousse dans une région, est un bienfait extraordinaire. Car il est le médiateur entre la silice finement répartie de manière homéopathique dans le cosmos et ce dont on a réellement besoin comme silice sur toute l'étendue de la région. Il est vraiment une sorte de messager du ciel.»[401] Le pissenlit est évolutivement prédisposé à attirer «de la manière juste la silice» «de tout l'entourage cosmique». «Car nous devons avoir la silice à l'intérieur de la plante. Et c'est précisément en ce qui concerne l'absorption de la silice que la terre perd avec le temps sa puissance. Elle la perd lentement, ce qui fait qu'on ne le remarque pas.»[402] Cette silice «est de la plus haute importance pour la croissance des

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plantes».[403] Le «silicium qu'elle contient est à son tour transformé dans l'organisme en une substance d'une importance extraordinaire, qui n'est actuellement pas répertoriée parmi les éléments chimiques».[404] Ici, le chercheur spirituel pointe à nouveau vers une énigme dont la résolution exige, de la part de l'observation sensorielle, des phénomènes isolés qui indiquent un contexte supérieur — «le lien spirituel» (Goethe) qui, comme tel, ne se révèle qu'à l'expérience spirituelle pensante.

L'image phénoménale du pissenlit

Le pissenlit révèle dans tous ses membres une profusion de phénomènes qui suscitent l'étonnement et témoignent d'un caractère unique, le distinguant même au sein de la famille si particulière des Composées (astéracées). C'est une fleur de printemps – quelques touches de jaune se retrouvent encore au début de l'automne. – Après le délicat voile blanc-violet de la cardamine des prés (Cardamine pratensis), les prairies, les pâturages, les bords de chemins se couvrent en avril d'un tapis jaune d'or de pissenlits en fleur. Cela se produit précisément au moment où la terre, sortant de son retrait hivernal, exhale à nouveau son être animique et spirituel dans l'atmosphère environnante. La mer de fleurs de pissenlit apparaît comme une image de cette reconnexion de la terre et du cosmos. Aussi vite qu'il est apparu fin mars, il disparaît du regard fin avril, caché par les herbes et plantes voisines qui poussent désormais rapidement. Durant toute l'année qui suit la floraison, il concentre et préserve les forces du cosmos et de la terre qui, l'année suivante, sous les rayons du soleil printanier ascendant, font jaillir soudainement, du jour au lendemain, vague après vague, les tiges florales. Celles-ci portent les boutons qui s'élèvent, s'ouvrent sur le large réceptacle floral et tournent vers le soleil leur capitule rempli de fleurons ligulés.

La forme de croissance du pissenlit est, dans sa racine, sa tige, sa feuille et sa fleur, d'une triarticulation prononcée (figure 32, p. 423). Cela indique une puissante action des forces astrales, qui aide le corps de vie de ce « messager du ciel » à accomplir ses étonnantes fonctions formatrices. Chacun de ses membres se manifeste comme une polarité de stase (repos) et de mouvement. Ce sont des forces astrales qui impriment cette contradiction à l'organisation éthérique du pissenlit. Cela vaut bien sûr, sous une forme maintes fois modifiée et moins

marquée, pour toutes les plantes à fleurs. Le corps

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astral de la plante, qui l'irradie de l'extérieur depuis le monde suprasensible, façonne, par une sorte d'action intérieure, les forces éthériques en perpétuel mouvement pour en faire des forces formatrices. Conformément à l'image essentielle de la plante, elles inhibent ou stagnent les processus vitaux, ou au contraire les activent pour une croissance vigoureuse. Chez les céréales, par exemple, le chaume croît d'une stase de croissance, le nœud, à la suivante. C'est de cette zone de stase que se développe, par une impulsion de mouvement, le segment de tige suivant (entre-nœud) et la feuille correspondante, qui enveloppe le chaume jusqu'au nœud suivant sous forme de gaine foliaire. À cette action intérieure qui s'éteint rapidement dans la forme, s'oppose de manière polaire une action astrale extérieure. Celle-ci se manifeste dans l'élément de l'air, maintenu en mouvement par la chaleur. Le principal composant de l'air est l'azote, minéral et mort (79 %), qui est le porteur physique de l'action des forces astrales. On peut dire qu'avec chaque souffle d'air qui caresse les feuilles, chaque coup de vent qui les fait osciller, qui fait balancer les rameaux et les branches ou qui fait ondoyer un champ de seigle en « vagues d'argent mouvantes »[405], une impulsion de mouvement est à l'œuvre – expression d'une action astrale extérieure.

Le pissenlit, en tant que plante herbacée vivace (durée de vie d'environ huit ans), se comporte de manière tout à fait différente. Il est de part en part dominé par l'action astrale intérieure qui façonne la vie, de façon comparable à l'ortie, mais polairement opposée. Tandis que l'ortie, s'affirmant elle-même et se présentant de manière défensive vers l'extérieur, donne à sa magnifique action intérieure une enveloppe protectrice, l'apparence du pissenlit montre à quel point il est entièrement livré à la fois à la terre et au cosmos. Bien que l'organisation astrale du pissenlit mette puissamment les forces éthériques à son service, son apparence est un modèle de volonté qui se donne, et non d'une volonté propre : « Le pissenlit jaune et innocent », ainsi que le qualifie le chercheur en science de l'esprit.[406] Une action extérieure au sens mentionné ci-dessus ne l'atteint guère.

Die Wurzel

La polarité de force vitale stasée et en mouvement imprime déjà puissamment son caractère à la racine. Cela apparaît d'un côté dans la forte puissance d'enracinement en profondeur de la racine pivotante, qui se ramifie dans la zone de l'humus de la couche arable une ou plusieurs fois

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et se ramifie. Les cordons racinaires pénètrent profondément dans le sous-sol minéral et ne s'y épanouissent en fine radicelle qu'à cette profondeur. Même des fragments de la partie supérieure de la racine pivotante peuvent, à partir de leurs deux extrémités sectionnées, se redévelopper en plante entièrement formée.[407] D'autre part, les parties supérieures de la racine primaire ramifiée s'épaississent dans la couche arable en une *rhizome-racine* charnue, à la manière d'une betterave. Elle est remplie d'une masse cellulaire lâche, traversée d'un réseau de tubes anastomosés. Ces canaux conduisent un suc laiteux blanc et muqueux, maintenu sous pression. Un effet de stase se manifeste ici, qui se laisse suivre jusqu'au sommet des tiges florales. Si l'on sectionne la racine, la nervure foliaire ou la tige florale, le suc laiteux sourd immédiatement ; toute la plante de pissenlit est en permanence sous une pression de sève accrue (*turgescence*). On peut dire aussi : le corps éthérique de cette plante est soumis en permanence à une « pression formatrice » de l'astral.

Pousse et feuille

En regard du « pôle sal » de la racine pivotante, la milieu mercurielle de la pousse et de la feuille du pissenlit se trouve étalement avec le passage dans le rhizome supérieur, dans une rosette foliaire prononcée (figure 32, p. 423). La tige est engagée dans le collet racinaire et demeure étayée à vie, tandis que les forces formatrices éthériques se jettent avec puissance dans les feuilles serrées, disposées en spirale. Les feuilles sont étroitement appliquées au sol — en hiver complètement ; au printemps elles se redressent. Les jeunes feuilles qui croissent à partir du cœur de la rosette s'érigent d'abord verticalement, pour s'incliner au fil du vieillissement progressivement dans le plan de la rosette, s'approchant de la terre. Tandis que se forment ainsi, du printemps à l'automne, de nouvelles feuilles — une centaine environ —, les plus anciennes disparaissent à la face inférieure de la rosette.

La haute puissance végétative des feuilles rayonne de la nervure centrale qui se dresse en plastique relief, et qui conduit elle aussi du suc laiteux. S'y raccorde le limbe foliaire, qui accompagne le long pétiole en se rétrécissant de haut en bas. Dans la succession foliaire, celui-ci est, à partir des cotylédons, allongé et arrondi dans sa partie supérieure. Mais bientôt la puissance végétative qui s'élance fortement vers le limbe rencontre la force de stase ou force formatrice qui lui oppose une résistance venue de l'extérieur. En pointes acérées puissantes (les « dents-de-lion »), elle pousse vers l'extérieur et subit, comme en contrecoup, de profondes échancrures vers l'intérieur. Naît ainsi l'image d'une feuille puissante, par endroits disharmonieuse des deux côtés, bizarre

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Abbildung 30: Stadien des Aufblühens, Welkens und der Bildung der Schirmchensphäre in der Samenreife (aus: Bockemühl, Järvinen, 2005, S. 96).

Forme marginale des feuilles allongées. Ce n'est qu'à la pointe de la feuille, dans la configuration triangulaire équilatérale en forme de heaume, qu'un équilibre harmonieux entre force de pulsion et force formatrice se réalise.

Die Blüte

La polarité de stase et de mouvement fait déjà de la racine pivotante, épaissie vers le haut par accumulation de sève, un membre du pissenlit qui semble se vivre de manière quasi autonome. Avec non moins d'indépendance — et même en steigerung —, la rosette de feuilles se déploie. Et puis la fleur surgit, entièrement dégagée de celle-ci, sans transition, dans une maîtrise accomplie de cette polarité, comme soustraite au terrestre.

Dans les aisselles des feuilles, au cœur de la rosette, les boutons floraux se trouvent dès l'automne. Ils hivernent « sous terre » : à l'automne, le collet racinaire qui se contracte les tire dans le sol. C'est un dernier impulsion de mouvement avant le repos hivernal. Au printemps cependant, dans les nuits d'avril, le pissenlit développe encore une sorte de tige qui jaillit verticalement. Avec les forces accumulées et mises en réserve au long du printemps tardif de l'année précédente, de l'été, de l'automne et de l'hiver, les boutons floraux s'élancent au sommet de la tige tubulaire — creuse, remplie d'air, conduisant elle aussi du suc laiteux. Le bouton floral est une petite tête verte et ronde, enclose dans plusieurs couches de bractées écailleuses. Sous les rayons chauds du jour naissant, elles s'ouvrent rangée par rangée et se rabattent vers le bas. Seules quelques-unes enveloppent encore les fleurs ligulées qui se déploient à présent depuis le réceptacle floral (figure 30).

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Au fur et à mesure que les dernières bractées se rabattent, cent à deux cents fleurs individuelles se déploient, serrées les unes contre les autres, sur le réceptacle floral élargi, en un jaune d'or rayonnant — une seconde rosette, à un degré supérieur, tournée vers le ciel. Elles s'ouvrent progressivement depuis le bord vers le centre du capitule. Celui-ci suit la course du soleil. En fin d'après-midi, une partie des bractées se redresse, tandis que simultanément le réceptacle floral s'abaisse, de sorte que toutes les fleurs ligulées se rassemblent en un faisceau dressé et se trouvent à nouveau enveloppées par les bractées à la manière d'un bouton. Par beau temps, cette ouverture et cette fermeture rythmiques peuvent se répéter plusieurs jours ; par temps de pluie et de grisaille, les capitules restent fermés. Après la floraison, une partie des bractées se soulève une dernière fois. Elles tiennent serrée, dans la formation de la graine qui s'accomplit à présent, toute la plénitude des fleurs. Pendant ce temps, la tige tubulaire continue de croître en hauteur, devançant les herbes et les graminées qui montent. Dans cette ultime enveloppe s'accomplit sur le réceptacle floral, en ce qui concerne la formation de la graine, un retournement de la façon suivante : la graine est enfoncée par sa tête dans le réceptacle floral, tandis que son pôle opposé, où sont attachés les sépales filiformes, pointe vers le haut, vers le ciel. Lors de la maturation de la graine, une nouvelle impulsion de mouvement s'anime : du pôle sépale de la graine croît une mince tige qui porte à son sommet les sépales filiformes, le pappus. En croissant vers le haut, ils repoussent les pétales fanés hors de l'enveloppe des bractées, vers le haut. Après cette longue préparation, les bractées se rabattent alors une dernière fois vers le bas, le réceptacle floral se bombe et s'arrondit en une sphère sur laquelle apparaît, portée par de longs pédicelles, la filigrane « boule-à-souffler » (figure 30, p. 409). Elle est toujours entièrement formée dans ses nombreux petits parachutes individuels, car toutes les akènes se sont développées dans le réceptacle floral. Arrivées à maturité, les graines se libèrent du réceptacle floral et partent à la dérive, une à une, au premier coup de vent.

Cette ouverture et cette fermeture répétées du capitule bordé de bractées, le mouvement du réceptacle floral et le rayonnement de la colonie de fleurs vers la périphérie sont des gestes expressifs qui indiquent par l'image la proximité de l'action du corps astral de cette plante composée particulièrement hautement développée. Mais cela ne suffit pas encore ; elle irradie à nouveau pendant la formation de la graine, transforme les fins cotylédons en petits parachutes d'un éclat argenté, qui s'ordonnent à la ressemblance de la forme sphérique du cosmos, comme autant d'étoiles. Les cotylédons, qui se déploient ordinairement dans le terrestre-aqueux, se retournent et se tournent vers l'air,

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Wärme et lumière vers le cosmos. Dans un dépassement encore plus grand de ce qui précède, il surgit pour un instant, dans l'enveloppe transparente des petits parachutes, un espace intérieur empli d'air et de lumière. On peut se demander si cet espace intérieur aux contours si délicats n'est pas le fidèle reflet physique-sensible du pouvoir du pissenlit d'attirer la silice depuis le cosmos — d'être ainsi «vraiment une sorte de messager du ciel».

Le suc laiteux

Outre le pissenlit, d'autres espèces de composées portent aussi dans leurs tissus du suc laiteux, comme la chicorée sauvage (Cichorium intybus), la laitue scariole (Lactuca serriola), le laiteron des champs (Sonchus arvensis), ainsi que les Euphorbiacées (Euphorbiaceae). Il s'agit d'une émulsion laiteuse blanche qui, dans le cas du pissenlit — et c'est ce qui le rend unique —, parcourt uniformément toute la plante à travers des canaux tubulaires. De la racine renflée en navet, ils s'étendent par la tige refoulée dans le collet jusqu'à la nervure centrale des feuilles, et enfin remontent à travers la tige florale aérée jusqu'au réceptacle floral. Le suc laiteux relie en un tout les membres du pissenlit qui paraissent si distincts les uns des autres. On se trouve devant une énigme ! Ne faut-il pas attribuer à ce suc laiteux une nature aussi bien saline que sulfureuse, et combien plus encore une nature mercurielle ? Ne réunit-il pas en lui toutes les trois qualités ? Existe-t-il seulement ici le principe fondamental de la plante à fleurs — l'épuration progressive du minéral et son éthérisation dans le processus de floraison ?

Le suc laiteux est un sécrétat issu des cellules marginales soudées entre elles des canaux laticifères interconnectés. C'est une masse substantielle composée par l'organisation éthérique de cette plante, qui contient, dans des rapports de quantités déterminés, tout ce qui se configure ensuite dans les formes hautement spécialisées de la racine pivotante, de la rosette de feuilles et du capitule. L'analyse révèle une telle diversité de substances dissoutes et en suspension qu'il paraît légitime de dire : On a ici devant soi un état originel de la vie sous une forme d'apparition issue des temps évolutifs premiers du développement de la Terre, où les règnes de l'être minéral, végétal et animal ne s'étaient pas encore séparés les uns des autres — une composition substantielle d'une vie omnipotente. Certains groupes de substances sont soumis, selon le lieu de station, à de fortes variations saisonnières — ainsi l'inuline, un polysaccharide constitué de fructose, qui est presque entièrement consommée avec la croissance printanière et se reconstitue à des taux élevés à l'approche de l'automne.

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se charge en teneur. La racine printanière présente le plus de principe amer, la racine d'août le plus d'*Inuline*, la racine de septembre le plus de *Taraxine*, la racine d'octobre le plus de *Lévuline*.[408] Le suc laiteux est constitué d'une substance de base semblable à l'eau — le liqueur *Taraxacum* —, dans laquelle sont dissoutes de nombreuses substances minérales, entre autres le potassium et la silice, ainsi que des composés organiques tels que des protéines, des tanins, des alcaloïdes, des vitamines.[409] Les substances en suspension dans cette solution sous forme de fines gouttelettes sont des résines ainsi que principalement du caoutchouc avec une enveloppe protectrice colloïdale de protéines. Dans les cendres de la plante entière, on trouve 7 % de silice, 40 % d'oxyde de potassium, 8 % d'oxyde de magnésium, 28,6 % d'oxyde de sodium, ainsi que des traces de zinc, cuivre, manganèse et soufre.[410] Les valeurs de teneur des substances analytiquement décelables fournissent, au-delà de leur simple présence, peu d'indications permettant de reconnaître un lien avec l'être formateur. On reçoit davantage d'information lorsqu'on considère certaines compositions de substances, par exemple des substances actives et leurs effets thérapeutiques. Mais celles-ci non plus ne disent rien sur la totalité du pissenlit qui engendre ces effets. Aussi longtemps qu'on acceptait cet ensemble comme une donnée naturelle, le pissenlit valait comme plante médicinale officinale. Maintenant que les substances actives regardées comme curatives sont isolées et synthétisées, ou peuvent être remplacées par d'autres substances synthétiques, le pissenlit a perdu son statut honorifique d'être une plante médicinale. Il ne retrouvera ce statut — et avec lui toutes les autres plantes médicinales — que lorsqu'on cherchera à reconnaître le rapport relationnel des substances entre elles comme une configuration de forces, dont l'architecte, sous la direction des forces astrales agissant de l'extérieur, est le corps éthérique ou de vie de la plante médicinale en question. Les composés organiques singuliers ont certes reçu leur empreinte de la totalité de l'organisation éthérique, mais ils ne la représentent pas de façon pleinement valide.

Pour cela, il faudrait apprendre à connaître le compositeur qui s'est créé, dans le tableau phénoménal du pissenlit, un autoportrait dans cet agencement déterminé de substances. Ce compositeur en tant que grand artiste ne peut être trouvé que par la connaissance de l'esprit. C'est la recherche spirituelle seule qui ouvre le « lien spirituel »,[411] qui relie de manière signifiante les faits empiriques isolés. Une telle fondation de sens par la science de l'esprit montre que dans le pissenlit, à la différence de l'achillée millefeuille, de la camomille et de l'ortie,

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il existe, non pas un rapport relationnel entre le soufre et les substances terrestres que sont le potassium, le calcium et le fer, mais bien un rapport de la silice au potassium. Dans le vivant, le potassium a pour rôle de relier le corps éthérique au corps physique ; à l'antipode se tient la silice. À la différence du soufre, la silice crée une sorte de rapport sensoriel entre ces deux corps constituants et les forces cosmiques-astrales qui agissent depuis le pôle métabolique, l'«individualité agricole». Cette interaction particulière du potassium d'en bas et de la silice d'en haut s'accomplit, peut-on supposer, dans le suc laiteux qui parcourt toute la plante. Ne doit-on pas voir en lui — dans le contexte du pissenlit qui se déploie en une forme phénoménale triarticulée tournée vers l'extérieur — le «médiateur [voir ; note de l'auteur] entre la silice finement et homéopathiquement distribuée dans le cosmos et ce qui est véritablement requis comme silice sur toute une région»?[412] Se pose ici la même question qu'à propos de l'azote de l'air : la silice se trouve pourtant dans le sol en abondance — sous forme solide, colloïdale et dissoute —, pourquoi donc faire entrer de la silice depuis le cosmos d'une manière aussi complexe et de surcroît en si faibles quantités ? Il s'agit manifestement de deux états d'action polaires l'un de l'autre de la silice, ou plus précisément du silicium qui en détermine l'efficience. Le premier état d'existence de la silice, ce sont le quartz et les silicates. Ils sont le fruit du devenir et du disparaître des états terrestres passés. En tant que roches et sous leur forme d'altération, ils constituent l'armature minérale fondamentale des sols. C'est à cette silice liée à la terre que la racine de la plante est en rapport. Le second état d'action de la silice se manifeste au pôle métabolique au-dessus de la terre, cette «silice finement et homéopathiquement distribuée dans le cosmos».[413] On pense aussitôt aux poussières météoritiques attirées dans le champ d'attraction de la terre. Mais celles-ci tombent d'elles-mêmes vers la terre. Cette minéralisation terrestre ne peut certainement pas être ce dont il s'agit. L'affirmation de Rudolf Steiner est que «la juste interaction du potassium et de la silice dans la plante doit être présente afin d'attirer à soi le cosmique».[414] C'est un processus actif qui émane de la plante et qu'il s'agit de vivifier à l'aide d'un fumier convenablement préparé.

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Ce que l'on désigne ici entre autres comme «silice cosmique» renvoie à un état immatériel, éthérique-astral. «Nous pourrions peu à peu, en continuant à fumer sans discernement, empêcher la terre d'absorber ce qui est actif sous forme de silice, de plomb, de mercure», «ce qui [...] vient de la périphérie du monde et doit être absorbé dans la croissance des plantes».[415] La terre perd la capacité d'accueillir ces substances cosmiques. Pour contrecarrer cette perte, il faut à nouveau une préparation spéciale du fumier : la préparation de pissenlit. Elle communique au sol et à la plante la faculté qui appartient en propre au pissenlit de manière particulière : mettre le potassium et la silice, dans les processus vitaux des plantes, dans un tel rapport réciproque qu'ils acquièrent la capacité d'«attirer à soi la silice cosmique». Chez le pissenlit, ce rapport réciproque naît du fait qu'il élève les deux substances terrestres absorbées par la racine — le potassium et la silice — de l'état anorganique-physique à l'état éthérisé. Le suc laiteux, dans son omnipotence, est certes plus proche de son image originelle, et pourtant il en est, sous cette forme d'apparition, tout autant un reflet — au même titre que son rythme en stase et en mouvement, et la montée en puissance de ce rythme depuis la racine, à travers la rosette de feuilles, jusqu'à son apogée dans les capitules. Le pissenlit est «une sorte de messager du ciel» ; son image phénoménale l'annonce.

La silice ainsi rayonnée depuis le cosmos et absorbée par les processus vitaux de la plante entre en relation avec la silice absorbée depuis la terre, laquelle se trouve en rapport réciproque avec le potassium. C'est seulement dans cette sorte de synthèse que l'on trouvera vraisemblablement une amorce de compréhension pour cet état de choses énigmatique décrit par le chercheur spirituel. La silice contient le silicium. «Le silicium est à son tour transformé, dans l'organisme, en une substance d'une importance extraordinaire, qui n'est actuellement [c'est-à-dire en 1924 ; note de l'auteur] pas du tout répertoriée parmi les éléments chimiques.»[416] Est-ce cette substance transformée par laquelle les substantialités cosmiques évoquées deviennent accessibles de manière nouvelle à la croissance des plantes ?

Le pissenlit réunit en lui, en tant que forme d'existence évolutive la plus ancienne de la vie, le suc laiteux, avec une force formatrice cosmique-terrestre accomplie dans le présent. Son image phénoménale en parle. Est-ce cette synthèse qui confère au pissenlit, surtout dans son processus de floraison éminemment mis en valeur, la propriété singulière de rayonner vers le terrestre

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et faire converger en une unité la silice ainsi rayonnée depuis le cosmos — en transformant dans le vivant «le silicium contenu dans la silice» en une «nouvelle substance» ? Une réponse affirmative est suggérée par la procédure de la préparation ultérieure du pissenlit et par la wirksamkeit du préparé achevé.

Au point de départ de la préparation se pose la question : peut-on capturer le potentiel de forces du pissenlit, le concentrer, conserver ce concentré et l'utiliser sous forme d'un engrais de telle manière qu'il se communique au sol et aux plantes qui y croissent ? Dans le défleurement du pissenlit, ce potentiel s'éteint. La dernière manifestation vitale est la transformation des cotylédons en pappus pédonculé, qui porte sous sa petite ombelle la graine. Avant que n'advienne cet achèvement artiste, le processus vital du pissenlit, qui atteint son apogée dans les capitules, doit être maintenu en mouvement. Cela ne peut s'accomplir qu'au moyen d'un organe-enveloppe issu du règne naturel immédiatement supérieur, le règne animal. L'animal met ses processus vitaux au service de son être intérieur animique et les maintient en mouvement par lui. Selon la recherche spirituelle de Rudolf Steiner, c'est le péritoine, ou plus précisément le mésentère du bœuf, qui remplit cette tâche pour les capitules du pissenlit.

Le péritoine et le mésentère du bœuf

Il sert d'organe-enveloppe issu du règne animal pour la préparation des capitules de pissenlit. Le péritoine (Serosa, Peritoneum) revêt la cavité abdominale et tous les organes qui s'y trouvent, ainsi que la cavité pelvienne. Dans les cavités abdominale et pelvienne, il constitue la membrane limitrophe du pôle métabolique au sens propre. La cavité thoracique, centre du système rythmique avec le cœur et les poumons, est elle aussi tapissée d'un Peritoneum, la plèvre. Mais celui-ci est strictement séparé du péritoine par le diaphragme (Diaphragma). Le Peritoneum est un organe cutané retourné, inversé vers le monde intérieur du corps. Sa surface, tournée vers l'intérieur, est formée de cellules pavimenteuses enchâssées dans une membrane basale. Celle-ci repose sur le tissu conjonctif et musculaire des parois des enveloppes d'organes ou des cavités corporelles. Si on la détache, on tient dans les mains une peau translucide, brillante, semblable à une membrane. Elle est parcourue par un fin réseau de fibres nerveuses qui se centrent en ganglions individuels pour finalement converger dans le grand centre ganglionnaire du plexus solaire (Plexus solare), lequel se situe chez le bovin sous la colonne vertébrale, à la limite

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entre les vertèbres thoraciques et lombaires. Ces plexus nerveux appartiennent au système nerveux végétatif, qui se divise en système sympathique et en système parasympathique, son pôle opposé. Leur efficacité régulatrice se déroule profondément dans le subconscient.

La simple observation anatomico-fonctionnelle du péritoine n'éclaire que peu sa signification profonde. On constate une forte innervation, un film humide qui permet le glissement des organes de la cavité abdomino-pelvienne, en particulier du paquet d'anses de l'intestin grêle, et la capacité étonnamment élevée de résorption du liquide corporel ; il assure, en lien avec la lymphe et les ganglions lymphatiques, la détoxication – au sens d'une sorte de digestion – des substances étrangères à l'organisme. Ce mode d'observation, qui se limite à des faits plutôt extérieurs, s'élargit aussitôt que l'on s'interroge sur la signification de cette forte innervation. Le péritoine apporte une réponse. C'est un organe des sens, qui se porte sur ce qui s'accomplit comme activités hautement spécifiques dans les différents organes de cet espace intérieur, et qui saisit en même temps la somme de ces activités, dans l'inconscience, comme un tout, pour ensuite, à partir de ce tout, coordonner et harmoniser les activités des organes.

De même que la peau extérieure et les quatre sens médians qui y sont enchâssés – sens de la chaleur, de la vue, du goût et de l'odorat – [417][418] transmettent à la conscience de veille un reflet sensible de la réalité de l'être, de même la peau intérieure du péritoine transmet la révélation de cette réalité essentielle elle-même ; ce dernier point étant principalement en lien avec le sens vital. Celui-ci nous informe sourdement de nos états corporels. Il fait partie, avec le sens de l'équilibre, le sens du mouvement propre et le sens du toucher, des sens inférieurs, les sens de la volonté.[419] En raison de leur proximité avec le vouloir, leur activité repose dans le subconscient le plus profond, celui du sommeil sans rêves ; elle est en relation directe avec la réalité spirituelle de l'être. L'organe sensoriel du péritoine ne perçoit donc pas un vis-à-vis objectif, mais il plonge dans les manifestations de l'être essentiel qui s'expriment dans l'activité des organes des cavités corporelles. Ainsi, l'activité de la vessie, en tant qu'organe de concentration et d'excrétion, est autre que celle de l'intestin grêle, organe d'insécrétion des sucs digestifs. Autres encore sont les activités du foie, du pancréas, de la rate, etc. Le péritoine est

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d'une part intriqué à l'être essentiel et à l'activité (efficacité, fonction) de chacun des organes de la cavité abdominale, et d'autre part, il transmet simultanément la somme de ces activités au centre ganglionnaire principal du plexus solaire. C'est pourquoi l'on peut aussi nommer le péritoine, avec les plus petits nœuds ganglionnaires et le grand centre ganglionnaire, le ciel intérieur. D'autres dénominations de ganglions de la cavité abdominale, choisies de toute évidence intuitivement, comme le « ganglion étoilé » (Ganglion stellatum) ou le Ganglion coeliacum (Coelum = ciel), indiquent également la parenté avec le macrocosme. « La cavité corporelle est un ciel, une enclave cosmique.[420] C'est ici, dans le règne animal, et particulièrement chez les ruminants et parmi eux surtout chez le bovin, que cette référence au ciel trouve sa configuration la plus achevée. Dans l'acte de rumination, la vache ne perçoit pas des reflets d'un monde extérieur donné aux sens, mais, sous forme d'images agissantes, une révélation de la réalité essentielle qui sous-tend ce monde.

Compte tenu de la relation du péritoine avec les multiples activités autonomes des organes de la cavité abdominale, qu'il enveloppe un à un, la question se pose de savoir quelle partie de celui-ci entre en ligne de compte pour la préparation. Dans son Cours aux agriculteurs, Rudolf Steiner nomme le mésentère de bœuf : « On ramassera les capitules jaunes du pissenlit, on les laissera un peu se flétrir, on les pressera, on les coudra dans du mésentère de bœuf. »[421] À la question de savoir ce qu'il faut entendre par mésentère de bœuf, la réponse est : « C'est le péritoine qui est visé. À ma connaissance, par mésentère, on entend le péritoine. »[422]

Jusqu'à ce jour, ces affirmations ont conduit dans la pratique au doute suivant : l'essentiel est-il le péritoine en général, ou spécifiquement le mésentère, qui n'est qu'une partie du péritoine ? Si c'est le premier cas, le grand épiploon (Omentum majus) s'offre bien plus facilement pour la préparation, et moins le petit épiploon (Omentum minus), qui relie le foie et l'estomac en un double feuillet. Le grand épiploon, également un double feuillet du péritoine, se place comme un tablier entre la paroi ventrale de l'estomac et le paquet d'anses intestinales. Il descend de l'estomac jusqu'à la partie inférieure de la cavité abdominale, y forme une grande boucle, se retourne vers le haut et recouvre les intestins tel un bouclier protecteur et chaud.[423] Il en va différemment du mésentère (Mesenterium).

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Abbildung 31: Querschnitt durch die Bauchhöhle des Rindes. Die Bauchfell-Serosadoppellamelle in Beziehung zur Dünndarmverdauung.

Attaché à la paroi de la cavité abdominale, juste sous la colonne vertébrale, il porte l'ensemble du paquet d'anses intestinales. Des deux côtés de la cavité abdominale, le péritoine simple feuillet de la paroi s'accole pour former un double feuillet de séreuse, le mésentère, de telle sorte que ses faces sensoriellement actives soient tournées vers l'extérieur, dans la cavité abdominale (Figure 31). Les doubles feuillets de séreuse se séparent au niveau de l'intestin grêle (Jejunum) et le gainent en un feuillet unique. Le mésentère forme ainsi une collerette de plis qui, à travers une bonne partie de la cavité abdominale, suit les anses de l'intestin grêle étroitement serrées les unes contre les autres. Entre les deux feuillets de séreuse du mésentère se trouvent les faisceaux nerveux (ils se ramifient dans les deux feuillets et sont en lien avec le processus digestif dans l'intestin grêle), ainsi que les voies sanguines artérielles et veineuses (elles maintiennent les processus vitaux intenses dans l'intestin), les vaisseaux lymphatiques (ils absorbent les sucs digestifs [Chylus] via la muqueuse intestinale [Mucosa]), les ganglions lymphatiques (ils ont un effet détoxifiant), et enfin du tissu conjonctif et des dépôts de graisse. La structure du mésentère, en tant que partie du péritoine, se constitue donc de telle manière qu'il est à la fois organe des sens et organe d'activité. Il sert de médiateur entre l'activité digestive (monde extérieur) et l'organisme global (monde intérieur), et inversement.

Si l'on considère ce rapport à l'activité, la différence entre le mésentère et les épiploons (Omentum majus et minus) devient plus claire. Le terme « péritoine », que Rudolf Steiner mentionne dans la séance de questions du Cours en lien avec le mésentère, désigne un général,

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pour ainsi dire l'idée d'un organe des sens global, plongeant dans l'obscurité sensorielle du métabolisme et soustrait à la conscience. Le terme « mésentère », mentionné dans la cinquième conférence du Cours aux agriculteurs, désigne un spécifique, un champ fonctionnel sur lequel le général se transpose en une activité hautement spécifique, précisément celle que l'on ne trouve sous une forme aussi achevée que dans le tube digestif. Son caractère unique découle du lien intime avec la « disposition du Je » discutée dans le chapitre « Le bovin » (p. 146 sq.). La prédisposition à celle-ci chez le bovin est préfigurée dans le long parcours d'une intense activité digestive, culminant dans la rumination. Le résultat de cette assimilation digestive de la matière est perçu par la séreuse péritonéale du mésentère. Il rayonne comme une force astrale à l'intérieur du corps ainsi que dans la circulation sanguine, et est transporté par celle-ci jusqu'au pôle neuro-sensoriel de la tête et aux cornes qui la surmontent, où il est retenu. Ceci déclenche à un niveau supérieur une nouvelle impulsion de conscience, dont le résultat rayonne à son tour en retour dans la cavité corporelle et se communique, par le biais des deux feuillets de séreuse du mésentère, au contenu intestinal. Celui-ci est alors imprégné de forces qui, partant de l'activité vitale actuelle du bovin, ont trouvé le chemin de sa réalité essentielle suprasensible. Avec l'excrétion, ce potentiel de forces, la « disposition du Je », parvient au monde extérieur. Il confère au fumier de bovin sa force fertilisante unique et durable. Ce processus, issu de l'être supérieur du bovin, peut être considéré comme une indication supplémentaire que le péritoine représente un « général », tandis que le péritoine du mésentère à double feuillet représente un « spécifique ». Ce dernier accomplit dans le « ciel intérieur », dans le cosmos inversé, la tâche centrale, à savoir celle de transmettre le processus digestif du ruminant à l'organisme, et de l'organisme en retour au système digestif, qui devient alors fumier.

Ce processus, qui implique l'être entier du bovin, n'est accompli ni par le grand ni par le petit épiploon. Tous deux ont des fonctions spécifiques en dehors du processus digestif et des étapes de métamorphose qui y sont liées vers une action supérieure des forces. Ils présentent certes une structure anatomique similaire, avec un double feuillet de séreuse et, entre les deux, des voies nerveuses, sanguines et lymphatiques, des ganglions lymphatiques et du tissu conjonctif, ce dernier étant toutefois fortement réduit. La répartition réticulaire du tissu adipeux stocké est caractéristique du grand épiploon. Mais que signifie cette parenté anatomique ? La fonction sensorielle est fondamentalement différente. C'est une fonction qui – peut-on supposer – se porte sur la perception et la régulation de l'interaction harmonique des

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organes de la cavité abdominale, et surtout sur l'activité de l'intestin grêle et du gros intestin en relation avec l'activité en amont de l'estomac et des pré-estomacs. Ce qui se passe dans le rumen doit être harmonisé en corrélation simultanée avec ce qui se déroule dans la digestion intestinale, et inversement. De plus, le grand épiploon est immergé perceptivement dans l'équilibre hydrique de la cavité abdominale et le régule par la sécrétion et la résorption. Il assure en outre la défense contre les substances étrangères à l'organisme. En raison de cela et de sa grande mobilité, on a aussi qualifié le grand épiploon de « grand torchon de la cavité abdominale ».[424]

Ce qui, en tant qu'organe-enveloppe pour les capitules du pissenlit, plaide sans équivoque en faveur du mésentère de bœuf, peut être vu dans ce qui suit : en tant que composée hautement évoluée, le pissenlit a le pouvoir d'attirer du cosmos l'être substantiel de l'acide silicique. Le mésentère de bœuf, de son côté, a le pouvoir, grâce à son activité sensorielle tournée vers l'intérieur, vers l'action des substances dans la digestion de l'intestin grêle, de doter l'acide silicique encore immatériel d'une sorte d'intériorité sentante. Pour rendre utilisable pour la croissance végétale ce potentiel, qui est disposé en germe dans la fleur de pissenlit et dans le mésentère de bœuf comme résultat d'un devenir évolutif, il faut à son tour une préparation qui naît de la connaissance de l'esprit de l'être humain et qui, dans le rythme du cours du temps, jette un pont par-dessus les frontières entre les règnes de la nature.

Les étapes de la préparation

Le moment propice pour la cueillette – ceci est valable pour l'Europe centrale – est un jour ensoleillé d'avril. Les capitules se sont ouverts aux premières heures du matin, s'épanouissent rangée après rangée depuis le bord et déploient radialement leurs fleurons ligulés. Vers dix heures du matin, on atteint généralement un stade où, au centre de la fleur, il reste encore une petite tête de fleurs serrées les unes contre les autres. Dans le court laps de temps d'environ une heure avant que la pleine floraison ne s'installe, les fleurs doivent être cueillies de leurs tiges tubulaires et étalées pour sécher ou être séchées à l'air chaud. Une cueillette l'après-midi, en pleine floraison ou pendant la saison de floraison avancée, doit être évitée en raison du risque de passage prématuré à la formation de pappus ou de graines.

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Dans la première étape de la préparation, les capitules, selon leur degré de séchage, sont légèrement humidifiés avec un extrait de feuilles de pissenlit, quelque peu compressés, enveloppés de toutes parts par des morceaux de mésentère et liés avec une ficelle de chanvre (pas de plastique) pour former un petit paquet. « Alternativement » au mésentère, on préfère souvent, en raison de sa manipulation plus simple, le grand épiploon (Omentum majus) ; il est plus étendu et généralement moins chargé de graisse. Il s'attache à l'estomac et n'a par ailleurs aucun lien direct avec le paquet intestinal.

L'enveloppement avec la membrane du mésentère conduit à un premier renversement du processus naturel et donc à un premier pas d'émancipation par rapport à celui-ci : le geste rayonnant des fleurs de pissenlit, tourné vers le cosmos, est maintenant tourné vers l'intérieur, remplissant un espace intérieur. Il en va autrement du péritoine, qui tapissait la cavité abdominale tel une « voûte céleste », enveloppait tous les organes abdominaux et donc aussi artistement les anses de l'intestin grêle, et se tenait en relation sensorielle avec l'activité digestive cachée ; il est maintenant tourné vers l'extérieur. La double lamelle ou double séreuse décrite du mésentère déploie maintenant d'une nouvelle manière une activité sensorielle dirigée vers l'extérieur et vers l'intérieur. Vers l'intérieur, celle-ci est dirigée, par la séreuse de la lamelle retournée, vers un processus vital qui a atteint un sommet évolutif dans les capitules du pissenlit, tandis que la séreuse de la lamelle tournée vers l'extérieur s'ouvre aux forces qui rayonnent de l'extérieur, du cosmos et de la terre. Vu ainsi, la fonction sensorielle unitaire du mésentère bovin se scinde en une double fonction polaire. Les faces de tissu conjonctif des deux lamelles restent intactes ; elles continuent d'adhérer l'une à l'autre et forment pour ainsi dire le lien entre les sphères de perception polaires.

L'organisation physique et vitale du pissenlit est évolutivement orientée pour façonner une relation entre le potassium et l'acide silicique, culminant dans la fleur. À cela se rattache la question de savoir si, dans ce lien conjonctif mentionné, en quelque sorte comme synthèse de cette nouvelle relation intérieur-extérieur, cette relation ne peut pas être maintenue en flux au-delà de la limite qui est évolutivement fixée au développement de la plante. L'importance du mésentère ne réside-t-elle pas précisément dans le fait que, d'une part dans son unité fonctionnelle avec la digestion de l'intestin grêle et d'autre part en raison de la fonction de sa double lamelle dans la première étape de la préparation, il met en relation deux mondes de forces polaires ? N'est-ce pas ainsi que sont créées sur terre les conditions pour que la propriété unique du pissenlit, celle de « faire venir l'acide silicique du cosmos »,

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puisse être transmise à la vie du sol et des plantes par le biais de la fumure ? Ces questions ne trouveront de réponse que dans le rapport personnel que l'on établit, par l'action et la pensée, avec les choses et les êtres. Elles se posent face à la pratique observée en certains lieux de séparer les deux lamelles de séreuse, généralement celles du grand épiploon, de manière à créer une sorte de poche dans laquelle les capitules sont fourrés et dont les extrémités ouvertes sont ensuite recousues. Cela signifie que l'enveloppe n'est constituée que d'une seule couche, c'est-à-dire que c'est l'effet du péritoine en tant que généralité (revêtement de la cavité abdominale) qui s'exprime, et non celui du mésentère en tant que particularité.

La deuxième étape de la préparation n'a trouvé une plus grande attention dans la pratique qu'après la publication, avec la cinquième édition du Cours aux agriculteurs (Dornach 1975), des notes de Rudolf Steiner sur les conférences du cours. Dans celles-ci, il note à propos de la préparation de pissenlit : « Suspendre dans le mésentère dans l'air. »[425] Dans la cinquième conférence du cours, cela n'est pas mentionné en ces termes, mais il est immédiatement fait référence à la troisième étape : « Là, il faut bien sûr l'exposer [les fleurs de pissenlit enveloppées dans le mésentère ; note de l'auteur] à l'action de la terre, à l'action de la terre pendant la période hivernale. »[426] C'est ainsi que cela a été largement pratiqué dans les décennies suivantes. Mais la question est toujours restée ouverte de savoir si cela signifiait que la deuxième étape était omise, ou comment il fallait comprendre la phrase suivante : « Mais il s'agit maintenant de gagner les forces environnantes en le traitant de la même manière que l'autre. » L'énigme se résout avec la citation ci-dessus tirée des notes, « suspendre dans l'air ». Elle interprète « les forces environnantes » qui sont actives pendant l'été dans l'air et la chaleur au-dessus de la terre. La remarque « qu'on le travaille de la même manière que l'autre » doit donc être interprétée dans le même sens que dans le cas de l'achillée millefeuille, où l'exposition de la préparation aux forces de l'été et de l'hiver a été décrite en détail.

Dans la deuxième étape de la préparation a lieu un deuxième acte de renversement et donc un acte équivalent d'émancipation par rapport au processus naturel (Figure 32). Ce qui appartenait auparavant à l'être intérieur de la vache, et même devait toute son existence au service de celui-ci, est maintenant un organe du monde extérieur, au service des forces qui rayonnent depuis la périphérie cosmique.

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Abbildung 32: Metamorphosen der Stoffanordnung in den drei Schritten der Präparation des Löwenzahnpräparates.

Inversement, les fleurs de pissenlit, qui dans le monde extérieur se tournent vers le cosmos et lui doivent leur existence, sont maintenant enfermées dans une enveloppe d'organe animal, dans laquelle le concentré de forces des fleurs de pissenlit s'unit aux forces du macrocosme, qui sont transmises à ce concentré par l'enveloppe d'organe du mésentère bovin.

Il s'agit maintenant de sécher suffisamment les capitules cueillis en avril, de les envelopper aussitôt avec les morceaux de mésentère d'une vache d'âge moyen, si possible issue du troupeau de la ferme, et de suspendre dans l'air le paquet ficelé, de forme sphérique, à l'abri des oiseaux. Pendant le semestre d'été jusqu'aux alentours de la Saint-Michel, il reste ainsi au-dessus de la terre, exposé aux forces du soleil et des planètes dans la chaleur et l'air. Celles-ci entrent en interaction avec les substances terrestres, le potassium et l'acide silicique, élevées à l'état éthérique dans la fleur. C'est à ce niveau de l'éthérique, peut-on supposer, que peut seulement naître la « relation entre le potassium et l'acide silicique » sur laquelle la recherche de l'esprit attire l'attention, et qui confère au pissenlit la faculté, en tant que « messager du ciel », de faire venir l'acide silicique cosmique. Que ceci soit une tentative de montrer l'enchaînement des relations selon lequel la première étape doit nécessairement être suivie de la deuxième,

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à savoir l'exposition du paquet de mésentère aux forces atmosphériques.

Dans la troisième étape de la préparation s'accomplit un troisième processus de renversement et d'émancipation (Figure 32, p. 423). Ce qui, pendant le semestre d'été, était exposé au-dessus de la terre, dans le « ventre de l'individualité agricole », aux forces périphériques du cosmos planétaire, est maintenant exposé aux forces qui, depuis la périphérie des étoiles fixes, agissent par la voie de la terre dans l'élément terreux-aqueux. Alors qu'en été ce sont principalement des forces astrales qui rayonnent depuis la sphère solaire et les sphères planétaires et s'impriment dans la substance des fleurs de pissenlit par l'intermédiaire des enveloppes d'organes animaux, en hiver, dans la terre, ce sont surtout des forces du Je, agissant depuis le monde spirituel supérieur, qui se conforment à la substance florale.

La procédure pour la troisième étape de la préparation est la suivante : après le début de l'automne, vers la Saint-Michel, les paquets sphériques sont retirés et enterrés dans la terre, à une profondeur correspondant à la transition entre la couche arable humifère et le sous-sol plus riche en argile et en sable fin. La fosse est ensuite rebouchée et pourvue, près de la surface du sol, d'un grillage pour la protéger des chiens et des renards. Jusqu'à ce que l'odeur du mésentère se soit dissipée vers l'hiver, une couverture de bois ou de pierre peut également être utile à cette fin.

Au printemps, vers la période de Pâques, la préparation, dont l'enveloppe de mésentère est en général fortement décomposée, est retirée et conservée dans des récipients en terre cuite, qui sont enveloppés de toutes parts de tourbe pulvérulente. Avec la préparation achevée, dont les capitules ont largement conservé leur structure, une nouvelle matérialité est à nouveau apparue – ou mieux : un nouvel agencement des substances, comme point de référence pour un potentiel de forces d'un genre entièrement nouveau. Sur le chemin de sa création, guidée par l'esprit et la main de l'homme, elle a été maintenue dans le vivant et déploie son efficacité dans le vivant.

Application et efficacité

Le préparation de pissenlit est, comme les autres préparations, un engrais de forces. Il agit comme ceux-ci sur la « consonance du Verbe des Mondes créateur, formateur et configurateur »[427], c'est-à-dire, rapporté aux préparations, sur les forces vitales, astrales ou animiques ainsi que sur les forces essentielles formatrices ou les forces du Je, ces dernières conférant aux plantes depuis les profondeurs de la terre la force de redressement

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verleihen.[428] Ils créent, forment et configurent dans le sol fertile ainsi que dans les plantes fructifères ce qui s'inscrit comme « milieu-diaphragme » entre la « tête et le ventre » de l'individualité agricole. C'est de façon singulière que cela vaut pour la préparation de pissenlit. Combien de conditions pleines de rapports doivent-elles s'accorder pour conférer à la fleur du pissenlit la faculté d'une sorte de force sensorielle, capable d'attirer la silice depuis la périphérie cosmique ? Quel contexte vivant de relations doit-il régner dans le métabolisme de la vache pour créer, avec le mésentère, un organe qui entretient d'un côté un rapport sensoriel avec les substances du flux alimentaire venant de l'extérieur, et qui transmet de l'autre le résultat de cette perception à l'être astral de la vache ? L'union des deux — de la fleur et du mésentère péritonéal — crée une synthèse d'un ordre supérieur, une substance fertilisante dont l'action représente une intensification des deux qualités polaires.

Il en résulte une nouvelle composition substantielle dans le vivant, un engrais qui veille, de façon encore plus intime, à ce que l'organisation suprasensible-astrale des plantes cultivées s'imprime dans leur organisation éthérique et, par celle-ci, dans leur organisation physique. Les plantes deviennent plus aptes à la perception et, de ce fait, plus sensibles aux substances dont elles ont besoin pour leur croissance : « si la plante est ainsi traversée, vécue de l'intérieur par la silice de la façon la plus fine, il en résulte qu'elle devient sensible à tout et qu'elle attire tout vers elle ».[429] Il est en outre précisé que cette périphérie ne se réfère manifestement pas seulement à l'espace de sol enraciné de la plante individuelle, mais s'étend jusqu'au champ voisin, à la forêt et à la prairie attenante.[430] Cette affirmation, d'abord énigmatique, peut fort bien s'interpréter, au regard de l'état actuel des connaissances scientifiques, par le phénomène de la symbiose des racines des plantes avec des champignons du sol (*Mycorhize*), dont les mycéliums — un réseau de filaments cellulaires (*hyphes*) — relient entre eux les systèmes racinaires des plantes sur de grandes distances. Les hyphes approvisionnent d'un côté les plantes en eau (les arbres forestiers), mais surtout en substances minérales, et profitent de l'autre de leur bilan énergétique. Le phénomène de la cohabitation mutuellement bénéfique (*symbiose*) d'organismes supérieurs avec des organismes inférieurs peut tout à fait être interprété dans la

Weise verstehen, que des degrés sourds de sensibilité y règnent, comme c'est le cas, par exemple, chez les légumineuses, dont la capacité de fixation de l'azote peut être sensiblement accrue par des engrais organiques. On peut s'attendre à ce que la préparation de pissenlit y apporte également une contribution significative. Mais l'être et l'efficacité de cette création substantielle issue de la recherche spirituelle s'épuisent-ils en cela, dans la continuation d'un processus naturel ? La sensibilité signifie ici, à n'en pas douter, rendre l'organisation astrale agissant de l'extérieur sur les plantes, dans une mesure plus haute, « formatrice et configuratrice » des forces éthériques ou vitales, et maintenir celles-ci en mouvement en tant que « forces créatrices ». Une étape préliminaire à cela se produit dans la fleur du pissenlit. Par son attachement à la terre (suc laiteux ascendant) et, en même temps, son inclination et son ouverture vers le soleil, elle reçoit le don de puiser la silice depuis le cosmos. Par la préparation accomplie dans le terrestre, telle qu'elle a été décrite, la préparation de pissenlit est finalement mise en mesure de transmettre aux autres plantes à cultiver, par l'intermédiaire des engrais organiques, la capacité de puiser à leur tour dans les sols cultivés avoisinants les substances terrestres dont elles ont besoin pour une croissance saine.

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Avec les concepts épistémologiques usuels, une telle migration de substances est inconcevable. Elle devient plus intelligible quand on apprend à comprendre le sol lui-même, l'organe-diaphragme de l'« individualité agricole », comme un contexte vivant traversé par des forces astrales, dans lequel la racine s'immerge pour ainsi dire comme un organe sensoriel. On peut parfaitement émousser cet organe sensoriel encore faiblement développé au moyen de sels d'azote (cf. chap. « L'application des sels d'azote », p. 275 ss.), on peut aussi éduquer cet organe sensoriel à une activité toujours plus haute par l'effet cumulatif de l'ensemble des préparations mentionnées. Et c'est bien là l'enjeu. Chacune d'elles apporte un aspect de son action au développement de l'organisation sensorielle et, partant, à la « sensibilité » vis-à-vis des substances et des forces : « Quand on traite la terre ainsi […], la plante est alors prête à puiser les choses dans un large périmètre. »[431]

La préparation de pissenlit fertilise le sol avec des forces astrales. Elles rendent la vie foisonnante du sol agissante de telle manière que le sol lui-même devient végétal. C'est dans ce milieu de fertilité du sol accrue que doit sans doute être cherchée la réponse à la question : de quelle nature est la « sensibilité » suscitée par la préparation de pissenlit ? Elle est une

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action intérieure qui ne procède pas d'un intérieur psychique propre — la plante n'en possède pas —, mais qui, depuis le suprasensible, a le pouvoir, par l'intermédiaire de la disposition substantielle de la plante, d'attirer vers elle de manière ciblée des substances de la terre. Mais comment ces substances se mettent-elles en mouvement ? Ne doivent-elles pas d'abord être mises en flux par l'organisation vitale des plantes qui croissent sur les champs avoisinants, dans les prairies et dans les forêts ? C'est-à-dire : les substances terrestres ne doivent-elles pas d'abord être élevées de l'état physico-matériel à celui des forces formatrices ? Cette question énigmatique demeure !

L'application de la préparation de pissenlit se fait, conjointement avec les quatre préparations décrites précédemment, sous forme d'ajout en dosage homœopathique pour ainsi dire aux composts, fumiers de ferme, purins et lisiers. La mesure est la prise à trois doigts pour environ 1 m² d'une cellule de compost de jardin jusqu'à 10 à 15 m² pour les andains de fumier et de compost, les stabulations profondes et les engrais liquides. La préparation doit intervenir immédiatement après le montage du tas, pour les engrais liquides immédiatement après le début du remplissage du contenant. Au lieu de la suspension en sachets de tissu, les portions de préparations peuvent aussi être malaxées avec de l'argile en boules et ajoutées sous cette forme aux fumiers solides et liquides. Des répétitions sont recommandées après chaque retournement des tas, ou après le brassage et l'aération des engrais liquides. Les préparations amortissent les transformations qui reprennent aussitôt et, avec elles, le réchauffement excessif ou l'âcreté des odeurs. L'azote et le carbone demeurent « sédentaires » dans des liaisons organiques. La préparation de pissenlit est en outre une composante du « préparation collective », un concentré intensément préparé à base de fumier de ferme sans litière. Il est répandu en petites quantités sur le fumier frais avant le curage quotidien, ou dans les aires de couchage des stabulations libres avec logettes.

Comme chacune des préparations, celle du pissenlit aussi appelle à un agir présent d'esprit. C'est cet agir seulement, dans le contexte de la totalité de la ferme, qui éveille des questions et, avec elles, une disposition d'âme de chercheur. Un chemin de connaissance s'ouvre, qui vivifie le faire d'abord purement exécutif en acte artistique.

La composition de la préparation de valériane

Dernière dans la ronde des six préparations biodynamiques, la préparation de valériane occupe une place particulière, à la fois conclusive et d'une nature à part, tant par son mode d'application que par sa fonction. En quelques mots seulement, Rudolf Steiner caractérise ainsi l'être et l'efficacité de cette préparation : « on peut, si l'on incorpore au fumier

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d'une façon tout à fait subtile ce suc dilué de la fleur de valériane, y éveiller ce qui l'incite à se comporter de manière juste à l'égard de ce qu'on appelle la substance de phosphore ».[432] Dans cette phrase est déjà suggéré que le suc extrait par pression de la fleur de valériane n'est soumis à aucune étape de préparation ultérieure, hormis cette unique mesure : la teinture-mère doit être diluée dans de l'eau tiède avant application. L'énigme de ce dont il s'agit ici doit se déchiffrer d'une part à travers ce que révèle l'image phénoménale de la plante de valériane (*Valeriana officinalis*), et d'autre part à travers ce que la recherche spirituelle permet d'acquérir en termes de connaissance.

Le tableau phénoménal de la valériane

On trouve la valériane dans les zones de lisière et de transition des terres cultivées, sur des sols limoneux et humifères, de préférence en des endroits plus humides et plutôt ombragés — en bordure de forêts, sur des prairies humides, le long des rives de ruisseaux et de rivières, et au pied de talus traversés par des eaux de pression venant du sous-sol. Dans les vallées de montagne, elle s'avance jusqu'à des altitudes considérables. Elle peut aussi être cultivée en jardin. Là où le pissenlit, en dehors de sa courte période de floraison, se dissimule entre herbes et plantes, la valériane s'élève depuis le stade initial de la rosette foliaire en une verticalité fière, bien au-dessus de son entourage, pour culminer dans la cyme — blanche à rose clair — qui s'épanouit. Celle-ci se compose de petites fleurs individuelles, délicates et minuscules, serrées les unes contre les autres, qui semblent vouloir se dissoudre dans le parfum qu'elles répandent avec intensité. Le principe de la tige domine toute la plante. D'une hauteur de croissance pouvant atteindre deux mètres, la tige descend jusque dans l'espace racinaire en formant des rhizomes, et monte jusqu'à l'espace aérien en se répandant dans l'inflorescence. Vers le haut comme vers le bas, elle se divise d'un côté en de délicats pédoncules floraux, de l'autre en d'épais rhizomes. Dans la tige, le terreux-solide se compénètre de façon singulière avec l'action de l'air et de la chaleur. Les feuilles, pennées en nombre impair, se déploient de façon opposée-croisée. La première année après le semis, la métamorphose foliaire est la plus nettement marquée. Depuis la rosette foliaire, la succession foliaire s'élève en des intervalles de plus en plus grands. Le pétiole se raccourcit progressivement, et dans le passage vers l'inflorescence les feuilles finissent par se retirer entièrement

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dans la tige. L'année suivante, la métamorphose des feuilles est moins nettement marquée (Figure 33, p. 431).

Tout aussi prononcée que dans la forme des feuilles, une métamorphose du devenir substantiel se manifeste dans la transformation des substances odorantes depuis le rhizome jusqu'à la fleur en passant par la tige — et c'est au moment du dépérissement de la fleur que l'intensité des parfums répandus atteint son maximum. De même que la forme et la couleur s'adressent à la sensation par le sens de la vue, l'odorat ouvre à la sensation des couches plus profondes de l'action des substances. Dans un sentir plus sourd, l'odorat conduit plus avant vers la qualité des forces qui, en tant qu'astrales, sont actives dans le vivant. Chez la valériane et l'ortie, elles se situent en polarité l'une par rapport à l'autre.

L'image phénoménale de l'ortie éveille l'impression que, dans son organisation vitale, ce sont avant tout l'éther sonore — ou éther chimique — et l'éther de vie qui sont à l'œuvre. Ils deviennent forces formatrices par une spiritualité élémentaire-astrale supérieure, et c'est par elle qu'ils sont en mesure de produire la composition substantielle particulière de cette plante médicinale. Elle devient l'image de cette force compositrice excédentaire de l'astral, tournée vers l'intérieur. Celle-ci configure rigoureusement, d'un côté jusqu'en périphérie, les liaisons de substances — comme par exemple l'urticine dans les poils urticants —, tandis que de l'autre côté demeure un potentiel de forces astrales retenues, qui ont, par la voie de la préparation, la capacité de remettre en mouvement des substances terrestres-matérielles, de les vivifier et de les transformer.

Autre chose la valériane : elle répand vers l'extérieur, dans l'air et dans la chaleur, ce qui s'est formé sous l'action astrale dans ses processus vitaux — dans la feuille, le rhizome et la tige — en compositions de substances. Chez l'ortie au parfum discret, ces forces formatrices configurent les substances en tant que support de la «grande action intérieure». Elle préserve cette qualité de forces derrière le rempart protecteur de sa forme qui paraît, vue de l'extérieur, close sur elle-même. Autre chose encore la valériane : elle répand tout ce que son organisation astrale a composé en substances dans le jeu des forces formatrices. L'image phénoménale de l'ortie, dans son affirmation de soi devenue image et dans sa fermeté, renvoie avant tout à la force créatrice de l'éther de vie — et celle du baldrian ouvert sur son environnement renvoie à celle de l'éther de chaleur et de l'éther de lumière. La valériane est un dispensateur de chaleur et de lumière.

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La racine

Le semis du baldrian forme d'abord une racine pivotante, qui meurt rapidement. La tige reste d'abord comprimée et développe à partir d'elle-même une rosette de feuilles lâche. Dans le sol, au passage vers la racine, elle se divise en plusieurs *rhizomes* courts, de forme cylindrique — une sorte de formation végétative du fruit dans la zone racinaire —, à partir desquels les racines s'étendent en torons courbes vers l'extérieur et vers la profondeur. Elles délimitent sphériquement un espace intérieur ouvert vers le bas, se subdivisent en enracinement fin et représentent ainsi le type de la «racine terrestre»[433] (Figure 33). Les *rhizomes*, dans le prolongement de la tige emplie d'air, présentent des cavités. Dans le passage aux torons racinaires légèrement épaissis, qui contiennent eux aussi des substances odorantes, se forment vers l'automne des bourgeons qui croissent en nouveaux rameaux. À cette forme de multiplication végétative s'ajoute encore la formation de stolons qui s'enracinent à nouveau au niveau de leurs nœuds.

Le trait le plus frappant du baldrian est son odeur puissante, pesamment terrestre jusqu'à l'entêtement — à vrai dire une puanteur —, retenue dans le rhizome et qui s'en échappe lorsqu'on le blesse. L'analyse chimique révèle dans les groupes de substances des hydrates de carbone, protéines, huiles, alcaloïdes, résines, etc., ainsi que des acides organiques et des sels minéraux, un spectre étendu de liaisons qui recouvre assez exactement la diversité des indications médicales sur lesquelles les préparations de valériane exercent un effet calmant et guérisseur. Il faut cependant souligner, avec Simonis, que «les résultats obtenus jusqu'ici n'ont pas suffi à éclairer de manière convaincante ce qui est caractéristique de la nature essentielle de la plante».[434]

Le rhizome du baldrian ressemble à une cuisine chimique dans le vivant. Tout ce qui crée la vie et que résument les *Tria principia* de Paracelse agit ici dans la plus étroite collaboration. En termes de science de l'esprit, ce sont les quatre types d'éther — éther de vie et éther sonore, éther de lumière et éther de chaleur — qui vivifient le monde des substances inorganiques, sous la direction principalement de l'éther sonore et de l'éther de vie, ces maîtres d'œuvre de l'organisation physique des plantes. L'architecte qui fournit les plans, c'est l'organisation astrale agissant depuis le suprasensible dans le temps et l'espace. À un stade préliminaire — on peut dire encore non épuré —, se concentre dans la racine et le *rhizome* la plénitude des compositions de substances qui forment ensuite, dans une transformation progressive, la forme physique sensible du baldrian. L'élément même sulfureux-impondérable

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Abbildung 33: Das Baldrianpräparat in Herstellung und Anwendung.

de l'éther de lumière et de l'éther de chaleur, qui créent dans le processus de floraison, plonge dans la région racinaire et y pourvoit, sous la pesanteur terrestre du processus du sel, à la «légèreté» des huiles essentielles combustibles et, par elles, au puissant déploiement de la fragrance. Tout ce que le baldrian est en mesure d'offrir en compositions de substances se concentre dans le rhizome et les cordons racinaires. C'est pourquoi ce sont eux qui trouvent leur application médicale dans les affections relevant principalement du système nerveux végétatif, les troubles du sommeil, les états d'excitation nerveuse et d'autres phénomènes analogues.[435]

La tige

La tige du baldrian mérite à juste titre d'être considérée comme un membre à part entière de cette plante (illustration 33). Tandis que le pissenlit ne quitte jamais son stade de rosette et s'épanouit près du sol en un panier de fleurs sur son propre pédoncule, la tige du baldrian s'élance au printemps

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verticalement hors de sa rosette lâche. On dirait qu'elle veut hausser son inflorescence, à la plus grande distance possible de son rhizome, dans la sphère de la chaleur, de la lumière et de l'air. La tige détermine le geste de cette plante : membre dominant, elle relie l'appareil racinaire apte au terrestre à l'inflorescence tournée vers le cosmos ; de même que celui-là se ramifie vers le bas, elle se ramifie vers le haut dans les fins ramuscules de la cyme. Le tissu de soutien et de vie de la tige enserre un tube empli d'air ; à l'extérieur, elle est profondément cannelée. On y voit s'exprimer une fois encore la dualité polaire de l'action astrale — imprimant les forces de croissance dans la forme depuis l'extérieur, modelant l'espace depuis l'intérieur et, grâce à l'azote contenu dans l'air du tube stéminal, ordonnant, réordonnant et épurant progressivement les substances dans le cours des processus vitaux. L'astralité qui gouverne toute la plante de baldrian affine le devenir substantiel au fil de la croissance ascendante de la tige, d'une paire de feuilles à la suivante. La tige elle aussi libère, déjà affinée à la manière d'une fleur, le parfum caractéristique de l'huile de valériane, dans lequel les arômes de diverses huiles essentielles se rejoignent en une unité.

On peut ressentir comme un phénomène d'espèce particulière la nature des flux de sève d'une plante vivace telle que le baldrian. D'abord, le courant d'assimilation (*phloème*) issu de la rosette foliaire nourrit la croissance des *rhizomes* et des racines ainsi que leurs compositions de substances, dans lesquelles est déjà présente la constitution substantielle de toute la plante. Dès que la tige commence à pousser vers le haut, ces substances préformées se déversent dans le courant ascendant du *xylème* et se trouvent, dans l'air, la lumière et la chaleur, affinées à nouveau dans leur composition par les forces formatrices de la région foliaire en voie de métamorphose. C'est par elles que l'image originelle essentielle du baldrian se configure, dans la tige, la succession foliaire et l'inflorescence, en la forme d'apparition sensible extérieure. La pesanteur terrestre des substances dans le rhizome passe dans le feuillage et la fleur pour se muer en «légèreté» et se dissoudre en fragrance.

La succession foliaire

À l'état de plantule, la valériane parcourt tous les stades d'une plante vivace. La première feuille après la germination est longuement pétiolée avec un limbe foliaire arrondi-ovale. Les feuilles suivantes s'allongent et le limbe foliaire commence à se subdiviser en folioles pennées impaires, encore arrondies, légèrement dentées sur le bord. Dans l'allongement du pétiole, les folioles se développent en formes plus oblongues et acuminées. Dans cette phase, les

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folioles pennées se dressent et se rassemblent en une rosette de feuilles bouquetière. Avec l'élongation de la tige, les paires de feuilles se succèdent en ordre décussé à des intervalles remarquablement grands (Illustration 33, p. 431). Les folioles deviennent progressivement plus étroites, plus acuminées et s'ordonnent par paires. Vers l'automne, les feuilles se raccourcissent, la pennation se densifie, embrassant la tige. Finalement, avec la floraison, les feuilles se retirent dans la tige et seules les bractées se maintiennent encore, jusqu'à ce que celles-ci aussi disparaissent dans la pleine floraison. Sur les stations ombragées à tendance tourbeuse, la valériane tend à une croissance exubérante.

De même que la diversité substantielle de l'écorce racinaire forme un contexte vivant avec la rosette de feuilles, de même la succession foliaire du pousse avec l'inflorescence. Le changement de forme des feuilles, de la tige vers le haut jusqu'à la fleur (métamorphose foliaire), est l'expression imagée des processus de formation et de transformation substantielles qui s'accomplissent invisiblement dans le vivant. En s'élevant, le pousse passe du domaine du terreux-aqueux dans celui de la chaleur et de l'air éclairé de lumière. C'est là que rayonnent directement et au présent les forces du soleil et des sphères planétaires. C'est là seulement que l'archétype essentiel de la valériane s'imprime en image, dans sa perfection, au devenir substantiel préformé dans le rhizome-racine. De même que dans le rhizome ce sont les forces agissant dans le terreux-aqueux qui prédominent, de même dans le pousse ascendant ce sont les forces de la lumière et de la chaleur, médiatisées par l'air. Serait-ce là la raison pour laquelle l'odeur sourde et troublante de conscience et le goût âpre-amer du rhizome n'apparaissent pour ainsi dire pas dans les feuilles, mais bien — en forme moins intense — dans la tige? Dans la racine, ces qualités se condensent et se concentrent; dans la succession des feuilles en revanche, elles entrent en transformation constante, en mouvement.

La contemplation intuitive du changement de forme dans la succession foliaire éclaire la torpeur de la perception olfactive et gustative. Pour la pensée, la forme de la feuille est le point d'appui qui se tient d'abord là, objectivement pour elle-même. Mais on se voit amené à reconnaître que la feuille maintenant contemplée présuppose dans sa mise en forme la figure de la feuille précédente et la poursuit. La transition de l'une forme à l'autre est constituée par un entre-nœud dans lequel l'une disparaît et la suivante émerge. Il existe donc une cohérence dans le changement de forme de la succession foliaire qui se dérobe à la contemplation sensible. La clé pour reconnaître cette transition cachée est la contemplation intuitive qui se forme au contact du changement des formes. La pensée qui d'abord constate ponctuellement entre en mouvement; elle engendre de manière autocréatrice des images-pensées sur

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de la contemplation intuitive infaillible. Les mêmes forces formatrices du «Verbe des Mondes créateur, formateur et configurateur» agissent dans la nature et, à un niveau supérieur, dans l'être humain. Lorsqu'on s'efforce, par la pensée, de pénétrer dans ces images-pensées fondées sur le phénomène, on s'engage sur une voie de connaissance où le maillon caché dans la tige, de feuille en feuille, peut se révéler peu à peu comme le «lien spirituel». C'est l'archétype essentiel du végétal, qui rayonne depuis les profondeurs de la terre sur l'axe Terre-Soleil et s'unit aux forces formatrices éthérico-astrales qui irradient de la périphérie cosmique.

Telle est donc la pénétration dans le principe de métamorphose, partout à l'œuvre dans la nature, qui peut devenir une clé de connaissance précisément pour ce qui conduit à une compréhension progressive des plantes de préparation et à la capacité de vivifier, par la voie de la préparation, le contexte naturel entre le sol et la plante. Les métamorphoses s'accomplissent dans le maillon mercuriel entre le devenir substantiel de la racine — pôle Sal, ou terrestre — et celui de la fleur — pôle Sulfur, ou cosmique. Du point de vue de la forme, c'est l'inverse : la fleur s'éteint dans la forme en des formes hautement différenciées de ses organes, sous l'effet des forces terrestres. La racine, en revanche, croît sous l'influence des forces cosmiques à son extrémité et présente, en particulier dans la racine pivotante, une forme plus unitaire (voir aussi le chap. «La composition de la préparation d'achillée millefeuille», p. 361 sq.). L'agent de la métamorphose est l'entre-deux mercuriel ; s'y pénétrer par une contemplation méditative éduque et vivifie la pensée.

La fleur

Contrairement à la racine de la valériane, dont l'astralité éminemment puissante se reflète dans la composition de substances très diverses, notamment d'huiles essentielles dont le parfum sourd et par endroits malodorant est retenu par l'écorce de la racine, les fleurs répandent ce parfum sous une forme affinée et purifiée. La valériane a une longue période de floraison, allant de fin mai — avec la pleine floraison en juin/juillet — jusqu'en septembre. Elle débute par la ramification opposée de la tige principale aux insertions foliaires les plus élevées. Cette ramification bilatérale se répète encore plusieurs fois, de sorte que la tige principale dépasse les rameaux latéraux. L'inflorescence prend ainsi une forme convexe à hémisphérique. À la base des rameaux latéraux s'appuient les dernières feuilles pennées et acuminées de la succession foliaire. La ramification opposée de la tige principale et des rameaux latéraux

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se poursuit, accompagnée en dernier lieu de bractées étroites et acuminées. Dans l'inflorescence, la ramification se réduit aux deux rameaux latéraux. Le rameau central se bloque en un bourgeon floral terminal. Les rameaux latéraux le dépassent et aboutissent, à un deuxième étage, à un nouveau bourgeon floral que deux rameaux latéraux dépassent à leur tour, et ce processus se répète à un troisième étage. Les fleurettes individuelles — jusqu'à 2000 peuvent s'y trouver — se rassemblent et forment, serrées les unes contre les autres, la cyme ou la panicule ombellée. Tous les processus qui se déroulent dans la valériane entre les pôles Terre-Cosmos, en métamorphoses qui s'édifient les unes sur les autres, aboutissent dans la fleur : d'un côté ils se déploient dans l'élément de l'air par le parfum, de l'autre ils se condensent pour former la graine.

La graine se tient droite dans la fourche des rameaux latéraux. L'ovaire est infère, de sorte que les cotylédons se trouvent à l'extrémité supérieure de l'akène. Ils demeurent sessiles et, à maturité, déploient leurs petites feuilles pennées délicates à la manière d'ailes, formant un pappus qui, à l'instar du pissenlit, emporte la graine au gré du vent.

La fleur individuelle est discrète et ne fait pleinement valoir sa teinte rose pâle que dans l'inflorescence prise dans son ensemble. Tandis que les fleurs s'épanouissent à l'étage supérieur de la cyme, elles se fanent aux étages inférieurs et passent à l'état de fructification. C'est ce qui explique la durée de floraison remarquablement longue. La fleur présente, avec ses cinq pétales inégaux soudés à la base en un tube, ainsi qu'avec ses trois anthères, une forte asymétrie. Hoerner[436] l'interprète comme «un signe d'une individualisation très puissante, causée par un astral pénétrant profondément dans la plante». Cette indication est encore étayée par le fait que la tige, c'est-à-dire le principe vertical, domine la formation de la forme chez la valériane — signe distinctif que l'archétype spirituel de cette plante, son être même, se manifeste dans l'axe vertical Terre-Soleil. Ce fait témoigne en outre de la forte relation de la valériane à la lumière, ainsi qu'à la chaleur, perceptible dans sa haute teneur en substances combustibles. La chaleur est l'élément primordial et le support essentiel dans tout être et tout devenir.[437]

La fleur de valériane est avant tout, dans son état de flétrissure et plus encore à l'état séché, un puissant donateur de parfum. Dans tous les organes floraux se trouvent des nectaires contenant des substances diverses de consistances variées. Sous forme liquide, ce sont différents sucres qui se trouvent à

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se trouvent au fond de la fleur, à proximité du pistil. D'autres sont entrelacés dans les tissus du pistil, du stigmate et des carpelles, mais surtout dans les pétales. Leurs substances odorantes subliment de l'état solide-liquide ou colloïdal à l'état gazeux. Ce sont des huiles essentielles qui se sont affinées pas à pas depuis la région racinaire, déjà fortement sulfurisée mais encore liée à la terre, en remontant dans la succession foliaire, pour se répandre, guidées par la tige, dans le parfum plus doux de la fleur.

L'astralité puissante, agissant tout au long du processus formatrice du baldrianien, témoigne d'une parenté essentielle avec celle qui s'intériorise comme élément animique dans l'animal lié à son corps. En témoigne notamment la forte attraction qu'il exerce sur toutes sortes d'insectes volants, de coléoptères, etc. On peut dire de façon générale : le parfum floral qui se répand est la forme d'apparition la plus pure de la révélation de l'être et de l'efficacité des forces formatrices. En elles, le terreux-solide est dématérialisé au plus haut degré. Dans le passage à travers le processus de floraison, il n'est pas seulement éthérisé, mais pénétré de forces astrales à un tel point qu'il attire de loin les espèces animales les plus diverses vers leur source de nourriture, et qu'il est capable de toucher l'âme humaine plus profondément que ce que l'œil peut voir.

Les substances florales sont en grande partie des compositions hautement complexes de carbone et d'hydrogène. L'oxygène, qui tire vers le terrestre, s'efface presque entièrement. C'est pourquoi ces substances sont hautement combustibles, sans laisser de cendres pondérables : le carbone se transforme en l'état gazeux du dioxyde de carbone. Le phénomène de la combustibilité indique que l'hydrogène est le porteur de l'élément de la chaleur, respectivement de son corrélat suprasensible, l'éther de chaleur. Le chimiste Rudolf Hauschka (1891–1969) signale ce fait : «Si l'on devait baptiser l'hydrogène selon son caractère intérieur, il devrait s'appeler substance-feu.»[438] Rudolf Steiner caractérise l'hydrogène comme «ce qui, du côté du Substantiel, est si proche du Spirituel d'un côté, si proche du Substantiel de l'autre». «Il transporte tout ce qui est, sous quelque forme que ce soit, un Astral vivant et formé, de nouveau dans les espaces lointains du cosmos.» «L'hydrogène dissout en réalité tout.»[439] Dans une conférence destinée aux ouvriers,[440] Rudolf Steiner parle de l'être suprasensible de l'hydrogène : «Certes, en chimie,

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que l'hydrogène est en chimie une substance tout autre que le phosphore […] Mais qu'est-ce donc que l'hydrogène, répandu partout dans le monde ? — L'hydrogène, répandu dans la périphérie du monde, c'est le phosphore des mondes.» Gunter Gebhard fait observer à ce sujet : «D'après les connaissances actuelles et les phénomènes, l'hydrogène ne manifeste en réalité de relation qu'à la chaleur. Mais le phosphore a sa relation principale à la lumière. Si l'on considère le phosphore comme l'expression physique de l'éther de chaleur — qui est en même temps l'élément du Feu —, alors c'est la chaleur de l'Ancien Saturne, qui porte encore la lumière en elle. Dans la «chute» dans la matière, le phosphore et le soufre apparaissent alors aujourd'hui dans le terrestre.»[441]

La capacité dissolvante de l'hydrogène, au sens supérieur, se manifeste morphologiquement quand, vers la fleur, le feuillage disparaît pour ainsi dire dans la tige, et physiologiquement quand la phase de formation de protéines est relayée par celle de la dévitalisation, la formation de glucides riches en hydrogène — fructose, huiles essentielles etc. Ce qui est remarquable, c'est que la valériane, avec une grande intensité, fait valoir cette tendance fructifiante du sulfureux le plus fortement dans son pôle opposé, la racine. Là, le parfum reste retenu dans l'écorce. Si l'on coupe la racine, elle répand une odeur pénétrante, sourde et terreuse. Dans la fleur en revanche, surtout au flétrissement, elle devient volatile, sent plus fleuralement et enveloppe le voisinage proche d'un nuage de parfum. En langage d'images, le processus hydrogène dissout toute détermination de forme des compositions de substances dans le chaos de l'indifférenciation du cosmos, dans l'état originel de la chaleur. Dominé par le principe de la tige, le devenir substantiel de la valériane, dans la formation et la dissolution de haut en bas et inversement, est traversé par une forte astralité. Cet état de fait, et la relation particulière à la chaleur, peut éveiller la compréhension de la raison pour laquelle la fleur de valériane n'a besoin ni d'une préparation supplémentaire par un organe animal, ni d'une exposition aux forces du cosmos et de la terre dans le cours de l'année. On ne trouverait sans doute pas non plus un organe animal adéquat à cette plante. La nature essentielle de la valériane est à cet égard polaire à celle de l'ortie. De même que celle-ci, en vertu de son «action intérieure astrale», se crée elle-même une enveloppe à l'intérieur de laquelle, par la voie du processus hydrogène incarnant, de nouvelles substances prennent naissance, de même, polaire, le processus hydrogène excarnant dans les fleurs de la valériane. Celui-ci dissout toute configuration dans l'état originel de la chaleur, dont la nature propre est à la base de tout être

enveloppe et substance à la fois. Le Baldrian vit une «action astrale extérieure» qui, dans son rayonnement, agit en formant des enveloppes. À ce propos, Gunter Gebhard ajoute : «Dans l'ortie, ce sont le soufre et le fer qui deviennent actifs. Tous deux ont une qualité centrée vers l'intérieur. L'ortie ‹imprégnant de raison› montre un rapport au microcosmique, à la qualité du Je de la raison. Le terrestre s'exprime tout particulièrement aussi dans les rhizomes de l'ortie. Dans la fleur du Baldrian, le processus de la substance se dissout dans le cosmos ; il aspire vers la lumière cosmique. Il en va de même des racines du Baldrian, qui, comme la lumière, s'irradient dans la terre de manière rectiligne, longtemps sans ramifications et presque sans croissance secondaire en épaisseur. Dans la fleur l'action de l'hydrogène, dans la racine la qualité de la lumière, qui se manifeste dans le phosphore. À l'opposé de l'ortie, qui est en relation avec le Je microcosmique, le Baldrian montre une relation au Je macrocosmique.»[442]

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Herstellung und Anwendung

Sur le plan médical, ce sont les racines-rhizomes du Baldrian qui sont utilisées ; dans le canon des autres préparations de compost en revanche, ce sont les fleurs, ou les processus apparentés à la fleur, comme chez l'ortie et l'écorce de chêne. Dans la fleur, d'un côté la plante s'éteint dans la forme, elle manifeste aux sens son archétype spirituel en forme, couleur et odeur ; de l'autre, dans le processus de floraison, le courant substantiel terrestre se vivifie.

Les fleurs de Baldrian sont cueillies en juin/juillet lorsque la trugdolde — la cyme scorpioïde — atteint sa plus grande plénitude florale, et aussitôt écrasées par un appareil approprié (déchiqueteur). Ce faisant, le suc cellulaire, y compris les huiles essentielles, sort du plasma cellulaire et des vacuoles cellulaires. Il est séparé du marc restant par une presse à fruits. Ce marc est additionné d'environ autant d'eau que de suc floral obtenu lors du premier passage. Cette macération repose un jour, puis est pressée à nouveau. On obtient ainsi, par le double pressage de 2 à 3 kg de fleurs, environ 1 l de jus. Celui-ci est mis en bouteilles et soumis à une fermentation lactique. Les gaz produits lors de cette fermentation doivent pouvoir s'échapper. Après une durée de fermentation d'environ 6 semaines, les bouteilles sont fermées avec des bouchons ou des manchons en caoutchouc. Un apport excessif d'oxygène conduit à des fermentations défectueuses, par lesquelles le

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préparation devient inutilisable. Les bouteilles sont conservées dans une cave à préparations sombre et à température régulière. Le jus se conserve pendant des années.

Concernant l'application du suc floral, Rudolf Steiner indique qu'il doit être dilué «très fortement» dans de l'eau chaude.[443] Les indications que le chercheur spirituel donne comme fil conducteur pour l'action concrète ne peuvent être prises assez au sérieux ; elles valent mot pour mot. Ce sont des résultats de la recherche spirituelle suprasensible mis en formes d'idées, et ce sont des indications qui éclairent en avant le chemin de l'acte de volonté, sans pour autant le fixer en règles. On doit se garder la liberté de penser ces formes d'idées toujours à nouveau dans leurs grands contextes vivants. Et plus on s'y applique, plus librement on pourra aussi mettre en pratique, de manière appropriée à la chose, ce qui a été saisi dans l'esprit. Les idées de la science de l'esprit fondent un nouvel art de l'expérimentation dans la pratique ; de celui-ci croît le si nécessaire «rapport personnel», qui conduit le chemin de volonté porté par les idées plus profondément dans la réalité spirituelle que n'en sont capables les acquis scientifiques-technologiques qui dirigent aujourd'hui de l'extérieur la pratique agricole.

Dans quelle mesure les faits de la science de l'esprit sont interprétés dans la pratique de façon individuelle et dans le spectre le plus large — parfois de manière assez aventureuse —, c'est ce que montre la grande volonté d'expérimentation. Elle est documentée dans l'œuvre méritoire de Stappung[444] dans une pratique à l'échelle mondiale. Les résultats de la recherche spirituelle n'ouvrent leur véritable valeur de connaissance que dans la pratique exercée.

Préalablement à l'application de l'extrait de fleurs de Baldrian, il s'agit de la «forte dilution» de la teinture mère. Celle-ci est atteinte lorsque l'on égrène dans une quantité donnée d'eau à température de la main juste assez de suc floral pour que la liqueur embaume le Baldrian après cinq à dix minutes d'agitation et laisse apparaître quelque chose de la couleur brunâtre du suc. Un repère pour la quantité d'épandage se détermine, en correspondance avec la prise à trois doigts des préparations solides, comme suit : 1 à 3 g = 1 à 2 cm3 pour 5 à 8 l d'eau par environ 8 m3 de matière de fumure. La liqueur est pulvérisée sur les tas et les andains après leur montage ou — répartie en portions

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– versées dans des trous pratiqués sur la face supérieure. Dans le cas de fumures liquides (purin, lisier), la quantité de suc diluée est incorporée au mieux lors du brassage. Rappelons une fois encore que les meilleurs conseillers demeurent le miterleben pensant et l'esprit personnel d'expérimentation.

La relation de la valériane à l'élément de la chaleur et à son corrélat suprasensible de forces, l'éther de chaleur, a trouvé application dans la pratique biodynamique également en dehors de sa fonction de préparation de fumure ; notamment en cas de risque de gelées tardives en mai. Immédiatement avant leur survenue, une fine nébulisation de l'extrait de valériane, dans la dilution de 1 ml pour 1 l d'eau, peut déposer une enveloppe de chaleur sur les fleurs fruitières ainsi que sur les semis de légumes en danger ; elle prévient les dommages dus au gel jusqu'à deux ou trois degrés négatifs.[445] Il est également recommandé, pour le renforcement général des plantes en maraîchage, dans la dilution de 10 à 30 gouttes de préparation de valériane pour 3 l d'eau. La préparation de valériane a reçu une estime particulière en viticulture.[446]

Remarques préliminaires sur l'efficacité

L'extrait de fleurs de valériane doit, lorsqu'on le dilue fortement dans de l'eau chaude et qu'on «l'administre au fumier de la manière la plus fine qui soit […] susciter en lui notamment ce qui l'incite à se comporter de la façon juste à l'égard de ce qu'on appelle la substance phosphorée».[447] Cette affirmation si concise, si énigmatique, au terme de la ronde des six préparations du fumier — après la mention du soufre au début, pour l'achillée, la camomille et l'ortie —, pointe désormais, avec la valériane, vers la substance phosphorée. L'un et l'autre, soufre et phosphore, se ressemblent profondément. Tous deux sont pour ainsi dire des incarnations de la lumière et de la chaleur. Et pourtant, ce sont deux substances différentes. Ils se trouvent bien côte à côte parmi les générateurs d'acide dans le Tableau périodique des éléments, mais se comportent de façon résolument polaire dans le domaine organique. Le soufre se rencontre dans la nature inorganique dans les multiples sulfures — sels métalliques de l'acide sulfurique — ainsi que sous forme de soufre élémentaire dans les dépôts volcaniques. En tant que tel, il s'enflamme aux alentours de 250 °C et brûle en une flamme bleutée pour donner du dioxyde de soufre. Le phosphore est autre : d'une réactivité extrême, il ne se trouve de ce fait

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dans la nature à l'état élémentaire. Sa représentation sous forme de phosphore élémentaire révèle le phénomène étonnant qu'il présente, selon la température, cinq modifications de son mode d'apparition. La première modification est le phosphore blanc ; il est toxique, lumineux dans l'obscurité et ne se conserve que sous l'eau. Au contact de l'air, il s'enflamme spontanément à 44 °C et brûle en une flamme vive et ardente pour donner du pentoxyde de phosphore (P2O5). À l'abri de l'air et sous température élevée, ou sous l'effet d'une exposition lumineuse, apparaît une deuxième modification, le phosphore rouge ; il est stable, ne luit pas et est non toxique. S'y ajoutent trois autres modifications aux propriétés sensiblement différentes : un phosphore rouge clair, un phosphore noir et un phosphore noir amorphe.

Les phosphates se rencontrent dans les roches sédimentaires, mais surtout, en répartition très fine, dans les roches cristallines originelles sous forme d'apatite difficilement soluble, un phosphate de calcium avec des traces de fluor et de chlore. Des gisements importants d'apatite sont exploités dans la péninsule de Kola, à Kirov. L'apatite s'altère sous l'action des acides et régénère ainsi le bilan phosphoré des sols. Dans les gisements sédimentaires, principalement en Afrique du Nord, on trouve les phosphorites. Ce sont des ossements animaux du Tertiaire agglomérés par voie humide. Broyés, ils peuvent être utilisés à des fins mélioratives, comme phosphate brut ou phosphate tendre difficilement soluble, sur des sites pauvres en phosphore.

Au sein du profil du sol, la teneur en phosphore diminue depuis la couche arable vivifiée, active en matière de transformation, vers le sous-sol. Ce phénomène déjà montre que les pertes par lessivage sont très faibles, en règle générale inférieures à 0,3 kg par hectare. Les pertes par érosion en nappe (dénudation) les dépassent de beaucoup.

La stabilité du phosphore (HPO4)2– passé en solution par altération minérale et décomposition de la matière organique est une conséquence de son affinité réactionnelle. Il forme de nouvelles liaisons, principalement avec le calcium pour donner des phosphates de calcium secondaires ; il est en outre absorbé par des hydroxydes d'aluminium et de fer, qui forment à leur tour des complexes avec les acides humiques et fulviques. On le trouve en suspension dans les colloïdes du sol ainsi qu'adsorbé sur les minéraux argileux et les substances humiques. Jusqu'à 80 % des composés organiques phosphorés se présentent sous forme de phytates (sels de calcium et de magnésium de l'acide inositolhexaphosphorique) ; 5 à 10 % supplémentaires se trouvent dans les acides nucléiques des noyaux cellulaires des plantes et des micro-organismes.[448]

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Il est frappant que le phosphore traverse en distribution très fine et selon un ordre compositionnel très strict tous les règnes de la nature, et donc aussi l'organisation physique de l'être humain. Si l'on restreint le regard à son mode d'apparition physico-matériel, on ne révèle que peu de chose sur son être et sa fonction dans l'économie de la nature. Il en va autrement si l'on élargit le champ du regard au règne végétal et plus haut encore. Là, le phosphore, éthérisé en processus phosphoreux, apparaît en métamorphoses partout où une tendance à la dévitalisation règne. Celle-ci se révèle directement à la contemplation intuitive dans le processus de floraison des plantes, qui est pour l'essentiel une action du phosphore. Là où cette dévitalisation atteint son point culminant — dans le flétrissement de la fleur et dans la formation de la graine —, l'action du phosphore se manifeste avec une force particulière.

Dévitalisation signifie extinction et passage à la forme pure. C'est ce que fait physiologiquement le phosphore. Il transmet dans le processus héréditaire la qualité de forme par l'intermédiaire des acides nucléaires. De même, la lumière liée au glucose dans la photosynthèse et son transfert par la respiration cellulaire sur le processus phosphoreux de l'acide adénosine-triphosphorique (ATP) fixe la lumière définitivement dans la forme durable de la racine, de la tige, de la feuille, de la fleur et du fruit. De même encore, les phospholipides de la *myéline* dans le cerveau dévitalisent et créent la conscience ; ou, le phosphore de l'apatite, la forme durable de l'os.[449]

Dans un voilement profond, on trouve aussi, au sein du devenir de la croissance, autant de zones ponctuelles de dévitalisation que la plante possède de cellules. Ce sont les noyaux cellulaires phosphorés. Ils abritent, sous la forme de la nucléoprotéine, des nucléotides, les chromosomes — intermédiaires du flux héréditaire de génération en génération. Le noyau, cerné par la membrane nucléaire, représente dans son rapport au plasma cellulaire le pôle de repos de la cellule. Sur la base du phosphore y règne un principe plus élevé que celui qui, dans la plante, l'animal et l'être humain, concourt à la configuration de leur forme d'apparition respective. C'est le principe qui, dans une germinalité ininterrompue, conduit toutes les acquisitions de l'évolution depuis le passé vers le présent et de celui-ci vers l'avenir. Il est surordonné à ce cours du développement ; c'est l'être spirituel de la plante elle-même, qui fait irruption depuis une région suprasensible plus élevée — celui qui, dans la conscience humaine, s'illumine comme être-du-Je. Ainsi la *myéline* — ce sont des phospholipides qui enveloppent les fibres nerveuses dans le cerveau — se trouve-t-elle dans le rapport le plus étroit avec

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avec la (self)conscience de l'être humain ! La plante, en tant qu'être purement vivant, ne possède pas de nature d'âme et d'être propre incarnés — et, par conséquent, pas de système nerveux non plus, lequel est à considérer comme le fondement terrestre du corps astral. Mais, en portant le regard sur le noyau de la cellule végétale, la question se pose de savoir si celui-ci ne peut pas être considéré comme un stade évolutif préliminaire à la formation d'un tel système. Les acides nucléiques ARN et ADN présentent une haute teneur en phosphore dans les résidus d'acide phosphorique des nucléotides. De même que, chez l'animal et l'être humain, le système nerveux s'étend en fines ramifications jusque dans le tissu vivant, de même trouve-t-on dans la cellule isolée, en dehors du noyau cellulaire, dans le plasma cellulaire, des organites tels que les ribosomes[450] et les mitochondries, qui, en tant que minuscules corps formés, entretiennent une relation avec le plasma et le noyau. Les mitochondries renferment, comme le noyau, des structures chromosomiques dont on peut supposer qu'elles exercent des fonctions épigénétiques. Cela signifie qu'elles sont les porteuses et les médiatrices d'empreintes que le cytoplasme a reçues des actions actuelles de la Terre, du Soleil et des planètes, ainsi que des mesures de soin, de fumure et de sélection par l'esprit et la main de l'être humain. Ce sont des propriétés nouvellement acquises à partir de l'être présent. Il faut partir du principe que de telles empreintes épigénétiques s'accomplissent dans les plantes à chaque année de végétation. Pour conserver le fruit de cette « actualisation » des effets terrestres-cosmiques au cours de l'année — par exemple celle de la fumure par les préparations —, il est recommandé de pratiquer la multiplication propre, jusqu'à la sélection de variétés paysannes propres à la ferme.

L'axe Terre-Soleil, dans lequel s'insèrent les plantes à fleurs, se manifeste dans la tige, le pédoncule, le chaume, la pousse, le rameau et le tronc. Dans cette Verticale règne, comme reflet de nature spirituelle-essentielle, la même force qui, à un degré supérieur, vit dans l'être humain comme activité du Je dans le vouloir, et qui s'illumine dans le conscience de soi en éveil. Le point d'ancrage physique pour l'entrée en activité des forces du Je dans l'être humain — et d'une autre manière dans les êtres de la nature — c'est le phosphore, non pas en tant que tel seulement, mais toujours intégré dans des compositions de substances correspondantes, par exemple celles des nucléotides du noyau cellulaire évoqués plus haut. À propos de l'être humain, Rudolf Steiner développe : « Il y a quelque chose de très singulier dans la façon dont le Je humain, lorsque nous

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il est maintenant, spirituellement, psychiquement, organiquement et également de manière minéralisante dans l'être humain, une sorte de, je voudrais dire, porteur de phosphore.» «Le fait de traverser l'organisme humain de phosphore est une activité du Je.»[451] Ainsi le processus du phosphore, dans sa forme d'état la plus labile, l'adénosine triphosphorique (ATP), dirige principalement le métabolisme des hydrates de carbone, les acides nucléiques liés aux nucléoprotéines, le métabolisme des protéines, sous la forme des phosphatides le métabolisme des graisses, pour aboutir finalement, en liaison avec la chaux phosphorée (apatite), dans le processus de minéralisation de la formation osseuse.[452] Ce sont à chaque fois différentes liaisons phosphorées qui impulsent l'activité des types d'éther en rapport avec les corps constituants : le Je vit dans l'éther de chaleur en relation au phosphore ; par la médiation de l'éther de chaleur, il s'imprime, sur la base du phosphate de sodium, dans le corps astral ; par le phosphate de magnésium et l'éther de lumière ainsi que le phosphate de potassium et l'éther chimique, il agit dans le corps éthérique et, sur la base du phosphate de calcium et de l'efficacité de l'éther de vie, il se fige dans la forme solide du système osseux, «reflet physique de l'organisation du Je».[453] Dans sa relation directe au noyau essentiel de l'être spirituel, le Je, le phosphore aide à surmonter les unilatéralisations dans les processus physiologiques et à équilibrer les contraires.

Au centre de la cellule, le processus du phosphore se concentre dans les nucléotides, les porteurs héréditaires. Ceux-ci portent le passé, l'acquis de l'évolution, dans le présent. Dans cette œuvre de la création se rassemble tout le devenir passé issu de l'esprit, et en même temps elle contient quelque chose de germinal à partir de quoi cette création se renouvelle sans cesse dans le présent et reçoit des impulsions qui portent ces forces germinales vers un nouveau devenir dans le futur le plus lointain. Ces impulsions, le plasma de la cellule végétale les reçoit dans le rythme jour-nuit à partir de la lumière rayonnante du soleil, dont les forces sont modifiées par l'action des planètes. Le lieu de cette actualisation du germinal est le cyto- ou protoplasme entourant le noyau. Il contient, y nageant pour ainsi dire en fine dispersion, les organites déjà mentionnés, les ribosomes et les mitochondries ainsi que les chloroplastes à teneur en magnésium (non en phosphore), dans

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dans lesquels le chlorophylle absorbe la lumière et vivifie la substance terrestre. La substance de base du protoplasme est le cytoplasme, une masse protéique aqueuse, transparente, liquide-colloïdale et largement homogène.

Le cytoplasme est le pôle de mouvement de la cellule. Il s'écoule, tourne en rotation autour des vacuoles cellulaires — ou, dans des cas particuliers, circule même autour du noyau cellulaire. L'intensité de ce courant dépend de l'oxygène, porteur des forces éthériques. Il est sensible aux stimuli extérieurs ; selon les conditions climatiques — par gonflement et contraction des tissus cellulaires — il assure par exemple l'ouverture et la fermeture des stomates, le mouvement des inflorescences des Astéracées selon la course du soleil, etc. Il réagit en outre au mode de fertilisation ainsi qu'à la main soignante de l'homme. De même que le sceau imprime sa marque dans la cire, les forces astrales qui affluent du dehors s'impriment dans le cytoplasme de la cellule. La science botanique attribue au plasma cellulaire «une faculté de sensation».[454] Mais on n'en nomme pas la spécificité végétale, ni le seuil qui délimite la frontière avec la sensation animale. Dans le noyau cellulaire règne le phosphore et en détermine les structures strictes. La protéine qui lui est associée, la nucléoprotéine, ne contient — comme en principe toute protéine — pas de phosphore. La protéine est associée au soufre ; elle doit sa mobilité compositrice de la matière au soufre, si étroitement apparenté au phosphore dans sa nature et pourtant si polaire dans ses propriétés. Mais le soufre est le médiateur entre les forces astrales qui irradient depuis la périphérie et les substances qui composent la protéine (C, O, N, H). L'un et l'autre — soufre et phosphore — opèrent une harmonisation des corps constituants. Lorsque par exemple le corps astral et avec lui le Je plongent trop profondément dans l'organisation éthérique et physique, alors «le soufre façonne davantage le corps astral, le phosphore davantage le Je» hors de ce lien.[455] Tous deux sont des Mercures entre les mondes spirituels supérieurs et leur reflet terrestre, entre le germinal spirituel et ce qui s'organise en forme d'apparition physique, en œuvre accomplie. Tous deux apparaissent, dans la plus haute dilution, de manière unifiée et pourtant polaire dans tout devenir vivant, répétant le passé dans le présent et l'ouvrant à l'avenir. Tous deux sont, en haute dilution, entretissés dans le noyau (phosphore) et dans le plasma (soufre) de la cellule. Leur

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leur efficacité est en quelque sorte un modèle naturellement donné de la vraie homéopathie, de l'efficacité des entités les plus infimes.

Sur la nature de l'hydrogène en rapport avec le phosphore et le soufre, on peut résumer ce qui suit : l'hydrogène a été caractérisé comme représentant de l'élément Feu, c'est-à-dire de l'éther de chaleur. Chaleur et lumière sont encore entretissées en lui. Sur le chemin à travers les étapes de l'évolution vers la Terre[456] et finalement de la matérialisation vers le «terreux-solide», le chaud s'est condensé en soufre et le lumineux en phosphore. Le soufre rend possible, avec la chaleur, la mobilité et la croissance dans le substantiel — sans soufre, pas de métabolisme —, tandis que le phosphore crée des formes et, au niveau de la conscience humaine, laisse le substantiel-formé devenir pensée dans l'image. La lumière est vécue comme pensée dans le processus animique. Lorsque celle-ci entre dans la conscience, elle se forme dans la langue en mot, en grammaire.

Soufre et chaleur/mouvement, phosphore et lumière/forme : tels sont les rapports dominants de chacun. Mais le soufre aussi révèle, dans sa flamme d'un jaune rayonnant, sa proximité avec la lumière, et le phosphore, dans sa facilité à s'enflammer, sa proximité avec la chaleur. Dans le vivant, le soufre gouverne le métabolisme, le phosphore — à travers les acides nucléaires ADN et ARN — l'hérédité.[457]

Dans la fleur de valériane, le processus du phosphoreux s'est à ce point affiné que celui-ci, peut-on supposer, est doté — à travers les nucléotides phosphoriques des ribosomes et des mitochondries du plasma — d'une force formatrice de nature spirituelle-égoïque, qui ouvre, à partir des forces excédentaires du spirituel-germinal dans le terrestre, de nouvelles possibilités de développement au devenir végétal.

L'efficacité

On fait certainement fausse route quand on voit dans la préparation de valériane un engrais phosphoré organique. La valériane ne contient pas, dans ses cendres, plus de phosphore que d'autres plantes. Ce qui décide de son efficacité, c'est que dans la fleur de valériane se rassemble une concentration de forces formatrices qui est capable d'organiser des contextes vivants de telle sorte qu'en eux le phosphore puisse transmettre des forces qui, depuis le monde du purement spirituel de la plante, aident celle-ci vers la Verticale, vers un être-propre organismique ;

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ou dans les mots de Rudolf Steiner : que le «suc de la fleur de valériane» stimule le fumier à «se comporter de la bonne manière à l'égard de ce qu'on appelle la substance phosphorée».[458] Cette stimulation est nécessaire partout où des matières organiques entrent en putréfaction, et c'est le cas de toute préparation du fumier. Lors de la décomposition autolytique et de la dégradation microbienne des résidus végétaux et animaux qui se forment, l'ordre compositionnel au service duquel se trouvait la substance phosphorée se dissout. Le chaos qui en résulte — ces substances désormais privées de leur porteur — tend à faire retomber celles-ci hors du vivant dans l'état de l'inorganique. Arrêter ce processus de mort, la nature s'en charge jusqu'à un certain point par la formation de formes stables d'humus. Ce processus se déroule dans l'humide-aqueux et est régi avant tout par les forces lunaires. Il requiert, lors de la concentration massive de matières organiques dans le tas de fumier et de compost ainsi que dans le stockage du purin et du lisier, les mesures de régulation mentionnées, assurées par la main de l'homme.

Mais l'efficacité de la préparation de valériane va au-delà. Elle ne s'épuise pas à incorporer aussitôt dans les protéines nucléaires des microbes le phosphore libéré des liaisons organiques, les fixant ainsi provisoirement jusqu'à leur absorption par les plantes cultivées. L'activité microbienne se déroule dans l'humide-aqueux, et d'abord le moins possible dans le terreux-solide. Ce dernier n'est le cas que par l'activité spécialisée des animaux du sol, conduite par un corps astral. L'efficacité du suc floral de la valériane apparaît en comparaison comme une efficacité générale, saisissant et rassemblant tous les sous-processus — comme une efficacité qui referme en un tout cohérent le foisonnement du devenir métabolique du tas de fumier. Sous l'influence de cette préparation, le tas de fumier se développe en une sorte d'organisme dans lequel les forces astrales irradiant depuis la périphérie pénètrent le chaos de la décomposition. Ces forces constituent l'organisation astrale du tas de fumier qui, en vertu des forces qui lui sont inhérentes du Je-être purement spirituel supérieur, fait du phosphore libéré de toutes ses liaisons son porteur à nouveau. Il s'accomplit par l'adjonction de la préparation de valériane une sorte de nouvelle dotation du phosphore, après qu'il a, dans son passage à travers le chaos de la décomposition, dépouillé sa précédente fonction de porteur du spirituel.

Ainsi envisagée, la préparation de valériane fertilise, par l'intermédiaire des engrais organiques et de la manière la plus intime, les processus vitaux formatrices qui se déploient horizontalement dans l'organe-diaphragme du sol et à la surface des feuilles des plantes, ainsi que, verticalement, ce qui s'exprime comme l'être spirituel-essentiel des hauteurs et des profondeurs dans la force de la tige des plantes. C'est sur le fond de cette croix du monde qu'il faut chercher les éléments de la contemplation intuitive par lesquels peut être trouvée une confirmation de ce qui, dans le domaine du spirituel, est concluant par lui-même grâce à ce qu'y a investigué la recherche spirituelle. Cela vaut, chacun à sa façon spécifique, pour l'ensemble des préparations décrites.

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Pour les résultats de la recherche spirituelle anthroposophique, il faut d'abord créer, dans une pensée et un faire continus, les phénomènes par lesquels se garantit la vérité de ce qui a été reconnu dans l'esprit.

La préparation de prêle

Elle n'appartient pas à la série des préparations du compost ; elle se tient à part et est décrite par Rudolf Steiner en lien avec la lutte contre les maladies fongiques, dans la sixième conférence.[459] Pour la préparation, c'est la prêle des champs (Equisetum arvense) qui entre en considération. Elle représente, aux côtés d'autres Équisètes jusqu'à nos jours, ainsi que des Lycopodiacées et des Fougères, des formes primitives du règne végétal. Des formes précurseurs, comme les Psilophytes, remontent jusqu'à la fin du Silurien et au début du Dévonien, c'est-à-dire environ jusqu'au milieu de l'ère paléozoïque (Paléozoïque). C'est le temps de la «Lémurie», la répétition, dans le développement de la Terre, de l'étape planétaire préliminaire de l'«Ancienne Lune».[460] Ces formes primitives sont des filles de l'eau qui conquièrent le continent. La proximité avec l'élément de l'eau, au sein de l'abondante flore apparentée de cette époque, se manifeste encore aujourd'hui dans le genre Equisetum. Cela s'exprime tant dans le milieu des stations où il se rencontre de préférence que dans le processus de germination complexe. On trouve la prêle sur des stations argileuses à très argileuses avec engorgement ou horizons d'engorgement.

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Abbildung 34: Der Ackerschachtelhalm mit Spross und unterirdisch bewurzeltem Rhizomsystem.

La forme de manifestation

Son aspect extérieur surprend au sein de la ronde de la flore environnante. La tige se dresse à la verticale parfaite, articulée en éléments distincts (internodes) qui s'emboîtent les uns dans les autres comme des boîtes (Abbildung 34).

Les rameaux latéraux verticillés, non ramifiés, présentent le même mode de construction. Ils rayonnent vers le haut depuis l'horizontale, légèrement inclinés. Tige et rameaux latéraux sont uniformément verts et suppléent la fonction des

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feuilles. Ce qui surprend, c'est précisément l'absence de feuilles — et de fleurs tout autant. Il s'ensuit qu'aucune métamorphose de forme n'est perceptible, si ce n'est que les rameaux latéraux sont plus courts à la base de la tige, s'étendent ensuite, puis se raccourcissent pyramidalement vers la pointe de la pousse. Le développement foliaire se réduit à de petites bractées allongées, effilées vers le haut, appliquées étroitement contre la base des articles du système. Dans leur disposition hexagonale en forme de boîtes, le principe quartz-silice qui traverse la plante entière se manifeste — de même que dans les boucliers hexagonaux qui recouvrent les anthères des épis sporifères. La plante entière est dominée par le principe de la tige — tandis que les fougères, d'origine temporelle identique, sont dominées par le principe foliaire. Les Lycopodiacées occupent une position médiane. Ce qui étonne à ce point, c'est la contradiction que la prêle se vit en manifestation. D'un côté sa proximité avec l'humide-aqueux en profondeur, de l'autre sa forme puissamment configurée, silicifiée, qui s'insère strictement dans l'axe vertical Terre-Soleil. La prêle des champs maîtrise cette contradiction.

Si l'on cherche le pôle génératif de cette plante, on le trouve dans de rares exemplaires séparés de leur partie végétative, sous forme d'épis fusiformes brun-rougeâtre, chacun porté par une pousse aux articles très rapprochés ; à leur base, ils sont entourés d'une couronne de pointes foliaires brun-noir. Les épis offrent une image semblable à celle des champignons jaillissant de l'obscurité du sol. C'est ce qui fait de la prêle des champs un cas unique dans la famille des prêles, et c'est pourquoi son action contre le fongique est intelligible : en séparant le sporophyte fertile du rameau vert stérile, elle se démarque pour ainsi dire du geste fongique. Les autres prêles portent l'épi sporangifère au sommet de la plante verte.[461]

La sphère rhizome-racines, la multiplication végétative et générative

La pousse végétative verticale se prolonge à la même série d'articles dans les profondeurs de la terre (Abbildung 34, S. 449). Lorsqu'elle rencontre un horizon à eau stagnante — à la frontière, par exemple, de l'horizon A (Oberboden) vers l'horizon B plus argileux (Unterboden) — ou de l'eau souterraine, une pousse latérale se détache, qui croît horizontalement en suivant la limite de la nappe perchée.

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Les rhizomes sont aérateurs. Des nœuds rhizomaux, parfois aussi de la pousse verticale primaire, s'élancent vers la lumière des pousses secondaires qui assurent la multiplication du stock végétatif. Les rhizomes verticaux traversent la zone de compaction avec une grande dynamique, pour se ramifier à nouveau horizontalement sur une couche aquifère plus profonde. Même depuis des profondeurs de trois à quatre mètres, ils envoient de là vers le haut leurs rhizomes brun-noir (Abbildung 34, S. 449).

La prêle n'a pas de racines primaires. Ses racines fines, filiformes, dirigées vers la profondeur, sont d'origine caulinaire ; elles naissent des entre-nœuds (internodes) des pousses rhizomateuses. Vers la fin de l'automne se forment, sur les rhizomes horizontaux proches de la surface, des renflements ovoïdes — réserves nourricières pour le débourrement printanier, en particulier pour les premiers à surgir : les porte-spores fertiles brun-rougeâtre. L'un de ces porte-spores porte, en disposition fusiforme, les sporanges hexagonaux. Après la maturation des spores, la pousse fertile meurt rapidement. Les spores, fines comme de la poussière, sont emportées par le vent et germent dès qu'elles atteignent un milieu humide et aqueux. De la spore en germination, c'est d'abord une pointe racinaire qui émerge ; se développe ensuite un prothalle (*Prothallium*) verdissant, semblable à une algue. « Jusqu'à ce stade, la prêle est une plante aquatique verte. »[462] Les prothalles se présentent en deux sortes. L'une forme des spermatides arrondies, capables de se déplacer librement dans l'eau à l'aide de deux flagelles. L'autre forme des ébauches d'ovules, fécondées par les spermatozoïdes qui nagent librement. Après la fécondation, la pousse de la prêle — qui croît à la verticale, vers le haut et vers le bas — quitte la phase aqueuse et s'unit au solide de la terre et aux forces du soleil. Les deux types de pousses, fertiles comme végétatives, se développent à partir des rhizomes qui s'enfoncent dans les horizons plus profonds du sol et s'y enracinent.

Le rameau aérien et le processus siliceux

La pousse stérile de la prêle, s'élevant vers l'air, la chaleur et la lumière, est de part en part une tige. Les feuilles vraies sont absentes ; seules de rudimentaires formations foliaires, en forme de gaines protectrices peu apparentes réunies en verticilles en forme de collerette, sont appliquées à la base des entre-nœuds. Les entre-nœuds striés de la pousse centrale et la riche ramification en rameaux latéraux disposés en verticilles témoignent, du point de vue de l'absorption

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de la lumière solaire et de la transpiration de vapeur d'eau, une surface suffisamment grande. Cette dernière est telle que le débit élevé d'eau caractéristique de la prêle est assuré. Sa relation étroite avec l'élément de l'eau se manifeste également dans le fait qu'elle extrait, des voies conductrices du xylème, la silice que l'eau ascendante y transporte et qui provient de l'altération minérale du sol. Sa nature inorganique est vivifiée par l'action solaire vivifiante qui opère dans la plante. On peut dire : l'eau, médiatrice des forces lunaires, rend dans cette plante — qui renvoie à des temps immémoriaux de l'évolution végétale — la silice à nouveau réceptive à l'action solaire présente. Elle se voit conférer des forces qui établissent un équilibre harmonieux entre le passé régi par l'activité lunaire et le présent régi par l'activité terrestre-solaire. Par là, la prêle se trouve dans une polarité avec le pissenlit. Si le pissenlit, en tant qu'astéracée, appartient aux plantes les plus hautement développées, la prêle appartient à celles qui se tiennent au commencement de l'évolution des plantes terrestres. Dans la prêle, la silice relie des stades évolutifs révolus au présent ; dans le pissenlit, le résultat évolutif du présent à l'avenir.

Le processus vital de la prêle est un processus siliceux métaboliquement actif, né de l'élément de l'eau. Il se meut de l'intérieur vers la périphérie des tissus vivants. Tandis que l'eau s'évapore sous l'effet de la chaleur extérieure, la silice se dépose et enveloppe toute la plante caulinaire d'un manteau de silice amorphe chargée d'eau. On la trouve dans les cellules épidermiques ainsi qu'incrustée entre les membranes cellulaires de celles-ci. Tous les états — depuis celui de la solution, par le gel plastique, jusqu'à l'opale amorphe et vitreuse durcie, un dioxyde de silicium hydraté (SiO2 + H2O) — sont parcourus. Si l'on incinère le tissu caulinaire de la prêle, il reste après la combustion du squelette noir de carbone un squelette blanc de silice. Il présente des bombements lenticulaires qui, dans l'état vivant, dirigent la lumière solaire sur la chlorophylle disposée en rangées.[463]

La haute teneur en silice — 70 % dans les cendres — marque l'aspect rigide et rayonnant de la prêle. Elle la rend rugueuse et fragile. Le silex « vit » ainsi dans la prêle « qu'il se retranche comme dans une forteresse ».[464]

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Fabrication et application

La prêle des champs est récoltée vers la Saint-Jean, au moment de son plus grand déploiement végétatif ; on cueille la pousse verte par une journée ensoleillée et on la fait sécher, étalée en fine couche à l'ombre et à l'air[465]. Concernant la suite du traitement, Rudolf Steiner explique : « que l'on fasse de l' Equisetum arvense une sorte de thé, un thé assez concentré, que l'on dilue et que l'on utilise ensuite comme purin pour les champs […] [, sur lesquels on ; ajout de l'auteur] veut combattre la nielle et d'autres maladies végétales similaires ».[466] Stappung a documenté, à l'échelle mondiale, les multiples pratiques de préparation du thé à partir de la prêle, que ce soit concernant la durée de la cuisson et de la fermentation subséquente en purin, la fermentation à froid de la plante fraîche, les moments, les quantités et la fréquence d'application, ou encore la question de savoir si la préparation n'agit que préventivement ou si elle promet aussi un effet en cas d'attaque fongique aiguë.[467] De la somme des expériences en matière de préparation de ce thé, la recette suivante a émergé : « Dans dix à vingt litres d'eau, on fait cuire doucement 200 à 300 grammes de plante séchée pendant environ une heure. Si l'on utilise de la plante fraîche, compter environ 1,5 kg pour la même quantité d'eau. »[468] Ce temps d'ébullition prolongé est nécessaire, d'une part, pour dissocier les tissus cellulaires périphériques fortement silicifiés et, d'autre part, pour maintenir ce processus dans l'élément primordial universel de la chaleur.

Concernant la forme d'application, Rudolf Steiner emploie le terme de « purin ». Ce terme indique que le thé de prêle, après la phase d'infusion, doit être soumis à une fermentation, ce qui permet une décomposition progressive des substances organiques plus difficilement dégradables. La formation d'acide transforme le thé en purin, le rendant ainsi conservable et utilisable plus longtemps. Ce n'est que lorsqu'il entre en putréfaction et commence à sentir mauvais (sulfure d'hydrogène, H₂S) qu'il faut renoncer à l'utiliser. Il convient également de renoncer à la fermentation à froid de la prêle fraîche, pratiquée ici ou là. Des temps de fermentation prolongés entraînent inévitablement des fermentations indésirables

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prématurées ainsi qu'une dissociation insuffisante de la silice amorphe.

L'action de la chaleur durant le processus de cuisson semble être d'une importance essentielle pour que la silice devienne active.[469]

Les moments d'application dépendent de si le purin doit être épandu à titre préventif ou en cas d'attaque aiguë. Selon l'indication de Rudolf Steiner, il s'agit principalement d'une mesure prophylactique. Le purin agit par le sol et, dans des conditions d'humidité aqueuse excessives et persistantes, diminue la pression fongique sur les plantes. De ce point de vue, il est recommandé d'épandre le purin, si possible à un rythme annuel, sur toute la surface de l'exploitation agricole et horticole, à raison de 100 l/ha. L'idéal serait de le faire trois à quatre fois par an, soit à la fin de l'hiver jusqu'au printemps (mars), en été, et en automne jusqu'au début de l'hiver (novembre). Dans tous les cas, dans le cadre de la rotation des cultures, les plantes particulièrement sensibles aux champignons, comme les céréales et certaines plantes sarclées, devraient bénéficier de ce traitement préventif. Des pulvérisations directes sur les cultures en cas d'attaque aiguë, souvent en combinaison avec du purin d'ortie, peuvent endiguer considérablement l'infestation. C'est une mesure qui combat l'infestation. Le traitement préventif par le sol, lui, veille à ce que le mal soit prévenu à sa source.

L'efficacité de la préparation de prêle

Appliquée à titre préventif, la préparation de prêle déploie son efficacité par l'intermédiaire du sol. Lorsque celui-ci aborde le printemps après un automne peut-être déjà humide et un hiver doux et pluvieux, l'ensemble de l'espace racinaire se trouve particulièrement exposé aux rayonnements de forces de la lune, et cela surtout lors de la pleine lune et de la proximité lunaire (*périgée*). Ces rayonnements sont transmis par l'eau et éveillent dans le sol une vie lunaire, apparentée à cette vivacité aquatique dans laquelle, aux temps primordiaux, les formes inférieures de la vie végétale et animale se sont développées. Décalée dans le temps, cette vivacité agit aujourd'hui dans les océans, et différemment dans les fleuves, les lacs et les étangs. Cette vie encore proche de ses origines, peu différenciée, date de l'ère terrestre de la Lémurie ancienne et moyenne, répétition du développement de l'« Ancienne Lune » qui avait précédé l'évolution terrestre.[470] Geologiquement parlant, ce sont les ères

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du *Protérozoïque* et du *Paléozoïque*. À cette époque de prédominance des forces lunaires, il n'existait pas encore de plantes à fleurs. C'était le temps des plantes porteuses de spores, auxquelles appartenaient, outre celles déjà mentionnées, les champignons. Dans le sol en voie de formation à partir de l'élément aqueux, les forces lunaires et les forces solaires entrent en relation dans des états alternants. À l'ère suivante du *Cénozoïque* ou du *Tertiaire* (l'Atlantide), les forces solaires prennent le dessus ; les plantes à fleurs se développent avec leurs racines pivotantes. Au *Néozoïque*, le temps nouveau de la Terre, les sols se développent en sols minéraux humifères et, sous la main de l'homme, en sols cultivés.

Lorsque, sous l'effet d'une humidité persistante, les forces lunaires prédominent, le sol cultivé est pénétré de manière unilatérale par une vitalité lunaire. Ce sont alors précisément les formes inférieures de la vie végétale et animale de ces stades évolutifs antérieurs qui se trouvent stimulées — et, de façon particulière, la croissance des champignons. Cela ne se produit pas seulement dans le sol, mais, un étage plus haut, également dans les organes aériens de la plante et à leur surface. Ce qui a sa juste place dans l'obscurité du sol se crée illégitimement un second sol dans l'espace aérien au-dessus de la terre ; la vie microbienne parasite les tissus vivants de la plante. L'action solaire présente ne peut, même elle, que partiellement endiguer cette vie étrangère qui prolifère. Il faut chercher une plante capable de concentrer et d'élaborer en elle assez de force solaire pour rendre inoffensif le surplus de vie lunaire dans l'élément aqueux — mieux encore : capable, dans le sens d'une synthèse, d'instaurer un rapport sain entre les polarités de l'astralité lunaire agissant depuis le passé et de l'astralité solaire rayonnant depuis le cosmos présent. Cette aptitude, la prêle la possède en tant que représentante éminente de la transition d'une plante née de l'eau à une plante née de la terre. Utilisée en purin de décoction, elle agit de telle sorte qu'on décharge la terre du surplus de force lunaire, que le thé de prêle « enlève à l'eau sa force médiatrice et donne à la terre davantage de terrestrité, afin qu'elle n'absorbe pas l'action lunaire accrue par l'eau présente ».[471] Cette description indique sans ambiguïté le traitement prophylactique des sols avec la préparation de prêle. Accompagner avec conscience le cours du temps dans le cycle annuel éduque la faculté d'agir par prévoyance avisée. Lorsque la prophylaxe s'effectue régulièrement d'année en année, on prévient le cas aigu. Nombreuses sont néanmoins les expériences décrites, surtout

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dans le domaine du maraîchage, concernant la limitation d'infestations fongiques aiguës et d'autres calamités par le purin de décoction de prêle.[472] Des expériences de longue durée sur l'effet préventif de la préparation de prêle n'existent pas. Les essais de précision font éclater les limites du réalisable. La certitude de l'efficacité — et cela vaut pour toutes les préparations mentionnées — tient à la compénétration par la pensée des résultats de la recherche spirituelle, ainsi qu'à l'expérience confirmante qu'enseigne la pratique.

Le canon des six préparations de fumure, leur action conjuguée dans la formation d'un nouveau milieu rythmique — une vue d'ensemble

La question se pose d'elle-même : la succession des six préparations biodynamiques, telle que Rudolf Steiner la décrit dans le Cours aux agriculteurs, est-elle fortuite ou s'inscrit-elle dans une logique nécessaire ? Tout plaide pour la seconde hypothèse, si l'on considère à la fois les propriétés particulières des matériaux d'origine utilisés pour la préparation et l'efficacité des préparations elles-mêmes dans la construction progressive de l'organe-diaphragme du sol en une totalité vivifiée, animée par l'âme et traversée par l'esprit, entre les hauteurs cosmiques et les profondeurs de la terre.

La série des plantes des préparations

Les six plantes des préparations sont caractérisées par le fait qu'entre le pôle sulfureux de la fleur et le pôle salpêtre de la racine règnent des rapports substantiels cosmiques et terrestres spécifiques ; il est frappant de constater que les trois premières plantes des préparations — l'achillée millefeuille, la camomille et l'ortie — forment un groupe de trois, et qu'il en va de même pour l'écorce de chêne, le pissenlit et la valériane (Illustration 35).

Entre les deux se trouve un seuil à la fois caché et objectivé, un seuil de transition réciproque vers une mitte, le sol. Les deux triplicités forment une polarité. La première représente le pôle terrestre, davantage basique-alcalin. De ce côté règne le soufre. Dans le domaine inorganique, il est un producteur d'acide ; dans le domaine organique, il déploie sa nature cosmique, en ce que « par la voie du soufre, l'esprit pénètre dans le physique de la nature

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Abbildung 34: Die Reihe der Präparatepflanzen und Organhüllen in Beziehung zum Stoffwechsel- und Nerven-Sinnes-System des Tieres sowie die Mittebildung zwischen den Höhen- und Tiefenkräften.

pénètre dans le physique de la nature, le soufre est précisément le porteur du spirituel ».[473] Il dématérialise en quelque sorte, dans les processus vitaux des plantes, les substances terrestres des alcalis (K, Na) et des alcalino-terreux (Ca, Mg), ainsi que le fer comme base-métal lourd. Dans la séquence de la première triplicité, c'est l'achillée millefeuille qui, par sa force sulfureuse particulière, traite le métal alcalin qu'est le potassium. En extension de ce processus, le calcium — métal alcalino-terreux — s'y adjoint avec la camomille ; et c'est à nouveau l'ortie qui, par sa force sulfureuse, traite le fer en rayonnements de fer, à côté du potassium et du calcium. Par ces rayonnements, elle conduit vers la mitte cachée. Le fer est, dans la nature jusqu'à l'homme, le métal de l'incarnation ; il ancre dans l'organisation corporelle

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les forces agissantes de l'être spirituel-essentiel. Dans l'homme, le fer se concentre dans le sang, qui relie en circulant le cœur à la périphérie, aux fonctions du corps. Dans le courant sanguin qui se dirige vers le cœur et qui, « pacifié » par lui, retourne dans le corps, l'âme spirituelle de l'homme fait l'expérience de son être-incarné dans le corps.

Le cœur recueille et unifie ce qui s'est imprimé au sang dans les organes corporels jusqu'à la périphérie du corps. Dans le cœur, le sang entrant et sortant trouve une enveloppe auto-active qui, pulsant rythmiquement, maintient le sang en état de vivre. L'autre pôle, ce sont les reins, qui rendent à leur tour le sang apte à la vie, d'une manière polaire. Ils forment un espace dans lequel le sang pénètre en tant que courant artériel hors du système vasculaire et, soustrait aux processus substantiels terrestres-matériels, est scruté, rafraîchi par l'activité rénale, et où s'instaure un équilibre harmonieux entre le terrestre-matériel et le cosmique-spirituel. C'est seulement après « examen par le cœur et les reins » que le sang demeure apte à la vie.

Il en va autrement pour les plantes supérieures. Elles croissent, chacune à sa façon spécifique — comme le montrent précisément les plantes des préparations —, à partir du sol fertile, de la « mitte » entre les hauteurs et les profondeurs. Cette mitte n'est encore qu'à l'état germinal ; elle n'agit pas encore de manière autonome dans ses fonctions touchant la silice, le calcaire, l'argile et l'humus ; elle a besoin d'éducation. Cela concerne avant tout les fonctions de l'argile, qui ont dans leur rythme saisonnier une prédisposition à une sorte de fonction cardiaque, et celles de l'humus, dont la dynamique est plus proche de la fonction rénale. Les mesures propres à cette éducation constituent le véritable art de la culture du sol.

Parmi les nombreuses mesures qui ont été caractérisées, c'est la fumure issue de l'esprit de l'homme qui ouvre la porte sur l'avenir. Cette éducation par la fumure se rapporte à la vivification des substances terrestres des profondeurs. À son service se trouve le premier groupe de trois — achillée millefeuille, camomille, ortie —, qui aide la mitte, le diaphragme, à accéder progressivement à des degrés d'autonomie fonctionnelle. Ces trois plantes médicinales ont le pouvoir, dans leurs processus vitaux, de transformer les substances terrestres potassium et chaux en azote, c'est-à-dire de les doter de la propriété d'être des porteurs de forces astrales.

À propos du premier groupe de trois, Gunter Gebhard remarque : « Le soufre, en tant qu'élément qui a directement « chu » de l'élément Feu dans l'élément Terre, est la substance qui conduit le spirituel dans le terrestre ; en raccourci : le soufre est un être qui peut condenser la chaleur de façon matérielle, c'est-à-dire là où

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où agit cet être, du soufre y apparaît sous forme substantielle. Ainsi les trois premiers préparats sont ceux qui favorisent l'incarnation d'un spirituel (la vie végétale). Dans l'achillée millefeuille, c'est le potassium, qui porte intégralement le liquide en lui, qui établit en particulier le rapport à l'éthérique (corps éthérique individuel) : le calcium, avec la camomille, fait entrer l'astral dans le corps physique pénétré par le corps éthérique (il tire depuis le cosmos ce qui confère forme à la plante) ; et avec l'ortie enfin, le fer, qui a avec l'incarnation du Je chez l'homme son rapport étroit, et qui ici, porté par le soufre, conduit l'archétype spirituel de la plante dans la manifestation physique et maintient le ‹contact› avec la plante-archétype dans la sphère au-delà du cosmos (le ‹fait-de-se-pénétrer-de-raison›). Avec les trois premiers préparats, le sol se développe de telle sorte que les quatre corps constituants qui concernent l'apparition physique dans le terrestre sont encouragés pour la plante ».[474]

Dans le second groupe de trois — chêne, pissenlit, valériane —, c'est davantage le côté cosmique, le côté acide, qui est accentué. Le soufre n'est plus explicitement nommé ici, bien qu'il soit précisément l'un des plus puissants producteurs d'acide. Cette contradiction se résout si l'on considère que dans le cas du premier groupe de trois, le soufre est nommé en tant qu'élément qui médiatise le spirituel au vivant-physique. Sous la forme de l'acide sulfurique, il est sorti de cette fonction et est devenu terrestre. Dans le second groupe de trois, il s'agit de l'action acide descendue dans le physique.

Dans le cas de l'écorce de chêne, c'est certes le calcium en tant que métal alcalino-terreux qui est au premier plan. Ce qui est déterminant pour sa fonction, c'est cependant la structure dans laquelle le calcium se présente dans l'écorce du chêne sous la forme de l'oxalate de calcium. Au travers des processus vitaux du chêne, il se forme comme produit d'un processus de floraison achevé prématurément dans l'écorce. L'oxalate de calcium reçoit sa « structure » (forme) dans son ensemble par la nature essentielle du chêne et en particulier par l'action sulfurique de l'acide oxalique. Gunter Gebhard ajoute à ce sujet : « Le chêne, en tant qu'être de Mars/du fer, a sa relation plus profonde au Je, à la sphère derrière le cosmos, là où les archétypes spirituels se révèlent aussi au chercheur spirituel. Le calcium aspire en lui tout l'astral ; le fait que la forme soit possible dans le physique a son fondement dans l'astral, de même que la manière dont la forme se montre se fonde dans le Je (dans l'Idée), qui agit à travers l'astral. L'oxalate de calcium du chêne aspire

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l'Espace macro-cosmique dans le microcosme ; et par la force ferrugineuse du chêne, il établit la connexion avec l'archétype spirituel. Lorsque micro- et macrocosme sont en harmonie l'un avec l'autre, l'organisme est sain. La préparation d'écorce de chêne maintient cette harmonie entre ces pôles et favorise ainsi prophylactiquement, par l'entremise du sol, la santé de la plante.»[475]

Dans l'écorce de chêne, le calcium est donc saisi pour ainsi dire d'en haut, depuis le pôle cosmique qui se vit en manifestation dans le processus de l'acide oxalique. Chez le pissenlit, ce processus s'élève encore, en attirant à soi, par la fleur portée à la plus haute perfection, «la silice finement répartie dans le cosmos» et en la mettant en rapport avec le potassium animé dans le suc laiteux. C'est encore l'action acide par laquelle les forces du cosmos s'impriment d'en haut dans le pissenlit et, par lui, dans le sol.

La valériane maîtrise, de la manière caractérisée, le processus du phosphore.

Ainsi les qualités essentielles polaires des six plantes préparatoires, dans leur action conjuguée, sont-elles disposées à créer une synthèse embrassant tout : la formation d'une préparation de la Mitte naissante et solaire entre les hauteurs et les profondeurs. Par le renforcement intérieur de cette Mitte, le sol — le diaphragme — peut se développer vers une activité propre toujours plus grande. Du côté basique, la triplicité de l'achillée millefeuille, de la camomille et de l'ortie ouvre d'en bas les forces de la matière au sol-diaphragme ; du côté acide, la triplicité de l'écorce de chêne, du pissenlit et de la valériane ouvre d'en haut les forces de la substance. La valériane occupe à cet égard une position particulière, en ce qu'elle, par la fonction de support du phosphore, ouvre la sphère extra-cosmique de l'esprit, le monde des archétypes essentiels des êtres (Figure 36, p. 462).

Gunter Gebhard complète ainsi : «Dans leur comportement chimique, les bases (lessives) sont des substances qui ont dans leur caractère quelque chose de "luciférien", tandis que les acides portent en eux quelque chose d'essentiellement "ahrimanien". De même, le soufre est une image de l'être de Lucifer et le phosphore reflète les forces ahrimaniennes. Au milieu entre ces deux puissances adversaires polaires se tient le Christ en tant que représentant de l'humanité, qui, tenant l'équilibre entre ces puissances d'êtres, montre à l'humanité les chemins vers l'avenir. Dans l'"individualité agricole", cette Mitte est disposée comme le diaphragme du sol. Elle est désormais remise entre les mains de l'homme, afin qu'il amène ce germe vivant de la Mitte à se développer.»[476]

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La série des enveloppes organiques animales

Celles-ci s'articulent elles aussi de manière conséquente en une première triade, vue depuis le pôle métabolique de l'animal, en direction du cœur, et en une seconde triade, vue depuis l'avant de l'animal, le pôle sensoriel, vers la Mitte. Dans ce contexte, Rudolf Steiner caractérise l'action des planètes dans l'animal par rapport au soleil (Figure 36, p. 462). Il part entièrement de la contemplation intuitive, de la «forme et configuration colorée, également en ce qui concerne la structure et la consistance de sa substance, de l'avant vers l'arrière, c'est-à-dire du museau vers le cœur, les actions de Saturne, Jupiter, Mars, dans le cœur l'action du Soleil et derrière le cœur, vers la queue, les actions de Vénus, Mercure, de la Lune».[477] L'animal supérieur s'articule donc, dans l'horizontale de la colonne vertébrale, en la polarité de l'action des planètes supra-solaires au pôle neurosensoriel et des planètes infra-solaires au pôle métabolique. Les deux sont orientées depuis des directions opposées vers le cœur.

Concernant l'ordre des planètes infra-solaires — Lune, Mercure et Vénus —, Rudolf Steiner s'appuie, depuis sa recherche spirituelle, sur l'ancienne sagesse des Mystères. C'est également le cas pour la caractérisation de leurs sphères d'action macrocosmiques dans l'orientation verticale de l'«individualité agricole». Là, la succession depuis la terre vers le bas dans les profondeurs est : Mars, Jupiter, Saturne, et vers le haut dans les hauteurs : Lune, Mercure, Vénus, Soleil.[478] Cette sagesse originelle cultivée dans les Mystères, conjuguée à des restes de clairvoyance instinctive chez les hommes, trouva son achèvement dans le tableau du monde de Ptolémée. Dans celui-ci, comme aussi dans celui qui règne aujourd'hui et qui remonte à Copernic, se reflète l'évolution de la conscience de l'humanité. Dans les époques de civilisation post-atlantéennes de l'ancienne civilisation indienne et de l'ancienne civilisation paléo-persane, les hommes vivaient encore, à l'état de vestiges, d'une «conscience céleste». Elle s'est éteinte et s'est transformée, avec l'éveil à la conscience de soi dans le présent, en une conscience terrestre fixée sur les objets. Les hommes de ces temps premiers éprouvaient encore les sphères planétaires comme emplis des actes des hiérarchies spirituelles qui avaient fait des planètes leur demeure.

Avec l'effacement de cette expérience — elle persistait sous forme imagée dans les mythologies — naquit, au début du troisième âge de civilisation, au troisième millénaire, la science des étoiles des Sumériens, des Babyloniens et des Égyptiens. Au cours du quatrième âge de civilisation, elle s'émancipa davantage et aboutit au tableau du monde ptoléméen

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Abbildung 36: Die polare Beziehung des unter- und obersonnigen Planetenwirkens zu den tierischen Organhüllen im Hinblick auf die Entwicklung der Wesensglieder der «Landwirtschaftlichen Individualität» und ihre Dreigliederung nach Leib (von unten), Geist (von oben) und Seele (rhythmische Mitte).

sur scène. À l'ère de l'âme de conscience qui se levait, le tableau du monde se rétrécit à ce que les sens extérieurs perçoivent. Pour Copernic et ses successeurs, la conscience d'une sphère planétaire emplie d'être s'effaça, et il ne resta plus que la sphère ronde emplie de matière, qui se déplace dans l'espace selon des trajectoires calculables.[479]

Chacun de ces tableaux du monde est en quelque sorte un instantané, une création de l'homme sur la façon dont il s'est rapporté au monde à travers les âges

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Chacun est en lui-même justifié et juste. Le tableau du monde d'aujourd'hui, fondé sur Copernic, ne prend plus en compte que l'aspect quantitatif du corporel, non celui de la sphère d'action qualitative, pénétrée d'être. Le cosmos apparaît au regard actuel sans être et sans acte.[480]

Il convient ici de signaler le fait que la succession des enveloppes organiques animales est orientée depuis la périphérie du terrestre et depuis celle du cosmos le plus lointain vers un centre (Figure 36).

En prolongement de la citation ci-dessus sur le rayonnement planétaire dans l'organisme de l'animal, l'action planétaire infra-solaire de la Lune, de Mercure et de Vénus se concentre sur les organes abdominaux, depuis l'arrière en direction du cœur, et ce faisant sur le système rénal au sens le plus large. Le rein reçoit les forces rayonnantes de Vénus.[481] Étroitement liée à celles-ci s'exerce l'action des forces de Mercure, et dans le système réno-vésical, celle de la Lune. La nature du mercuriel se manifeste dans les fonctions fortement marquées par le rythme des organes abdominaux. Dans le rein, ce sont les processus d'excrétion et de réabsorption. Il élimine mercuriellement du flux sanguin artériel l'urine primitive, la trie, la réorganise dans sa composition et réintègre ce qui a été harmonisé comme utilement sélectionné dans le sang.[482] Ce processus — une sorte de respiration liquidienne — se spécialise unilatéralement dans la fonction de la vessie en un pur processus d'excrétion des substances devenues inutilisables pour l'organisme. C'est là que les forces lunaires modifient l'action de Vénus.

Il en va autrement de la nourriture ingérée ; elle est triée dans la digestion intestinale. Ce qui n'est pas utilisable pour l'organisme est excrété sous une consistance plus solide ; cet événement organique lui aussi peut être considéré comme l'expression d'une action lunaire. Ce qui en revanche est sécrété sous forme de sucs digestifs liquides dans le circuit lymphatique et sanguin,

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s'exprime dans des processus où l'on peut supposer que l'action de Vénus est modifiée par celle de Mercure. Ce qui se déroule dans les organes abdominaux de l'homme et de l'animal comme processus réno-vénusien, modifié par Mercure et la Lune, se retrouve dans l'efficacité du préparation d'ortie. C'est là, peut-on dire, que dans l'organique de l'ortie, en lien avec le rayonnement du potassium, du calcium, de l'hydrogène et du fer, peut s'accomplir la transformation de substance évoquée dans le chapitre « Sur la question de la transformation de la substance » (p. 384 sq.) — l'astralisation de la matérialité vivante vers la néoformation d'un azote issu de la vie de la plante.

Si l'on suit la série des organes-enveloppes qui, à une exception près, sont empruntés aux animaux domestiques pour la préparation, on trouve au commencement la vessie de cerf (illustration 26, p. 363). Dans la vessie s'accomplit le processus rénal, en ce qu'elle concentre ce qui a été trié dans le rein et l'excrète vers l'extérieur. Dans la forme sphérique de la vessie, l'élément liquide est façonné à l'image du médiateur des forces lunaires. Dans le déroulement de la préparation, elle accueille le solaire des fleurs d'achillée millefeuille, dans lesquelles le terreux du sel de potassium s'est sublimé dans le vivant.

Plus avant vers l'intérieur abdominal vient l'intestin. Son extrémité, le gros intestin, élabore microbiellement une part des restes alimentaires encore présents et excrète ce qui ne peut plus être valorisé. C'est là aussi un processus qui se déroule sous l'influence de la Lune. Le début de l'intestin est formé par l'intestin grêle, un long tube disposé en anses, dont la surface intérieure est pour ainsi dire illimitée. C'est là que l'action de Vénus assure le tri des substances nutritives — excrétion vers le gros intestin d'un côté, intégration des sucs digestifs dans la voie lymphatique et sanguine de l'autre. Elle est soutenue et modifiée par l'action de Mercure. Celle-ci se manifeste dans les mouvements rythmiques de la péristaltique, des villosités intestinales, jusqu'à la dynamique des sécrétions glandulaires et des flux de substance traversant les parois intestinales. Les forces de Mercure s'interposent comme médiatrices entre l'action de la Lune et celle de Vénus. Elles s'adaptent d'un côté aux conditions changeantes, et de l'autre, l'action de Mercure franchit des frontières qui séparent un intérieur d'un extérieur.

Dans l'intestin grêle sont farcies les fleurs de camomille. Leur caractère solaire a mis le calcium et le potassium du terrestre dans un état qui — en prolongement de l'action rafraîchissante et vivifiante du préparation d'achillée millefeuille — contribue à une croissance saine. Cela est sans doute à comprendre dans le sens que l'archétype essentiel des plantes peut s'exprimer sans altération dans le reflet terrestre à chaque phase de la croissance.

Le préparation de Brennnessel — la troisième dans ce trio — touche déjà par son efficacité à la zone médiane dominée par les forces solaires, c'est-à-dire à la fonction cardiaque cachée du sol. L'«action intérieure» astrale de l'ortie est si entièrement pénétrée de raison/force du Je qu'elle peut se passer d'une enveloppe organique animale. Elle est aussi capable de travailler dans ses processus organiques les formateurs de sels terrestres que sont le potassium et le calcium, et de transformer en outre le fer en un rayonnement bienfaisant du fer. Il semble bien qu'une efficacité de Vénus s'y exprime. En liaison avec l'achillée millefeuille et la camomille, elle veille à ce que les sels terrestres potassium et calcium se transforment vers des niveaux supérieurs d'efficacité, et en outre elle appelle le caractère martial du fer à une efficacité rayonnante. L'action de Vénus, entendue intérieurement, crée dans le vivant des espaces de liberté pour de nouvelles possibilités du devenir ; elle s'efface. On peut dire qu'elle ne nourrit pas, mais qu'elle rend possible la nutrition. C'est dans ce sens que les rayonnements ferriques de la préparation d'ortie peuvent être compris. L'action de la sphère de Vénus ne les produit pas elle-même, mais elle permet à l'ortie d'agir comme préparation dans le sens qu'elle régule dans le sol-diaphragme le bilan ferreux à une mesure bienfaisante, de même qu'une telle mesure est maintenue dans le système cœur-circulation.

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La «triade alcaline» rend le sol apte au terrestre pour les forces solaires ; elle ouvre les forces terrestres à la croissance végétale. Elle construit par en dessous le corps physique du diaphragme. Il en va autrement pour la triade de la préparation d'écorce de chêne, de pissenlit et de valériane. Par elles, c'est le devenir substantiel cosmique, qui se trouve en relation avec les sphères planétaires supra-solaires, qui accède à son expression.

L'image phénoménale du chêne — sa puissante retenue dans la croissance, la dureté de son bois, etc. — porte l'empreinte de l'action martiale. Il croît lentement, obstinément, comme aussi la révolution de Mars autour du Soleil, avec près de deux ans (la révolution sidérale est de 687 jours), exige plus de temps que celle des planètes infra-solaires Vénus (225 jours) et Mercure (88 jours). De même, le crâne d'animal domestique est une expression formelle puissante de l'action martiale. Mais la cavité cérébrale est remplie d'une substance façonnée par les forces lunaires : le cerveau. Dans la préparation, à sa place advient l'oxalate de calcium de l'écorce/du rhytidome, structuré par les forces martiales du chêne. Les mêmes forces qui ont formé le crâne et qui ont rayonné à travers la nature lunaire du cerveau s'impriment maintenant dans le calcium de l'écorce de chêne/du rhytidome. En tant que préparation d'écorce de chêne, il agit, à la différence de la préparation de camomille, de manière préventive contre les infections venant de l'extérieur.

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À l'enveloppement de l'écorce de chêne dans un crâne d'animal domestique se rattache la question : peut-il exister, au-delà de celui-ci, une enveloppe organique par laquelle la préparation des fleurs de pissenlit puisse être conduite plus avant ? La tête ne trouve aucune continuation dans ses formes strictement délimitées et dans son organisation sensorielle tournée vers l'extérieur, à l'exception — du moins dans une certaine mesure — des porteurs de bois, non des porteurs de cornes. La tête fait face au monde par ses sens. La continuation de l'activité neuro-sensorielle doit être cherchée à un niveau supérieur. Elle se trouve développée de manière unique chez les ruminants : l'organisation sensorielle de la vache se retourne à partir de la tête, par-delà le cœur, et se continue, en quelque sorte à un niveau supérieur, dans l'activité sensible-suprasensible du péritoine (Figure 35, p. 457). La vache se tourne vers le monde extérieur avec ses organes sensoriels céphaliques de manière comparativement sourde, mais vers son monde intérieur avec ses sens inférieurs, notamment le sens vital du péritoine, de manière comparativement lumineuse. Par ses cornes rétro-actives à la tête, elle prolonge son être intelligent à l'intérieur de l'enveloppe corporelle. L'activité sensorielle dans la tête et celle dans le corps se trouvent en interaction. Si la première rend sensoriellement conscient, la seconde renforce de manière suprasensible.

C'est ainsi que c'est le péritoine mésentérique qui, dans le processus digestif du bovin, perçoit les forces agissant depuis l'esprit. Cette activité sensorielle du péritoine, qui chez le bovin est dirigée vers l'intérieur sur le substantiel, se dirige, avec l'enveloppement des fleurs de pissenlit, vers l'extérieur sur la silice «finement répartie» dans la périphérie cosmique. On doit bien supposer qu'il est ici question de l'état supérieur, éthérique, de la silice. L'enveloppe péritonéale attire cette substance siliceuse de manière senso-active et l'unit au potassium sublimé dans les fleurs par le suc laiteux. Le devenir substantiel dans le pissenlit par en bas et dans l'enveloppe péritonéale par en haut indiquent une efficacité jupitérienne d'envergure. De même que tous les planètes sont les lieux d'action d'entités hiérarchiques,[483] ce sont sur Jupiter des entités de sagesse. Sur Jupiter, la sagesse est substantielle.[484] Si l'on se représente l'image phénoménale et les processus de substances du pissenlit (cf. p. 406 sq.), on reconnaît dans cette plante hautement développée l'action jupitérienne emplie de sagesse depuis la racine, par la rosette de feuilles, la fleur et son

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jusqu'à sa teinte rayonnante de jaune et au blanc de la «boule à souffler». Pour les plantes à fleurs, les couleurs jaune et blanc sont attribuées à l'action de Jupiter : «car la force de Jupiter, qui soutient la force solaire cosmique, produit dans les fleurs les couleurs blanche et jaune».[485] La sagesse jupitérienne qui, dans le pissenlit, se représente vers l'extérieur — enveloppée par le «ciel» intérieur du péritoine — se retourne vers l'intérieur, dans la configuration et la fonction emplie de sagesse des organes abdominaux. La préparation de pissenlit constitue la synthèse de cette action jupitérienne qui, dans le terrestre, a pris forme et fonction. La puissance d'action de cette synthèse peut être reconnue dans ce par quoi «la plante devient sensible à tout et attire tout à elle».[486] On peut donc dire : la préparation de pissenlit transmet à l'engrais organique, par la voie de la silice cosmique, une substance de sagesse essentielle de Jupiter, qui se vit dans les plantes comme une force de sensation en devenir.

Lorsqu'on enveloppe maintenant les fleurs du pissenlit — fortement marquées par l'action jupitérienne — dans les membranes du mésentère péritonéal, la capacité de réception pour la silice «finement répartie» dans la périphérie cosmique demeure en mouvement. Par la préparation et les engrais organiques, le fruit de cette aptitude parvient aux plantes — mais il agit maintenant en sens inverse : il rend les plantes «sensibles» aux substances de la terre dont elles ont besoin pour croître. Ce qui s'était déjà annoncé comme effet de la préparation d'écorce de chêne apparaît ici, avec la préparation de pissenlit, à un degré supérieur. Le contexte vivant diaphragme-sol-plante est pour ainsi dire animé d'une âme. De même que l'efficacité de la première triade de préparations ouvre les substances et les forces terrestres vers le pôle racinaire de la plante, la seconde triade ouvre les substances et les forces du cosmos extra-terrestre vers le pôle floral.

Au degré le plus élevé enfin — on peut le dire — la préparation de valériane stimule, par les engrais organiques et par le phosphore libéré dans les processus de dégradation, de telle manière que celui-ci peut redevenir, dans le vivant, le support physique d'un être spirituel-essentiel dans le terrestre.

Pour des raisons différentes de celles qui valent pour l'ortie, la valériane n'a pas besoin d'être enveloppée dans un organe animal. Elle possède la faculté d'épurer le phosphore hors du devenir substantiel dynamique, lié à la terre, vivant dans les rhizomes racinaires, à travers la tige s'élançant verticalement vers le haut, et de le conduire dans la fleur vers un état de pure réceptivité pour des révélations à

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des révélations venant du monde des archétypes spirituels, lesquelles trouvent dans le phosphore leur support physique-éthérique en tant que forces.

La valériane est ainsi faite qu'elle entretient un rapport intense avec la lumière et la chaleur. Les compositions de substances qui se sont formées au fil de la croissance de la plante, sous l'action du soleil et des planètes infra- et supra-solaires, se désagrègent lors du dépérissement de la plante. À chacun des processus de dégradation, de la chaleur se libère. En fin de compte, tout ce qui est né de l'esprit se restitue à l'élément chaleur, origine de tout être.[487] Ce qui était advenu disparaît physiquement ; en tant que fruit spirituel accompli, il s'inscrit dans la chaleur intérieure, dans l'éther de chaleur — tel un souvenir gravé dans la mémoire de l'ensemble du système planétaire vivant. C'est là que vient à s'exercer le principe saturnien ; semblable à une mémoire cosmique, il est le gardien du passé, du grand contexte évolutif entre l'origine du devenir de l'homme et de la Terre[488] et l'être du présent. Extérieurement, cela s'exprime dans le fait que la sphère de Saturne enveloppe et clôt de toutes parts le système solaire comme une enveloppe de chaleur. La valériane ne s'est-elle pas créé un reflet du principe saturnien ? Partout où l'on applique la préparation de valériane, elle crée une enveloppe de chaleur saturnienne qui délimite un extérieur par rapport à un intérieur.

Lorsqu'on vaporise la préparation de valériane sur un tas de fumier ou de compost, elle agit pour celui-ci de manière tout aussi enveloppante que les organes-enveloppes animaux des autres préparations. On peut admettre qu'elle ne confère pas seulement au processus de dégradation une enveloppe délimitante, mais également aux rayonnements qui émanent ponctuellement des autres substances de préparations introduites dans le tas, les retenant ainsi à l'intérieur de celui-ci. L'enveloppe de chaleur engendrée par la préparation de valériane est tissée de chaleur extérieure (élément chaleur) et de chaleur intérieure (éther de chaleur). Elle peut être conçue comme un organe qui reçoit les rayonnements du cosmos stellaire et trouve dans le phosphore, issu des processus de dégradation saturniens, un support physique disponible à la réception.

De même que la ronde des préparations s'ouvre, dans sa conséquence spirituelle, par la préparation d'achillée millefeuille, elle se conclut par la préparation de valériane. Cette considération peut éveiller la compréhension du fait que le canon des six préparations biodynamiques, au service d'une totalité en devenir, n'a besoin ni d'extension ni de complément. Ce canon est

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ainsi composé qu'il crée une consonance harmonieuse. La totalité est le milieu entre les Hauteurs et les Profondeurs ; son devenir signifie la « vivification du terreux-solide lui-même ». La consonance « résonne » à travers le travail de l'homme guidé par l'esprit, à travers le vouloir inconditionnel.

Les préparations biodynamiques dans leur action sur la totalité

Chacune des six préparations de fumure apporte un potentiel de développement pour la formation d'un « Septième », celui du milieu en devenir, de l'organe-diaphragme qui se trouve sous l'influence du soleil. Le sol seul rend possible l'existence de toute vie sur terre. En lui s'unissent les irradiations planétaires et stellaires, qui sont sous la domination du soleil, et les forces des profondeurs de la terre qui rayonnent depuis le bas. Cette action réciproque et mutuelle est le résultat devenu œuvre des âges passés de la Terre. Elle perdure dans la sage coopération des règnes de la nature. Reconnaître cet héritage aux relations infinies constitue le fondement de l'aménagement du domaine dans l'agriculture biodynamique.

De cette connaissance découle le principe méthodique qui consiste, désormais à partir de l'esprit de l'homme, à transposer par un travail guidé par l'esprit l'œuvre trouvée sur un site (le domaine), selon les lois que la nature devenue physique prescrit et qui sont à l'œuvre dans les règnes minéral, végétal et animal. De là naît, avec art et dans le petit, ce que la Terre est dans le grand : un organisme clos sur lui-même. Ce principe, qui consiste à répéter le passé dans le présent par la force de l'âme de conscience naissante de l'homme, est le premier pas. Le second pas ouvre la porte à une voie de développement vers l'avenir. Il reprend, en répétant le passé, le principe méthodique qui lui avait échappé dans l'agriculture chimico-technique. Ce second pas élève l'agriculture à un niveau supérieur, fécondée par le trésor d'idées de la recherche spirituelle. Il place l'homme d'aujourd'hui devant un défi énorme, celui de l'action libre et autodéterminée, issue du renforcement de l'âme de conscience. Quiconque tente d'entretenir un rapport spirituellement éveillé avec les préparations biodynamiques se voit confronté à ce défi. Lors de leur élaboration et de leur application, la fin, ce qui est devenu, se transforme en un commencement d'un devenir tourné vers l'avenir. Cette fin, ce sont les produits des règnes minéral, végétal et animal, ainsi que l'action des rythmes actuels de l'année solaire et enfin les états des quatre éléments : terre, eau, air

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et chaleur. Cette fin évolutive est mise en relation, par les connaissances de la science de l'esprit, selon des idées qui ne se trouvent pas dans la nature achevée, et qui n'acquièrent que progressivement un caractère de loi dans leur application. Ces idées amorcent un retournement du passé vers le futur. De là naît la question de savoir de quelle manière les phénomènes de ce retournement peuvent être saisis par les sciences de la nature. Les concepts dont on dispose ne se rapportent toujours qu'à ce qui peut être mesuré, compté et pesé, au passé, et non au devenir. Ici s'ouvre, dans la connaissance de la nature, un abîme insondable entre le non-vivant, la quantité, et les manifestations qualitatives de la nature vivante, animée et « spiritée ».

Tout ce qui est qualitatif se manifeste dans des polarités, comme dans les oppositions entre l'être et le phénomène, l'esprit et la matière, la lumière et les ténèbres, etc. La synthèse de ces polarités ne se trouve pas dans une observation objectivante ; elle s'accomplit dans une intuition pensante et sentante qui indique la direction au vouloir. La synthèse a lieu à l'intérieur, dans la connaissance de l'esprit par l'homme. Voilà le grand défi ! Le mode de pensée analytique, uniquement tourné vers le non-vivant, se dérobe à ce défi. Il lui manque les concepts qui donneraient à la notion de qualité un contenu objectif et évaluatif. Les concepts évaluatifs incluent le facteur « temps » ; ils mettent la pensée en mouvement, la rendent imagée et par là, accessible à l'expérience vécue. Ce faisant, on s'engage sur un chemin où la force de la pensée peut devenir médiatrice entre le donné sensible et ce qui est exploré à partir de l'esprit, libre de toute sensorialité. Ce n'est qu'en s'efforçant de laisser les deux champs de phénomènes – le champ sensible et le champ spirituel-suprasensible – s'éclairer mutuellement dans une pensée puissante que le jugement évaluatif peut acquérir une portée objective.

De ce préambule découlent des possibilités infinies pour former un jugement sûr dans la saisie de l'essentiel qui s'exprime dans les qualités. Dans chaque cas particulier, ce jugement doit être conquis individuellement. Ce qui est conquis en tant que vérité individuelle s'intégrera bientôt, par l'échange et la correction, comme une réalité agissante dans la culture spirituelle générale de l'humanité.

Le canon des six préparations de fumure, que l'on ajoute aux matières organiques fraîches du domaine, agit de manière progressive dans le temps, étayé par de multiples expériences et résultats expérimentaux ; elles favorisent le développement de la relation vitale sol-plante. On peut caractériser trois étapes évolutives qui se fondent l'une dans l'autre :

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1. Les préparations de fumure impriment leur marque, chacune selon le mode d'action spécifique de ses rayonnements, sur l'ensemble des masses organiques en décomposition des tas de compost et de fumier. Elles transmettent à la décomposition, qui prolifère de manière plus ou moins chaotique, un principe organisateur supérieur. Celui-ci oriente les processus complexes de dégradation et de synthèse des substances dans la bonne direction et aide le tas de compost ou de fumier à se clore en un organisme en déployant une vie propre. L'expérience enseigne que les processus de décomposition se déroulent de manière plus harmonieuse. Ceci est constatable avant tout à la transformation relativement rapide de l'odeur caustique en une odeur douce. Des études comparatives expérimentales confirment la stabilisation des processus physiologiques et biologiques (par exemple la température, la capacité de sorption, la population de vers de terre) vers un état de sain équilibre. [489][490]

2. Après un temps de stockage approprié des tas de fumier, les effets des préparations de fumure ont été entièrement absorbés par ceux-ci. Les fumures préparées ont développé une omnipotence de leur efficacité dans le vivant, qui dépasse leur simple mode d'action naturel. Épandues sur le sol, elles ordonnent et stabilisent progressivement l'ensemble des processus du sol à un niveau de fertilité supérieur, en convergence avec les rythmes de l'année solaire. Ceci est frappant et prouvé expérimentalement par de nombreux paramètres, de la manière la plus convaincante par le maintien d'un niveau d'humus comparativement plus élevé avec une activité microbiologique simultanément plus forte, par un approfondissement du profil du sol enrichi en humus[491][492][493] ainsi que par la population de vers de terre et d'autres animaux du sol.

3. De même que les forces des préparations biodynamiques confèrent dans leur ensemble aux fumures organiques un degré de vivification supérieur, non simplement naturel, de même celles-ci le confèrent au sol, et par le sol, aux plantes qui y croissent.

En dernière analyse, la tâche des préparations de fumure est d'individualiser, en fonction du lieu, les conditions cosmiques et terrestres de la croissance et de la fructification

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pour les plantes qui sont précisément cultivées au cours de l'année. Leur mode d'action tend à rapprocher le degré de vivification du sol de l'élément vivant de la plante. Tous deux forment, en tant que synthèse, le milieu de l'action polaire des forces de la Terre et du cosmos. L'importance primordiale de la fumure du sol prend ici toute sa valeur. Elle détermine, dans un développement progressif, la manière dont les plantes cultivées s'intègrent verticalement et horizontalement, avec leur racine, leur tige, leur feuille, leur fleur et leur fruit, dans cette trinité des hauteurs, des profondeurs et du milieu en devenir. Les plantes sont saisies par une force d'organisation qui leur permet de s'ouvrir aux conditions de croissance de leur environnement.

Le précipité de tout cela se trouve maintes fois confirmé dans les expériences pratiques et les recherches scientifiques :

  • La plante tend à se développer de manière idéale, conformément aux dispositions de son espèce.
  • La racine explore un volume de sol plus profond, se ramifie plus finement et plus uniformément.[494]
  • La croissance de la tige passe de manière plus marquée par les stades de la métamorphose foliaire et donc par l'affinement de la constitution de la substance.
  • Les processus physiologiques dans la formation des fruits alimentaires, que ce soit dans la zone de la racine, de la tige, de la feuille, de la fleur ou de la graine, ainsi que des fruits des arbres fruitiers, parviennent au repos à maturité. Les fruits alimentaires mûrissent pleinement et se conservent plus longtemps.
  • Les compositions de substances se structurent et s'affinent de la base vers la fleur ; ceci surtout dans le domaine des protéines, par exemple le rapport entre la protéine pure et la protéine brute, des huiles essentielles, etc.
  • La formation du rendement tend, en équilibrant les extrêmes, vers un optimum de rendement.[495]

Sont directement accessibles à la perception le goût et le parfum plus prononcés, propres à chaque fruit alimentaire, la nuance dans la coloration, la consistance, ainsi que la meilleure digestibilité et la plus longue conservation. Révélatrice est en outre la remarque souvent entendue de la part des clients : «Wir brauchen weniger, um satt zu werden.» (Il nous en faut moins pour être rassasiés.) Tout cela réuni caractérise une valeur nutritive élargie, qui a un effet salutaire sur le développement corporel, animique et spirituel de l'homme. Dans

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ce sens, la fumure avec les préparations est au service d'un développement progressif de la Terre et de l'homme. Elle confère au travail agricole et horticole un sens nouveau, un sens plus élevé. Leur maniement conduit réellement à une nouvelle disposition d'esprit pour le travail et la recherche, à un nouvel art. L'impulsion pour cette fumure ne provient pas d'une cause extérieure ou même de la simple exécution d'une norme, mais d'une impulsion qui est devenue une affaire de cœur. Plus c'est le cas, plus l'acte de leur maniement devient libre et donc individuellement artistique. La signification des préparations biodynamiques pour la Terre et l'homme ne peut se révéler que par la voie de la connaissance de l'esprit ; ce défi paraîtra à plus d'un trop exigeant. Mais si l'on s'y engage sans préjugés, on s'aperçoit bientôt que la source qui incite à l'action n'est pas à chercher dans le monde extérieur, mais purement en soi-même. Les résultats (formes-idées) de la recherche spirituelle sont cette source. Elle répand de la lumière sur ce que l'on fait d'abord à tâtons dans l'obscurité. Mais la sécurité intérieure grandit peu à peu dans l'alternance de la pensée et de l'action de ces idées. En cela, ce qui compte, ce n'est «nicht auf den Augenblickserfolg an, sondern auf das unbedingte Arbeiten» (pas le succès de l'instant, mais le travail inconditionnel).[496] «Denn kein Misserfolg ist jemals ausschlaggebend für die Wahrheit eines geistigen Impulses, dessen Wirkung innerlich durchschaut und ergriffen ist.» (Car aucun échec n'est jamais décisif pour la vérité d'une impulsion spirituelle dont l'effet est intérieurement perçu et saisi.)[497]

Die Praxis der Landbaukunst in drei Schritten

Le thème de l'agriculture conçue comme un art n'est pas vivant dans le présent. Et pourtant, l'art fut profondément immanent au développement de l'agriculture depuis l'époque du grand Zarathoustra, l'inaugurateur de la civilisation paléo-persane et fondateur de la culture des champs au 5e/6e millénaire avant notre ère. C'est seulement au fil de l'ère scientifique-matérialiste depuis le milieu du 19e siècle, et de son enfant, l'industrialisme agraire aux 20e/21e siècles, que tout élément encore subsistant d'une disposition artistique a succombé à la ratio scientifique-technologique. Dans les temps préhistoriques des grandes civilisations anciennes indo-persanes originelles, la religion, l'art et ce qui devint plus tard la science

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étaient encore indissociablement enfouis dans un vécu atavique-clairvoyant sourd. Ces grandes civilisations anciennes se trouvaient, comme exposé en introduction, sous la conduite du Mystère, en qui les enseignements de sagesse du passé étaient aussi vivants qu'une conscience s'éveillant aux impulsions prométhéennes de l'avenir. De ce sacralisme encore tout entier tourné vers le monde spirituel et englobant tout, se détacha l'art sacral, qui, au fil de l'évolution de la conscience de l'humanité, s'émancipa par étapes, en métamorphoses, vers de pures créations artistiques dans chacune des cultures suivantes. L'art s'établit progressivement comme facteur culturel autonome à côté de la religion. En ces âges jusqu'à l'époque moderne, l'agriculture fut le fondement culturel d'où germèrent les créations artistiques. Cela valut tout particulièrement pour les débuts de l'art sacral avec la domestication des animaux domestiques et la sélection des plantes cultivées. D'autres pas vers l'émancipation furent ensuite la construction des pyramides égyptiennes — s'abaissant pour ainsi dire du monde spirituel et se retournant dans le terrestre —, puis l'art grec, qui donna au divin une forme humaine, et après le christianisme l'art du Moyen Âge, avec ses cathédrales s'élevant d'en bas et le regard de l'homme recueilli et intériorisé dans la sculpture et la peinture.

Un pas d'émancipation puissant s'accomplit depuis l'époque moderne dans le développement de l'âme de conscience tendant à l'individuation, et, comme un de ses traits distinctifs, à travers l'essor des sciences de la nature. Celles-ci s'émancipent de la religion et de l'art sacral encore proche d'elle. L'Un-Tout originel se différencie en la triplicité de la religion, de l'art et enfin de la science. Le chemin de connaissance scientifique prit la direction ; l'art et la religion n'y eurent plus de place. Ils devinrent un simple accompagnement culturel. Dans l'agriculture, ce processus s'accomplit très lentement, puis s'emballa. Ce faisant, les sources de l'action morale tarirent en elle. Les concepts que la science introduit de l'extérieur dans l'agriculture sous forme de technologies sont des concepts de faisabilité ; ils sont abstraits, froids, morts, et les traces qu'ils laissent derrière eux sont une terre dévastée, vidée, livrée à la laideur. Avec l'effacement des traditions, les gens «fumeront les champs avec de la science».[498]

Mais comment — si ces concepts, non tirés de théories mais reflétant simplement et sans prévention des faits sensibles donnés, pouvaient être réchauffés et pondérés par le fait d'être accueillis dans l'âme spirituelle

de l'être connaissant pour y être éveillé à une vie propre? Ce serait là la tâche d'une nouvelle conception de la science adéquate à la réalité, si celle-ci étendait le principe quantifiant, dans lequel elle s'est engagée, aux sources de l'art qui résident dans le spirituel-animique de l'homme. Ces sources ne sont rien d'autre que ce que l'esprit, stimulé par ce qui est perçu sensiblement, dit à l'âme comme Idée. Dans le vécu de cette Idée se révèle quelque chose de moral, où l'expérience de l'esprit et l'expérience des sens se fondent en une unité. Cette source originelle de l'action morale, l'homme qui aspire à la liberté — c'est-à-dire au développement de l'âme de conscience — doit se l'ouvrir.[499]

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Le chemin vers l'union de la science et de l'art en une totalité supérieure, par la force du Je humain aspirant à la connaissance de soi, c'est Goethe qui l'a frayé dans un effort de toute une vie. Rudolf Steiner en a fait un chemin de formation intérieure de l'âme, accessible à tout homme qui veut l'emprunter.[500] Dans le vécu de l'Idée, la pensée de la tête devient pensée du cœur ; on vit dans une image-pensée qui continue de croître et qui est une offre faite à la volonté, de la saisir en liberté et de la laisser devenir acte vers l'extérieur. Dans cette volonté d'agir, l'esprit inhérent à l'Idée s'éveille comme force morale orientée vers un but. C'est là qu'il faudra chercher la tâche de la science dans l'avenir : que l'âme pensante prenne conscience de son but spirituel. Christian Morgenstern le dit en ces mots : «qui ne connaît pas le but ne peut avoir le chemin».[501] Le chemin vers ce but est un chemin artistique. Le but se situe dans l'avenir. Il faudra développer une science qui donne la vue sur l'avenir, qui montre à l'homme les buts spirituels pour un acte de création artistique. Si l'homme demeure fidèle à ces buts à travers toutes les résistances, des forces morales se libèrent, par lesquelles il peut affronter à visière ouverte la puissance entravant le développement — la puissance du Mal — et consacrer tout son effort aux puissances du Bien, au progrès de l'humanité. Le chemin vers le but, c'est l'art qui se forme à partir d'une science correctement comprise, c'est-à-dire fidèle aux phénomènes. Si l'on se borne en science à une pensée en concepts abstraits et morts, il en résulte des technologies qui ont bien leur utilité dans le présent, mais limitée au seul physique-sensible —

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de signification. L'art, en revanche, a besoin d'images-pensées qui remplissent l'âme de manière vivante et peuvent y croître. Lorsqu'on donne forme à l'extérieur à ces images-pensées vécues, naît l'œuvre d'art qui se place à côté de la nature sans la reproduire, mais qui, dans la saisie spirituelle et le vécu de l'Idée de l'archétype, du type ou de l'être, tente de la recréer artistiquement dans l'image. Goethe a cherché, à partir des phénomènes que le règne végétal offre au regard, le phénomène originel qui fonde spirituellement toutes les formations végétales. Il l'a saisi dans l'Idée de l'«Urpflanze» de manière spirituelle-imaginative, avec une telle concrétude, qu'il pouvait dire : «avec ce modèle [de l'Urpflanze ; note de l'auteur] et la clef qui y correspond, on peut alors encore inventer des plantes à l'infini, qui doivent être conséquentes, c'est-à-dire qui, même si elles n'existent pas, pourraient exister, et qui ne sont nullement des ombres et des apparences picturales ou poétiques, mais qui ont une vérité et une nécessité intérieures. La même loi pourra s'étendre à tout le vivant.»[502]

La clef permettant, à partir de l'esprit du phénomène originel, d'«inventer à l'infini» et de façonner l'inventé en œuvre d'art, peut se trouver, dans la prolongation de Goethe, dans les formes d'idées de la science spirituelle anthroposophique. Ces formes d'idées sont, vues ainsi, elles-mêmes des créations artistiques issues de la connaissance suprasensible. Elles ont la propriété de se vivifier dans la pensée, de devenir vécu de l'âme dans le sentiment, et de transformer la matière par la volonté. L'œuvre d'art qui en résulte ne se place plus simplement à côté de la nature : ces idées vivifiées ont la puissance de reconfigurer artistiquement la réalité de la nature, dans le miroir du développement animique de l'être humain. La volonté inspirée de cette manière se prolonge dans l'intérieur de la nature et commence à remettre en mouvement l'œuvre figée dans la calculabilité. Dans l'agriculture biodynamique, cela se produit en trois étapes, partant d'une manière encore davantage déterminée par la nature, vers une manière procédant purement de l'esprit.

1ère étape : La création artistique au sens de la renaissance de l'artisanat

Que l'on se représente l'activité du sculpteur. Ses ustensiles, dont il a besoin pour former dans la pierre l'image de l'œuvre d'art à créer, sont la pierre, le ciseau et le marteau. L'Idée qui conduit au but vit en lui.

Il en va de même pour l'agriculteur, quelle que soit la tâche vers laquelle il dirige son activité. S'il poursuit le but de préparer le champ, il lui faut charrue, cultivateur et herse pour confectionner le lit de semence ; il en va de même pour les soins aux cultures, avec l'étrille et la houe, et plus loin encore pour la récolte, où il s'agit d'une rentrée rapide, sûre et ménageant le sol. L'image d'idée qui guide l'agriculteur dans toutes ces activités vit en lui, et le champ, les plantes, les conditions météorologiques, etc. lui disent ce qu'il y a à faire, tout comme la pierre dit au sculpteur comment et où poser le ciseau et quelle doit être la force du coup. Mais parce que l'agriculteur traite avec la nature vivifiée et animée, donc avec du wesenhaft qui se donne lui-même sa forme et se fait œuvre d'art, elle est pour l'agriculteur, au niveau de l'artisanat, la grande maîtresse. Ce qu'il lui faut, c'est une science des sources auxquelles sa maîtresse puise et crée, que ce soit dans la culture des champs et le jardinage, dans l'élevage et la gestion des pâturages, dans l'arboriculture fruitière et la sylviculture, et dans l'aménagement du paysage. Ce doit être une science du devenir et du mourir incessants, qui détermine nécessairement le but de l'agriculteur. Et son art consiste alors, à partir de la sagesse vécue, de la vérité saisie par le sentiment-sachant, à créer par son travail artisanal les contextes relationnels grâce auxquels, dans toute leur diversité, les plantes cultivées, les animaux domestiques et les terres cultivées peuvent se déployer de manière idéal-typique. L'art de l'artisanat se met dans l'agriculture au service de la nature, dans la mesure la plus grande. C'est une émulation avec ce que la nature, en tant que grande artiste de son œuvre de la création, prescrit. Il s'agit de

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vivre intérieurement de joie les enchaînements de travail, depuis le vécu de l'idée, et les laisser s'interpénétrer avec fluidité ;

  • de pénétrer la ferme jusqu'en son dernier recoin avec conscience ;
  • qu'une attention délicate vive dans tout le travail, qui reconnaît le désordre, le laid, le raté, le défectueux, et le laisse devenir aiguillon pour diriger avec d'autant plus de vigueur le sens de la beauté et l'amour pour l'acte vers ce qui sert à la réalisation du but spirituel ;
  • que tout et chacun se trouvent en rapports harmonieux l'un avec l'autre, et que l'éclat de la beauté reflète la disposition d'âme des êtres humains qui y travaillent ;
  • de ne pas laisser le travail créateur artisanal-artistique dégénérer en travail d'expédition.

Tout cela doit être réappris de fond en comble. On se trouve, à cet égard, tout au début. Il s'agit précisément, sans si ni mais, avec le feu

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de l'esprit de forger une épée d'idées, avec elle de retourner la terre et d'attendre avec patience les fruits de la transformation — ceux qui mûrissent en moi, et ceux qui mûrissent dans la terre.[503] Cette disposition au travail ne peut être reconquise, individuellement, qu'à partir d'une formation spirituelle-morale. Chacun doit apprendre à être le modèle de l'autre. Que cela commence à prendre forme, et le fondement est posé pour une collaboration féconde — pour l'art social d'une véritable formation de communauté.

2e niveau : la création artistique du tout vers les membres

À ce niveau, la nature n'est plus qu'un maître aux pouvoirs fort limités. Ce qu'elle enseigne, ce sont des contextes relationnels entre les choses et les êtres de la nature — par exemple la coexistence des fleurs et des insectes, le rapport entre l'activité des vers de terre et la fertilité du sol, l'association d'animaux et de plantes en biotopes, etc. Dans ces tissus de relations règne la raison, y vit invisiblement un tout supérieur qui se déploie dans le monde des sens en une somme d'apparitions singulières. Cette totalité n'apparaît nulle part de manière sensible dans la nature, mais seulement dans l'homme, qui porte en lui cet être essentiel du tout comme son Je. L'homme a la possibilité, par le chemin d'une connaissance de soi progressive, de se reconnaître comme être spirituel — et avec cette faculté de pénétrer également par la connaissance dans l'être essentiel non-manifeste du tout, qui se révèle dans les règnes animal, végétal et minéral en une richesse de relations pleine de sagesse.

Eu égard au riche tissu de relations d'une exploitation agricole saine, cette totalité créatrice, déduite de l'homme, a été désignée comme organisme, comme corps de l'individualité agricole. La nature met à la disposition de cet organisme, comme le « quoi », toute la richesse de sa création pleine de relations ; mais le « comment » — comment cette création est à composer en un tout supérieur de l'organisme agricole — cela, la nature ne vous le dit pas. Cela doit s'allumer en l'homme intuitivement comme idée vivante. La synthèse du « quoi » et du « comment » est un acte artistique. Il se joue d'une part dans le vécu intérieur du rapport personnel qu'on construit avec les choses et les êtres du tout de la ferme. D'autre part, l'acte artistique se trouve dans la façon dont — à partir des idées saisies dans l'esprit — l'individualité agricole, ou son corps, l'organisme agricole, s'articule en organes ainsi qu'en rapports relationnels mesurés et raisonnés.

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La structuration en organes que constituent l'élevage, les pâturages, les terres arables, le jardinage, l'arboriculture fruitière, la sylviculture et la culture des haies, avec leurs multiples subdivisions, sert d'un côté à l'utilité de l'approvisionnement alimentaire ; de l'autre, elle ennoblit le paysage culturel — elle prend soin de l'esthétique de l'espace de vie humain. L'homme façonne l'agriculture corporellement-physiquement et spirituellement-animiquement à son image. Il peut se retrouver lui-même dans l'œuvre d'art qu'il a créée.

Même avec cette deuxième étape de la création artistique, il subsiste encore un grand fossé entre l'idée et la réalité. On tend encore à s'appuyer sur le grand modèle de la nature et à se satisfaire du fait qu'on gère « au naturel » ou « biologiquement ». Cela ressemble à celui qui se croit déjà artiste en copiant le sensible-objectal de la nature. Certes, la nature fournit l'outil et donne des indications sur la façon de l'employer conformément à la raison selon ses règles ; mais ce que l'idée d'organisme ou d'individualité, dérivée de l'homme, forme de tout cela par la main humaine — cela est quelque chose de nouveau, c'est une œuvre d'art qui transcende ce que la nature offre.

Cette œuvre d'art n'est pas achevée, mais se poursuit dans la consonance avec le développement d'une véritable compréhension de l'esprit. Si celle-ci, en des temps antérieurs, avait été pour ainsi dire approchée de l'extérieur de l'âme humaine par les institutions religieuses, les églises et les monastères, comme contenu de foi, elle peut désormais et à l'avenir être saisie de l'intérieur dans la prise de conscience de la réalité de l'esprit, et trouver vers l'extérieur une expression artistique. Ce qui fut autrefois église et monastère doit désormais vivre comme impulsion spirituelle portée par le Je, s'élevant dans l'âme. L'art d'un agriculture se saisissant de l'esprit et se reconfigurant ne s'émancipe pas de la science. Au contraire, il grandira avec elle en une nouvelle unité. L'art vivifiera les sciences et, par là, en deviendra plus conscient de son but spirituel.

3e étape : La création artistique comme acte de création pur de l'esprit

Le trait essentiel fondamental de l'agriculture biodynamique — y compris et précisément en vue de la mise en pratique d'un nouvel accès artistique aux choses et aux êtres de la nature — ne devient saisissable que par la science spirituelle anthroposophique et en particulier par le Cours aux agriculteurs de Rudolf Steiner. Ici, la nature et la science sont entièrement mises au service de la connaissance de l'esprit. Cela concerne avant tout la question de la fumure ainsi que la fabrication et l'application des

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Les préparations. Celles-ci doivent leur existence à un processus artistique qui s'enflamme au contact des formes d'idées de la science spirituelle anthroposophique. Ce qu'il y a de singulièrement particulier dans ce processus, c'est que l'agencement des substances qui se trouvent dans la nature — et qui, comme le développe Rudolf Steiner, sont édifiées «dans le sens où le Christ les a ordonnées peu à peu»[504] —, est désormais, à ses débuts, placé entre les mains de l'être humain. Il est laissé à sa liberté d'accomplir cet agencement depuis cette même source spirituelle. Si ce ne sont d'abord que des indications du chercheur spirituel, on est néanmoins guidé de telle façon que l'on peut pressentir, dans ces orientations, à quelle profondeur elles s'enracinent dans des fondements de l'esprit. Ce pressentiment d'un but spirituel pointant vers l'avenir peut, précisément dans l'accomplissement artistique, s'éclairer en une certitude de l'esprit. Il est requis pour cela qu'à chacune des étapes de la fabrication et de l'application, l'attention soit simultanément portée sur les grands contextes au sein desquels se déroule l'événement de la préparation. Le fait de co-vivre de tels contextes dans le ici et maintenant des données terrestres crée pour ainsi dire une enveloppe aux étapes de préparation qui se succèdent. Ainsi par exemple, lorsque l'on se remémore la vache, dont la signification dans le contexte cosmique, en tant que donatrice de la plupart des enveloppes organiques, croît jusqu'à l'incommensurable ; ou les plantes dont on utilise les fleurs ; ou les saisons et le lieu où elles sont enfouies ou exposées à l'action des éléments ; ou enfin l'action du Soleil, des planètes et des étoiles qui enveloppe de toutes parts le processus. Tout l'entour se porte garant de chacune des étapes de préparation. La tentative d'éprouver cela dans l'acte lui-même éveille un art nouveau, une nouvelle façon de création artistique, qui ne se pose pas simplement à côté de la nature comme la sculpture ou le tableau peint — s'élevant certes au-dessus de la nature par une expérience originelle propre, mais demeurant apparence —, mais un acte de création artistique qui plonge dans la nature et y éveille de nouvelles impulsions de devenir.

De manière artistique, les préparations décrites font naître un lien substance-esprit qui indique un chemin de développement allant de la nature vers une supra-nature, tandis que les sels prétendument fertilisants, extraits de la nature inanimée, ouvrent les portes vers la sous-nature, vers les forces négatrices de la vie du sous-sensoriel.

La fumure dans l'agriculture biodynamique vise à ouvrir l'action de la nature aux forces d'une supra-nature. On peut

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concept de celle-ci, du point de vue de la culture du sol, penser de concert avec l'idée de l'«individualité agricole». De même que celle-ci «remplit sa nature» lorsqu'elle est «conçue comme telle»,[505] de même l'individualité de l'être humain, le Je, se remplit de substance essentielle dans la mesure où, par la force du Je, elle spiritualise ses corps constituants — corps physique, corps éthérique et corps astral —, c'est-à-dire les libère de leur lien à la nature. L'accomplissement de l'être du Je constitue le chemin de développement de l'être humain à travers les incarnations. Plus le Je vivant dans le corps avance dans la conscience de sa nature spirituelle, plus il peut s'étendre, depuis l'excédent de force de son être, vers la nature extra-humaine et, en la transformant, apprendre par une activité orientée vers un but à «concevoir une exploitation agricole comme une sorte d'individualité». Cette saisie signifie véritablement une inauguration dans l'avenir : implanter maintenant, depuis l'être humain s'éveillant à son humanité supérieure, la pensée du développement dans l'être-devenu de la nature. Elle signifie en même temps, depuis la force du Je supérieur, renoncer à ce que le Je charnel et égoïste veut pour lui-même. Par là est indiqué le chemin par lequel le christianisme peut de nouveau, d'une manière nouvelle, prendre racine dans le travail sur la terre. Cette vision d'avenir fonde la disposition d'âme depuis laquelle l'agriculteur peut donner à la nature par amour ce qu'elle n'a pas — un don par lequel l'activité des êtres de la nature en un lieu peut s'individualiser en un tout supérieur.

En ce sens, on peut considérer les préparations et les engrais organiques dans lesquels elles déploient leur efficacité comme des moyens d'éducation et d'évolution, par lesquels une exploitation agricole peut se remplir d'être et devenir une véritable individualité. En celle-ci, les forces des hauteurs et des profondeurs s'individualisent en l'œuvre d'art du milieu : le sol fertile.

C'est cette même disposition d'âme dont il est ici question qui permet à l'être humain de reconnaître la nature et la signification de la coopération en vue d'une formation communautaire créatrice orientée vers l'avenir. L'organisme agricole en devenir comme corps de l'individualité agricole, et l'organisme social comme corps d'une communauté humaine se sentant unie dans l'être du Christ — voilà les deux moitiés d'une seule et

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même réalité. Cette union seulement constitue l'œuvre d'art totale. La disposition à une telle œuvre est présente en germe sur chaque ferme dans le monde où l'on travaille depuis une telle disposition d'âme ; elle est reconnaissable et vécue.

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Remerciements

Ce qui m'a mis en mouvement depuis les profondeurs cachées de mon destin a pris forme à travers la rencontre avec de très nombreux êtres humains. Tous, ils ont apporté pierre à pierre leur contribution à ce qu'en moi se forma une image du monde qui, depuis la compréhension du passé, dans ses métamorphoses, me montrait le chemin vers l'avenir. Qu'ils en soient tous remerciés. Plus d'un parmi eux m'a servi de guide, pour franchir courageusement le portail de connaissance de la science de l'esprit anthroposophique et reconnaître sur ce chemin, dans ses grandes lignes, la surabondance des tâches que l'avenir pose à l'être humain de la Terre. De pouvoir saisir même en ébauche une telle tâche d'avenir, je le dois à l'œuvre qui embrasse tout de Rudolf Steiner.

Ma gratitude va en outre à tous ceux qui m'ont aidé à faire mes premiers pas encore incertains vers de tels buts d'avenir. Dans le domaine agricole, c'était Joseph Blockhuys, Ernst Becker, Hans Jörg Graf von Bothmer, Wolfgang Schaumann ; dans le domaine des sciences de la nature, Herbert Koepf, Jochen Bockemühl et Georg Maier ; et dans le domaine de la configuration sociale, Wilhelm Ernst Barkhoff, Rolf Kerler et Albert Fink. Georg Glöckler fut pour moi un ami et conseiller de toute une vie, à qui je dois maintes intuitions sur l'être humain et sur le monde. Je remercie enfin Gunter Gebhard pour sa relecture particulièrement compréhensive du manuscrit et pour ses suggestions complémentaires. Dans le même esprit, ma gratitude va à Hans-Christian Zehnter, qui s'est chargé du travail d'édition avec un sens aigu de la nuance. Un grand merci est dû aux collaboratrices du Dottenfelderhof, qui se sont dévouées avec abnégation à la mise au propre dactylographique, ainsi qu'aux graphistes Ivana Supan et Mathias Buess.

Une gratitude toute particulière doit être exprimée à Lieselotte Klett, ma femme, qui pendant des décennies a coformé ce dont il est question dans ce livre, qui en a suivi l'émergence avec un regard à la fois aimant et critique, et qui m'a ménagé des heures de calme au milieu de l'activité toujours laborieuse de la ferme.

Pour finir, un grand merci doit être dit à M. le Dr Peter Schnell et à la Fondation Software AG pour le soutien financier sans lequel la publication de cet écrit n'aurait pas été possible.

Manfred Klett

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Manfred Klett am Dottenfelderhof, Ostersonntag 2021. Foto: François Hagdorn, CC BY-SA 4.0.
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Curriculum vitae de Manfred Klett

Manfred Klett est né en 1933 au Tanganyika, l'actuelle Tanzanie, au pied du Kilimandjaro. Sa scolarité le mena notamment à l'école du château de Salem, puis, après la Seconde Guerre mondiale, à l'école Waldorf de Stuttgart, avec une année d'échange scolaire en Angleterre. Des études à la Technische Hochschule de Stuttgart furent interrompues prématurément par un accident. Au cours d'un séjour de travail d'un an dans le nord-est de la Syrie, il prit la décision de devenir agriculteur. Après un apprentissage, il entreprit des études d'agriculture à l'université Stuttgart-Hohenheim, qu'il couronna par un doctorat en sciences du sol. Quatre années supplémentaires furent consacrées à la recherche à l'Institut pour l'agriculture biodynamique, sur le thème « fumure et qualité alimentaire ». L'année 1968 marqua la fondation de la Betriebsgemeinschaft Dottenfelderhof (cinq familles), et peu après celle de la Landbauschule Dottenfelderhof. Après vingt années de travail de construction biodynamique en compagnie de son épouse et de ses cinq enfants, il prit la direction de la « Section agricole de la Section des sciences naturelles au Goetheanum » à Dornach, en Suisse. Après quatorze années d'activité et huit autres années comme collaborateur indépendant auprès de la « Section d'agriculture » entre-temps refondée, il retourna au Dottenfelderhof et reprit une activité d'enseignement à la Landbauschule qui s'y trouve. Parallèlement, il accompagne depuis vingt et un ans le projet villageois de Juchowo en Pologne. C'est là une tentative de créer, dans l'Europe de l'Est, un foyer où la « formation de la Terre » (Novalis) se donne comme une tâche sociale, et où « la question sociale » trouve une réponse dans la formation de la Terre.

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Index thématique

+++ Mise à jour du 27 avril 2026 : Cet index thématique ne fait pas partie de la version imprimée ! Il est en cours de développement/complément/vérification. N'hésitez pas à Participer ici +++

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar A

A

  • Culture des champs 45, 53, 65, 66, 107
  • Prêle des champs (Equisetum) 253
  • Prêle des champs (voir préparation de prêle) 448
  • Industrialisme agraire 29, 30, 71, 79, 81, 82, 176, 190
  • L'éthérique-astral dans le tas de compost 293, 296
  • Le vivant-éthérique à un niveau élevé 116
  • Le proliférant-éthérique 284
  • Pauvreté en éther dans la zone des racines de l'arbre 302
  • Corps éthérique (organisation de vie) 41, 98, 100, 104, 235, 268
  • Chaux vive dans le tas de compost 283, 284
  • Pomme 125
  • Corps astral (organisation de l'âme) 44, 49, 99, 111, 268, 303
  • Astralité
    • Corps astral et maladie 99, 250
    • L'astral et la plante 111, 225, 250, 362
    • Richesse en astral dans la zone de la couronne de l'arbre 125, 302
    • Astralisation de l'air 221
  • Atmosphère 22, 102, 276
  • Atmosphère (périphérie aérienne) 102, 103, 118, 121
  • Respiration
    • de l'homme 91, 241
    • des animaux 116, 119
    • et méditation 152 (en tant que "pénétration par la pensée" lors de la rumination)
    • et métabolisme 91
    • et légumineuses 241
    • Respiration (phase de respiration aérienne dans le compost) 292
  • Semis / Période de semis 214, 230, 240, 241
    • Force nutritive, force de reproduction 230, 253
    • Pluie, pleine lune 244
    • Phases de la lune 244, 253
  • Excrétion
    • chez la plante 217
    • de la matérialité nutritive dans le cerveau 89, 90
  • Excrétions (humaines) 323, 324
  • Excrétions (animales) 133, 142, 145, 149, 157, 287, 303
  • Pulvérisation des préparations liquides 356

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar B

B

  • Bactéries
  • Bactéries (bactéries intestinales et des nodosités) 241, 296
  • Fleurs de valériane 434
  • Préparation de valériane 427
  • Péritoine (mésentère) 154, 157
  • Péritoine (mésentère du bovin) 157, 331, 415
  • Paysan
    • en tant que méditant 68
    • et science 82, 86
  • Paysan / Paysannerie 30, 71, 76, 86, 184
  • Philosophie paysanne 43, 169
    • Règles et leur sagesse 232
  • Arbre, accumulateur d'astralité 125, 302
    • Couches de formation 302
    • par opposition à la plante herbacée 302
  • Arbre (arbre fruitier) 58, 66, 301, 302
  • Zone de la couronne et zone des racines de l'arbre 302
  • Communauté de ferme 162, 163, 165, 172, 173, 177, 181, 185
  • Organisme agricole 34, 35, 80, 81, 162, 175, 178, 181, 185
  • Abeilles (abeille à miel) 123, 124, 130, 131
  • Méthodes formatrices d'images (cristallisation au chlorure de cuivre) 317, 318
  • Préparations biodynamiques 289, 310, 325, 328, 334, 336, 344
  • Chaleur des feuilles et des fleurs pour la plante 224, 237
  • Couleur des fleurs - planètes 224
  • Sol
    • Teneur en calcaire 211, 283
    • Teneur en silice 211, 284
    • Ajout d'argile 210, 211
    • en tant qu'organe 95
    • Pénétration par la raison 333
    • Teneur en fer et déferrisation 285
    • Base géologique 205
  • Sol / Travail du sol 45, 205, 207, 213, 219, 220, 227, 230, 233
  • Fertilité du sol 29, 201, 203, 238, 242
  • Ortie (Urtica dioica) 253, 310
  • Préparation d'ortie 379

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar C

C

  • Chamomilla off. (Camomille) 339, 360, 372
  • Chaos dans la graine et sa périphérie 290
  • Chaos (dans le processus de compostage) 290, 294, 351
  • L'élément chimiquement actif dans le sol 263

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar D

D

E


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar E

E

  • Gibier noble 112
  • Vessie de cerf 332, 339
  • Chêne, écorce de chêne 339, 389
  • Préparation d'écorce de chêne 389
  • Chêne et période de Mars 211, 224
  • Enterrement des préparations 347, 349
  • Plante annuelle 44
  • Ensilage (alimentation à l'ensilage) 148
  • Teneur en fer du sol et déferrisation 285
  • Fer, rayonnement de l'ortie (développé seulement dans les chapitres ultérieurs du livre)
  • Protéine
    • Structure moléculaire 265, 362
    • et formation de la graine 362
    • dans l'organisme animal et végétal 362
  • Êtres élémentaires 114, 116, 121, 125
  • Éléments
    • au-dessus et au-dessous de la terre 93, 101
    • Rapports qualitatifs 103
  • Électricité 264
  • Conservation électrique des aliments (non mentionné)
  • Vie embryonnaire 44, 215
  • Entités, action des plus petites 326, 348
  • Equisetum arvense (Prêle des champs) 253
  • Sol en tant qu'organe 95
  • Odeur des plantes terrestres et odeur des arbres (non mentionné)
  • Alimentation 36, 153
  • Conditions de production (industrie/agriculture) 30, 32, 38
  • Sainfoin
  • Âne 137, 138, 139

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar F

F


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar G

G


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar H

H

  • Plantes sarclées 248, 254
  • Céréales à paille 247, 253
  • Travail manuel et son importance 108, 109, 248
  • Animaux domestiques 126, 127, 128
  • Lutte contre la ravenelle 247, 255
  • Guérison de la nature végétale 250
  • Remèdes 341
  • Foin, importance comme fourrage 67
  • Formation des cornes 155, 345
  • Préparation de silice de corne 348, 350
  • Préparation de bouse de corne 344, 350
  • Légumineuses 241, 256
  • Humus / Formation de l'humus 221, 223, 238, 287, 295
  • Humus, action des ténèbres 225
  • Formation de l'humus dans l'économie de la nature 223, 297
  • Chien 140, 141

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar I

I

  • Disposition du Je (bovin) 156, 157
  • Organisation du Je 160
  • Force d'organisation du Je
  • Essais d'inoculation des sols
  • Individualité agricole 88, 97, 101, 201, 271
  • Industrie (polarité avec l'agriculture) 27, 30
  • Insectes 122, 123
  • Lutte contre les insectes 250
  • Insectes et plante 123, 124
  • Forces et substances terrestres dans l'organisme 235, 236
  • Action terrestre dans la plante 225

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar J

J


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar K

K

  • Calcaire en tant qu'élément de convoitise 211
  • Calcaire comme guérisseur
  • Teneur en calcaire du sol 211, 283
  • Calcaire dans le compost 284
  • Type calcaire
    • Calcaire et silice
    • Force formatrice, action conjuguée 211, 212
    • et planètes proches 211
    • Action dans la plante 212
  • Couche de cambium dans l'arbre 302
  • Camomille (Chamomilla off.) 339, 360, 372
  • Préparation de camomille 372
  • Processus de la camomille dans l'organisme 341
  • Pomme de terre, consommation de pommes de terre 248, 254
  • Chat 140, 141
  • Silice (quartz) 211, 348
  • Silice dans le sol 211
    • et Equisetum 253, 448
    • et planètes lointaines 211
    • et calcaire 211
    • et action de la lumière 225
    • Pissenlit 339, 405
  • Substance siliceuse, acide silicique 209, 318
    • Préparation de silice dans la corne de vache 348
    • et chaleur 349
    • et l'élément racinaire 357
  • Broyage de la silice 349
  • Trèfle 238, 241, 249, 256
  • Système osseux des animaux 117
  • Cuisson des aliments
  • Carbone comme porteur des processus de formation naturels 288
  • Tas de compost 287, 289, 290
    • Retournement 291
    • pour la fumure des prairies 299
  • Compostage / Compost 287, 299, 360
  • Conservation par l'électricité
  • Conservation par acidification 148
  • Analyse qualitative-cosmique 156
  • Action cosmique favorisée par la pluie
  • Le cosmique dans le siliceux 211
    • dans la plante 216, 224, 362
    • et le terrestre, l'argile comme médiateur 212
  • Forces vivantes dans l'engrais 312, 313
  • Courants de force dans l'organique 265
  • Force de cristallisation de la terre en hiver 207, 208, 231
  • Vache / Bovin 146, 149
  • Corne de vache 155, 345
    • Âge, taille, sexe 345
    • Utilisation de fumier de cheval 307
    • Période d'utilisation 347
  • Préparation de silice 348
    • Conservation 349
    • Période d'utilisation, répartition, enterrement 347, 349, 356

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar L

L


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar M

M


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar N

N

  • Prise de nourriture chez l'animal 149
  • Force nutritive et période de semis 230
  • Section des sciences naturelles et cercle d'expérimentation
  • Prendre et donner dans la nature 19, 113, 124, 159
  • Nématodes 247, 255
  • Nouvelle lune

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar O

O


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar P

P

  • Digestion dans le rumen 150, 151
  • Parasites 251, 252
  • Relation personnelle à la fumure 287, 303
  • Cheval 137, 138, 139, 140
  • Préparation de cendres ("poivre") 244
    • Campagnol des champs 245
    • Insectes 245
    • Mauvaises herbes 244
  • Fumier de cheval pour les cornes de vache
  • Plante, action terrestre et cosmique 225, 250, 262
  • Plante, force de reproduction et force nutritive 230, 253, 299
  • Alimentation végétale
  • Maladies des plantes 250, 251, 253
  • Nature végétale 286
  • Périodes de plantation et révolution des planètes
  • Prune
  • Charrue / Labour 45, 64, 231, 232, 233
  • Planètes 211, 224, 358
    • lointaines et plantes vivaces 211
    • lointaines et silice 93, 211
    • proches et plantes annuelles 211
    • proches et calcaire 211
    • Révolution et périodes de plantation
    • Action et arôme des fruits 224, 225
  • Action des planètes et couleur 224
  • Action des planètes dans la feuille et la fleur 224
  • Action des planètes chez l'animal 143, 244, 309
  • Action des planètes dans la racine 211, 212
  • Vie planétaire en lien avec le terrestre 211, 224, 358

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar Q

Q


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar R

R

  • Surexploitation en agriculture 336
  • Phylloxéra
  • Pluie comme promotrice de l'action cosmique
  • Ver de terre 115, 116, 223, 296
  • Ver de terre, vers de terre 115, 116, 117, 223, 224, 230
  • Régulation de la forêt *Valeur stimulante et nutritive des substances dans le sol
  • Force de reproduction et période de semis 230, 253
  • Rythme / milieu rythmique (sol) 91, 92, 95, 203, 328
  • Aliments crus
  • Rouget du porc
  • Processus de brassage (préparations) 351, 352, 353, 354, 355
  • Nématode de la betterave 255
  • Brassage, bouse de corne 351

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar S

S

  • Semences et légumineuses 256
  • Sel dans l'alimentation
  • Sel pour la conservation
  • Formation de la graine, force de la graine 286, 287
  • Saturne, période de Saturne 224
  • Forces de Saturne et état thermique 224
  • Oxygène comme porteur de vie 109, 292
  • Lutte contre les nuisibles 250, 251
    • par concentration
    • du point de vue moral
  • Préparation de prêle 448, 453, 454
  • Mouton 143, 144, 145, 306
  • Achillée millefeuille 361, 362, 364
  • Préparation d'achillée millefeuille 361
  • Soufre 361, 362
    • de l'achillée millefeuille 361, 362
    • comme médiateur entre le spirituel et le physique 362
  • Porc (porc domestique) 134, 135, 136
  • Porc et alimentation 136
  • Triarticulation sociale 73, 84, 85, 187, 188
  • Tournesol 240
  • Action du soleil dans la plante 224, 225
    • sur l'animal
    • différenciée par le zodiaque
  • Pulvérisateur 356
  • Fumier d'étable 304, 305, 307
  • Alimentation à l'étable 148, 305
  • Fumier en tas 307
  • Astrologie et influences astrales 207, 211
  • Azote 78, 79, 275
    • Importance et influence 78, 241, 275
    • Stabilité
    • dans le tas de fumier 305, 309
    • Sensibilité
    • Formation dans la plante 241
  • Azote / Sels d'azote 79, 275, 276, 278
  • Teneur en azote de l'engrais 305, 309
  • Azote comme porteur physique de l'astralité 279, 292, 297
  • Fixateurs d'azote 241
  • Métabolisme, substances et forces 91, 265, 272
  • Arbustes et mammifères
  • Condensation de la substance 261, 263
  • Métamorphose de la substance 294, 341
  • Métamorphose de la substance dans l'organisme 154, 294

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar T

T

  • Forces terrestres 205
  • Animal 99, 111, 113
    • Système osseux 117
    • Action de la lune et du soleil 143, 309
    • Système musculaire 117, 266
    • Prise de nourriture 149
    • Organisme dans sa structure 99, 100
    • et plante au sein de l'agriculture 65, 67, 303
  • Alimentation animale 148, 150, 305
  • Zodiaque 267
  • Faune (faune sauvage) 112, 113
  • Fumier de stabulation profonde 305, 306
  • Tomate 311
    • Action du gel 208
    • Culture
  • Argile 209
    • Ajout dans le sol 205
    • Médiateur entre calcaire et silice 94, 211
    • Médiateur entre le cosmique et le terrestre 212
  • Minéraux argileux 94, 209, 210
  • Tourbe dans le sol
  • Tourbe dans le tas de compost 290
  • Pulpe sèche

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar U

U

  • Au-dessus et au-dessous de la terre dans leur interaction 93, 95
  • Estivage (préparations) 349
  • Hivernage (préparations) 347
  • Transmutation des éléments 263
  • Lutte contre la vermine 135
  • Mauvaises herbes 214, 242, 246
  • Régulation des mauvaises herbes (mécanique) 246
  • Incinération de graines de mauvaises herbes (préparation de "poivre") 222, 244
  • Enseignement agricole 184
  • Urtica dioica (Ortie) 253, 339

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar V

V

  • Valeriana officinalis (Valériane) 339
  • Alimentation végétarienne
  • Vénus 211
  • Vénus en Scorpion
  • Digestion (bovin) 150, 153
  • Combustion dans l'organisme
  • Condensation de la substance 261, 265
  • Dilution (bouse de corne) 351
  • Hérédité
  • Vivification de la terre 280, 360
  • Rendre la fumure "raisonnable" 333
  • Expériences, suggestions 313
  • Parcelles d'essai, taille
  • Plantes d'essai (blé et sainfoin) 314
  • Parenté entre le monde des insectes et la plante 123, 124
  • Décomposition (poivre d'insectes)
  • Vitalité dans le sol 314
  • Oiseaux (monde des oiseaux) 118, 121
  • Monde des oiseaux 118, 121
  • Élevage d'oiseaux et d'insectes
  • Pleine lune 244
    • et pluie

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar W

W

  • Forêt 110
  • Chaleur 103, 260
    • et silice
  • Transformation de la chaleur dans l'organisme (refroidissement)
  • État thermique et Saturne 224
  • Eau 102, 208
    • comme distributeur des forces lunaires 252
    • au-dessus et au-dessous de la terre 102
  • Hydrogène et son action 275, 295
  • Teneur en hydrogène de l'engrais
  • Chicorée sauvage 249
  • Viticulture 53, 175
  • Blé (tendance à la formation de graines) 314
  • Rumination 150, 151
  • Fumure des prairies avec du compost 299
  • Céréales d'hiver 207, 230
  • Monde des vers et des larves dans le sol 115, 116
  • Racine de l'arbre 302
  • Formes des racines comme expression des actions cosmiques et terrestres 96, 314
  • Nourriture par les racines 217
  • Croissance des racines 216, 314
  • Chaleur des racines pour les plantes

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar X

X


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar Y

Y


A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar Z

Z

  • Chèvres 143, 144
  • Sélection des plantes cultivées 45
  • Sélection des plantes pour les préparations
  • Organe-diaphragme (sol) 95, 203
  • Bipartition de l'organisme animal

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z | 0-9 | Gesamtglossar 0-9

0-9


Contributions filmées

Célébration de la publication du livre de Manfred Klett

Manfred Klett le 18 juillet 2021 au Dottenfelderhof

En l'honneur de Manfred, quelques-uns de ses compagnons de route se sont réunis le 18 juillet 2021 dans le cadre d'une petite fête — des personnes qui comptent aujourd'hui parmi les figures les plus connues du mouvement biodynamique. C'est avec joie et soulagement que l'on a célébré l'achèvement et la publication par Manfred Klett de son nouveau livre "De l'agrotechnologie à l'art de la culture du sol".

Vers la conférence

|retour à Manfred Klett ◁

Présentation du livre "De l'agrotechnologie à l'art de la culture du sol" par le co-éditeur Ueli Hurter

On voit ici le responsable de la Section d'agriculture au Goetheanum de Dornach, Ueli Hurter, également co-éditeur de l'ouvrage.

« Ce que l'on remet entre les mains de la jeune génération doit pouvoir être transmis à un niveau au moins aussi élevé, sinon plus développé, que celui auquel on l'a soi-même reçu de la génération précédente. Et ce que l'auteur souligne ici — en termes économiques, tant au niveau de l'entreprise que de l'économie nationale —, c'est qu'il y a là au fond quelque chose que l'ensemble de l'économie recherche : à savoir une économie régénérative.

Nous nous trouvons aujourd'hui dans une situation globale, avec notre planète Terre, où nous avons impérativement et rapidement besoin, en de nombreux endroits, d'approches et de fondations pour entrer dans une économie qui ne soit pas seulement consommatrice, qui ne soit pas seulement pesante, qui ne laisse pas seulement un impact négatif, mais qui soit régénérative — et l'agriculture naturellement, par sa proximité avec les processus vitaux, mais alors comprise comme agriculture biodynamique. Si elle saisit cela, elle peut véritablement devenir un donneur d'impulsion, un inspirateur pour l'ensemble de l'économie.

C'est ce qui est mis en lumière dans ce livre, et c'est un appel à ce que les générations futures le développent encore plus clairement, travaillent avec cela — et n'en restent pas seulement dans des contextes agricoles, mais l'introduisent dans le dialogue économique et social global. »

Vers la conférence transcrite

retour à Manfred Klett ◁

Notes et références

  1. Restitution des paroles de Rudolf Steiner lors de la pose de la première pierre du temple rosicrucien de la loge Malsch « Franz von Assisi », d'après les souvenirs de Hilde Stockmeyer ; tiré de : Rudolf Steiner : Bilder okkulter Siegel und Säulen, GA 284, Dornach 1993, p. 113.
  2. La présentation qui suit est une version remaniée de contributions de l'auteur dans Markus Hurter (éd.) : Zur Vertiefung der biologisch-dynamischen Landwirtschaft – Gedanken, Erfahrungen, Forschungsergebnisse, eine Werkstattarbeit, Dornach 2007, S. 93–107.
  3. Siehe hierzu z.B.: Mathias Forster, Christopher Schümann: Das Gift und wir, Frankfurt a.M. 2020, 448 S.
  4. ESB : abréviation de « Encéphalopathie Spongiforme Bovine », maladie animale également connue sous le nom de « maladie de la vache folle », principalement due à une alimentation erronée des bovins avec des protéines animales.
  5. «Wir sind auf einer Mission: zur Bildung der Erde sind wir berufen» (« Nous sommes en mission : nous sommes appelés à la formation de la Terre »), Novalis (1772–1801, poète du romantisme allemand), Blüthenstaub, § 32.
  6. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtscht, GA 327, Dornach 1999.
  7. Das Schloss Koberwitz existiert noch heute und ist seit 1997 Sitz der polnischen Gemeindeverwaltung von Kobierzyce.
  8. Rudolf Steiner: Kunst und Kunsterkens, GA 271, Dornach 1985, siehe insbesondere die Vorträge vom 15. und 17. Februar sowie 5. und 6. Mai 1918.
  9. Ebd., Vortrag vom 28. Oktober 1909, S. 76.
  10. Das Verhältnis von Ideenerleben und Bodenfruchtbarkeit wird ausführlich im zweiten Teil des Buches behandelt.
  11. Max Weber: Wirtschaft und Gesellschaft, Tübingen 1980, S. 834 ff.
  12. Rudolf Steiner: Nationalökomischer Kurs, GA 340, Vortrag vom 25. Juli 1922, Dornach 2002, S. 33.
  13. C'est ainsi que s'est exprimé Rudolf Steiner dans ce qu'on appelle le premier cours universitaire, le 10 octobre 1920. Cité d'après Roman Boos : Landwirtschaft und Industrie, Darmstadt 1957, p. 110/111.
  14. CSA, abréviation de Community supported Agriculture (Agriculture soutenue par la communauté). Voir à ce sujet, entre autres : Trauger Groh, Steven Mc Fadden : Höfe der Zukunft, gemeinschaftsgetragene/solidarische Landwirtschaft (CSA), Darmstadt 2013, 276 p.
  15. Rudolf Steiner a forgé pour cette orientation des prix dans ses Points fondamentaux de la question sociale la pensée suivante : Le prix doit être fixé de telle sorte « que chaque travailleur reçoive pour un produit une contre-valeur suffisante pour satisfaire tous ses besoins et ceux des personnes qui lui sont rattachées, jusqu'à ce qu'il ait de nouveau produit un produit du même travail. Un tel rapport de prix ne peut être établi par une décision administrative, mais doit résulter de la coopération vivante des associations actives dans l'organisme social » (GA 23, Dornach 1976, p. 132)
  16. Rudolf Steiner: Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989; Ders.: Aus der Akasha-Chronik, GA 11, Dornach 2018.
  17. Ebd.
  18. Rudolf Steiner: Das Johannes-Evangelium, GA 103, Dornach 1995, Vortrag vom 30. Mai 1908.
  19. Rudolf Steiner: La science de l'occulte: Esquisse d'une cosmogonie, GA 13, Dornach 1989, S. 273 ff. – Une datation des époques de civilisation post-atlantéennes ou post-glaciaires devient d'autant plus possible qu'elles gagnent des contours dans les documents historiques au fur et à mesure de leur avancement. Mais ces documents ne sont que l'expression extérieure d'une constitution de conscience alors prévalente chez les hommes de leur temps. L'homme trouve son origine dans le cosmos spirituel : il développe sa conscience dans la rencontre avec le monde physico-sensible. Dans ce monde de temps et d'espace agissent cependant des forces qui émanent elles aussi du cosmos spirituel et ont leurs sources spécifiques respectives dans les douze régions du zodiaque. De ces douze régions rayonnent, par la médiation du soleil, les impulsions qui aident l'humanité à atteindre de nouveaux degrés toujours renouvelés de la prise de conscience de l'être-humain et de l'être-monde. Ce sont ces impulsions qui, à travers le pouvoir créateur des hommes, impriment leur marque à un âge de civilisation. Le soleil, dans son parcours écliptique en mouvement rétrograde (précession), met 25 920 ans pour traverser le zodiaque (l'année platonicienne du monde). En 1/12 de cette durée de révolution, soit en 2 160 ans, il reçoit les actions des forces d'une région zodiacale. De cette mesure de temps se déduit la durée d'une époque de civilisation (cf. Elisabeth Vreede : Astronomie und Anthroposophie, Dornach 1980, S. 100 ff.). Chacune des douze régions du zodiaque porte un signe graphique, une constellation, qui porte un nom remontant à d'antiques enseignements de sagesse. Ainsi la civilisation paléo-indienne, la première de la septénaire des civilisations post-atlantéennes, se trouve sous le «signe du Cancer», indiquant que l'ère atlantéenne finissante (Néozoïque) s'involue et qu'une nouvelle, la post-atlantéenne (Quaternaire), s'évolue. La civilisation paléo-persane qui suit se trouve sous le signe des «Gémeaux», signalant la polarité de la lumière et des ténèbres, etc. Dans les nombreuses considérations que Rudolf Steiner consacre aux époques de civilisation dans ses écrits et son œuvre de conférences, il caractérise les niveaux de conscience que l'humanité conquiert en s'emparant progressivement des conditions terrestres. Les transitions d'une époque à la suivante sont continues. Elles résultent de la montée et du déclin des impulsions spirituelles alors dominantes, issues des régions du zodiaque. Cela vaut aussi pour la quatrième période post-atlantéenne. Mais pour celle-ci, Rudolf Steiner donne en même temps une datation du début et de la fin, qui entretient un rapport astronomique daté à l'année près avec la région zodiacale du Bélier. Le début de l'âge de civilisation gréco-romain tomberait ainsi sur l'année 747 av. J.-C. et sa fin, après l'écoulement de 2 160 ans, sur l'année 1413 (Rudolf Steiner : Die tieferen Entwicklungsimpulse der Menschheit, 12. Juni 1917, Publikation in Vorbereitung). Sur la base de ces indications numériques rapportées à un rythme cosmique, les dates des hautes civilisations antérieures peuvent être calculées, ainsi que celles des suivantes, qui ont commencé en 1413 apr. J.-C. avec l'Ère de l'âme de conscience présente.
  20. Rudolf Steiner: Geistige Hierarchien und ihre Widerspiegelung in der physischen Welt, GA 110, Dornach 1991, S. 120.
  21. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach, 1999 S. 44: «dass der Erdboden eine Art Organ ist in dem Organismus, der sich im Naturwachstum überall zeigt, wo eben ein solches Naturwachstum ist.»
  22. Rudolf Steiner: Das Johannes-Evangelium, GA 103, Dornach 1995, Vortrag vom 29. Mai 1908.
  23. Rudolf Steiner: Das Matthäus-Evangelium,GA 123, Vortrag vom 1. September 1910, Dornach 1988, S. 27.
  24. Ebd., S. 28f.
  25. Walther Hinz: Zarathustra, Stuttgart 1961, 271 S.
  26. Markus Osterrieder, Peter Guttenhöfer:Die Durchlichtung der Welt: Altiranische Geschichte, Bildungswerk Beruf und Umwelt, Kassel 2008, 60 S.
  27. Karl Heyer:Von der Atlantis bis Rom, Beiträge zur Geschichte des Abendlandes, Band I, Stuttgart 1997, 254 S.
  28. Manfred Klett: «Die Entstehung der Kulturpflanzen und das Saatgut als das Kulturerbe der Menschheit», in: Manfred Christ (Hrsg.): Bedrohte Saat, Basel 2010, 328 S.
  29. Rudolf Steiner:Theosophie, GA 9, Kap. IV. «Leib, Seele und Geist», Dornach 2003, S. 57 f.
  30. Norbert Benecke:Der Mensch und seine Haustiere, Stuttgart 1994, S. 68.
  31. Rudolf Steiner: Okkulte Geschichte, GA 126, Vortrag vom 28. Dezember 1910, Dornach 1992.
  32. Rudolf Steiner: Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989, S. 280f.
  33. Rudolf Steiner: Okkulte Geschichte, GA 126, Vortrag vom 28. Dezember 1910, Dornach 1975, S. 42.
  34. Emil Bock: Urgeschichte. Das Alte Testament und die Geistesgeschichte der Menschheit I, Stuttgart 1951, S. 151.
  35. Ebd., S. 160.
  36. Rudolf Steiner: Der Orient im Lichte des Okzidents, GA 113, Vortrag vom 28. August 1909, Dornach 1982.
  37. Rudolf Steiner:Das Johannes-Evangelium, GA 103, Vortrag vom 30. Mai 1908, Dornach 1995, S. 172f.
  38. Näheres siehe: Rudolf Steiner:Die Mission einzelner Volksseelen im Zusammenhange mit der germanisch-nordischen Mythologie, GA 121, Vortrag vom 15. Juni 1910, Dornach 2017.
  39. Frank Teichmann:Der Mensch und sein Tempel: Griechenland, Stuttgart 1980, S. 79. – Zum Organismus-Gedanken siehe auch: Renatus Derbidge (Hrsg):Rudolf Steiner: Organisches Denken, Basel 2020, 256 S.
  40. Éos (grec ancien Ἠώς, Ēōs), déesse de l'aurore dans la mythologie grecque ; correspond à l'Aurore dans la mythologie romaine.
  41. Rudolf Steiner:Vor dem Tore der Theosophie, GA 95, Vortrag vom 1. September 1906, Dornach 1990, S. 107.
  42. Rudolf Steiner:Die Theosophie des Rosenkreuzers. GA 99, Vortrag vom 4. Juni 1907, Dornach 1985, S. 135.
  43. Vergil:Sämtliche Werke, Heimeran 1975.
  44. Rudolf Steiner: Das Johannes-Evangelium, GA 103, Vortrag vom 30. Mai 1908, Dornach 1995, S. 172f.
  45. Les deux figures de Prométhée et Épiméthée représentent, dans la mythologie grecque, la pensée autonome, active et prospective (prométhéenne) et la pensée tournée en arrière, plus passive et réceptive (épiméthéenne).
  46. Will Richter (Hrsg.): Lucius Iunius Moderatus Columella: De res rustica, 5. Buch. 10. Kapitel: Über den Obstbau, S. 605–630, München und Zürich 1981.
  47. Rudolf Steiner: Aus der Akasha-Forschung. Das fünfte Evangelium, GA 148, Vortrag vom 5. Oktober 1913, Dornach 1992, S. 63.
  48. Rudolf Steiner: Die geistigen Wesenheiten in den Himmelskörpern und Naturreichen, GA 136, Vortrag vom 13. April 1912, Dornach 1996, S. 178f.
  49. Rudolf Steiner: Die Apokalypse des Johannes, GA 104, Vortrag vom 17. Juni 1908, Dornach 1985, S. 25.
  50. Ebd., S. 26. In 2 Mos 3,13-15 lautet die Stelle in der Einheitsübersetzung wie folgt: «Mose sagte zu Gott: ‹Wenn ich nun zu den Leuten von Israel komme und zu ihnen sage: 'Der Gott eurer Vorfahren hat mich zu euch geschickt', und sie mich dann fragen: 'Wie ist sein Name?' – was soll ich ihnen sagen?› Gott antwortete: ‹Ich bin da›, und er fügte hinzu: ‹Sag zum Volk Israel: 'Der Ich-bin-da hat mich zu euch geschickt: der Herr! Er ist der Gott eurer Vorfahren, der Gott Abrahams, Isaaks und Jakobs.' Denn 'Herr' (Er-ist-da) ist mein Name für alle Zeiten. Mit diesem Namen sollen mich auch die kommenden Generationen ansprechen, wenn sie zu mir beten.»
  51. Rudolf Steiner: Die Apokalypse des Johannes, GA 104, Vortrag vom 17. Juni 1908, Dornach 1985, S. 31.
  52. Rudolf Steiner: Das Markus-Evangelium, GA 139, Vortrag vom 21. September 1912, Dornach 1985, S. 146.
  53. Rudolf Steiner: Von Jesus zu Christus, GA 131, Vortrag vom 8. Oktober 1911, Dornach 1988, S. 100.
  54. Rudolf Steiner: Das Johannes-Evangelium, GA 103, Vortrag vom 22. Mai 1908, Dornach 1995.
  55. Alfred W. Crosby: Die Früchte des weißen Mannes – Ökologischer Imperialismus 900–1900, Frankfurt, New York 1991, 280 S.
  56. Rudolf Steiner: Anthroposophie, soziale Dreigliederung und Redekunst, GA 339, Vortrag vom 12. Oktober 1921, Dornach 1984, S. 29.
  57. Ebd., Vortrag vom 15. Oktober 1921, S. 86.
  58. Rudolf Steiner: Die Kernpunkte der Sozialen Frage in den Lebensnotwendigkeiten der Gegenwart und Zukunft, GA 23, Dornach 1976.
  59. Walter Weber (Hrsg.): Johann Valentin Andreae: Die chymische Hochzeit des Christian Rosenkreuz Anno 1459, mit Beiträgen von Rudolf Steiner und Walter Weber, Basel 1987, 224 S.
  60. Aus: Wilhelm Abel: Geschichte der deutschen Landwirtschaft, Stuttgart 1967, S. 265.
  61. Ebd., S. 202.
  62. Vgl. Rudolf Steiner: Von Jesus zu Christus, GA 131, Vortrag vom 13. Oktober 1911, Dornach 1988, S. 194 ff.; sowie Emil Bock: Die Boten des Geistes, Stuttgart 1967, S. 55.
  63. Johann Valentin Andreae: Allgemeine und Generalreformation der ganzen weiten Welt – beneben der Fama Fraternitatis, des löblichen Ordens des Rosenkreuzes, an alle Gelehrte und Häupter Europa geschrieben, Kassel 1614.
  64. Johann Heinrich Jung-Stilling: Lebensgeschichte, München 1968.
  65. Edward John Russel, John August Voelker : Fifty years of field experiments at the Woburn Experimental Station, Rothamsted Monographs on Agricultural Science, London 1936.
  66. Ernst Klapp : Lehrbuch des Acker- und Pflanzenbaus. Berlin, Hamburg 1967, 611 S.
  67. Justus von Liebig: Die organische Chemie in ihrer Anwendung auf Agrikulturchemie und Physiologie, Braunschweig 1840.
  68. Asmus Petersen: Schultz-Lupitz und sein Vermächtnis, Stiftung Ökologischer Landbau (SÖL), Sonderausgabe Nr. 38, 2. Aufl. 1992, 66 S. Mit Vorworten von Gerhardt Preuschen und Wolfgang Schaumann.
  69. Héraclite (philosophe présocratique, vers 520–460 av. J.-C.), fragment DK B 53 : «La guerre est le père de toutes choses, le roi de toutes choses. Les uns, elle les fait dieux, les autres, elle les fait hommes,
  70. Friedrich Aereboe: Allgemeine landwirtschaftliche Betriebslehre, Berlin 1920.
  71. Selon les informations de la Gesellschaft für Agrargeschichte e.V. Ffm.
  72. Vgl. Thomas von Aquin: Summa Theologica, Questia 10, Proemium.
  73. Johann Wolfgang von Goethe: Goethes Werke, «Urworte Orphisch», Hamburger Ausgabe, Bd. 1, München 1978, S. 359.
  74. Rudolf Steiner: Die Kernpunkte der sozialen Frage in den Lebensnotwendigkeiten der Gegenwart und Zukunft, GA 23, Dornach 1976.
  75. Siehe hierzu insbesondere: Rudolf Steiner: Die großen Fragen der Zeit und die anthroposophische Geisterkenntnis, GA 336, Basel 2019; sowie ders.: Zu sozialen und wirtschaftlichen Fragen, GA 332b, Dornach, Basel 2020.
  76. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S.103.
  77. Ebd., Vortrag vom 10. Juni 1924, S. 42.
  78. Ebd., S. 43.
  79. Voir à ce sujet en particulier : Andreas Suchantke : Metamorphose: Kunstgriff der Evolution, Stuttgart 2002, 332 p.
  80. Rudolf Steiner: Die Erkenntnis des Menschenwesens nach Leib, Seele und Geist. Über frühe Erdenzustände, GA 347, Vortrag vom 9. August 1922, Dornach 1995, S. 53.
  81. Ebd., S. 61.
  82. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, Dornach 1995, Vorträge vom 10. und 12. Juni 1924.
  83. Ebd., Vortrag vom 10. Juni 1924.
  84. Ebd.
  85. Die Vermutung ist, dass die Bildung vorzüglich ein Winter- und die Auflösung (Verwitterung) ein Sommerprozess ist.
  86. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, Dornach 1995, Vorträge vom 10. und 12. Juni 1924.
  87. Ebd.
  88. Siehe hierzu die Forschungen von Gerhard Jentzsch am Lehrstuhl für Angewandte Geophysik an der Universität Jena.
  89. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, Dornach 1995, Vorträge vom 10. und 12. Juni 1924.
  90. Pour ce concept d'alimentation et de nourrissage, voir : Rudolf Steiner, Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, notamment la conférence du 16 juin 1924.
  91. Rudolf Steiner, Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Kap. «Die Wesensglieder des Menschen», Dornach 1989.
  92. Voir par ex. Astronomia magna oder die ganze Philosophia saga der Großen und Kleinen Welt (1537/38) : «Denn alle creata seind buchstaben und bücher, des menschen herkomen zu beschreiben.» — In : Theophrast von Hohenheim gen. Paracelsus, Sämtliche Werke, 1. Abteilung, hrsg. von Karl Sudhoff, München-Berlin 1929, Bd. XII, S. 32.
  93. Johann Wolfgang von Goethe : Maximen und Reflexionen, Hamburger Ausgabe, Bd. 12, München 1987.
  94. Lothar Vogel: Der dreigliedrige Mensch, Dornach 1979, S. 147.
  95. Rudolf Steiner, Ita Wegman: Grundlegendes für eine Erweiterung der Heilkunst, GA 27, Dornach 1991, S. 35.
  96. Vgl. hierzu Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, Dornach 1999, GA 327, insbesondere die Vorträge vom 7., 10. und 14. Juni 1924.
  97. Vgl. hierzu Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, Dornach 1999, GA 327, insbesondere die Vorträge vom 7., 10. und 14. Juni 1924.
  98. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, Vortrag vom 11. Juni 1924, GA 327, Dornach 1999, S. 68f.
  99. Leonard Jentgens : Vom Altersklassen-Einheitsforst zum naturgemäßen Dauerwald, Borchen 2015, 60 S.
  100. Walther Cloos : Werdende Natur, Dornach 1966, 141 S.
  101. Rudolf Steiner: Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989.
  102. Rudolf Steiner: Anthroposophische Leitsätze, GA 26, Dornach 2020, darin der Brief «Der Mensch in seiner makrokosmischen Wesenheit».
  103. Rudolf Steiner : Fondements de science spirituelle pour la prospérité de l'agriculture, GA 327, Vortrag vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S. 97.
  104. Ebd., Vortrag vom 14. Juni 1924, S. 193.
  105. Ebd., Vortrag vom 15. Juni 1924.
  106. Rudolf Steiner: Die Welt der Elementarwesen, ausgewählte Texte herausgegeben von Almut Bockemühl, Dornach 2005.
  107. Rudolf Steiner: Der Mensch als Zusammenklang des schaffenden, bildenden und gestaltenden Weltenwortes, GA 230, Dornach 1993, Vorträge vom 2., 3. und 4. November 1923.
  108. Ibid., conférences des 2, 3, 4 novembre 1923.
  109. Rudolf Steiner: Ebd.
  110. Rudolf Steiner: Die Apokalypse des Johannes, GA 104, Dornach 1985.
  111. Rudolf Steiner: Der Mensch als Zusammenklang des schaffenden, bildenden und gestaltenden Weltenwortes, GA 230, Dornach 1993, Vortrag vom 19. Oktober 1923.
  112. Rudolf Steiner: Der Mensch als Zusammenklang des schaffenden, bildenden und gestaltenden Weltenwortes, GA 230, Dornach 1993, Vortrag vom 27. Oktober 1923.
  113. Siehe z.B.: Einhard Bezzel und Roland Prinzinger: Ornithologie, Stuttgart 1990, S. 269.
  114. Ernst-Michael Kranich: Wesensbilder der Tiere. Einführung in goetheanistische Zoologie, Stuttgart 2004, 386 S. – Siehe auch die Aussagen Rudolf Steiners in: Die Welt der Vögel, herausgegeben und kommentiert von Hans-Christian Zehnter, Basel 2015, 288 S. sowie in: Die Welt der Tiere. Herausgegeben und kommentiert von Hans-Christian Zehnter, Basel 2007, 182 S.
  115. Rudolf Steiner: Der Mensch als Zusammenklang des schaffenden, bildenden und gestaltenden Weltenwortes, GA 230, Dornach 1993, Vortrag vom 19. Oktober 1923.
  116. Ebd., Vortrag vom 3. November 1923.
  117. Wolfgang Schad (Hrsg.): Goetheanistische Naturwissenschaft, Band 3: Zoologie, Stuttgart 1983, Seite 31. Siehe auch ders.: Säugetiere und Mensch, Stuttgart 2012, 1255 S.
  118. Siehe hierzu Rudolf Steiner: Der Mensch als Zusammenklang des schaffenden, bildenden und gestaltenden Weltenwortes, Vortrag vom 26. Oktober 1923, GA 230, Dornach 1993, S. 73. Siehe auch: Hans-Christian Zehnter (Hrsg.) Warum singen Vögel?, Zürich 2018, 240 S.
  119. Hans Steiner: «Die Lebensgemeinschaft des Apfelbaums», Der Obstbau Nr. 3–5, 1958.
  120. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Dornach 1999, S. 183/84.
  121. Norbert Bennecke: Der Mensch und seine Haustiere , Stuttgart 2000, 470 S.
  122. Rudolf Steiner: Der Mensch als Zusammenklang des schaffenden, bildenden und gestaltenden Weltenwortes, GA 230, Dornach 1993, Vortrag vom 3. November 1923.
  123. Rudolf Steiner: Natur- und Geistwesen – ihr Wirken in unserer sichtbaren Welt, Vortrag vom 2. Februar 1908, vormittags, GA 98, Dornach 1996.
  124. Rudolf Steiner: Das Hereinwirken geistiger Wesenheiten in den Menschen, GA 102, Dornach 2001, Vorträge vom 16. Mai 1908, 1. Juni 1908, 4. Juni 1908.
  125. Christian Morgenstern : Wer vom Ziel nichts weiß, Aphorismen, Piper, München 1964, S. 89.
  126. Rudolf Steiner: Mensch und Welt. Das Wirken des Geistes in der Natur. Über das Wesen der Bienen, Dornach 1999, Vortrag vom 28. November 1923. – Siehe auch: Rudolf Steiner: Die Welt der Bienen, herausgegeben und kommentiert von Martin Dettli.
  127. Rudolf Steiner: Mensch und Welt. Das Wirken des Geistes in der Natur. Über das Wesen der Bienen, Dornach 1999, Vortrag vom 28. November 1923.
  128. Beate und Leopold Peitz: Hühnerhalten, Stuttgart 1995, 187 S.
  129. Ebd.
  130. Vgl. hierzu: Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 15. Juni 1924.
  131. Peter Steffen, Karl Schardax, Gernot Kürzel: Schweineglück, Bibel der Schweine, Graz 2008, 392 S.
  132. Ebd.
  133. Norbert Benecke : Der Mensch und seine Haustiere, Stuttgart 1994, 470 S.
  134. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 59.
  135. Norbert Benecke : Der Mensch und seine Haustiere, Stuttgart 1994, 470 S.
  136. Ebd., S. 226.
  137. Ebd., S. 348.
  138. Bernhard Grzimek: Grzimeks Tierleben, Enzyklopädie des Tierreichs, Band 13, Säugetiere 4, München 1971, S. 470.
  139. Norbert Benecke: Der Mensch und seine Haustiere, Stuttgart 1994, S. 247.
  140. Norbert Benecke : Der Mensch und seine Haustiere, Stuttgart 1994, 470 S.
  141. Bernhard Grzimek : Grzimeks Tierleben, Enzyklopädie des Tierreichs, Band 13, Säugetiere 4, Augsburg 2000, S. 375.
  142. Ebd., S. 377.
  143. Voir par ex. : Rudolf Steiner : Natur- und Geistwesen – ihr Wirken in unserer sichtbaren Welt, GA 98, Vortrag vom 7. Juni 1908, Dornach 1996, S. 96–97.
  144. Anita Idel : Die Kuh ist kein Klimakiller, Marburg 2012, 210 S.
  145. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, Seite 59.
  146. Siehe z.B. : Rudolf Steiner : Die geistigen Wesenheiten in den Himmelskörpern und Naturreichen, GA 136, Vortrag vom 6. April 1912.
  147. Klaus Löffler, Gotthold Gäbel, Helga Pfannkuche: Anatomie und Physiologie der Haustiere, Stuttgart 2018, 375 S.
  148. Rolf Krahmer, Lothar Schröder: Anatomie der Haustiere, Leipzig 1985, S. 201ff.
  149. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S. 96 ff.
  150. Rudolf Steiner: Die Stufen der höheren Erkenntnis, GA 12, Dornach 1993.
  151. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 16. Juni 1924, Dornach 1999, S. 201.
  152. Ebd., Vortrag vom 12. Juni 1924, S. 98.
  153. Ebd., S. 99.
  154. Johann Wolfgang von Goethe: Italienische Reise, Hamburger Ausgabe, Bd. 11, München 1978, S. 269; Ausspruch von Bauern auf Sizilien, 19. April 1787.
  155. Rudolf Steiner: Wie erlangt man Erkenntnisse der höheren Welten?, GA 10, Dornach 1992.
  156. Siehe Rudolf Steiner: Soziale Ideen, soziale Wirklichkeit, soziale Praxis, GA 337a, Studienabend vom 16. Juni 1920, Dornach 1999, S. 220f.
  157. Trauger Groh, Steven Mc Fadden: Farms of Tomorrow Revisited, Community Supported Farms – Farm Supported Communities, Kimberton 1997, 312 S.
  158. Tom Petherick: Biodynamics in Practice, Life on a Community owned Farm, Sophia Books, The Square, Forest Row 2010, 128 S.
  159. Johann Wolfgang von Goethe: Faust I, Vers 1973, Hamburger Ausgabe, Dramatische Dichtungen, Bd. 1, München 1976.
  160. Siehe z.B. Rudolf Steiner: Wahrspruchworte, GA 40, Dornach 1998.
  161. Les besoins montent des profondeurs de l'inconscient du corps et des fonds plus lumineux du vécu spirituel-animique. Ils s'enracinent dans le vouloir, en lequel vit le fondement spirituel originel de l'homme, le Je. Dans le besoin corporel — la faim, la soif par exemple — se meut l'impulsion de rétablir un déséquilibre dans les activités organiques corporelles. Le besoin spirituel-animique aspire à se dégager du lien aux processus corporels et à se mettre librement au service d'idéaux éthico-moraux. Ainsi, par son contenu, le besoin est quelque chose de spirituel ; et les moyens de le satisfaire constituent une tâche de l'économie.
  162. Voir à ce sujet par exemple : Rudolf Isler, Ueli Hurter : Assoziatives Wirtschaften. Was verstand Rudolf Steiner unter einer wirtschaftlichen Assoziation?, Dornach 2019, 96 S. ; ainsi que : Stefan Leber (Hrsg.) : Die wirtschaftlichen Assoziationen, Beiträge zur Brüderlichkeit im Wirtschaftsleben, Band 2, Stuttgart 1987, 352 S.
  163. Betriebsgemeinschaft Dottenfelderhof, Bad Vilbel, Deutschland.
  164. Sur ce terme, voir Rudolf Steiner : Die Weihnachtstagung zur Begründung der Allgemeinen Anthroposophischen Gesellschaft 1923/24, GA 260, Dornach 1994, n° 11 des Statuts, p. 53.
  165. Rudolf Steiner: Anthroposophische Gemeinschaftsbildung, GA 257, Vortrag vom 27. Februar 1923, Dornach 1989, S. 116.
  166. Johann Wolfgang von Goethe: Wilhelm Meisters Wanderjahre, Hamburger Ausgabe, Bd. 8, München 1972, «Zweites Buch».
  167. Adalbert Graf von Keyserlingk: Koberwitz 1924, Stuttgart 1974, S. 70.
  168. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaft und soziale Frage, in: Luzifer – Gnosis 1903–1908, GA 34, Dornach 1987, S. 213: «Das Heil einer Gesamtheit von zusammenarbeitenden Menschen ist um so größer, je weniger der einzelne die Erträgnisse seiner Leistungen für sich beansprucht, das heißt, je mehr er von diesen Erträgnissen an seine Mitarbeiter abgibt, und je mehr seine eigenen Bedürfnisse nicht aus seinen Leistungen, sondern aus den Leistungen der anderen befriedigt werden.»
  169. Rudolf Steiner: Ebd. – Siehe auch: Stefan Leber (Hrsg.): Das soziale Hauptgesetz, Beiträge zum Verhältnis von Arbeit und Einkommen, Stuttgart 1986, 280 S.
  170. Joh 8,32.
  171. Voir à ce sujet notamment : Rudolf Steiner : Die Kernpunkte der sozialen Frage, GA 23, Dornach 1976 ; ainsi que du même auteur : Zu sozialen und wirtschaftlichen Fragen der Gegenwart, GA 332b, Dornach 2020.
  172. Jochen Bockemühl : «Elemente und Äther – Betrachtungsweisen der Welt», in : Ders. (Hrsg.) : Erscheinungsformen des Ätherischen. Wege zum Erfahren des Lebendigen in Natur und Mensch, Stuttgart 1985, S. 11–56.
  173. Jochen Bockemühl : Ebd.
  174. J.W. Goethe: Faust, Zweiter Teil, Vers 6922, Hamburger Ausgabe, Bd. 3, München 1976.
  175. Jochen Bockemühl : Ebd.
  176. Voir à ce sujet, par exemple, Rudolf Steiner : Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989.
  177. Voir par exemple Rudolf Steiner : Wie erlangt man Erkenntnisse der höheren Welten?, GA 10, Dornach 1992.
  178. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 50.
  179. Un phénomène qui s'observe à peine encore dans les variétés modernes, sélectionnées pour une haute tolérance à l'azote.
  180. Rudolf Steiner: Das Miterleben des Jahreslaufes in vier kosmischen Imaginationen, GA 229, Vortrag vom 6. Oktober 1923, Dornach 1999, S. 23.
  181. Les Grecs nommaient le ciel de cristal Ouranos (grec Οὐρανός ; lat. Uranus, Coelus ou Caelum, voûte céleste). Le ciel de cristal apparaît dans la Divine Comédie de Dante. Dans la tradition ésotérique-occulte, il conserve les fruits d'une série évolutive antérieure. Il englobe la voûte céleste et le ciel des étoiles fixes.
  182. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 49.
  183. Willi Laatsch : Dynamik der Mitteleuropäischen Mineralböden, Dresden und Leipzig 1957, 280 S.
  184. Rudolf Steiner : Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989, Kap. «Die Weltentwicklung und der Mensch», S. 193.
  185. Willi Laatsch : Ebd., S. 47.
  186. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 11. Juni 1924, Dornach 1999, S. 82f.
  187. Rudolf Steiner: Ebd., Vortrag vom 10. Juni 1924, S. 47.
  188. Rudolf Steiner: Ebd., S. 46.
  189. Günter Trolldenier: Bodenbiologie. Die Bodenorganismen im Haushalt der Natur, Stuttgart 1982, 152 S.
  190. Ernst Haeckel : Generelle Morphologie, Band II : Allgemeine Entwicklungsgeschichte der Organismen, 1866/1906.
  191. Rudolf Steiner : Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989.
  192. Wilhelm Troll, Karl Höhn: Allgemeine Botanik, Stuttgart 1972, 994 S.
  193. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 53.
  194. Gerhard Geisler: Pflanzenbau, Berlin-Hamburg 1988, 2. Aufl., S. 132.
  195. Wilhelm Troll, Karl Höhn: Allgemeine Botanik, Stuttgart 1972, S. 499.
  196. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 14. Juni 1924, Dornach 1999, S. 155.
  197. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 55.
  198. Rudolf Steiner: Ebd., Notizen im Anhang, S. 274.
  199. Rudolf Steiner: Ebd., Vortrag vom 10. Juni 1924, S. 59.
  200. Rudolf Steiner: Ebd., Vortrag vom 15. Juni 1924, S. 192.
  201. Manfred Klett: Untersuchungen über Licht- und Schattenqualität in Relation zum Anbau und Test von Kieselpräparaten zur Qualitätshebung, Inst. f. Biol.-Dyn. Forschung, Darmstadt 1968.
  202. Johannes Klein: Der Einfluss verschiedener Düngearten in gestaffelter Dosierung auf Qualität und Haltbarkeit pflanzlicher Produkte, Inst. f. Biol.-Dyn. Forschung, Darmstadt 1968.
  203. Ilias Samaras: Nachernteverhalten unterschiedlich gedüngter Gemüsearten mit besonderer Berücksichtigung physiologischer und mikrobieller Parameter, Dissertation, Gießen 1977.
  204. Herbert Koepf, Bo D. Petterson, Wolfgang Schaumann: Biologische Landwirtschaft, Stuttgart 1980, 303 S.
  205. Wilfried Kamphausen: «Qualität im biologisch-dynamischen Obstbau», in: Markus Hurter (Hrsg.): Zur Vertiefung der biologisch-dynamischen Landwirtschaft, Dornach 2007, 377 S.
  206. Paul Doesburg et al.: «Standardisation and performance of a visual Gestalt evaluation of biocrystallisation patterns reflecting ripening and decomposition processes in food samples». '<Biological Agriculture & Horticulture: An International Journal for sustainable Production Systems, 2014, S. 1–18.
  207. Voir par exemple Rudolf Steiner : Der Jahreskreislauf als Atmungsvorgang der Erde und die vier großen Festeszeiten, GA 223, Dornach 1990.
  208. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Fragenbeantwortung vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S.109.
  209. La chaotisation désigne le passage de l'état formé à l'état informe. Dans le cas présent, cela signifie rompre mécaniquement, ameublir et mélanger la structure du sol qui s'était construite au cours du cycle annuel précédent par des processus vitaux complexes (maturité du sol), la faire tourbillonner, déplacer les particules du sol verticalement et horizontalement. La couche arable vivifiée, façonnée par le vivant, est rapprochée par degrés de l'état anorganique d'une juxtaposition spatiale. Cette chaotisation mécanique prépare le sol à la réception des forces formatrices du rayonnement hivernal et des forces formatrices éthériques planétaires et solaires revivifiantes du printemps à venir.
  210. Walter Feuerlein : Geräte zur Bodenbearbeitung, Stuttgart 1971, S. 40.
  211. Ibid., p. 39.
  212. Rudolf Steiner: Grundlegendes für eine Erweiterung der Heilkunst, GA 27, Dornach 1991, S. 25 f.
  213. Siehe auch: Hermann Poppelbaum: «Begriff und Wirkungsweise des Ätherleibs», in Jochen Bockemühl (Hrsg.): Erscheinungsformen des Ätherischen, Stuttgart 1985, S. 179–195.
  214. Hermann Poppelbaum: Ebd.
  215. Ernst Marti: Die vier Äther – zu Rudolf Steiners Ätherlehre, Stuttgart 2016, 60 S.
  216. Gerhard Geisler: Pflanzenbau. Ein Lehrbuch – Biologische Grundlagen und Technik der Pflanzenproduktion, Berlin-Hamburg, 1988, S. 506.
  217. Eduard von Boguslawski: Ackerbau, Grundlagen der Pflanzenproduktion, Frankfurt 1981, S. 237 f.
  218. Rudolf Steiner: *Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft*, GA 327, Vortrag vom 11. Juni 1924, Dornach 1999, S. 80.
  219. Ebd., S. 80.
  220. Ebd., S. 71.
  221. Wolfgang Holzner, Johann Glauninger: Ackerunkräuter: Bestimmung, Biologie, Landwirtschaftliche Bedeutung, Graz 2005, 264 S.
  222. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, Dornach 1999, Vortrag vom 14. Juni 1924, S. 155 f.
  223. Ebd., S. 156.
  224. Lilly Kolisko: «Der Mond und das Pflanzenwachstum», in Gäa Sophia, Bd. II, Dornach 1927, S. 349–357.
  225. Hartmut Spieß: «Chronobiologische Untersuchungen mit besonderer Berücksichtigung lunarer Rhythmen im biologisch-dynamischen Pflanzenbau», Schriftreihe Institut für Biologisch-Dynamische Forschung, Bd. 3, Darmstadt 1994, 272 S.
  226. Jürgen Appel: «Unkrautregulierung ohne Herbizide. Erfahrungen auf Betrieben der biologisch-dynamischen und organisch-biologischen Wirtschaftsweisen», Schriftreihe Lebendige Erde, Darmstadt 1982, 113 S.
  227. Ebd.
  228. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 53.
  229. Ebd., S. 155.
  230. Helmut Voitl, Elisabeth Guggenberger, Josef Willi: Das große Buch vom biologischen Land- und Gartenbau, Wien 1992, 367 S.
  231. Voir par exemple Rudolf Steiner : Meditative Betrachtungen und Anleitungen zur Vertiefung der Heilkunst, GA 316, Dornach 2003, Vortrag vom 3. Januar 1924, S. 33 f.
  232. Vgl. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 14. Juni 1924, Dornach 1999, S.166/67.
  233. Rudolf Steiner : *Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft*, GA 327, Fragenbeantwortung vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S. 109.
  234. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 20. Juni 1924, Dornach 1999, S. 11.
  235. Ebd., S. 20.
  236. Rudolf Steiner: Anthroposophische Leitsätze, GA 26, «Von der Natur zur Unternatur», Dornach 1998, S. 255 ff.
  237. Rudolf Steiner: Grundlegendes für eine Erweiterung der Heilkunst nach geisteswissenschaftlichen Erkenntnissen, GA27, Dornach 1991, S. 20).
  238. Rudolf Steiner: Einleitungen zu Goethes Naturwissenschaftlichen Schriften, Kap. X. «Wissen und Handeln im Lichte der Goetheschen Denkweise», GA 1, Dornach 1987, S. 171.
  239. Rudolf Steiner: Einleitungen zu Goethes Naturwissenschaftlichen Schriften, Kap XVI. «Goethe als Denker und Forscher», GA 1, Dornach 1987, S. 274.
  240. Cité d'après Jos Verhulst : Der Glanz von Kopenhagen, geistige Perspektiven der modernen Physik, Stuttgart 1994, S. 15.
  241. Ebd., S. 17.
  242. Ebd., S. 173.
  243. Rudolf Steiner : Konferenzen mit den Lehrern der freien Waldorfschule Stuttgart, 2. Bd., GA 300b, Konferenz vom 21. Juni 1922, Dornach 2019, S. 152.
  244. Martin Rozumek, Peter Buck (Hrsg.) : Das Chemische und die Stoffe, Zugänge zur Chemie, Dornach 2008, Kap. : «Einleitung», S. 7.
  245. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 20. Juni 1924, Dornach 1999, S. 64f.
  246. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 122.
  247. La citation originale est : «Leiblichkeit ist das Ende der Werke Gottes» ; tirée du Biblisches und Emblematisches Wörterbuch du théologien allemand Friedrich Christoph Oetinger (1702–1782).
  248. Voir par ex. Rudolf Steiner : Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989.
  249. Rudolf Steiner: Theosophie, GA 9, Dornach 2003, S. 50.
  250. Johann Wolfgang von Goethe: Maximen und Reflektionen, Nr. 720, Hamburger Ausgabe, Bd. 12, München 1987.
  251. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 42.
  252. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 47.
  253. Manfred Klett: Die boden- und gesteinsbürtige Stofffracht von Oberflächengewässern, Arbeiten der Landwirtschaftlichen Hochschule Hohenheim, Bd. 35, 1965, S. 42.
  254. Martin Hartmann et al. (2015): Distinct soil microbial diversity under long-term organic and conventional farming, ISME Journal, 9, S. 1177–1194.
  255. Christoph Felgentreu, Kirsten Engelke : Konzepte zur Erhaltung der Bodenfruchtbarkeit, Deutsche Saatveredelung AG, Lippstadt.
  256. Lexikon der Biologie, https: www.spektrum.de.
  257. Rudolf Steiner : Die Schöpfung der Welt und des Menschen, Erdenleben und Sternenwirken, GA 354, Vortrag vom 9. August 1924, Dornach 2000, S. 154.
  258. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 11. Juni 1924, Dornach 1999, S. 73.
  259. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 15. Juni 1924, Dornach 1999, S. 192.
  260. Ebd., S. 192.
  261. Ebd., Vortrag vom 13. Juni 1924, S. 122.
  262. Helmut Snoek, Horst Wülfrath: Das Buch vom Steinmehl, Entstehung, Verwendung und Bedeutung im Land- und Gartenbau, Hamburg 2000, 144 S.
  263. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S. 94.
  264. Ebd., Fragenbeantwortung vom 12. Juni 1924, S. 117.
  265. Georg Wagner: Einführung in die Erd- und Landschaftsgeschichte, Öhringen 1960, 694+208 S.
  266. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 53.
  267. Ebd., Vortrag vom 12. Juni 1924, S. 91.
  268. Krafft von Heynitz, Georg Merckens: Das biologische Gartenbuch, Stuttgart 1994, 351 S.
  269. En ce qui concerne le maniement pratique de la préparation du compost, on se référera aux publications spécialisées des auteurs mentionnés ci-dessus ; ainsi qu'à Friedrich Sattler, Eckard von Wistinghausen : Der landwirtschaftliche Betrieb, Biologisch-Dynamisch, Stuttgart 1989, 333 S. ; ainsi qu'à Herbert Koepf, Wolfgang Schaumann, Manon Hacius : Biologisch-dynamische Landwirtschaft: Eine Einführung, Stuttgart 1996, 368 S.
  270. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S. 90.
  271. Jochen Bockemühl: Vom Leben des Komposthaufens, Dornach 1981, 67 S.
  272. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S. 92.
  273. Rudolf Steiner: Grundelemente der Esoterik, GA 93a, 30. September 1905, Dornach 1987, S. 44 f.
  274. Voir à ce sujet Rudolf Steiner: Die Geheimwissenschaft im Umriss, Kap. «Die Weltentwicklung und der Mensch», GA 13, Dornach 1989.
  275. Krafft von Heynitz: Kompost im Garten, Stuttgart 1999, 127 S.
  276. Communication orale de Matthias Guépin, chargé de cours à l'Emerson College (GB) et conseiller au Kenya.
  277. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 15. Juni 1924, Dornach 1999, S. 184.
  278. KTBL : Faustzahlen für den ökologischen Landbau, Darmstadt 2015, 760 S.
  279. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 47.
  280. Manfred Klett: Untersuchungen über Licht- und Schattenqualität in Relation zum Anbau und Test von Kieselpräparaten zur Qualitätshebung, Darmstadt 1968, 117 S.
  281. Wilhelm Troll: Allgemeine Botanik, Stuttgart 1959, 927 S.; Gerbert Grohmann: Die Pflanze, Berlin 2013, 448 S.; Jochen Bockemühl: «Bildebewegungen im Laubblattbereich höherer Pflanzen», Elemente der Naturwissenschaft Nr. 4: 7–23, 1966.
  282. Ehrenfried Pfeiffer : 1899–1961, pionnier de la recherche anthroposophique appliquée, développa, à partir des suggestions de Rudolf Steiner pour l'exploration des forces formatrices, la méthode de la cristallisation sensible au chlorure de cuivre ; prépara avec Guenther Wachsmuth (1893–1963) sous la direction de Rudolf Steiner, en 1922/23, pour la première fois la préparation bouse de corne. Jusqu'à la fin des années 1930, codirecteur du laboratoire de recherche au Goetheanum avec Guenther Wachsmuth. À partir de la fin des années 1930, agriculteur et conseiller agricole aux États-Unis.
  283. Alla Selawry, Olleg Selawry : Die Kupferchloridkristallisation in Naturwissenschaft und Medizin, Stuttgart 1957, 232 S.
  284. Friedrich Vincenz von Hahn : Thesigraphie, Wiesbaden 1962, 244 S.
  285. H. Krüger : Kupferchloridkristallisationen, ein Reagenz auf Gestaltungskräfte des Lebendigen, Weleda – Schriftenreihe 1/1950.
  286. Magda Enquist : Strukturveränderungen im Kupferchloridkristallisationsbild von Pflanzen durch Alterung und Düngung, Lebendige Erde 3, 1961.
  287. Bo D. Petterson (1967) : Beiträge zur Entwicklung der Kristallisationsmethode mit Kupferchlorid nach Pfeiffer, Lebendige Erde 18 (1) : S. 15–31.
  288. Paul Doesburg, Machteld Huber, Jens-Otto Andersen, Miriam Athmann, Guus van der Bie, Jürgen Fritz, Uwe Geier, Joop Hoekman, Johannes Kahl, Gaby Mergardt & Nicolaas Busscher (2014) : «Standardization and performance of a visual Gestalt evaluation of biocrystallization patterns reflecting ripening and decomposition processes in food samples», Biological Agriculture & Horticulture: An International Journal for Sustainable Production Systems, DOI: 10.1080/01448765.2014.993705.
  289. Ernst Klapp : Lehrbuch des Acker- und Pflanzenbaus, Berlin-Hamburg 1958, 503 S. ; Edward John Russel : The World of the Soil, London 1957, 242 S.
  290. Rudolf Steiner: Theosophie, Einführung in übersinnliche Welterkenntnis und Menschenbestimmung, GA 9, Dornach 2003.
  291. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 122 : « Man muss die Erde direkt beleben, und das kann man nicht, wenn man mineralisierend vorgeht, das kann man nur, wenn man mit Organischem vorgeht, das man in eine entsprechende Lage bringt, sodass es organisierend, belebend auf das Feste, Erdige selber wirken kann. »
  292. Rudolf Steiner: Ebd., Vorträge vom 12. und 13. Juni 1924.
  293. Christian von Wistinghausen et al.: Anleitung zur Anwendung der biologisch-dynamischen Feldspritz- und Düngerpräparate , Arbeitsheft 2, Darmstadt 2005, 92 S.
  294. Walter Stappung: Die Düngerpräparate Rudolf Steiners – Herstellung und Anwendung, Rüfenacht 2017, Bd. I + II: 748 S.
  295. Ueli Hurter et al. (2018): Biodynamische Präparate-Praxis weltweit – Die Fallbeispiele, Darmstadt, 364 S.
  296. Rudolf Steiner: Wie erlangt man Erkenntnisse der höheren Welten?, GA 10, Dornach 1992.
  297. Rudolf Steiner: Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989.
  298. Rudolf Steiner: Theosophie – Einführung in übersinnliche Welterkenntnis und Menschenbestimmung, GA 9, Dornach 2003.
  299. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 58: «Wir stehen auch vor einer großen Umwandlung des Innern der Natur.»
  300. Rudolf Steiner: Das Verhältnis der Anthroposophie zur Naturwissenschaft. Grundlagen und Methoden, GA 75, Vortrag vom 17. Juni 1920, Dornach 2010.
  301. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 58: «Wir stehen auch vor einer großen Umwandlung des Innern der Natur.»
  302. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Dornach 1999, Vortrag vom 13. Juni 1924.
  303. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlage zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1979, S. 42.
  304. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlage zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 15. Juni 1924, Dornach 1999, S. 120.
  305. Rudolf Steiner: Die geistige Führung des Menschen und der Menschheit, GA 15, Dornach 1987, S. 66.
  306. Johann Wolfgang von Goethe: Die Metamorphose der Pflanzen, in: Goethes Werke. Naturwissenschaftliche Schriften, hrsg. v. Rudolf Steiner, Band 1, in: Kürschners Deutsche National-Litteratur, Berlin und Stuttgart 1887 (Reprint Dornach 1975).
  307. «Das Tier wird durch seine Organe belehrt; der Mensch belehrt die seinigen und beherrscht sie», Johann Wolfgang von Goethe: Maximen und Reflexionen, «Aus dem Nachlass – Über Natur und Naturwissenschaft».
  308. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Menschenkunde, GA 107, Dornach 1988, Vortrag «Evolution, Involution und Schöpfung aus dem Nichts», 17. Juni 1909.
  309. Johann Wolfgang von Goethe : Die Metamorphose der Pflanze, Stuttgart 1985, S. 39.
  310. Rudolf Steiner, Ita Wegman : Grundlegendes für eine Erweiterung der Heilkunst nach geisteswissenschaftlichen Erkenntnissen, GA 27, Kap. V. « Pflanze, Tier, Mensch », Dornach 1991, S. 35.
  311. Ebd.
  312. Rudolf Steiner: Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989.
  313. Rudolf Steiner: Die geistige Führung des Menschen und der Menschheit, GA 15, Dornach 1987, S. 66.
  314. La présentation qui suit est une version remaniée de contributions de l'auteur dans Markus Hurter (éd.) : Zur Vertiefung der biologisch-dynamischen Landwirtschaft – Gedanken, Erfahrungen, Forschungsergebnisse, eine Werkstattarbeit, Dornach 2007, S. 93–107.
  315. Rudolf Steiner: Das Faust-Problem. Die romantische und die klassische Walpurgisnacht, GA 273, Geisteswissenschaftliche Erläuterungen zu Goethes Faust, Bd. II, Vortrag vom 27. Januar 1917, Dornach 1981, S. 75.
  316. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, A 327, Vortrag vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S. 99.
  317. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 49.
  318. Rudolf Steiner: Das Miterleben des Jahreslaufes in vier kosmischen Imaginationen, GA 229, Vortrag vom 5. Oktober 1923, Dornach 1999, S. 62: «So sehen Sie, dass wir durchaus jetzt, wo wir in die Zeit des sprießenden, sprossenden Lebens kommen, nicht sprechen können von geistdurchwobener Materie wie im Winter für die Erde, sondern wie wir sprechen müssen von materiedurchwobenem […] Geist.»
  319. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 11. Juni 1924, Dornach 1999, S. 82: «Das Kieselige ist der allgemeine äußere Sinn im Irdischen.»
  320. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 47/48.
  321. Rudolf Steiner: Das Miterleben des Jahreslaufes in vier kosmischen Imaginationen, GA 229, Vortrag vom 12. Oktober 1923, Dornach 1999, S. 62.
  322. Vgl. Theodor Schwenk: Das sensible Chaos, Stuttgart 2010, 216 S.
  323. Bernd Roßlenbroich: Die rhythmische Organisation des Menschen: Aus der chrono-biologischen Forschung, Stuttgart 1994, 163 S.
  324. Notizbuch Nr. 52, 1921; siehe auch Beiträge zur Rudolf Steiner Gesamtausgabe Nr. 104, S. 63.
  325. Paul Schatz (1898–1979): Anthroposophisch orientierter Mathematiker, Techniker und Erfinder.
  326. A. John Wilkes: Das Flowform-Phänomen: Die verborgene rhythmische Energie des Wassers, Stuttgart 2008, 239 S.
  327. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Fragenbeantwortung vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S. 104.
  328. Gunter Gebhard : Communication personnelle. — Gunter Gebhard : géologue et biologiste, enseignant de longue date dans les classes supérieures de l'école Waldorf d'Überlingen ; à présent chargé de cours pour les sciences naturelles goethéanistes et la pédagogie Waldorf en Russie et dans des centres de formation agricole en Allemagne.
  329. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S. 102.
  330. Rudolf Steiner: Die Schöpfung der Welt und des Menschen. Erdenleben und Sternenwirken. Über die Gerüche, GA 354, Vortrag vom 24. August 1924, Dornach 2000, S. 154.
  331. Ilias Samares: Nachernteverhalten unterschiedlich gedüngter Gemüsesorten mit besonderer Berücksichtigung physiologischer und mikrobiologischer Parameter. Forschungsring für biologisch-dynamische Wirtschaftsweise, Darmstadt 1980, 153 S.
  332. Manfred Klett: Untersuchungen über Licht- und Schattenqualität in Relation zum Anbau und Test von Kieselpräparaten zur Qualitätshebung, Darmstadt 1968, 117 S.
  333. Johannes Klein: Der Einfluss verschiedener Düngungsarten in gestaffelter Dosierung auf Qualität und Haltbarkeit pflanzlicher Produkte. Institut für biologisch-dynamische Forschung, Darmstadt 1968.
  334. Uli Johannes König: «Wissenschaftliche Untersuchungsergebnisse zum Nachweis der Präparatewirksamkeit» in: Markus Hurter (Hrsg.): Zur Vertiefung der biologisch-dynamischen Landwirtschaft, Dornach 2007, S. 157 f.
  335. Rudolf Steiner: Anthroposophische Leitsätze, «Michaelzukunft und Michaeltätigkeit», GA 26, Dornach 1998, S. 94 und 96.
  336. Jochen Bockemühl und Kari Järvinen: Auf den Spuren der Präparatepflanzen, Dornach 2005, 153 S.
  337. Erdmuth-M. W. Hoerner: Die biologisch-dynamischen Präparate, Stuttgart 2019, 512 S.
  338. Walter Stappung: Die Düngerpräparate Rudolf Steiners, Herstellung und Anwendung, Rüfenach 2017, 2 Bd. (Bd. 1: 632 S.; Bd. 2: 116 S.).
  339. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 126: «Diese Schafgarbe ist – eigentlich ist es ja jede Pflanze – ein Wunderwerk, aber wenn man wieder eine andere Blume anschaut, dann kommt einem das ganz besonders zu Herzen, was für ein Wunderwerk diese Schafgarbe ist; sie ist ein ganz besonderes Wunderwerk.»
  340. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Dornach 1999, S. 126.
  341. Ebd., S. 129.
  342. Ebd., S. 126.
  343. Ebd., Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 53.
  344. Ebd., Notizblatt Nr. 9 im Anhang, S. 271: «Der Humus gestaltet das Untere durch die Erde.»
  345. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 126.
  346. Ebd., S. 128.
  347. Ebd., S. 128.
  348. Vgl. Rudolf Steiner: Von Seelenrätseln, GA 21, Kap. «6. Die physischen und die geistigen Abhängigkeiten der Menschen-Wesenheit», Dornach 1983, S. 158: «In die Sinne erstreckt sich die Außenwelt wie in Golfen hinein in das Wesen des Organismus.»
  349. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 128.
  350. Ebd., S. 129.
  351. Ebd., S. 127.
  352. Ebd., S. 127.
  353. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 47.
  354. Ebd., S. 59.
  355. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Notizblatt Nr. 9 im Anhang, S. 271: «Der Humus gestaltet das Untere durch die Erde.»
  356. Rudolf Steiner: Anthroposophische Leitsätze, GA 26, «Menschheitszukunft und Michaeltätigkeit», Dornach 1998, S. 94f.
  357. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 44.
  358. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, conférence du 13 juin 1924, Dornach 1999, p. 129.
  359. Jochen Bockemühl et Kari Järvinen : Auf den Spuren der biologisch-dynamischen Präparatepflanzen, Dornach 2005, 154 p.
  360. Ibid., p. 82.
  361. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, conférence du 13 juin 1924, Dornach 1999, p. 130.
  362. Matthias König, communication orale.
  363. Ibid., p. 130.
  364. Ibid., p. 129.
  365. Ebd., S. 131.
  366. Erdmut-M. W. Hoerner: Die biologisch-dynamischen Präparate, Stuttgart 2019, S. 320.
  367. Ebd., S. 131–132.
  368. Ebd., S. 133.
  369. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 136.
  370. Ebd.
  371. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 11. Juni 1924, Dornach 1999, S. 74.
  372. Ebd., S. 75.
  373. Ebd., S. 76.
  374. Ebd., S. 76.
  375. Ebd., Vortrag vom 13. Juni 1924, S. 137.
  376. Ebd., Vortrag vom 10. Juni 1924, S. 58.
  377. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 134.
  378. Jochen Bockemühl, Kari Järvinen: Auf den Spuren der biologisch-dynamischen Präparatepflanzen, Dornach 2005, 154 S.
  379. Rudolf Steiner: Ebd., S. 134: «In Bezug auf dasjenige, was dann als Kalzium zutage tritt, ist dasjenige, was an Kalziumstruktur in der Eichenrinde vorhanden ist, das alleridealste.»
  380. Erdmut-M. W. Hoerner: Die biologisch-dynamischen Präparate, Stuttgart 2019, 512 S.
  381. Il existe un travail solide de Jan Albert Rispens, qui consacre un chapitre entier à la question de l'écorce et de la borke. Il résume ainsi : le liber et le parenchyme subéreux assimilateur représentent le proprement feuillu ; l'écorce subéreuse mourante et la borke, l'organe floral et fructifère du tronc. – Jan Albert Rispens : Bäume verstehen lernen, Stuttgart 2018, S. 157.
  382. Vgl. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Fragenbeantwortung vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 147.
  383. Vgl. ebd., Vortrag vom 11. Juni 1924, S. 75 : « in das Ununterscheidbare des Weltenalls ».
  384. Jochen Bockemühl, Kari Järvinen: Auf den Spuren der biologisch-dynamischen Präparatepflanzen, Dornach 2005, 154 S.
  385. Siehe hierzu: Rudolf Steiner: Ebd., Vortrag vom 12. Juni 1924, S. 90.
  386. Hermann von Guttenberg : *Lehrbuch der allgemeinen Botanik*, Berlin 1952, 641 S.
  387. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 12. Juni 1924, Dornach 1999, S. 94.
  388. Ebd., Fragenbeantwortung vom 13. Juni 1924, S. 147.
  389. Eduard Strasburger: Lehrbuch der Botanik, Stuttgart 1978, S. 422.
  390. Rudolf Steiner: Ebd., Vortrag vom 13. Juni 1924, S. 134.
  391. Ebd., S. 135.
  392. Über die organischen Bildungen, die im höheren Tierreich dem Ausgleich eines ungleichgewichtigen Verhältnisses der polaren Systeme dienen, siehe u.a.: Friedrich A. Kipp: «Bezahnung und Bildungsidee des Organismus», in: Wolfgang Schad (Hrsg.): Goetheanistische Naturwissenschaft, Band 3: Zoologie, Stuttgart 1983, S. 167 f.; sowie Andreas Suchantke: «Polarität und Dreigliederung im Tierreich», in: ders.: Metamorphose – Kunstgriff der Evolution, Stuttgart 2002, S. 137 f.
  393. Rolf Krahmer, Lothar Schröder: Anatomie der Haustiere, Leipzig 1985, 368 S.
  394. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 133.
  395. Walter Stappung : Die Düngerpräparate Rudolf Steiners, Herstellung und Anwendung, Rüfenach 2017, 2 Bd. (Bd. 1 : 632 S. ; Bd. 2 : 116 S.).
  396. Rudolf Steiner : Ibid., p. 135.
  397. Ibid., p. 135.
  398. Rudolf Steiner: Ebd., Vortrag vom 10. Juni 1924, S. 60.
  399. Rudolf Steiner : Ibid., conférence du 11 juin 1924, p. 82/83.
  400. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Dornach 1999, Vortrag vom 13. Juni 1924, S. 137.
  401. Ebd., S. 137.
  402. Ebd., S. 135.
  403. Ebd., S. 136.
  404. Ebd., S. 137.
  405. Johann Wolfgang von Goethe : Faust II, vers 4656.
  406. Ibid., p. 137.
  407. Jochen Bockemühl, Kari Järvinen : Auf der Spurensuche der biologisch-dynamischen Präparatepflanzen, Dornach 2005, p. 97.
  408. Werner Christian Simonis : Heilpflanzen und Mysterienpflanzen, Wiesbaden 1991, p. 280.
  409. Ibid., p. 282.
  410. Erdmuth-M. W. Hoerner : Die biologisch-dynamischen Präparate, Stuttgart 2019, 512 p.
  411. Johann Wolfgang von Goethe : Faust I, vers 1939.
  412. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni, Dornach 1999, S. 137.
  413. Ibid., S. 137.
  414. Ibid., S. 137.
  415. Ibid., S. 123–24.
  416. Ibid., S. 137.
  417. Willi Aeppli: Sinnesorganismus, Sinnesverlust, Sinnespflege; Stuttgart 1967; sowie
    Dietrich Rapp, Hans-Christian Zehnter: Die zwölf Sinne in der seelischen Beobachtung – Eine Exkursion, Münchenstein 2019, 253 S.
  418. Rudolf Steiner: Anthroposophie ein Fragment, GA 45, Dornach 2002.
  419. Willi Aeppli: Ebd.; sowie: Dietrich Rapp, Hans-Christian Zehnter: Ebd.
  420. Lothar Vogel: Der dreigliedrige Mensch, Dornach 1979, S. 105.
  421. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 137.
  422. Ebd., Fragenbeantwortung vom 14. Juni 1924, S. 175.
  423. Ulrike Remer-Bielitz: Dokumentation zum Rindgekröse; Forschungsring, Materialien Nr. 8, Darmstadt 2001.
  424. Johannes W. Rohen: Funktionelle Anatomie des Menschen, Stuttgart-New York 1993, S. 287.
  425. Rudolf Steiner : Ibid., Annexe, p. 293.
  426. Rudolf Steiner : Ibid., p. 137.
  427. Rudolf Steiner : Der Mensch als Zusammenklang des schaffenden, bildenden und gestaltenden Weltenwortes, GA 230, Dornach 1993.
  428. Rudolf Steiner: Anthroposophische Leitsätze, GA 26, «Der Mensch in seiner makrokosmischen Wesenheit», Dornach 1998.
  429. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 138.
  430. Ebd., S. 138.
  431. Ebd., S. 138.
  432. Rudolf Steiner : Fondements de science spirituelle pour la prospérité de l'agriculture, GA 327, conférence du 13 juin 1924, Dornach 1999, p. 138.
  433. Rudolf Steiner: Ebd., Vortrag vom 10. Juni 1924, S. 56.
  434. Werner Christian Simonis: Heilpflanzen und Mysterienpflanzen, Wiesbaden 1981, S. 696.
  435. Ebd., S. 593.
  436. Erdmut-M. W. Hoerner : Die biologisch-dynamischen Präparate, Stuttgart 2019, S. 340.
  437. Rudolf Steiner : Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Kap. «Die Weltentwicklung und der Mensch», Dornach 1989, S. 157 ff.
  438. Rudolf Hauschka: Substanzlehre, Frankfurt/Main 1966, S. 51.
  439. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 11. Juni 1924, Dornach 1999, S. 75/76.
  440. Rudolf Steiner: Mensch und Welt. Das Wirken des Geistes in der Natur. Über das Wesen der Bienen, GA 351, Vortrag vom 20. Oktober 1923, Dornach 1999, S. 72.
  441. Gunter Gebhard: Persönliche Mitteilung.
  442. Gunter Gebhard : Communication personnelle.
  443. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 139.
  444. Walter Stappung: Die Düngerpräparate Rudolf Steiners – Herstellung und Anwendung, Rüfenacht 2017, Bd. I + II: 748 S. Siehe auch: Ueli Hurter et al. (2018): Biodynamische Präparate-Praxis weltweit – Die Fallbeispiele, Darmstadt, 364 S.
  445. Krafft von Heynitz, Georg Merckens: Das biologische Gartenbuch, Stuttgart 1994, 351 S.
  446. Pierre Masson: Gartenbau und Landwirtschaft biodynamisch, Aarau 2015, 224 S.
  447. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 139.
  448. Friedrich Scheffer, Paul Schachtschabel: Lehrbuch der Bodenkunde, Berlin 2018, 772 S.
  449. Gunter Gebhard: Persönliche Mitteilung.
  450. Les ribosomes sont constitués d'ARN ribosomal. Ils émanent du nucléole, situé dans le noyau cellulaire, et forment dans le plasma les organites destinés à la formation de protéines (d'un point de vue cosmologique, le nucléole est un équivalent de la Terre dans le microcosme qu'est la cellule). Le noyau cellulaire correspond à la sphère lunaire, et la membrane cellulaire à la sphère de Saturne. Les mitochondries disposent d'une ADN nue propre, se multiplient selon leur propre rythme et ont pour tâche principale la respiration cellulaire avec les cytochromes contenant du fer. D'un point de vue cosmologique, les mitochondries sont en relation avec Mars.
  451. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Gesichtspunkte zur Therapie, GA 313, Vortrag vom 15. April 1921, Dornach 2001, S. 91.
  452. Friedrich Husemann, Otto Wolff: Das Bild des Menschen als Grundlage der Heilkunst, Band II: Zur allgemeinen Pathologie und Therapie, Stuttgart 1991, S. 394.
  453. Ebd., S. 395.
  454. Hermann von Guttenberg : Lehrbuch der allgemeinen Botanik, Berlin 1955, S. 15.
  455. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Gesichtspunkte zur Therapie, GA 313, Vortrag vom 12. April 1924, Dornach 2001, S. 44.
  456. Rudolf Steiner : Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989.
  457. Gunter Gebhard : Persönliche Mitteilung.
  458. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 13. Juni 1924, Dornach 1999, S. 139.
  459. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 14. Juni 1924, Dornach 1999, S. 167.
  460. Rudolf Steiner: Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989.
  461. Vgl. auch: Jean-Michel Florin (Hrsg.): Biologisch-dynamischer Weinbau, Dornach 2020, S. 154 f.
  462. Jochen Bockemühl, Kari Järvinen: Auf den Spuren der Präparatepflanzen, Dornach 2005, S. 105.
  463. Ebd., S. 107.
  464. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 11. Juni 1924, Dornach 1999, S. 83.
  465. Christian von Wistinghausen, Wolfgang Scheibe, Eckhard von Wistinghausen: Anleitung zur Herstellung der biologisch-dynamischen Präparate, Arbeitsheft Nr. 1, Stuttgart 1998, 96 S.
  466. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 14. Juni 1924, Dornach, 1999, S. 167.
  467. Walter Stappung: Die Düngerpräparate Rudolf Steiners – Herstellung und Anwendung, Rüfenacht 2017, Bd. I + II: 748 S.
  468. Christian von Wistinghausen, Wolfgang Scheibe, Eckhard von Wistinghausen: Anleitung zur Herstellung der biologisch-dynamischen Präparate, Arbeitsheft Nr. 1, Stuttgart 1998, S. 71.
  469. Siehe hierzu: Ulrich Meyer: «Optimierung der Kieselsäure-Extraktion aus Equisetum arvense – Ergebnisse für die alltägliche Praxis», in: Ulrich Meyer, Peter Alsted Pedersen (Hrsg.): Anthroposophische Pharmazie, Berlin 2016, 807 S.
  470. Rudolf Steiner : Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989.
  471. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 14. Juni 1924, Dornach 1999, S. 167.
  472. Walter Stappung: Die Düngerpräparate Rudolf Steiners – Herstellung und Anwendung, Rüfenacht 2017, Bd. I + II: 748 S.
  473. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 11. Juni 1924, Dornach, 1999, S. 64.
  474. Gunter Gebhard : communication personnelle.
  475. Gunter Gebhard : Communication personnelle.
  476. Gunter Gebhard : Communication personnelle.
  477. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 60.
  478. Ebd., S.44.
  479. Cf. Elisabeth Vreede : Astronomie und Anthroposophie, Dornach 1980, p. 75 ; id. : Über den Planeten Merkur, in : Kalender Ostern 1942–1943, Arlesheim ; ainsi que id. : Texte über Planetensphären in den Rundschreiben 1927–1930 (Bearbeitung durch Liesbeth Bisterbosch und Frauke Roloff, Oktober 2020). – Dans le sillage de cette émancipation de la conscience humaine vers la conscience de soi éveillée, tournée vers la terre, on peut comprendre qu'une confusion s'est produite entre les sphères de Vénus et de Mercure. Cette confusion ne concerne pas le corps planétaire en tant que tel, mais leurs sphères d'action suprasensibles agissantes, ce pour quoi, depuis les origines, ces deux corps célestes, Vénus et Mercure, se tenaient en tant qu'entités spirituel-animiques agissantes.
  480. Lievegoed a consacré une étude approfondie à la triple polarité des préparations de fumure dans leur rapport au rayonnement planétaire et aux processus vitaux dans la plante et l'animal (Bernhard C.J. Lievegoed : Planetenwirken und Lebensprozesse in Mensch und Erde, Stuttgart 2002, 82 p.). Cette étude décrit comment, dans les processus vitaux des plantes des préparations, un représentant des planètes supra-solaires se trouve, chacun de manière spécifique, en rapport d'action polaire avec un représentant des planètes infra-solaires — Saturne avec la Lune, Jupiter avec Mercure, Mars avec Vénus —, la Soleil occupant en chaque cas la position centrale ; ainsi que la façon dont les forces de cet agir polaire, enveloppées par les organes animaux et exposées aux forces hivernales et solaires, entrent en interaction renforcée et sont conservées ; et comment peuvent alors se comprendre ces processus dans le sol et les plantes — tels que Rudolf Steiner les a décrits : rafraîchissants et vivifiants, assainissants, s'accordant mutuellement, rendant sensible.
  481. Cf. Lothar Vogel : Der dreigliedrige Mensch, Dornach 1979, p. 239.
  482. Cf. Michaela Glöckler : « Das Nieren-Blasen-System und das Schafgarbenpräparat » ; in : Manfred Klett und Markus Hurter (Hrsg.) : Zur Frage der Düngung im biologisch-dynamischen Landbau, Dornach 1994.
  483. Siehe hierzu z.B.: Rudolf Steiner: Geistige Hierarchien und ihre Widerspiegelung in der physischen Welt, GA 110, Dornach 1991; sowie: Die geistigen Wesen in den Himmelskörpern und Naturreichen, GA 136, Dornach 1996.
  484. Rudolf Steiner: Esoterische Betrachtungen karmischer Zusammenhänge, Bd. V, GA 239, Vortrag vom 9. Juni 1924, Dornach 1985, S. 166.
  485. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 55.
  486. Ebd., Vortrag vom 13. Juni 1924, S. 138.
  487. Rudolf Steiner: Esoterische Betrachtungen karmischer Zusammenhänge, GA 239, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1985, S. 172.
  488. Rudolf Steiner: Die Geheimwissenschaft im Umriss, GA 13, Dornach 1989.
  489. Jochen Bockemühl: Vom Leben des Komposthaufens, Sonderdruck Elemente der Naturwissenschaft Nr. 29: S. 1–67, Dornach 1978.
  490. Herbert Koepf: Landbau, natur-und menschengemäß. Methoden und Praxen der biologisch-dynamischen Landwirtschaft, Stuttgart 1984, 270 S.
  491. Ebd., 1980.
  492. Uli Johannes König: Ergebnisse aus der Präparateforschung, Schriftenreihe Band 12, Institut für biologisch-dynamische Forschung, Darmstadt 1999, Loseblattsammlung.
  493. Paul Mäder et al.: Erkenntnisse aus 21 Jahren DOK-Versuch. FiBL Dossier: Bio fördert Bodenfruchtbarkeit und Artenvielfalt, Frick 2000, 16 S.
  494. Uli Johannes König: Ergebnisse aus der Präparateforschung, Schriftenreihe Band 12, Institut für biologisch-dynamische Forschung, Darmstadt 1999, Loseblattsammlung.
  495. Ebd., siehe die dortige Literaturzusammenstellung.
  496. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Ansprache vom 11. Juni 1924, Dornach 1999, S. 234.
  497. Rudolf Steiner: Der Jahreskreislauf als Atmungsvorgang der Erde und die vier großen Festeszeiten. Die Anthroposophie und das menschliche Gemüt , GA 229, Vortrag vom 28. September 1923, Dornach 1923, S. 117.
  498. Rudolf Steiner : Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 20. Juni 1924, Dornach 1999, S. 21.
  499. Voir à ce sujet Rudolf Steiner : Die Philosophie der Freiheit, GA 4, Dornach 1995.
  500. Voir à ce sujet Rudolf Steiner : Wie erlangt man Erkenntnisse der höheren Welten?, GA 10, Dornach 1992.
  501. Christian Morgenstern : Werke und Briefe. Stuttgarter Ausgabe, Band II, Lyrik 1906–14, Stuttgart 1992, S. 213 f.
  502. Johann Wolfgang von Goethe: Goethes Werke. Naturwissenschaftliche Schriften, hrsg. v. Rudolf Steiner, Band 1, in: Kürschners Deutsche National-Litteratur, Berlin und Stuttgart 1887 (Reprint Dornach 1975): «Einleitung zum ersten Band», S. XXXI.
  503. Vgl. Rudolf Steiner: Geistige Wirkenskräfte im Zusammenleben von alter und junger Generation; Pädagogischer Jugendkurs, GA 217, Dornach 1988.
  504. Steiner Rudolf: Die geistige Führung des Menschen und der Menschheit, GA 15, Dornach 1987, S. 66.
  505. Rudolf Steiner: Geisteswissenschaftliche Grundlagen zum Gedeihen der Landwirtschaft, GA 327, Vortrag vom 10. Juni 1924, Dornach 1999, S. 42: «Nun, eine Landwirtschaft erfüllt eigentlich ihr Wesen im besten Sinne des Wortes, wenn sie aufgefasst werden kann als eine Art Individualität für sich, eine wirklich in sich geschlossene Individualität.»

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